{"id":24697,"date":"2020-08-05T07:47:15","date_gmt":"2020-08-05T05:47:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24697"},"modified":"2020-08-06T09:09:10","modified_gmt":"2020-08-06T07:09:10","slug":"le-cujas-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24697","title":{"rendered":"Le Cujas (20)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-24690 alignleft\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Antoine.jpeg\" alt=\"\" width=\"263\" height=\"289\" \/>Selon lui, nous devions donc voir Antoine rentrer dans moins d&rsquo;un mois. Malheureusement, \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9 comme \u00e7a&#8230;<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Servez-vous, Dashiel, je vous en prie. Est-ce que vous savez qu\u2019en France, quand on remplit son verre \u00e0 ras-bord avec la derni\u00e8re goutte d\u2019une bouteille de champagne, c\u2019est qu\u2019on va se marier dans l\u2019ann\u00e9e\u00a0? Vous n\u2019\u00eates pas mari\u00e9, j\u2019esp\u00e8re\u00a0? Non\u00a0? Alors, tentez votre chance&#8230; C\u2019est cela&#8230; Je vais chercher une autre bouteille. A moins que vous ne pr\u00e9f\u00e9riez quelque chose de plus fort\u00a0? Non\u00a0? Vous avez raison, il est encore trop t\u00f4t. Alors, champagne ce sera\u00a0!<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>Chapitre 6 \u2014 Antoine de Colmont<\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Troisi\u00e8me partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p>&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ? Je ne vous ai pas dit ? Eh bien, j\u2019ai connu Antoine toute petite. Antoine et moi, nous \u00e9tions cousins par les Sagan, cousins assez \u00e9loign\u00e9s donc, mais cousins tout de m\u00eame. Dans les ann\u00e9es 90, mon grand-p\u00e8re, le Marquis de Prosny a d\u00e9cid\u00e9 de se lancer dans l&rsquo;industrie en ouvrant une huilerie-savonnerie pr\u00e8s de Marseille. L&rsquo;usine a pris de l&rsquo;importance et sa pr\u00e9sence sur place est devenue indispensable. Il a donc vendu son ch\u00e2teau de Neuville pour venir s&rsquo;installer \u00e0 Aix. Ce sont les Colmont qui lui ont permis de trouver et d&rsquo;acheter l&rsquo;H\u00f4tel de Gensac, au centre d&rsquo;Aix. Quand mon grand-p\u00e8re est mort, mon p\u00e8re est venu s&rsquo;y installer pour prendre la direction de l&rsquo;usine. Trois ans apr\u00e8s, <!--more-->je suis n\u00e9e dans la nursery qu&rsquo;on avait am\u00e9nag\u00e9e dans une antichambre. Six mois plus tard, Antoine est n\u00e9 \u00e0 la Clinique Sainte Eutrope, \u00e0 deux cents m\u00e8tres de chez nous. Les liens de famille qui nous unissaient aux Colmont, leur voisinage, la co\u00efncidence de nos deux naissances, tout cela a fait qu&rsquo;Antoine et moi, nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s comme des fr\u00e8re et s\u0153ur. Nous venions tr\u00e8s souvent \u00e0 Vauvenargues. Nos p\u00e8res chassaient ensemble ou bien ils jouaient au billard en discutant politique tandis que nos m\u00e8res prenaient le th\u00e9 en parlant de la bonne soci\u00e9t\u00e9 aixoise. Pendant ce temps, Antoine et moi, nous jouions aux indiens dans le parc ou \u00e0 la poup\u00e9e dans le grenier du ch\u00e2teau. Pour nous et pour le petit monde qui nous entourait, ce fut une p\u00e9riode merveilleuse. Nous avions oubli\u00e9 la guerre de 1914 et la longue absence de nos p\u00e8res. Ils en \u00e9taient revenus sains et saufs tous les deux. Ils \u00e9taient des dieux et nos m\u00e8res \u00e9taient jeunes et belles. Le bonheur&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antoine et moi, nous n&rsquo;allions pas dans la m\u00eame \u00e9cole. Les Colmont avaient inscrit Antoine dans une \u00e9cole priv\u00e9e pour gar\u00e7ons, le Cours Saint Eutrope, dans la banlieue d&rsquo;Aix. Mes parents, plus progressistes, tenaient \u00e0 ce que je fr\u00e9quente l&rsquo;\u00e9cole communale de notre quartier. C\u2019est pour cela que je ne voyais pratiquement jamais Antoine pendant la semaine, d&rsquo;autant plus que le jeudi \u00e9tait consacr\u00e9 aux le\u00e7ons de musique et de dessin. Mais je passais presque tous les week-ends \u00e0 Vauvenargues. On finit m\u00eame par m&rsquo;y installer une chambre. Finalement, j&rsquo;ai davantage de souvenirs de Vauvenargues que de la rue Mazarine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 1925, Georges est arriv\u00e9. Antoine et moi, nous avions dix ans. Moi, je pensais que tous les gar\u00e7ons \u00e9taient comme Antoine, doux, r\u00e9fl\u00e9chis, attentifs. Mais Georges avait un an de plus. Il \u00e9tait plus grand, plus solide aussi, mais surtout il \u00e9tait plus brusque, plus aventureux, plus gar\u00e7on. Avec lui, nos jeux d\u2019indiens chang\u00e8rent de genre\u00a0: il y eu davantage de combats entre braves, de guerres entre tribus, de prisonni\u00e8res, de supplices&#8230; Au d\u00e9but, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 surprise et parfois, Georges me faisait un peu peur. Mais il ne faut pas croire qu\u2019il prenait le dessus sur Antoine ou qu\u2019il \u00e9tait devenu le chef de notre petite bande, non. Georges semblait respecter Antoine. Peut-\u00eatre m\u00eame qu\u2019il l\u2019admirait un peu. Antoine savait tellement de choses&#8230; Mais moi, pour Georges, je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une fille\u00a0; pas une quantit\u00e9 n\u00e9gligeable, non, mais secondaire, c\u2019\u00e9tait certain. Je reprenais mon importance aupr\u00e8s d\u2019Antoine \u00e0 l\u2019automne quand Georges et ses parents repartaient pour Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1927, l\u2019ann\u00e9e de mes douze ans, les Colmont d\u00e9cid\u00e8rent de s\u2019installer d\u00e9finitivement \u00e0 Paris. Ils ne devaient plus revenir \u00e0 Vauvenargues que pour les trois mois d\u2019\u00e9t\u00e9. Fin septembre, notre premi\u00e8re s\u00e9paration fut un d\u00e9chirement. Mais vous savez comment sont les enfants : au bout de quinze jours, je m\u2019\u00e9tais fait de nouveaux amis, surtout des filles, bien s\u00fbr, et je passai une tr\u00e8s bonne ann\u00e9e scolaire. L\u2019\u00e9t\u00e9 est revenu \u00e0 Vauvenargues, avec Antoine d\u2019abord et puis ensuite Georges. Je crois que c\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019Antoine a commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre amoureux de moi. Mais je ne m\u2019en suis pas aper\u00e7ue, ou plut\u00f4t, je n\u2019ai pas compris tout de suite : il \u00e9tait devenu silencieux, songeur. Avec moi, il \u00e9tait acerbe, presque m\u00e9chant parfois, bizarre en tout cas. Il \u00e9crivait beaucoup dans un carnet. Il ne s\u2019en cachait pas, au contraire, mais il n\u2019en parlait jamais. Je crois qu\u2019il aurait aim\u00e9 que je lui demande de me le montrer, mais je n\u2019osais pas. Georges et moi, nous avions parl\u00e9 du carnet et nous avions d\u00e9cid\u00e9 que c\u2019\u00e9tait un journal intime. C\u2019en \u00e9tait un, mais un jour, par-dessus l\u2019\u00e9paule d\u2019Antoine, j\u2019avais pu voir qu\u2019au milieu des journ\u00e9es qu\u2019il racontait, il y avait aussi des po\u00e8mes. Vers la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, quelque chose, je ne sais pas, une r\u00e9flexion de Mario, une parole de ma m\u00e8re, une blague de Georges m\u2019avait fait comprendre qu\u2019Antoine \u00e9tait amoureux de moi. \u00a0Je me souviens que j\u2019avais r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 \u00e7a toute la journ\u00e9e et que, le soir, j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre amoureuse \u00e0 mon tour. \u00c0 partir de ce moment, je changeai d\u2019attitude vis \u00e0 vis de lui. Ce furent alors les deux plus jolies semaines de ma vie. J\u2019aimais Antoine, il m\u2019aimait. Nous nous promenions toute la journ\u00e9e dans le parc, dans la Montagne Sainte Victoire, dans le village. Nous parlions sans cesse de petites et de grandes choses. Georges, s&rsquo;aga\u00e7ait de ce qu\u2019il appelait nos minauderies. Il ne venait presque plus au ch\u00e2teau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Antoine dut repartir pour Paris, nous nous jur\u00e2mes fid\u00e9lit\u00e9, promettant <em>de nous garder l\u2019un pour l\u2019autre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain<\/em>. L\u2019\u00e9t\u00e9 suivant fut tout aussi extraordinaire, d\u2019autant plus que Georges ne vint que quelques jours. Ses parents l\u2019avaient emmen\u00e9 pour un grand voyage en Am\u00e9rique. Nous avions tous les deux quatorze ans, mais si Antoine restait encore presque un enfant, moi, j&rsquo;\u00e9tais devenue une jeune fille. Nous marchions en nous tenant la main, parfois en chantant, nous nous moquions de tout le monde, Antoine me disait les po\u00e8mes de Rimbaud ou de Baudelaire qu\u2019il apprenait pour moi, nous allions nager dans le lac Zola, nous nous asseyions au bord d\u2019une restanque pour discuter du Grand Meaulnes ou des interdits de Colette. C\u2019\u00e9tait merveilleux. Mais la nuit, seule dans ma chambre, j\u2019imaginais, je crois bien m\u00eame que je souhaitais qu\u2019il vienne, qu\u2019il me touche enfin, qu\u2019il m\u2019embrasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous choque, n\u2019est-ce pas ? Si, je vois bien que je vous choque. C\u2019est vrai que vous, les am\u00e9ricains de bonne famille, vous \u00eates plut\u00f4t prudes, enfin disons r\u00e9serv\u00e9s&#8230; Ici \u00e0 Paris, surtout depuis la Lib\u00e9ration et surtout dans ce quartier, nous parlons librement de tout \u00e7a. Nous ne faisons pas qu\u2019en parler, d\u2019ailleurs&#8230; Et puis, les \u00e9mois, les d\u00e9sirs d\u2019une jeune fille, c\u2019est plut\u00f4t charmant, non ? Avec Antoine, tout \u00e9tait si frais, si pur&#8230; pourtant, j\u2019aurais bien voulu qu\u2019il&#8230; mais je n\u2019osais rien, et lui, il me parlait du Lys dans la Vall\u00e9e&#8230; enfin&#8230; un peu de champagne, s\u2019il vous plait. Remuer tous ces souvenirs, cela me trouble beaucoup, vous savez. D\u2019habitude, j\u2019\u00e9vite d\u2019y penser, mais&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, non, je vous assure. Je suis \u00e9mue, mais \u00e7a me fait un bien fou, vous ne pouvez pas savoir&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bel \u00e9t\u00e9 a pass\u00e9. Tout l\u2019hiver et tout le printemps suivant, j\u2019ai attendu juillet. J\u2019imaginais les situations les plus rocambolesques qui m\u2019am\u00e8neraient \u00e0 c\u00e9der \u00e0 Antoine. Ma favorite \u00e9tait celle-ci\u00a0: nous allions ramer sur lac Zola, je tombais \u00e0 l\u2019eau et je faisais semblant de me noyer. Forc\u00e9ment, Antoine plongeait pour me secourir, il me ramenait au rivage, il me portait \u00e9vanouie jusque sous un pin\u00a0; ma robe, car bien s\u00fbr, j\u2019avais mis ma jolie robe d\u2019\u00e9t\u00e9, celle en lin \u00e9cru&#8230; en s\u2019\u00e9gouttant de l\u2019eau du lac, elle se collait \u00e0 ma peau\u00a0; Antoine, fou d\u2019inqui\u00e9tude, m\u2019allongeait sur l\u2019herbe\u00a0; et l\u00e0, je revenais \u00e0 moi, les yeux mi-clos, la bouche entr\u2019ouverte, offerte&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a vous surprend, n\u2019est-ce pas, qu\u2019une petite jeune fille de bonne famille comme je l\u2019\u00e9tais puisse r\u00eaver de ces choses. Mais, mon cher, croyez bien que nous sommes toutes comme \u00e7a, bonne famille ou pas, toutes, \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre&#8230; toutes, nous voulons ce regard dans vos yeux, nous d\u00e9sirons vos l\u00e8vres, vos mains sur nous. Mais vous&#8230; vous&#8230; trop timides, vous n\u2019\u00eates pas pr\u00eats, ou pas encore, ou pas au bon moment. Vous, vous pensez \u00e0 vos jeux idiots de gar\u00e7ons, vous reprenez vos vantardises de gamins balourds. Alors, nous, nous r\u00e9primons nos d\u00e9sirs, nous reprenons nos jeux idiots de filles, nos bavardages de chipies&#8230; nous passons le temps, en attendant que vous&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah\u00a0! Si seulement quelqu\u2019un vous avait dit cela quand vous \u00e9tiez adolescent\u00a0! C\u2019est bien ce que vous pensez en ce moment, n\u2019est-ce pas\u00a0?<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>\u00a0A SUIVRE<\/strong><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-22721\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"879\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg 660w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-206x300.jpeg 206w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-768x1117.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie.jpeg 810w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon lui, nous devions donc voir Antoine rentrer dans moins d&rsquo;un mois. Malheureusement, \u00e7a ne s\u2019est pas pass\u00e9 comme \u00e7a&#8230; Servez-vous, Dashiel, je vous en prie. Est-ce que vous savez qu\u2019en France, quand on remplit son verre \u00e0 ras-bord avec la derni\u00e8re goutte d\u2019une bouteille de champagne, c\u2019est qu\u2019on va se marier dans l\u2019ann\u00e9e\u00a0? 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