{"id":24437,"date":"2020-07-16T07:47:55","date_gmt":"2020-07-16T05:47:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24437"},"modified":"2020-07-18T10:14:58","modified_gmt":"2020-07-18T08:14:58","slug":"le-cujas-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24437","title":{"rendered":"Le Cujas (13)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">(&#8230;) <em>Arlette, elle s&rsquo;appelait. Dix-neuf ans, comme lui. Jolie comme un c\u0153ur, et gaie et gentille. Enfin, c&rsquo;est ce que Robert disait dans ses lettres, parce qu&rsquo;Arlette, moi, je l&rsquo;ai jamais vue. M\u00eame apr\u00e8s la mort de Robert. Mais je juge pas, remarquez. Elle a d\u00fb rester l\u00e0-bas, aux Colonies. Peut-\u00eatre m\u00eame qu&rsquo;elle y est pass\u00e9e elle aussi, parce que les Japonais, hein, il parait qu&rsquo;ils y ont pas \u00e9t\u00e9 de main morte&#8230; Enfin, Arlette, je l&rsquo;ai jamais vue. Ce que je sais, c&rsquo;est que c&rsquo;est elle qui avait d\u00e9cid\u00e9 Robert \u00e0 partir dans ce pays de sauvages&#8230;Tenez, vous allez comprendre. Lisez la lettre d&rsquo;apr\u00e8s que j&rsquo;ai re\u00e7ue de Robert. Vous pouvez la copier aussi si vous voulez.<\/em><\/span><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/06\/Robert.jpeg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><strong>Chapitre 4 \u2013 Robert Picard<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Troisi\u00e8me partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>Ma ch\u00e8re Maman, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&rsquo;esp\u00e8re que cette lettre te trouvera en bonne sant\u00e9, ainsi que mon fr\u00e8re et mes s\u0153urs. Je suis d\u00e9sol\u00e9 de n&rsquo;\u00eatre pas venu pour le mariage de Marie, mais c&rsquo;\u00e9tait en pleine saison et Madame Antoinette n&rsquo;a pas voulu que je m&rsquo;absente \u00e0 ce moment-l\u00e0. Je suis s\u00fbr qu&rsquo;elle sera tr\u00e8s heureuse avec le Jean, qui est un bon gar\u00e7on et qui a de belles esp\u00e9rances avec la ferme de la Pr\u00e9tentaine qui lui reviendra un jour bient\u00f4t si Dieu le veut. Je suis s\u00fbr aussi que, maintenant que le P\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9, Abel fait marcher la ferme encore mieux qu&rsquo;avant, car il a toujours eu des id\u00e9es modernes. Avec toutes ses qualit\u00e9s de bonne m\u00e9nag\u00e8re, Louise ne tardera pas \u00e0 trouver un mari que j&rsquo;esp\u00e8re aussi prometteur que Jean. Quant \u00e0 Josette, son troisi\u00e8me prix de fran\u00e7ais au concours g\u00e9n\u00e9ral m&rsquo;a rempli de joie. Il faut absolument qu&rsquo;elle continue ses \u00e9tudes pour devenir la fiert\u00e9 de la famille. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour moi, il y a eu beaucoup de changement dans ma vie et je vais te les dire.<!--more--><\/em><\/p>\n<p><em> Tu sais que j&rsquo;aimais bien mon m\u00e9tier de gar\u00e7on de caf\u00e9, mais je commen\u00e7ais \u00e0 en avoir assez de loger juste au-dessus de Madame Antoinette parce qu&rsquo;elle me surveillait tout le temps et que \u00e7a m&rsquo;a ennuy\u00e9 encore plus quand j&rsquo;ai rencontr\u00e9 quelqu&rsquo;un. Elle s&rsquo;appelle Arlette, elle travaille \u00e0 la Samaritaine, c&rsquo;est une vraie Parisienne et elle a dix-neuf ans comme moi. Je l&rsquo;ai rencontr\u00e9 au rayon des chaussettes o\u00f9 elle est vendeuse. Elle m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 choisir mes chaussettes et elle m&rsquo;a m\u00eame fait acheter une cravate, ma premi\u00e8re, parce que celle que je mettais pour travailler, \u00e7a ne compte pas. On a discut\u00e9 en choisissant. Ensuite, je l&rsquo;ai attendue \u00e0 la sortie de son travail et on est all\u00e9 boire une bi\u00e8re sur la place du Ch\u00e2telet. Apr\u00e8s, on se voyait tous les lundis, parce que c&rsquo;\u00e9tait mon jour et que c&rsquo;est le sien aussi, une chance ! Et puis aussi le soir, le plus souvent possible. Elle m&rsquo;a fait visiter Paris dans des endroits que je ne connaissais m\u00eame pas. Elle est formidable, elle est dr\u00f4le et intelligente et je voudrais que tu voies comme elle est jolie. A un moment, je ne sais pas comment, Madame Antoinette a d\u00fb s&rsquo;apercevoir de quelque chose, parce qu&rsquo;elle m&rsquo;attrapait de plus en plus souvent et toujours pour des petites choses. Un soir, apr\u00e8s la fermeture, elle est mont\u00e9e dans ma chambre et comme je n&rsquo;\u00e9tais pas aimable comme d&rsquo;habitude avec elle, elle m&rsquo;a fait une sc\u00e8ne terrible. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de chercher un autre emploi. Trois jours apr\u00e8s, Arlette m&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un cousin qui travaille \u00e0 La Paix. C&rsquo;est une Compagnie d&rsquo;Assurance. Il m&rsquo;a dit comment faire et la semaine d&rsquo;apr\u00e8s j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9 comme commis \u00e0 La Paix. Madame Antoinette m&rsquo;a fait une grande sc\u00e8ne quand je suis parti, mais je suis parti quand m\u00eame. Maintenant je gagne moins qu&rsquo;au Cujas, mais le cousin m&rsquo;a dit que c&rsquo;\u00e9tait provisoire parce qu&rsquo;il y a beaucoup de possibilit\u00e9s d&rsquo;avancement \u00e0 La Paix.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et puis, comme on s&rsquo;est mis en m\u00e9nage avec Arlette, \u00e7a nous fait des \u00e9conomies. On viendra surement \u00e0 la ferme bient\u00f4t pour que je puisse te pr\u00e9senter Arlette ainsi qu&rsquo;au fr\u00e8re et \u00e0 mes s\u0153urs. Je suis s\u00fbr qu&rsquo;elle leur plaira et \u00e0 toi aussi.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ton fils affectionn\u00e9 et qui t&rsquo;aime de m\u00eame.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Robert<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8230;<\/em><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, il est jamais revenu \u00e0 la ferme, pas plus sans qu&rsquo;avec cette Arlette. Mais j&rsquo;ai re\u00e7u une nouvelle lettre, un an plus tard. Tenez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ma ch\u00e8re Maman, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&rsquo;esp\u00e8re que cette lettre te trouvera en bonne sant\u00e9, ainsi que toute la famille. Tu ne dois pas \u00eatre contente que je ne t&rsquo;aie pas \u00e9crit depuis si longtemps, mais il ne faut pas m&rsquo;en vouloir parce qu&rsquo;il est arriv\u00e9 tellement de choses dans ma vie depuis un an que j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s occup\u00e9 et que je n&rsquo;avais pas assez de temps pour \u00e9crire. Maintenant, Arlette et moi sommes vraiment install\u00e9s \u00e0 et j&rsquo;ai un peu de temps pour t&rsquo;\u00e9crire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tu sais par ma derni\u00e8re lettre que j&rsquo;avais quitt\u00e9 le Cujas pour prendre un emploi de commis \u00e0 La Paix et que Arlette et moi nous nous \u00e9tions mis ensemble. Comme je ne gagnais pas beaucoup, Arlette \u00e9tait sans cesse \u00e0 me dire que je devrais me faire plus valoir dans la Compagnie, demander \u00e0 voir mon chef pour lui proposer des changements dans l&rsquo;organisation. Alors, c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait.\u00a0 Apr\u00e8s quatre mois de travail consciencieux sur les dossiers des clients, je lui ai propos\u00e9 une m\u00e9thode diff\u00e9rente de classement qui pourrait faire gagner du temps \u00e0 tout le monde. Il m&rsquo;a f\u00e9licit\u00e9 mais il m&rsquo;a expliqu\u00e9 qu&rsquo;il ne fallait en parler \u00e0 personne parce que ma m\u00e9thode n&rsquo;\u00e9tait pas applicable pour telle et telle raison que je n&rsquo;ai pas bien comprises, mais voil\u00e0, ce n&rsquo;\u00e9tait pas possible. J&rsquo;\u00e9tais bien d\u00e9\u00e7u. Mais voil\u00e0 qu&rsquo;un mois plus tard, il m&rsquo;a dit que le bureau de la Compagnie en Indochine avait besoin de monde et que si j&rsquo;\u00e9tais d&rsquo;accord pour partir l\u00e0-bas au moins cinq ans, il pouvait me recommander pour un poste de r\u00e9dacteur-inspecteur. Moi, \u00e7a m&rsquo;inqui\u00e9tait un peu de partir si loin mais, quand j&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 Arlette, elle a dit que les colonies, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;avenir et qu&rsquo;on ne pouvait pas rater une occasion comme \u00e7a. Alors, j&rsquo;ai dit oui et on est parti. Le voyage a \u00e9t\u00e9 dur mais formidable. Presque deux mois dans une cabine de troisi\u00e8me classe, mais des escales extraordinaires dans des tas de pays diff\u00e9rents. On en a vu des choses ! Quand on est arriv\u00e9 \u00e0 Hano\u00ef, les gens du bureau avaient pr\u00e9par\u00e9 une f\u00eate et on a trouv\u00e9 tout le monde bien gentil et bien serviable. Arlette s&rsquo;est faite plein d&rsquo;amies avec les \u00e9pouses de mes coll\u00e8gues et elle est s\u00fbre de trouver bient\u00f4t du travail. Pendant deux mois, on a habit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel et puis on a trouv\u00e9 une maison dans le quartier blanc. Elle n&rsquo;est pas bien grande, mais on est chez nous. Arlette et moi, on a d\u00e9cid\u00e9 de se marier bient\u00f4t. Depuis que nous sommes arriv\u00e9s en Indochine, nous avons pu faire quelques petits voyages. Je voudrais que tu voies comme le pays est beau et comme les gens sont gentils. Je sens que nous allons \u00eatre tr\u00e8s heureux ici. Je t&rsquo;enverrai bient\u00f4t d&rsquo;autres nouvelles. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ton fils affectionn\u00e9 et qui t&rsquo;aime de m\u00eame.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Robert<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Voil\u00e0. Je n&rsquo;ai plus jamais rien re\u00e7u apr\u00e8s celle-l\u00e0. Je me faisais un peu de souci, bien s\u00fbr, mais sans plus. J&rsquo;avais l&rsquo;habitude, qu&rsquo;est-ce que vous voulez. Et puis \u00e0 partir de juin 40, on avait nos propres ennuis, nous ici. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en d\u00e9but 46 que j&rsquo;ai re\u00e7u une lettre de l&rsquo;arm\u00e9e qui me disait que le Caporal Robert Picard \u00e9tait mort pour la France dans un bombardement japonais. Vous vous rendez compte ? Six ans apr\u00e8s&#8230;, et je savais m\u00eame pas qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) Arlette, elle s&rsquo;appelait. Dix-neuf ans, comme lui. Jolie comme un c\u0153ur, et gaie et gentille. Enfin, c&rsquo;est ce que Robert disait dans ses lettres, parce qu&rsquo;Arlette, moi, je l&rsquo;ai jamais vue. M\u00eame apr\u00e8s la mort de Robert. Mais je juge pas, remarquez. Elle a d\u00fb rester l\u00e0-bas, aux Colonies. 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