{"id":24600,"date":"2020-07-28T07:47:00","date_gmt":"2020-07-28T05:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24600"},"modified":"2020-07-31T08:45:20","modified_gmt":"2020-07-31T06:45:20","slug":"le-cujas-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24600","title":{"rendered":"Le Cujas (17)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-24641\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Au-bar-des-amis.jpeg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"255\" \/>(&#8230;) En trois ou quatre semaines, le Marquis devient le claque de la Wehrmacht et de la haute. Au bout d&rsquo;un mois, on n&rsquo;accepte plus les soldats ni les sous-offs, encore une id\u00e9e de Sammy. On monte les prix, on am\u00e9nage le sous-sol en boite de nuit, avec un petit orchestre et un spectacle, s&rsquo;il vous plait ! La grosse affaire. Simone drive les filles, elle organise les permanences et elle r\u00e8gle les petites histoires, Sammy accueille les huiles et g\u00e8re les finances. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><u>Chapitre 5 \u2014 Achir Soltani <\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Quatri\u00e8me partie<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi ? Je m&rsquo;occupe de la discipline chez les filles et de la protection du Marquis. Parce qu&rsquo;on a fait des envieux, forc\u00e9ment, et puis aussi du tort \u00e0 deux ou trois cland\u00e9s de deuxi\u00e8me zone. Alors, il y en a qui viennent pour essayer de faire peur aux clients et aux filles. J&rsquo;ai embauch\u00e9 deux malabars pour \u00e7a. Un devant la porte, et l&rsquo;autre en r\u00e9serve \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. On finit par nous laisser tranquilles. Une fois le Su\u00e9dois et les filles pay\u00e9s, il en reste pas mal, du fric, bien assez pour mener <!--more-->une vie de pacha, et m\u00eame faire des \u00e9conomies pour les mauvais jours, on sait jamais. Avec Joselyne, c&rsquo;\u00e9tait ma r\u00e9guli\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, on se fait des sacr\u00e9s petits week-end tous les deux au bord de la Marne, ou alors avec Sammy et Simone, on va au bord de la mer dans sa Delahaye 135. La grande vie&#8230; Les Allemands nous fichent plut\u00f4t la paix, parce que tous les soirs il y a deux ou trois de leurs colonels et souvent m\u00eame un g\u00e9n\u00e9ral dans la salle ou dans une chambre. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 \u00e7a aussi qu&rsquo;on obtient tous les ausweiss qu&rsquo;on veut pour circuler et acheter de l&rsquo;essence. Les fics fran\u00e7ais, c&rsquo;est pareil. Ils n&rsquo;osent pas entrer chez nous, ils ont trop peur de tomber sur un commissaire, un type de la Milice ou un haut fonctionnaire de Vichy. Et tout \u00e7a va bien jusqu&rsquo;\u00e0 Juillet 42. Et l\u00e0, d&rsquo;un seul coup d&rsquo;un seul, les Allemands d\u00e9cident d&#8217;embarquer les juifs. \u00c7a faisait un bout de temps que \u00e7a couvait et j&rsquo;en avais parl\u00e9 \u00e0 Sammy. Vers le mois d&rsquo;avril, je l&rsquo;avais pr\u00e9venu : \u00ab\u00a0Y a des clients qui racontent que des choses se pr\u00e9parent contre les juifs. Tu devrais faire gaffe, tu devrais te mettre au vert \u00e0 la campagne, le temps de voir venir. \u00a0\u00bb Mais il voulait rien savoir. Il disait :\u00a0\u00bbJ&rsquo;ai pris mes pr\u00e9cautions. Quand j&rsquo;ai rencontr\u00e9 le Su\u00e9dois, il m&rsquo;a fait faire des papiers. Je m&rsquo;appelle Philippe Portier, n\u00e9 \u00e0 Gu\u00e9ret dans la Creuse, fils de Albert Portier et No\u00e9mie Crampon, tout ce qu&rsquo;il a de plus catholique. Tu vois que je risque rien.\u00a0\u00bb Eh ben, ils l&rsquo;ont embarqu\u00e9 quand m\u00eame. Simone a d\u00fb vous raconter. Treblinka, \u00e7a vous dit quelque chose ? \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, personne avait jamais entendu parler de ce bled, mais depuis, tout le monde connait. Pas une chance qu&rsquo;il avait de s&rsquo;en sortir, Sammy, le pauvre. Simone a compl\u00e8tement craqu\u00e9. Je suis all\u00e9 la voir pour lui remonter le moral. \u00ab\u00a0La vie continue \u00ab\u00a0, je lui ai dit, \u00ab\u00a0J&rsquo;ai absolument besoin de toi pour faire tourner le Marquis, j&rsquo;y arriverai jamais tout seul\u00a0\u00bb et tout ce genre de salades qu&rsquo;on dit dans ces cas-l\u00e0. Elle a fini par refaire surface. On a travaill\u00e9 ensemble, d\u00e9jeun\u00e9 et d\u00een\u00e9 ensemble, et puis de fil en aiguille on a fini par coucher ensemble. On a commenc\u00e9 par se r\u00e9organiser : on s&rsquo;est mis \u00e0 \u00e9galit\u00e9 Simone et moi, quarante-quarante pour nous et toujours vingt pour cent pour le Su\u00e9dois. Pas question d&rsquo;avoir des probl\u00e8mes avec lui en ce moment. Simone a remplac\u00e9 Sammy pour recevoir les clients, j&rsquo;ai embauch\u00e9 un cousin d&rsquo;Oran pour surveiller les filles et deux gorilles de plus pour la s\u00e9curit\u00e9 et tout a continu\u00e9 gentiment comme avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ben, vous savez, dans la vie, on est jamais tranquille. Tout marchait comme sur des roulettes, mais voil\u00e0 que les Am\u00e9ricains d\u00e9barquent en Normandie. \u00c0 Paris, les Allemands commen\u00e7aient \u00e0 s&rsquo;\u00e9nerver et nos huiles fran\u00e7aises \u00e9taient carr\u00e9ment en pleine panique. C&rsquo;\u00e9tait pas bon pour les affaires. Trois jours apr\u00e8s le d\u00e9barquement, tout le monde \u00e9tait persuad\u00e9 que les Allemands n&rsquo;en avaient plus pour tr\u00e8s longtemps. Alors, on a organis\u00e9 une grande f\u00eate. On a invit\u00e9 tous les officiers qu&rsquo;avaient pas encore rejoint leur r\u00e9giment et toutes les huiles qui n&rsquo;\u00e9taient pas encore parti se planquer \u00e0 la cambrousse. Une nouba comme on n&rsquo;en avait pas vu depuis le tsar de toutes les Russies. Deux jours, \u00e7a a dur\u00e9. Il a fallu aller chercher du cognac et du champagne dans la r\u00e9serve, \u00e0 Gentilly. A la fin, tout le monde pleurait, les filles comme les clients. Un mois de recette en deux jours ! Et puis, apr\u00e8s \u00e7a on a ferm\u00e9. On a envoy\u00e9 les filles chez un ami, \u00e0 Orl\u00e9ans et Simone et moi, on est parti en douce dans le Morvan. Et puis on a attendu, planqu\u00e9s, un mois, deux mois, trois mois. On recevait des nouvelles par Momo. \u00c0 Paris, les choses redevenaient normales. Bien s\u00fbr, y avait plus d&rsquo;Allemands, mais le march\u00e9 noir continuait et les soldats am\u00e9ricains parcouraient Paris \u00e0 la recherche de filles couleur locale. Un jour, le Su\u00e9dois nous fait dire par Momo que le proprio de l&rsquo;h\u00f4tel particulier de la porte de la Muette est mort en Am\u00e9rique, que la baraque est toujours vide et que personne s&rsquo;y int\u00e9resse, bref qu&rsquo;il est temps de rouvrir le Marquis. Alors, Simone et moi on est rentr\u00e9 \u00e0 Paris, on a fait revenir les frangines d&rsquo;Orl\u00e9ans, on a fait un peu de m\u00e9nage et on a rouvert le Marquis. Avec l&rsquo;\u00e9puration qu&rsquo;\u00e9tait en cours, tous ces types qu&rsquo;on mettait en prison, toutes ces filles qu&rsquo;\u00e9taient tondues par des excit\u00e9s, on craignait un peu d&rsquo;avoir des ennuis avec les R\u00e9sistants de la derni\u00e8re heure. Alors, on a \u00e9t\u00e9 discret ; on a d\u00e9croch\u00e9 l&rsquo;enseigne qu&rsquo;\u00e9tait au-dessus de la grande porte et on a mis sur la grille du jardin une plaque en cuivre \u00e0 peine plus grande qu&rsquo;une carte postale qui disait \u00ab\u00a0La Marquise de la Muette \u2013 Club priv\u00e9\u00a0\u00bb. Et puis on a fait passer le mot aux portiers d&rsquo;h\u00f4tels et aux taxis : le Marquis a rouvert au m\u00eame endroit mais sous un autre nom. On fait dire aux flics de l&rsquo;Occupation qui sont rest\u00e9s en poste, en bon nombre d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;ils ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 regarder ailleurs que vers La Marquise, parce qu&rsquo;on a des souvenirs pr\u00e9cis de certaine soir\u00e9es au Marquis qu&rsquo;ils n&rsquo;aimeraient pas qu&rsquo;on ravive. Eh bien, il a pas fallu deux mois pour que \u00e7a reparte ; pas comme avant, faut avouer ; d&rsquo;abord c&rsquo;\u00e9tait pas tout \u00e0 fait la m\u00eame client\u00e8le, les Am\u00e9ricains rempla\u00e7aient les Allemands et les R\u00e9sistants de tous poils rempla\u00e7aient les Collabos, mais un homme, c&rsquo;est un homme, et puis faut savoir s&rsquo;adapter. En tout cas, le fric rentrait \u00e0 nouveau ; moins qu&rsquo;avant, mais quand m\u00eame. Deux ans, \u00e7a a dur\u00e9, deux \u00a0ans exactement.<br \/>\nEt puis un jour, la catastrophe : j&rsquo;ai une embrouille avec Momo ; un truc vraiment idiot : il arrive \u00e0 \u00ab\u00a0La Marquise\u00a0\u00bb en plein boum en gueulant que je lui dois de l&rsquo;argent, que je l&rsquo;ai pas pay\u00e9 de ses services de quand j&rsquo;\u00e9tais dans le Morvan. Je lui dis qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par le Su\u00e9dois et que \u00e7a va bien comme \u00e7a. Il veut rien savoir et recommence \u00e0 faire du barouf. Je lui dis qu&rsquo;on va parler de tout \u00e7a, mais pas devant les clients, plut\u00f4t \u00e0 la cave. Momo dit d&rsquo;accord et l\u00e0, c&rsquo;est le drame ! Le maladroit s&#8217;emm\u00eale les pieds dans l&rsquo;escalier et vient se fracasser la t\u00eate sur le coin de la chaudi\u00e8re. Il clamse sur le coup, le con. Alors moi, bon citoyen, j&rsquo;appelle les flics. Et les voil\u00e0 qui rappliquent en fanfare. Ils me disent que c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai but\u00e9, que \u00e7a les \u00e9tonne pas, que \u00e7a fait longtemps qu&rsquo;ils m&rsquo;ont \u00e0 l&rsquo;\u0153il, que sur moi, ils en ont long comme \u00e7a, et patati et patata. Ils m&#8217;embarquent aussi sec dans le panier \u00e0 salade. Arriv\u00e9 \u00e0 la maison Poulaga, ils commencent \u00e0 me travailler s\u00e9rieusement, d&rsquo;abord \u00e0 la grande baffe dans la gueule et puis au bottin sur le cr\u00e2ne. Au bout de trois heures, j&rsquo;avais toujours pas mouft\u00e9. Alors, ils disent qu&rsquo;ils sont fatigu\u00e9s, qu&rsquo;ils vont dormir et qu&rsquo;on reprendra demain matin. Mais le lendemain, il y a un avocat qui arrive. C&rsquo;est Simone qui lui a t\u00e9l\u00e9phon\u00e9. \u00ab\u00a0Il s&rsquo;agit de toute \u00e9vidence d&rsquo;un regrettable accident\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il dit. \u00ab\u00a0Mon client est un honorable commer\u00e7ant, propri\u00e9taire d&rsquo;un club priv\u00e9 dont les membres sont des citoyens respectables et haut plac\u00e9s qui tiennent Monsieur Soltani en haute estime. C&rsquo;est en particulier le cas de Monsieur Danjou, chef de Cabinet du Ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur, qui serait d\u00e9sol\u00e9 d&rsquo;apprendre le traitement de faveur qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 mon client&#8230;\u00a0\u00bb. Les flics, \u00e7a les fait r\u00e9fl\u00e9chir. Une heure plus tard, l&rsquo;air pas content, ils me laissent rentrer chez moi. Le vrai probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont revenus le matin avec un mandat et qu&rsquo;ils ont trouv\u00e9 dans le tas de charbon une pelle avec des cheveux \u00e0 Momo coll\u00e9s dessus. Du coup, on m&#8217;emm\u00e8ne Quai des Orf\u00e8vres et j&rsquo;ai beau dire que cette pelle, je l&rsquo;avais jamais vue, on m&rsquo;inculpe pour homicide volontaire. La suite, vous devez la connaitre, c&rsquo;\u00e9tait dans tous les journaux : un proc\u00e8s \u00e0 toute allure, deux mois d&rsquo;instruction, deux jours de proc\u00e8s, et une condamnation \u00e0 quinze ans pour meurtre. Mon avocat est content ; il dit que quinze ans pour un meurtre, c&rsquo;est pas cher pay\u00e9, surtout de nos jours ; il dit qu&rsquo;en appel, je pourrais bien prendre le double, ou m\u00eame \u00e9coper de la lucarne si jamais ils d\u00e9cidaient que c&rsquo;\u00e9tait plus un assassinat qu&rsquo;un meurtre. \u00ab\u00a0Vous \u00eates peut-\u00eatre content, que je\u00a0 lui dis, mais moi, je suis pas content du tout\u00a0\u00bb. Je trouve que quinze ans, c&rsquo;est quand m\u00eame un peu long pour un regrettable accident, qu&rsquo;il s&rsquo;est d\u00e9brouill\u00e9 comme un manche et que je compte bien faire appel mais avec un autre bavard. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait. On est en train de trouver des nouveaux \u00e9l\u00e9ments, comme ils disent. \u00c7a ne peut pas ne pas marcher, ils m&rsquo;ont dit. Le proc\u00e8s est pour dans deux mois.<br \/>\nBon, voil\u00e0 o\u00f9 en est, si vous \u00eates encore l\u00e0 apr\u00e8s le proc\u00e8s, j&rsquo;accepterai que vous m&rsquo;invitiez \u00e0 la Tour d&rsquo;Argent pour c\u00e9l\u00e9brer. J&rsquo;aurai peut-\u00eatre d&rsquo;autres choses \u00e0 vous raconter. Mais pour le moment, ce sera tout. De toute fa\u00e7on, c&rsquo;est bient\u00f4t l&rsquo;heure de la cantine. Vous savez, c&rsquo;est pas comme on croit, la cantine. Ici, c&rsquo;est pas si mauvais, quand on sait se d\u00e9brouiller avec les matons. Allez, l&rsquo;Am\u00e9ricain, faut qu&rsquo;on se quitte maintenant.<br \/>\nDites, ce serait pas trop vous demander que de m&rsquo;envoyer deux ou trois cartouches de cigarettes ? Vous connaissez la marque ; et puis une ou deux bo\u00eetes de cigares, aussi. Des Monte Christo, si possible. \u00c7a se revend bien par ici. Allez, salut, bonhomme ! \u00c0 un de ces quatre ! \u00c0 la Tour d&rsquo;Argent, d&rsquo;accord ?<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><em><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><em><strong>29 Juil, 07:47 Mississippi<\/strong><\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><em><strong>29 Juil, 16:47 RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (48)<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) En trois ou quatre semaines, le Marquis devient le claque de la Wehrmacht et de la haute. Au bout d&rsquo;un mois, on n&rsquo;accepte plus les soldats ni les sous-offs, encore une id\u00e9e de Sammy. 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