{"id":24596,"date":"2020-07-26T07:47:00","date_gmt":"2020-07-26T05:47:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24596"},"modified":"2020-07-31T08:46:40","modified_gmt":"2020-07-31T06:46:40","slug":"le-cujas-16","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24596","title":{"rendered":"Le Cujas (16)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-24641\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Au-bar-des-amis.jpeg\" alt=\"\" width=\"195\" height=\"255\" \/>(&#8230;) Ma premi\u00e8re, on l&rsquo;a dragu\u00e9e ensemble. Elle s&rsquo;appelait Mauricette. On l&rsquo;a bien travaill\u00e9e \u00e0 deux, et au moment de conclure, il s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9. Un vrai gentleman, Sammy. Mauricette, je l&rsquo;ai gard\u00e9e un an et puis, dette de jeu, dette d&rsquo;honneur, je l&rsquo;ai refil\u00e9e \u00e0 Max, le gorille du Su\u00e9dois. Elle doit \u00eatre \u00e0 Tanger \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, ou ailleurs, va savoir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><strong><u>Chapitre 5 \u2014 Achir Soltani <\/u><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Troisi\u00e8me partie<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Max, c&rsquo;\u00e9tait le gorille du Su\u00e9dois. Cent vingt-cinq kilos de muscle, pas deux grammes de cervelle. En fait, il s&rsquo;appelait pas Max. Je crois que son nom c&rsquo;\u00e9tait Bernard, mais on l&rsquo;appelait Max \u00e0 cause de son poids, vous comprenez, Max pour Maximum. Ils l&rsquo;ont fusill\u00e9 \u00e0 la Lib\u00e9ration. Ils ont dit que c&rsquo;\u00e9tait un collabo. Je suis s\u00fbr qu&rsquo;il a pas compris ce qui lui arrivait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la bande, y avait aussi Tony. Tony, c&rsquo;\u00e9tait le second du Su\u00e9dois, son conseiller. On l&rsquo;appelait Le Bavard parce son p\u00e8re \u00e9tait avocat et qu&rsquo;il avait pass\u00e9 un an \u00e0 la Fac de droit. Sa sp\u00e9cialit\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait le cambriolage en douceur et le contact avec les fourgues. Il a failli se faire fusiller avec Max, mais il a r\u00e9ussi \u00e0 ficher le camp en Corse, dans sa famille. Il a ouvert un bistrot \u00e0 l&rsquo;Ile Rousse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait Marcel, Momo, un as de la m\u00e9canique. Sa sp\u00e9cialit\u00e9 <!--more-->c&rsquo;\u00e9tait chauffeur. C&rsquo;est aussi lui qui volait les tires quand on en avait besoin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, y avait Joseph. Tout le monde l&rsquo;appelait Pirate. Vous savez pourquoi ? Vous allez vous marrer : son blaze, c&rsquo;\u00e9tait Ponce, Joseph Ponce. C&rsquo;est Tony qui lui avait trouv\u00e9 son premier surnom : Pilate, \u00e0 cause de Ponce Pilate, vous comprenez, et puis pour rigoler, c&rsquo;est devenu Ponce Pirate, et puis Pirate tout court. Sa sp\u00e9cialit\u00e9 \u00e0 Pirate, c&rsquo;\u00e9tait pickpocket ; et aussi faussaire, un peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis y avait Sammy et moi. Sammy s&rsquo;occupait surtout de racket et du recrutement des filles, et moi, du racket aussi, avec Sammy, et de corriger les filles quand il le fallait, m\u00eame les marquer un peu au couteau si c&rsquo;\u00e9tait vraiment grave, et puis aussi en cas de besoin de suriner un quidam qu&rsquo;aurait trop march\u00e9 sur les plates-bandes au Su\u00e9dois. Mais \u00e7a, y a jamais eu besoin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Max et Sammy sont morts, maintenant ; Tony est parti et moi j&rsquo;ai pris mes distances, mais le Su\u00e9dois est toujours l\u00e0 et il nous a remplac\u00e9 par des types que je connais \u00e0 peine. Sa bande s&rsquo;est bien renforc\u00e9e pendant l&rsquo;Occupation ; elle est encore plus forte qu&rsquo;avant. C&rsquo;est pour \u00e7a que je vous en dirai pas plus sur lui. C&rsquo;est qu&rsquo;il a des oreilles et des gros bras partout, le Su\u00e9dois, et m\u00eame ici.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De toute fa\u00e7on, je vous ai dit, si vous racontez \u00e7a \u00e0 quelqu&rsquo;un, je dirai que j&rsquo;ai tout invent\u00e9, que c&rsquo;\u00e9tait de la blague, juste des trucs pour que vous m&rsquo;aidiez \u00e0 cantiner. Et puis, quand vous sortirez votre bouquin, si jamais il y a des vrais noms et des vraies adresses, je vous assure que moi ou mes copains, on saura vous retrouver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, je me f\u00e2che pas, mais je vous pr\u00e9viens, c&rsquo;est tout. C&rsquo;est que je suis en t\u00f4le, moi, que mon proc\u00e8s est pas fini, et que \u00e7a serait pas le moment d&rsquo;en rajouter pour fournir des billes \u00e0 cette salet\u00e9 de procureur. Surtout que j&rsquo;ai toutes les chances de m&rsquo;en sortir avec deux ou trois ans de cabane. Mon bavard m&rsquo;a dit qu&rsquo;on allait changer de cheval : on va laisser tomber la th\u00e8se de l&rsquo;accident, on va plaider la l\u00e9gitime d\u00e9fense. On va sortir des t\u00e9moins de partout. Et \u00e7a, c&rsquo;est imparable. Donc en attendant, motus sur ma carri\u00e8re. Compris ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, la guerre maintenant. Le d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 39 est pas mauvais du tout : j&rsquo;ai une fille qui marche bien et une autre, Joselyne, qu&rsquo;est sur le feu. Et puis vlan ! La mobilisation ! En plein mois d&rsquo;ao\u00fbt, juste au moment o\u00f9 les caves sont seuls \u00e0 Paris, sans bobonne, et o\u00f9 les touristes veulent gouter \u00e0 la vie parisienne ! Juste au moment o\u00f9 il faut surveiller les filles de pr\u00e8s. Et me voil\u00e0 parti \u00e0 Compi\u00e8gne pour la conscription et le conseil de r\u00e9vision. Compi\u00e8gne ! Tu parles d&rsquo;un bled. Enfin bon&#8230; Sans que je demande rien, il y une des filles de la bande qui vient me voir de Paris \u2014 je suis sa s\u0153ur, qu&rsquo;elle dit \u2014 et qui me refile trois ou quatre pilules miracle. \u00ab\u00a0De la part du Su\u00e9dois\u00a0\u00bb, elle me dit. \u00ab\u00a0T&rsquo;en prends une seule une heure ou deux avant de voir le toubib et tu laisses venir. T&rsquo;inqui\u00e8tes pas, \u00e7a secoue un peu, mais \u00e7a dure pas, pas plus d&rsquo;un jour ou deux.\u00a0\u00bb C&rsquo;est \u00e7a d&rsquo;\u00eatre de la bande du Su\u00e9dois. On vous laisse pas tomber. On s&rsquo;occupe de vous. On se sent pas tout seul. \u00c7a secoue un peu, qu&rsquo;elle avait dit ! \u00c7a dure pas ! Tu parles, Charles ! Cinq jours, cinq jours et cinq nuits je suis rest\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infirmerie. J&rsquo;avais chaud, j&rsquo;avais froid, j&rsquo;avais mal au cr\u00e2ne, mal au c\u0153ur, mal au ventre, mal aux cheveux, mal aux ongles m\u00eame, je savais plus o\u00f9 j&rsquo;habitais, je voulais mordre tout le monde, je disais n&rsquo;importe quoi, je pleurais, je ricanai&#8230; Attention, je faisais pas expr\u00e8s. \u00c7a me venait tellement tout seul que je pouvais pas m&rsquo;en emp\u00eacher. Au bout de six jours, j&rsquo;\u00e9tais calm\u00e9, mais j&rsquo;\u00e9tais encore tout patraque. Ils m&rsquo;ont dit : \u00ab\u00a0Rentrez chez vous. Allez voir un m\u00e9decin civil, nous on veut plus vous voir. Allez, bon vent !\u00a0\u00bb Ils m&rsquo;ont donn\u00e9 des tas de papiers sign\u00e9s, tamponn\u00e9s, comme quoi j&rsquo;\u00e9tais inapte \u00e0 la guerre. Quand je suis arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Auberge Landaise, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 presque tout le monde. Y avait Sammy et Tony qu&rsquo;avaient eu les m\u00eames pilules. Tous inaptes ! On a fait une de ces javas ! Apr\u00e8s, on a repris notre train-train un peu au ralenti ; forc\u00e9ment, dans Paris, y avait moins d&rsquo;hommes en \u00e2ge de consommer&#8230; jusqu&rsquo;\u00e0 ce que les Schleus d\u00e9barquent. Les verts de gris dans la capitale, \u00e7a nous a d&rsquo;abord foutu un sacr\u00e9 coup, vous comprenez. C&rsquo;est notre c\u00f4t\u00e9 patriote, \u00e7a nous mettait le moral \u00e0 z\u00e9ro. On a beau \u00eatre voyou, on est fran\u00e7ais, quand m\u00eame. Mais on a vite compris l&rsquo;occasion, Sammy surtout. Un soir, il me dit comme \u00e7a : \u00a0\u00bb Tu te rends compte un peu ? Tous ces soldats, tous ces officiers ! Ils sont jeunes, en pleine forme, ils ont gagn\u00e9 la guerre, ils ont tous les droits et ils arrivent dans la ville qui les fait r\u00eaver depuis tout petit. Paris ! Ach, Parisse ! les monuments, les petites mademazelles, le champagne et tout \u00e7a ! Il faut leur en donner tant qu&rsquo;ils en veulent ! Enfin, je veux dire, leur en vendre ! Casquette, c&rsquo;est notre chance. \u00a0\u00bb Et il me raconte ce qu&rsquo;il a en t\u00eate :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0On monte un bordel, mais de luxe, hein ! On fait rentrer le Su\u00e9dois pour dix pour cent pour qu&rsquo;il nous laisse tranquille et on se met tous les deux, toi pour quarante et moi pour cinquante pour cent parce que j&rsquo;ai eu l&rsquo;id\u00e9e. J&rsquo;ai rep\u00e9r\u00e9 une chouette baraque du c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re de la Muette. On devrait l&rsquo;avoir pour pas cher, le proprio a fichu le camp en Am\u00e9rique. On charge Simone de recruter le cheptel, tu surveilles les travaux, et moi je prends contact avec les huiles, la Pr\u00e9fecture, la Kommandantur et tout \u00e7a. Dans un mois, on ouvre et on verra ce qu&rsquo;on verra. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 le nom : Le Marquis. La classe, non ? Tu marches ?\u00a0\u00bb Vous pensez si j&rsquo;ai march\u00e9 ! Quarante pour cent d&rsquo;un claque de luxe \u00e0 mon \u00e2ge, et sans apport, je pouvais pas r\u00eaver mieux. C&rsquo;est vrai que le Su\u00e9dois, il a pas march\u00e9 pour dix pour cent mais pour vingt. C&rsquo;est vrai aussi que du m\u00eame coup Sammy a fait passer ma part de quarante \u00e0 trente pour cent. Mais qu&rsquo;est-ce que je pouvais faire \u00e0 \u00e7a ? Sammy aurait tr\u00e8s bien pu monter le truc sans moi, tandis que moi, je pouvais rien faire sans lui. Donc, j&rsquo;ai dit d&rsquo;accord. Et c&rsquo;est parti comme en 14 ! Mais l\u00e0, y a pas eu de bataille de la Marne, y a pas eu de Verdun, \u00e7a a march\u00e9 tout de suite, et du feu de Dieu, mon neveu ! En trois ou quatre semaines, le Marquis devient le claque de la Wehrmacht et de la haute. Au bout d&rsquo;un mois, on n&rsquo;accepte plus les soldats ni les sous-offs, encore une id\u00e9e de Sammy. On monte les prix, on am\u00e9nage le sous-sol en boite de nuit, avec un petit orchestre et un spectacle, s&rsquo;il vous plait ! La grosse affaire. Simone drive les filles, elle organise les permanences et elle r\u00e8gle les petites histoires, Sammy accueille les huiles et g\u00e8re les finances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>A SUIVRE<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Ma premi\u00e8re, on l&rsquo;a dragu\u00e9e ensemble. Elle s&rsquo;appelait Mauricette. On l&rsquo;a bien travaill\u00e9e \u00e0 deux, et au moment de conclure, il s&rsquo;est \u00e9cart\u00e9. Un vrai gentleman, Sammy. 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