{"id":24712,"date":"2020-08-15T07:47:04","date_gmt":"2020-08-15T05:47:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24712"},"modified":"2020-08-16T11:19:02","modified_gmt":"2020-08-16T09:19:02","slug":"le-cujas-26","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24712","title":{"rendered":"Le Cujas (25)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-24690\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Antoine.jpeg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"289\" \/> <span style=\"color: #0000ff;\"><em>C\u2019\u00e9tait devenu un ami pour Antoine. Il en parlait avec chaleur, avec \u00e9motion. Avec ses id\u00e9es simples, ses certitudes bien ancr\u00e9es et son incroyable bonne humeur Guersant lui avait remont\u00e9 le moral. Antoine m\u2019a dit : \u00ab C\u2019est dr\u00f4le, en deux ou trois semaines, Guersant m\u2019est devenu plus cher que beaucoup de mes amis. C\u2019est lui qui m\u2019a redonn\u00e9 l\u2019\u00e9nergie qui m\u2019a permis de tenir encore un an. Il doit \u00eatre mort aujourd\u2019hui&#8230; je n\u2019ai jamais vu son visage. \u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Chapitre 6 \u2014 Antoine de Colmont<\/strong><\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Huiti\u00e8me partie<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Sa deuxi\u00e8me \u00e9vasion ? C\u2019est pendant une corv\u00e9e dans la ville de Nuremberg, je crois, mais il ne m\u2019en a jamais vraiment racont\u00e9 les d\u00e9tails. Avec un kommando d\u2019une vingtaine de prisonniers, il travaillait depuis des mois dans la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un industriel de la ville. \u00c7a lui avait permis de rep\u00e9rer les lieux. Il avait pu aussi y voler du papier et de l\u2019encre pour se faire fabriquer au camp une fausse pi\u00e8ce d\u2019identit\u00e9 et un ausweiss. J\u2019ai compris qu\u2019au moment de l\u2019appel pour rentrer au camp, il avait pu sauter le mur et plonger dans la rivi\u00e8re qui le longeait. Les soldats avaient vite abandonn\u00e9 les recherches, sans doute persuad\u00e9s qu\u2019il s\u2019\u00e9tait noy\u00e9 dans l\u2019eau glac\u00e9e. Il avait d\u00e9riv\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la nuit et puis, dans un abri de jardin, il avait trouv\u00e9 des<!--more--> v\u00eatements civils qui lui avaient permis de sortir des faubourgs sans \u00eatre rep\u00e9r\u00e9. Mais ses faux papiers \u00e9taient devenus inutilisables \u00e0 cause de leur s\u00e9jour dans l\u2019eau. C\u2019est beaucoup plus tard, du c\u00f4t\u00e9 de Stuttgart, qu\u2019il avait pu s\u2019accrocher sous ce train en direction de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Je ne crois pas qu\u2019il ait \u00e9crit de journal pendant sa captivit\u00e9. Je sais, il parait que beaucoup le faisaient, mais lui, non. \u00ab Qu\u2019est-ce que j\u2019aurais pu raconter ? disait-il. Je n\u2019ai rien fait d\u2019h\u00e9ro\u00efque. Et puis quel int\u00e9r\u00eat y aurait-il eu \u00e0 \u00e9crire mes petites faiblesses et mes coups de cafard ? Quand elles arrivent, ce sont des choses qu\u2019on garde pour soi. \u00bb Non, je vous l\u2019ai dit : ce n\u2019\u00e9tait pas son genre. Et s\u2019il avait \u00e9crit un journal, je suis certaine que je le saurais&#8230;<br \/>\nDites-moi, Dashiel, vous n\u2019avez pas faim ? Allons d\u00e9jeuner, voulez-vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antoine avait perdu vingt kilos. Les camps, le cachot, la fuite, le froid, l\u2019insuffisance de nourriture, tout cela l\u2019avait physiquement d\u00e9moli. Une m\u00e9chante fi\u00e8vre le prenait tous les soirs. La Comtesse et moi, nous l\u2019avons mis au repos forc\u00e9 pendant tout un mois. Nourriture abondante et saine, siestes \u00e0 l\u2019ombre des terrasses, longues promenades sous les pins&#8230; Antoine reprenait des forces. Pourtant, il demeurait incapable de me faire l\u2019amour. D\u2019ailleurs, au bout de quelques jours, il me demanda de faire chambre \u00e0 part.<br \/>\nAu bout d\u2019un mois, Antoine allait un peu mieux et le Comte voulait r\u00e9organiser la vie \u00e0 Vauvenargues autour de lui en l\u2019impliquant chaque jour un peu plus, d\u2019abord dans la gestion des vignes, puis bient\u00f4t dans la R\u00e9sistance&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah oui ! C\u2019est vrai, je ne vous en ai pas encore parl\u00e9. Eh bien, voil\u00e0. Un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s notre retour \u00e0 Vauvenargues, vers la fin du mois de novembre 41, un soir, le Comte nous a r\u00e9uni dans la grande salle \u00e0 manger. Il y avait mon cousin Jean de Prosny qui \u00e9tait mont\u00e9 d\u2019Aix, mon beau-p\u00e8re le Comte, son \u00e9pouse, Auguste Bonardi, l\u2019un de nos fermiers, et son fils Pascal, le docteur Bonenfant, le m\u00e9decin de Vauvenargues, deux employ\u00e9s du barrage Zola et quelques autres personnes dont j\u2019ai oubli\u00e9 les noms. Mario \u00e9tait l\u00e0 aussi, et moi, bien s\u00fbr. Nous devions \u00eatre une douzaine. Le Comte nous a demand\u00e9 \u00e0 tous de nous asseoir autour de la table, ce qui \u00e9tait tout \u00e0 fait exceptionnel. Il a dit qu\u2019un mouvement de R\u00e9sistance avait pris contact avec lui. Le r\u00e9seau s\u2019appelait Combat, il \u00e9tait apolitique et rassemblait des gens de tous les horizons. Pour Combat, il n\u2019\u00e9tait pas question pour le moment de commettre des attentats ou des sabotages, mais il y aurait quand m\u00eame des risques \u00e0 courir. Il s\u2019agissait d\u2019accueillir des armes et des agents arrivant d\u2019Afrique du Nord par bateau et de les conduire \u00e0 travers la Provence jusqu\u2019au-dessus de Manosque. L\u00e0, ils devaient \u00eatre pris en charge par d\u2019autres r\u00e9sistants qui leur feraient franchir la ligne de d\u00e9marcation. A titre personnel, lui et Jean de Prosny avaient accept\u00e9 de participer \u00e0 ces op\u00e9rations et il demandait aux hommes pr\u00e9sents de se joindre \u00e0 eux. Ceux qui ne le souhaitaient pas devaient quitter la table et se retirer. Il \u00e9tait certain qu\u2019ils sauraient garder le silence sur cette r\u00e9union.<br \/>\nPersonne n\u2019a quitt\u00e9 la pi\u00e8ce et le Comte a poursuivi avec quelques d\u00e9tails sur la prochaine op\u00e9ration, une cargaison d\u2019armes \u00e0 recevoir dans une calanque de Cassis.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais \u00e9tonn\u00e9e que mon beau-p\u00e8re s\u2019engage dans de telles actions. Jusque-l\u00e0, il m\u2019avait plut\u00f4t sembl\u00e9 soutenir P\u00e9tain. D\u2019ailleurs, il se moquait souvent de De Gaulle, \u00ab cet arrogant petit g\u00e9n\u00e9ral sans particule ni emploi qui avait fui dans les bras de cette girouette politique et va-t\u2019en guerre de Churchill \u00bb. Plus tard, j\u2019ai su que c\u2019\u00e9tait \u00e0 Prosny qu\u2019il devait sa r\u00e9volution int\u00e9rieure. C\u2019est lui qui lui avait fait prendre conscience des l\u00e2chet\u00e9s du gouvernement de Vichy et de ses compromissions avec le r\u00e9gime Nazi. Prosny pensait qu\u2019il fallait s\u2019opposer \u00e0 Vichy, par patriotisme sinon par humanisme. \u00ab Le seul moyen pour \u00e7a \u00e0 cette heure, disait-il, c\u2019est la R\u00e9sistance. Bien s\u00fbr, elle est plus efficace en zone occup\u00e9e, mais m\u00eame en zone libre on peut et on doit faire quelque chose. Aider au d\u00e9barquement d\u2019armes, c\u2019est utile et c\u2019est un d\u00e9but&#8230; en attendant mieux. \u00bb<br \/>\nPendant un an, notre petit groupe a particip\u00e9 \u00e0 une dizaine de transports d\u2019armes entre la c\u00f4te et la Haute Provence. Les hommes descendaient jusqu\u2019\u00e0 Cassis en bicyclette et en camion. De nuit, ils accueillaient les bateaux dans une calanque et remontaient par petits groupes charg\u00e9s d\u2019armes \u00e0 travers la montagne. Ma belle-m\u00e8re et moi, et aussi la fille ain\u00e9e des Bonardi, nous portions aux alentours les messages que nous faisait passer le chef local de Combat, un notaire franc-ma\u00e7on de Saint-Cannat. Les risques n\u2019\u00e9taient pas bien grands, mais je trouvais tout \u00e7a tr\u00e8s excitant. Une fois, quand m\u00eame, j\u2019ai accompagn\u00e9 deux pilotes anglais de Vauvenargues jusqu\u2019au Cap Canaille. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s fi\u00e8re de moi.<br \/>\nTiens, regardez qui vient d\u2019entrer dans le restaurant. C\u2019est Simone, Simone de Beauvoir ! Vous ne connaissez pas ? C\u2019est un \u00e9crivain. Elle est la compagne de Jean-Paul Sartre, aussi. Sartre, vous connaissez ? Oui, quand m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Beauvoir ? C\u2019est celle qui s\u2019installe sur la banquette, la femme brune avec les cheveux relev\u00e9s. L\u2019autre, la petite jeune l\u00e0, je ne sais pas qui c\u2019est. Sans doute une de ses amies du moment. Bon, Dashiel, il faut que vous m\u2019excusiez un moment ; je dois dire un mot \u00e0 Simone. J\u2019en ai pour cinq minutes. A propos, cela vous dirait de rencontrer Sartre ? Oui ? Je vais voir \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Et voil\u00e0 ! \u00c7a marche ! Nous sommes invit\u00e9s apr\u00e8s-demain rue Bonaparte. Simone organise une soir\u00e9e de lecture de quelques pages de son dernier bouquin sur le f\u00e9minisme. Jean-Paul sera l\u00e0, bien s\u00fbr. Camus aussi, peut-\u00eatre. Boris, Gr\u00e9co, Gallimard, toute la bande surement&#8230; Pour vous, il devrait y avoir mati\u00e8re \u00e0 un article, non ? Vous \u00eates content ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Oui, je sais, Antoine, toujours Antoine&#8230; Bon. Donc, nous sommes \u00e0 Vauvenargues. Physiquement, Antoine va mieux, mais je m\u2019aper\u00e7ois de plus en plus qu\u2019il est moralement d\u00e9truit. D\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre, il passe d\u2019une humeur taciturne, agressive parfois, \u00e0 une exub\u00e9rance que personne ne lui avait connue auparavant. D\u2019un seul coup, il se met \u00e0 parler beaucoup, il affecte la bonne humeur, il plaisante continuellement. Mais c\u2019est toujours sur le mode ironique&#8230; cynique m\u00eame. Il me parle comme \u00e0 une enfant. Il passe des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 lire dans cette fichue cabane dans les arbres. Parfois m\u00eame, il y passe la nuit. Un soir, pendant le diner, le Comte est exc\u00e9d\u00e9 par l\u2019attitude de son fils. S\u00e8chement, il lui demande ce qu\u2019il compte faire contre les Allemands, continuer \u00e0 apprendre Balzac par c\u0153ur ou agir comme un homme et prendre ses responsabilit\u00e9s en int\u00e9grant la R\u00e9sistance. En r\u00e9ponse, Antoine se met \u00e0 plaisanter sur les boy-scouts de Combat, et sur l\u2019utilit\u00e9 de leurs actions en zone libre, \u00e0 peu pr\u00e8s aussi efficaces que trois piqures de gu\u00eape sur un ours. Quand mon beau-p\u00e8re parle du devoir d\u2019un Fran\u00e7ais et de l\u2019honneur d\u2019un Colmont, Antoine \u00e9clate de rire. Le Comte est furieux, il s\u2019approche de son fils comme s&rsquo;il allait le gifler, mais il lui tourne brusquement le dos et sort de la salle \u00e0 manger en claquant le porte. Ma belle-m\u00e8re se pr\u00e9cipite \u00e0 sa suite et je reste seule face \u00e0 Antoine.<\/p>\n<p><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019\u00e9tait devenu un ami pour Antoine. Il en parlait avec chaleur, avec \u00e9motion. Avec ses id\u00e9es simples, ses certitudes bien ancr\u00e9es et son incroyable bonne humeur Guersant lui avait remont\u00e9 le moral. Antoine m\u2019a dit : \u00ab C\u2019est dr\u00f4le, en deux ou trois semaines, Guersant m\u2019est devenu plus cher que beaucoup de mes amis. C\u2019est &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24712\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (25)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-24712","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24712","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24712"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24712\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24712"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24712"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24712"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}