{"id":24703,"date":"2020-08-09T07:47:35","date_gmt":"2020-08-09T05:47:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24703"},"modified":"2020-08-10T13:00:44","modified_gmt":"2020-08-10T11:00:44","slug":"le-cujas-22","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24703","title":{"rendered":"Le Cujas (22)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-24690\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Antoine.jpeg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"289\" \/> <span style=\"color: #0000ff;\"><em>J\u2019ai peut-\u00eatre bu un tout petit peu trop de champagne, mais vous, alors, vous, vous \u00eates compl\u00e8tement coinc\u00e9, mon pauvre petit.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Eh bien, il ne me reste plus qu\u2019\u00e0 vous demander&#8230; Qu\u2019est-ce que vous faites, Dashiel ? Qu\u2019est-ce qu\u2019il vous prend ? En plein milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi ! Vous \u00eates fou, Dash, j\u2019attends quelqu\u2019un&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Vous vous en foutez ? Eh bien ! Vous cachez bien votre jeu, vous&#8230; Attendez, attendez&#8230; Laissez-moi au moins le temps de &#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>Chapitre 6 \u2014 Antoine de Colmont<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>Cinqui\u00e8me partie<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dash !&#8230; Dash&#8230; ! R\u00e9veillez-vous, monsieur le journaliste. Il est presque 8 heures du soir. C\u2019est l\u2019heure de nous habiller et d\u2019aller marcher un peu. Je propose que nous allions prendre un verre au Flore. On y trouvera surement des amis \u00e0 moi. Apr\u00e8s, nous irons diner chez Lipp ou \u00e0 la Ch\u00e8vre d\u2019Or. Vous aimez le jazz ? Suis-je b\u00eate, bien s\u00fbr, vous aimez le jazz ! Nous pourrions aller au Tabou ou \u00e0 la Rose Rouge&#8230; Nous sommes \u00e0 l\u2019aube <!--more-->d\u2019une grande soir\u00e9e, mon cher. Vous allez d\u00e9couvrir le Paris que vous avez lib\u00e9r\u00e9. Allez, debout !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas question ! Et puis d\u2019abord, je ne vous ai pas autoris\u00e9 \u00e0 me tutoyer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a se fait peut-\u00eatre en France, mais pas avec moi. C\u2019est une question de principe. Allez, debout ! Je vous ai fait couler un bain. Moi, je suis d\u00e9j\u00e0 pr\u00eate. Vous savez, ici, pour une femme, c\u2019est pantalon noir, pull noir et un collier ou un bracelet, un point, c\u2019est tout. Alors, c\u2019est vite fait. Pendant que vous prenez votre bain, je vous raconterai mon retour \u00e0 Paris apr\u00e8s le Liban. A propos de raconter, pour quelqu\u2019un de pas bavard, vous m\u2019en avez dit des choses sur votre vie, tout \u00e0 l\u2019heure. Vous \u00eates plus compliqu\u00e9 que vous n\u2019en avez l\u2019air, vous savez ? Vous vous rappelez un peu ce que vous m\u2019avez dit ? Oui ? J\u2019aime mieux \u00e7a, sinon j\u2019aurais eu l\u2019impression d\u2019avoir abus\u00e9 d\u2019un homme ivre. Parce que vous \u00e9tiez un peu ivre, mon cher !&#8230; Tr\u00e8s touchante, votre cicatrice dans le dos&#8230; Et ce petit tatouage sur l\u2019\u00e9paule&#8230; adorable ! Vous savez que vous avez une peau de b\u00e9b\u00e9 ?<br \/>\nQu\u2019est-ce qu\u2019il y a ? Vous \u00eates d\u00e9\u00e7u ? Pourquoi ? C\u2019\u00e9tait bien, non ? \u00c7a ne vous a pas plus ? Si ? Alors quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ! Oui, bien s\u00fbr ! Vous trouvez que je prends \u00e7a un peu l\u00e9g\u00e8rement. Vous aimeriez que je sois plus romantique. C\u2019est cela, n\u2019est-ce pas ? Je vous avais pr\u00e9venu : nous ne sommes pas \u00e0 Boston, Massachussetts, ici. Ici, c\u2019est Paris, c\u2019est Saint Germain des Pr\u00e9s. Les Allemands sont repartis chez eux ! Nous les avons eus quatre ann\u00e9es sur le dos, quatre ann\u00e9es d\u2019occupation, de privations, de vexations, de frustration. Maintenant, c\u2019est fini, alors, permettez qu\u2019on explose un peu. Ici, on parle de tout, on discute de tout, on goute \u00e0 tout, on remet tout en question, on fait l\u2019amour avec qui l\u2019on a envie de le faire. Alors, qu\u2019est-ce que vous voulez maintenant ? Que nous nous jurions fid\u00e9lit\u00e9 en faisant des projets d\u2019avenir, tout \u00e7a parce que nous avons fait l\u2019amour l\u2019apr\u00e8s-midi ? Comprenez-moi, Dash, tout \u00e0 l\u2019heure, c\u2019\u00e9tait joyeux, c\u2019\u00e9tait agr\u00e9able, c\u2019\u00e9tait doux, entre amis&#8230; Nous le ferons peut-\u00eatre encore, entre amis&#8230; peut-\u00eatre cette nuit, peut-\u00eatre un autre jour, peut-\u00eatre plus jamais. Ne faites pas cette t\u00eate ! Quoi ? Vous \u00eates amoureux ? Allons-donc ! Vous en \u00eates encore \u00e0 croire qu\u2019on couche parce qu\u2019on est amoureux ou qu\u2019on est amoureux parce qu\u2019on a couch\u00e9. Vous croyez \u00eatre amoureux ? Vous \u00eates juste romantique, mon ami, c\u2019est tout. Mais je vous comprends, vous savez : Paris, la belle saison, un petit appartement sous les toits, Saint Germain des Pr\u00e9s, une femme, encore belle, fran\u00e7aise et, qui plus est, aristocrate&#8230; une sacr\u00e9e aubaine pour un ancien G.I. am\u00e9ricain, non ?<br \/>\nPardonnez-moi, je suis m\u00e9chante, je ne voulais pas dire \u00e7a.<br \/>\n\u00c9coutez-moi : si vous acceptez de bien prendre les choses, je veux dire avec un peu plus de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, je vous promets quelques heures ou peut-\u00eatre m\u00eame quelques jours \u00e0 Paris dont vous vous souviendrez. Parce que c\u2019est ici que tout se passe en ce moment : la litt\u00e9rature, la philosophie, la peinture, le cin\u00e9ma, m\u00eame le jazz, tout, vous verrez. Vous \u00eates un artiste, vous aussi, Dashiel ! Alors, ne ratez pas \u00e7a. Le nouveau monde, c\u2019est ici.<br \/>\nAllez, ne me faites pas ces yeux de labrador. Sortez de cette baignoire et venez ! Nous allons essayer de vous faire vivre un peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, c\u2019est joli ici. J\u2019aime bien y venir pour le petit-d\u00e9jeuner. C\u2019est calme&#8230; Vous avez vu les deux petites statues chinoises qui tr\u00f4nent l\u00e0-haut ? Ce sont des magots. C\u2019est \u00e0 cause d\u2019eux que le caf\u00e9 s\u2019appelle comme \u00e7a. Aujourd\u2019hui, c\u2019est peut-\u00eatre le caf\u00e9 le plus connu au monde. S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas si t\u00f4t, nous pourrions rencontrer Sartre, ou Andr\u00e9 Breton, ou m\u00eame Picasso. Et Hemingway aussi, bien s\u00fbr. Hemingway, je l\u2019ai vu ici le mois dernier. Je lui ai remis une de mes nouvelles pour avoir son avis. Trois petites pages&#8230; Il m\u2019a dit que le sujet \u00e9tait int\u00e9ressant mais qu\u2019il fallait que je simplifie mon style. Vous vous rendez compte ? Hemingway ! Alors depuis, j\u2019essaie&#8230; mais \u00e9crire simple, \u00e9crire bref, c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus difficile, surtout pour nous, les fran\u00e7ais ! Vous comprenez&#8230; Madame de Lafayette, Balzac, Flaubert, Proust&#8230; quand on a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 avec \u00e7a&#8230; Enfin&#8230;<br \/>\nBon, je vous avais promis la suite de mes aventures&#8230;<br \/>\nDonc, nous sommes rentr\u00e9s de Beyrouth \u00e0 la fin de 1935. J\u2019avais 21 ans. Mon p\u00e8re \u00e9tait nomm\u00e9 au Quai d\u2019Orsay. Il a obtenu un logement de fonction pr\u00e8s du Trocad\u00e9ro. J\u2019ai tout de suite d\u00e9test\u00e9 le quartier. Il faut dire qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9sidence des Pins et des plages priv\u00e9es de Beyrouth, l\u2019Avenue Paul Doumer, la piscine Molitor, \u00e7a manquait un peu de vie et de soleil. Depuis le Liban, je m\u2019\u00e9tais inscrite \u00e0 la Sorbonne et j\u2019avais dit \u00e0 mes parents que je pr\u00e9parerais la Rue d\u2019Ulm, mais tout \u00e7a restait tr\u00e8s vague. Disons que mes \u00e9tudes au Liban ne m\u2019avaient pas vraiment mise en condition pour entrer \u00e0 Normale Sup ! Et puis aussi, j\u2019avais d\u00e9couvert la Rive Gauche, Saint-Germain et le Quartier Latin. Je passais le plus clair de mon temps avec Charles au cin\u00e9ma, dans les mus\u00e9es, \u00e0 discuter dans les caf\u00e9s ou \u00e0 me promener au Luxembourg ou sur les quais. Charles, c\u2019\u00e9tait mon amant, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. C\u2019est dr\u00f4le ce mot d\u2019amant pour Charles, \u00e7a ne lui allait pas du tout. Charles, c\u2019\u00e9tait un gentil gar\u00e7on, content de vivre, heureux d\u2019\u00eatre \u00e0 Paris, de mener cette vie d\u2019\u00e9tudiant et de m\u2019avoir comme petite amie. Il faisait m\u00e9decine et il habitait une chambre de bonne rue Toullier, pr\u00e8s du Panth\u00e9on. Il avait toute une bande de copains et il \u00e9tait ravi de me montrer \u00e0 tout le monde. Passer le temps avec lui \u00e9tait un vrai plaisir. L\u2019apr\u00e8s-midi, il s\u00e9chait souvent les cours et nous restions tous les deux dans sa chambre. Vers cinq heures, nous nous rhabillions et nous allions prendre un verre au Maheux ou \u00e0 Saint-Germain. Ensuite, je rentrais Avenue Paul Doumer pour diner avec mes parents et je leur racontais des histoires de cours interminables ou de prof passionnants. Ils \u00e9taient contents.<br \/>\nEt puis un jour, j\u2019ai rencontr\u00e9 Antoine. C\u2019\u00e9tait une de ces apr\u00e8s-midis que Charles et moi avions pass\u00e9e au lit rue Toullier et nous descendions la rue Soufflot vers le Luxembourg. Tout \u00e0 coup, j\u2019ai entendu qu\u2019on m\u2019appelait : \u00ab Isabelle ! Isabelle ! \u00bb C\u2019\u00e9tait Antoine. Il \u00e9tait assis \u00e0 la terrasse du Capoulade avec une fille. Il l\u2019a plant\u00e9e l\u00e0 pour se pr\u00e9cipiter \u00e0 ma suite sur le trottoir. Il m\u2019a attrap\u00e9e par les \u00e9paules et il m\u2019a embrass\u00e9e, comme autrefois, comme un fr\u00e8re. \u00c9l\u00e9gamment, le gentil Charles s\u2019\u00e9tait \u00e9loign\u00e9 de deux pas et nous regardait. Antoine me prenait les mains, s\u2019\u00e9cartait un peu pour me regarder, il me faisait tourner sur moi-m\u00eame, m\u2019embrassait \u00e0 nouveau. \u00ab Comme tu es belle ! Comme tu es belle ! Mais tu es splendide, Isabelle ! \u00bb et se tournant vers Charles : \u00ab Veuillez m\u2019excuser, cher Monsieur, Isabelle et moi sommes des amis d\u2019enfance. Ne craignez rien, je vous la rends dans un instant&#8230; Isabelle ! Cela doit bien faire cinq ans&#8230; Cinq ans ! Mais o\u00f9 \u00e9tais-tu pass\u00e9e ? Ah oui, c\u2019est vrai, le Liban ! Mon Dieu, le Liban ! Quelle id\u00e9e ! Et maintenant ? Tu es \u00e0 Paris ? Et qu\u2019est-ce que tu fais, \u00e0 Paris ? Tu es mari\u00e9e ? Avec ce cher Monsieur que voil\u00e0, peut-\u00eatre ? Non ? Allons tant mieux ! Je veux dire&#8230; Ah ! Je ne sais plus ce que je dis&#8230; \u00bb<\/p>\n<p><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-22721\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"879\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg 660w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-206x300.jpeg 206w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-768x1117.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie.jpeg 810w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai peut-\u00eatre bu un tout petit peu trop de champagne, mais vous, alors, vous, vous \u00eates compl\u00e8tement coinc\u00e9, mon pauvre petit. 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