{"id":2411,"date":"2014-12-07T06:24:56","date_gmt":"2014-12-07T04:24:56","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=2411"},"modified":"2014-12-07T00:17:08","modified_gmt":"2014-12-06T22:17:08","slug":"xalchis-en-eubee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2411","title":{"rendered":"Xalchis en Eub\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p><em>Couleur Caf\u00e9<b>\u00a015<\/b><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas toujours aimables, les grec(que)s, mais quelle douce vie ! Il est vrai que la crise n&rsquo;est que pour demain. On est encore en mai, 2008, un dimanche, \u00e0 Xalchis, en Eub\u00e9e .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On dit que c\u2019est de l\u00e0 que sont partis quarante des mille deux cents vaisseaux grecs \u00e0 la conqu\u00eate de Troie il y a plus de trois mille ans. Mais ici, chaque ville, chaque village, chaque montagne, chaque lac a une histoire, et on sait que les grecs adorent raconter des histoires, antiques surtout. Alors, comment savoir ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas particuli\u00e8rement pittoresque, mais plut\u00f4t agr\u00e9able, cette petite ville poss\u00e8de une belle promenade de bord de mer avec une jolie vue sur la c\u00f4te du continent, toute proche. C\u2019est la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, la sieste grecque est termin\u00e9e et les familles d\u00e9ambulent doucement dans la ti\u00e9deur du soir avant de choisir un caf\u00e9 pour l\u2019ap\u00e9ritif. Ils n\u2019iront diner que beaucoup plus tard. Xalchis n\u2019est pas<!--more--> une ville touristique. Aussi, on ne voit pas de ces couples en bermuda et Birkenstocks qui trainent leur fatigue dans leur sac \u00e0 dos \u00e0 travers le reste du pays. Ce n\u2019est pas une ville riche, mais les passants sont dignement et simplement habill\u00e9s, comme pour un dimanche. C&rsquo;est dimanche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les caf\u00e9s de la promenade sont \u00e9l\u00e9gants et confortables. L\u2019ombre y est m\u00e9nag\u00e9e partout, les tables sont \u00e9loign\u00e9es les unes des autres et les fauteuils confortables. Sans \u00eatre vraiment aimables (on n&rsquo;est pas en Am\u00e9rique), les serveurs et serveuses sont polis et efficaces. On est loin de nos bistrots bretons avec leurs odeurs de frites et leurs saisonniers nonchalants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je choisis l\u2019un des caf\u00e9s, encore plus calme et confortable que les autres. Je bois une pression dans le soir qui tombe. Je lis, je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Paris, je regarde les gens qui passent. Une autre pression, parakalo ! Je suis en paix avec l\u2019humanit\u00e9 ! C\u2019est peut-\u00eatre l\u2019effet de la bi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup plus tard, je cherche un restaurant dans la nuit. Tous sont vides ou presque. C\u2019est normal, les grecs dinent rarement avant 10 heures. Je suis attir\u00e9 par une devanture qui brille dans une petite rue sombre. Tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, c\u2019est principalement un restaurant de cuisine \u00e0 emporter. Il y a quelques tables, occup\u00e9es pour la plupart. Je m\u2019installe. Le serveur, pas aimable du tout, ne parle pas l\u2019anglais, ni le fran\u00e7ais bien s\u00fbr. Le menu en plastique qui est sur la table ne m\u2019est d\u2019aucune utilit\u00e9 : il n&rsquo;y a pas de photo. Je commande donc litt\u00e9ralement n\u2019importe quoi. N&rsquo;importe quoi et une bi\u00e8re. Je lis Maupassant. Le premier plat arrive : une assiette pleine de morceaux de tomate baignant dans l\u2019huile (bonne, l\u2019huile), couverte de rondelles d\u2019oignons et d\u2019une demie brique pl\u00e2treuse: de la feta. Pas mauvais, finalement. Arrive la suite : trois brochettes de mouton, sans les broches, emball\u00e9es chacune dans un rouleau de pain de montagne, lui-m\u00eame emball\u00e9 dans un papier \u00e0 la marque du bistrot. Ce sont des souvlakis. Ont \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9es quelques frites molles, noy\u00e9es dans une moutarde douce. Manger une seule de ces brochettes me parait d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Manger les trois, totalement hors de port\u00e9e. J\u2019en mange finalement deux, bien grasses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je me verse la derni\u00e8re goutte de mon Amstel (40 centilitres), le gar\u00e7on m\u2019apporte imm\u00e9diatement une nouvelle bouteille et l\u2019ouvre d\u2019autorit\u00e9. Je proteste, (ochi, efaristo), mais il me fait comprendre que cette bi\u00e8re m\u2019est offerte par une table voisine qu&rsquo;il me d\u00e9signe du menton. Elle est occup\u00e9e par un couple ordinaire. Il a 35 ans, il est fort, il porte un d\u00e9bardeur \u00e0 inscriptions, il est mal ras\u00e9 mais c\u2019est expr\u00e8s, il est presque tondu. Elle n&rsquo;a rien de particulier, vraiment rien ! Je les remercie d&rsquo;un salut de la t\u00eate et je trinque de loin avec l\u2019homme. Pour ne pas le vexer, je bois jusqu&rsquo;au bout cette bi\u00e8re dont je n\u2019avais pas envie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En partant tout \u00e0 l\u2019heure, j\u2019irai le remercier en fran\u00e7ais et lui serrer la main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi ce cadeau ? Je ne les avais pas regard\u00e9s de tout le diner, plong\u00e9 dans mon \u00ab\u00a0Yvette\u00a0\u00bb de Maupassant. Pourquoi ce geste ? Ils n\u2019ont m\u00eame pas cherch\u00e9 \u00e0 lier conversation. Est-ce un usage d\u2019ici, que j\u2019aurais oubli\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis soudain, je sens monter en moi ce souvenir de classe de premi\u00e8re: \u00ab\u00a0Vous, l\u00e0-bas au fond, dites moi donc comment vous traduiriez ce vers de l&rsquo;En\u00e9\u00efde: \u00ab\u00a0<em>Timeo Danaos et dona ferentes.<\/em>\u00a0\u00bb Et je me souviens tr\u00e8s bien de la traduction: \u00ab\u00a0<em>M\u00e9fie toi des Grecs quand ils te font un cadeau<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle ingratitude, quelle m\u00e9fiance!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand parfois il m&rsquo;arrive de me rappeler cette r\u00e9action instinctive, j&rsquo;ai un peu honte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couleur Caf\u00e9\u00a015 Pas toujours aimables, les grec(que)s, mais quelle douce vie ! Il est vrai que la crise n&rsquo;est que pour demain. On est encore en mai, 2008, un dimanche, \u00e0 Xalchis, en Eub\u00e9e . On dit que c\u2019est de l\u00e0 que sont partis quarante des mille deux cents vaisseaux grecs \u00e0 la conqu\u00eate de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2411\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Xalchis en Eub\u00e9e<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[510,21,593],"class_list":["post-2411","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-grece","tag-philippe","tag-timeo-danaos"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2411","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2411"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2411\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2411"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2411"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2411"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}