{"id":24981,"date":"2020-08-29T07:47:00","date_gmt":"2020-08-29T05:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24981"},"modified":"2020-08-30T07:56:10","modified_gmt":"2020-08-30T05:56:10","slug":"suite-africaine-n11-les-elephants-seconde-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24981","title":{"rendered":"Suite africaine n\u00b011 &#8211; Les \u00e9l\u00e9phants (Seconde partie)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(&#8230;) Au bout d\u2019un moment, il me dit : \u00ab Dis-donc, il est presque 4 heures. Si on part maintenant, on a des chances de voir des \u00e9l\u00e9phants ! T\u2019en as d\u00e9j\u00e0 vu, toi, des \u00e9l\u00e9phants , en vrai? \u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Non, moi j\u2019ai jamais vu d\u2019\u00e9l\u00e9phant en vrai&#8230; en tout cas pas ailleurs qu\u2019au zoo de Vincennes, je lui r\u00e9ponds. Alors il m\u2019explique qu\u2019un des musiciens lui a jur\u00e9 que le matin, tr\u00e8s t\u00f4t, sur la route du Ghana, souvent, des \u00e9l\u00e9phants, eh ben, y en a, et que si on part maintenant, on a des chances d\u2019en voir, des \u00e9l\u00e9phants.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les \u00e9l\u00e9phants (2\/2)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais pas comment il fait, mais voil\u00e0 qu\u2019au bout de cinq minutes, je suis d\u2019accord pour y aller, voir les \u00e9l\u00e9phants. Mais, en homme hi\u00e9rarchiquement responsable, j\u2019y mets une condition : \u00ab On n\u2019est pas en \u00e9tat de conduire, ni toi ni moi. Cent kilom\u00e8tres au moins, de nuit, sur une piste en lat\u00e9rite, on va se foutre en l\u2019air. Faut qu\u2019on r\u00e9veille Simon pour qu\u2019il conduise. \u00bb Mon \u00e9locution n\u2019est peut-\u00eatre pas aussi fluide que d\u2019habitude, mais Antoine comprend presque tout de suite. Il approuve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je peux peut-\u00eatre pas conduire sur cent kilom\u00e8tres de piste, mais <!--more-->je peux quand m\u00eame ramener la voiture jusqu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Et nous voil\u00e0 \u00e0 tambouriner \u00e0 la porte de l\u2019\u00e9conomiste, \u00e0 lui assurer qu\u2019on sait parfaitement l\u2019heure qu\u2019il est, qu\u2019on n\u2019est pas fous, mais qu\u2019on a besoin de lui pour aller voir les \u00e9l\u00e9phants. Ayant dit l\u2019essentiel, je confie le reste de la persuasion aux bons soins d\u2019Antoine\u00a0: \u00ab\u00a0Explique-lui, toi\u00a0!\u00a0\u00bb. Sans r\u00e9elle surprise, au bout de dix minutes de palabres, Simon se montre d\u2019accord. Et nous voil\u00e0 partis, Simon au volant, moi sur le si\u00e8ge passager, la place du chef, et Antoine, derri\u00e8re, sur le plateau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je crois que j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 expliqu\u00e9 ce que c\u2019\u00e9tait que de rouler la nuit sur les pistes africaines, particuli\u00e8rement pr\u00e8s des villes et aux alentours des villages, toujours inattendus. Inutile d\u2019y revenir. D\u2019autant plus que, de ce parcours, je n\u2019ai pas gard\u00e9 un souvenir bien net. J\u2019ai seulement celui d\u2019avoir somnol\u00e9, la t\u00eate dodelinant au gr\u00e9 des cahots de la route et des coups de freins que Simon donnait pour \u00e9viter les ch\u00e8vres, les pi\u00e9tons et les mobylettes qui surgissaient \u00e0 l\u2019improviste dans la lumi\u00e8re jaune et poussi\u00e9reuse des phares de la Peugeot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis \u00e0 Val d\u2019Is\u00e8re en train de descendre la Daille \u00e0 toute vitesse. La pente est forte et la neige pleine de bosses. \u00c7a secoue pas mal et le vent me siffle aux oreilles. Tout \u00e0 coup, je vois au bord de la piste noire une sorte de bonze qui me regarde passer en frappant tr\u00e8s fort sur un gong. Sous le coup de la surprise, je bascule en avant. La sensation de chute me r\u00e9veille brutalement. Je suis dans la Peugeot, la bouche p\u00e2teuse, en train de m\u2019appuyer sur le tableau de bord ; quelqu\u2019un, Antoine sans doute, frappe \u00e0 coups r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur le toit de la cabine ; Simon freine pour arr\u00eater le pick-up dans un nuage de poussi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que je r\u00eavais, le jour s\u2019est lev\u00e9 et la v\u00e9g\u00e9tation a chang\u00e9. Tandis que sur notre droite, c\u2019est toujours la savane, sur la gauche, \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres, commence une for\u00eat \u00e0 peine dense. Le disque rouge du soleil se devine derri\u00e8re la ligne des arbres. Antoine continue \u00e0 tambouriner sur le toit de la cabine. Il crie : \u00ab Les \u00e9l\u00e9phants ! L\u00e0 ! Les \u00e9l\u00e9phants ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Simon et moi nous sommes descendus de la voiture. \u00ab\u00a0O\u00f9 \u00e7a, les \u00e9l\u00e9phants\u00a0? O\u00f9\u00a0?\u00a0\u00bb Nous regardons Antoine. Il est debout sur le plateau du pick-up. Il tr\u00e9pigne, surexcit\u00e9. \u00ab\u00a0L\u00e0\u00a0! L\u00e0\u00a0! Bon Dieu\u00a0! L\u00e0\u00a0! Les \u00e9l\u00e9phants\u00a0!\u00a0\u00bb On dirait qu\u2019il pleure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont l\u00e0, les \u00e9l\u00e9phants. Six, \u00e0 moins de cent m\u00e8tres de nous, entre la piste et la lisi\u00e8re de la for\u00eat. Pour mieux voir, Simon a rejoint Antoine sur le plateau et puis il est mont\u00e9 sur le toit de la cabine. Moi, je reste debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la camionnette, les deux mains appuy\u00e9es sur le capot, stup\u00e9fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On le sait bien que ces animaux existent. On en a m\u00eame peut-\u00eatre vu en vrai dans des zoos, dans des cirques. Mais rencontrer six exemplaires de ce formidable animal, \u00e0 six heures du matin, en plein milieu de l\u2019Afrique, en libert\u00e9, \u00e7a provoque une sensation \u00e0 la fois bouleversante et rassurante, une sensation que je n\u2019ai retrouv\u00e9e que le jour o\u00f9 j\u2019ai vu une baleine en M\u00e9diterran\u00e9e. Je suis imm\u00e9diatement d\u00e9gris\u00e9, j\u2019ai la gorge nou\u00e9e et je ne fais que r\u00e9p\u00e9ter \u00ab\u00a0Ce que c\u2019est beau\u00a0! Bon sang\u00a0! Ce que c\u2019est beau\u00a0!\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9l\u00e9phants savent que nous sommes l\u00e0, mais pour l\u2019instant, ils ne bougent pas. Deux d\u2019entre eux nous font face tandis que les autres attendent tranquillement derri\u00e8re eux. Et puis les deux premiers \u00e9l\u00e9phants se retournent et se dirige lentement vers la lisi\u00e8re de la for\u00eat. Les autres leur embo\u00eetent le pas et nous pouvons voir les six \u00e9normes post\u00e9rieurs qui s\u2019\u00e9loignent en se dandinant. Ils devaient \u00eatre en train de se rouler dans la poussi\u00e8re ocre de la savane quand on les a surpris, car le soleil qui a maintenant d\u00e9pass\u00e9 la cime des arbres et qui les \u00e9claire en plein les fait paraitre roses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Merde\u00a0! Ils s\u2019en vont\u00a0!\u00a0\u00bb Simon saute du haut de la cabine pour s\u2019installer au volant tandis que je rejoins Antoine sur le plateau. \u00ab\u00a0Accrochez-vous\u00a0! crie Simon en faisant voler le pick-up par-dessus le petit foss\u00e9 qui longe la piste\u00a0\u00bb. On s\u2019accroche. Nous sommes \u00e0 cinquante m\u00e8tres derri\u00e8re le petit troupeau qui vient de franchir la lisi\u00e8re. Quand nous la franchissons \u00e0 notre tour, les \u00e9l\u00e9phants ont disparu. Pendant de longues minutes, nous tournons entre les arbres et les bosquets sans les apercevoir. Nous ne les reverrons jamais. Je crie \u00e0 Simon\u00a0: \u00ab\u00a0Arr\u00eate\u00a0! On va se perdre\u00a0! Vaut mieux revenir sur la route.\u00a0\u00bb<br \/>\nSans nous \u00eatre concert\u00e9s, nous venions de faire ce qui est absolument d\u00e9conseill\u00e9 par\u00a0tous ceux qui connaissent un peu l\u2019Afrique\u00a0: poursuivre des \u00e9l\u00e9phants. Au moins l\u2019un d\u2019entre nous devait bien le savoir, moi peut-\u00eatre, mais il avait d\u00fb l\u2019oublier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9blouis, ravis, \u00e9puis\u00e9s, nous avons repris la route de Ouaga \u00e0 petite allure. Antoine ayant refus\u00e9 de voyager plus longtemps sur le plateau, nous nous \u00e9tions entass\u00e9s tous les trois sur l\u2019unique banquette de la cabine. Nous restions silencieux, plong\u00e9s dans des pens\u00e9es diverses\u00a0: &#8230;les racines du ciel&#8230; le colosse de la cr\u00e9ation&#8230; le symbole de la m\u00e9moire&#8230; le mod\u00e8le de la vie en soci\u00e9t\u00e9&#8230; l\u2019image de la force, de la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9&#8230; nous les avions vus, de nos yeux vus, chez eux&#8230; extraordinaire&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis Simon a dit : \u00ab C\u2019est quand m\u00eame dommage qu\u2019on n\u2019ait pas eu d\u2019appareil photo ! Six \u00e9l\u00e9phants d\u2019un coup, tu te rends compte ?<br \/>\n\u2014 \u00a0Ouais ! j\u2019ai dit. C\u2019est dommage ! Parce que six \u00e9l\u00e9phants roses, apr\u00e8s une nuit blanche au Bendao-Club, jamais personne ne nous croira ! \u00bb<\/p>\n<p><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">FIN<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Au bout d\u2019un moment, il me dit : \u00ab Dis-donc, il est presque 4 heures. Si on part maintenant, on a des chances de voir des \u00e9l\u00e9phants ! T\u2019en as d\u00e9j\u00e0 vu, toi, des \u00e9l\u00e9phants , en vrai? \u00bb Non, moi j\u2019ai jamais vu d\u2019\u00e9l\u00e9phant en vrai&#8230; en tout cas pas ailleurs qu\u2019au zoo &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24981\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Suite africaine n\u00b011 &#8211; Les \u00e9l\u00e9phants (Seconde partie)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[21],"class_list":["post-24981","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24981","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24981"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24981\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24981"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24981"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24981"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}