{"id":24019,"date":"2020-06-08T16:47:17","date_gmt":"2020-06-08T14:47:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24019"},"modified":"2020-06-09T09:18:19","modified_gmt":"2020-06-09T07:18:19","slug":"rendez-vous-a-cinq-heures-24","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24019","title":{"rendered":"RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (24)"},"content":{"rendered":"<h4 style=\"text-align: center;\"><strong>RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (23)<\/strong><\/h4>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-23460\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/TASSE-DE-THE\u0301.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"127\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>8\/06\/2020<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Cadavres exquis<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">(0)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Ils d\u00e9couvrirent les cadavres dans une tranch\u00e9e, \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite nord du quartier d\u00e9pendant du commissariat. La compagnie du t\u00e9l\u00e9phone avait \u00e9ventr\u00e9 la chauss\u00e9e, la veille en d\u00e9but de matin\u00e9e, afin de r\u00e9parer des c\u00e2bles souterrains. Les ouvriers avaient termin\u00e9 leur travail \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, alors que la temp\u00e9rature \u00e9tait tomb\u00e9e en dessous de z\u00e9ro. Ils avaient provisoirement recouvert le trou de planches et l\u2019avaient encercl\u00e9e de barri\u00e8res \u00e9quip\u00e9es de feux clignotants afin <!--more--><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\">de tenir les voitures \u00e0 distance de la longue et \u00e9troite tranch\u00e9e. Quelqu\u2019un avait arrach\u00e9 les planches et jet\u00e9 les six corps dans le trou. Deux flics qui patrouillaient aux environs des quais \u00e0 bord de leur voiture-radio rep\u00e9r\u00e8rent la br\u00e8che dans le rev\u00eatement de planches et braqu\u00e8rent leurs torches \u00e9lectriques dans la tranch\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un 6 janvier, \u00e0 trois heures du matin. \u00c0 trois heures dix, les inspecteurs Al Corbaccio et Bertram Winter \u00e9taient sur les lieux.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Un enchev\u00eatrement de c\u00e2bles \u00e9lectriques et t\u00e9l\u00e9phoniques tapissait le fond du foss\u00e9 o\u00f9 l\u2019eau s\u2019\u00e9tait infiltr\u00e9e, se m\u00e9langeant \u00e0 la terre fraichement retourn\u00e9e pour former une fondri\u00e8re qui avait gel\u00e9 \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, si bien que les c\u00e2bles semblaient gain\u00e9s de plastique brun\u00e2tre. Les six corps gisaient p\u00eale-m\u00eale sur la croute de glace boueuse. La glace avait pris une autre teinte. Celle du sang. Les corps \u00e9taient nus. Leur nudit\u00e9 faisait paraitre la nuit plus froide encore qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait. Corbaccio, qui portait un blouson de cuir doubl\u00e9 de mouton, des gants de laine marron et un serre-t\u00eate, baissait les yeux vers le fond du foss\u00e9. Winter balayait les cadavres du faisceau de sa torche \u00e9lectrique. \u00c0 trois m\u00e8tres d\u2019eux, les gyrophares des deux voitures-radio clignotaient dans la nuit. \u00c0 pr\u00e9sent que les inspecteurs \u00e9taient arriv\u00e9s, les flics avaient regagn\u00e9 leurs voitures pour \u00eatre au chaud.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #800080;\"><strong>1-Edgard<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">La nuit de ce 3 janvier \u00e9tait moite. L\u2019\u00e9t\u00e9 tropical \u00e9tait chaud et humide. A 5 heures du matin, il faisait d\u00e9j\u00e0 34\u00b0. L\u2019inspecteur Flavio Migliaccio et son \u00e9quipier l\u2019inspecteur Wellington da Silva Santos de la section des homicides de la police criminelle arriv\u00e8rent avec peine au sommet du <em>Morro Careca<\/em>, tout en haut de la <em>favela<\/em> de Matosinho. Un sergent du 3<sup>\u00e8me<\/sup> bataillon de police militaire les attendait et leur d\u00e9signa d\u2019un geste las le charnier. Six corps gisaient en contrebas, \u00e9clair\u00e9s par la lumi\u00e8re incertaine d\u2019un lampadaire dont la pr\u00e9sence inattendue \u00e9tait la marque d\u00e9risoire et symbolique de l\u2019int\u00e9r\u00eat de la municipalit\u00e9 pour ce lieu oubli\u00e9 de tous. La police militaire avait \u00e9t\u00e9 alert\u00e9e par un jeune coll\u00e8gue de l\u2019unit\u00e9 de police affect\u00e9e \u00e0 la pacification de la <em>favela<\/em> qui avait entendu le claquement familier de rafales d\u2019armes automatiques, des Kalashnikov probablement avait-il conclu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Migliaccio et son \u00e9quipier s\u2019approch\u00e8rent avec prudence du bord de la roche glissante qui surplombait le foss\u00e9 o\u00f9 s\u2019enchev\u00eatraient les cadavres de trois hommes, deux femmes et un enfant. Les corps, nus, \u00e9taient cribl\u00e9s de balles. L\u2019enfant ne devait pas avoir plus de sept ans. Les autres gu\u00e8re plus de vingt. L\u2019enfant, deux des hommes et les deux femmes \u00e9taient m\u00e9tis. Le troisi\u00e8me homme \u00e9tait un blanc. Bien qu\u2019habitu\u00e9 aux sc\u00e8nes d\u2019extr\u00eame violence, l\u2019inspecteur da Silva Santos ne put supporter la vision du petit corps d\u00e9chiquet\u00e9 et il d\u00e9tourna rapidement son regard. Aucun t\u00e9moin ni m\u00eame aucun badaud ne se trouvait sur les lieux. La population blas\u00e9e de la <em>favela<\/em> avait appris \u00e0 se tenir prudemment \u00e0 l\u2019\u00e9cart des embrouilles et surtout \u00e0 se taire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Aux premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube arriv\u00e8rent les coll\u00e8gues de la police scientifique. Leur rituel commen\u00e7a imm\u00e9diatement. V\u00eatus de blouses blanches, affubl\u00e9s de gants et de masques, ils balis\u00e8rent la sc\u00e8ne du crime, photographi\u00e8rent les corps, les alentours, cherch\u00e8rent et r\u00e9pertori\u00e8rent les indices et \u00e9l\u00e9ments de preuve, firent d\u2019innombrables pr\u00e9l\u00e8vements, num\u00e9rot\u00e9s et plac\u00e9s avec pr\u00e9caution dans des sachets en plastique aussit\u00f4t scell\u00e9s. Migliaccio et da Silva Santos s\u2019\u00e9clips\u00e8rent et rejoignirent le commissariat apr\u00e8s avoir pris un indispensable <em>caf\u00e9zinho<\/em> au bar du coin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Le d\u00e9briefing fut rapide. Pas de t\u00e9moins, pas de papiers d\u2019identit\u00e9, impossible de savoir qui \u00e9taient les victimes ni pourquoi elles avaient \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9es. Toutes les hypoth\u00e8ses \u00e9taient possibles\u00a0: r\u00e8glement de comptes entre trafiquants de drogue ou gangs rivaux, ex\u00e9cution sommaire par une milice arm\u00e9e de d\u00e9linquants pass\u00e9s au travers des mailles de la justice, vengeance d\u2019un mari tromp\u00e9\u2026Les deux policiers s\u2019accord\u00e8rent sur la priorit\u00e9 d\u2019une enqu\u00eate qui s\u2019annon\u00e7ait manifestement difficile\u00a0: identifier les victimes. Pour cela, ils ne pouvaient compter que sur le hasard ou sur la chance. Avec un peu de chance en effet, l\u2019une ou l\u2019autre des victimes aurait eu d\u00e9j\u00e0 affaire \u00e0 la police et pourrait \u00eatre identifi\u00e9e par ses empreintes digitales. Sinon, il faudrait publier les photos dans la presse. Exercice d\u00e9licat vu l\u2019\u00e9tat des cadavres qui demanderait un effort particulier au maquilleur de l\u2019identit\u00e9 judiciaire habituellement charg\u00e9 de redonner un semblant de vie aux regards \u00e9teints des morts. Et puis, il faudrait encore esp\u00e9rer qu\u2019un t\u00e9moin se manifeste.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Migliaccio et da Silva Santos en \u00e9taient l\u00e0 de leurs r\u00e9flexions quand le commissaire Jo\u00e3o Marechal Grana, matinal comme \u00e0 son habitude, entra dans le bureau.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u00ab\u00a0<em>Salue le chef\u00a0<\/em>\u00bb, intima Migliaccio \u00e0 son \u00e9quipier en lui donnant un coup de coude dans les c\u00f4tes.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">*<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Malgr\u00e9 tout le charme exotique et la couleur locale du chapitre r\u00e9dig\u00e9 par Edgard, force est de constater que s\u2019il a respect\u00e9 la longueur requise, il a, avec entrain et sur un rythme de Batucada, foul\u00e9 au pied la lettre et l\u2019esprit des r\u00e8gles qui doivent pr\u00e9sider \u00e0 la conception des textes de ce Cadavre au gout nouveau. Dois-je le rappeler, l\u2019essentiel de ces r\u00e8gles \u00e9tait\u00a0:<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>\u2014 se situer dans la continuit\u00e9\u00a0<\/em><\/strong><em>de celui de l\u2019auteur pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>\u2014 prendre telle quelle la situation <\/em><\/strong><em>laiss\u00e9e par l\u2019auteur pr\u00e9c\u00e9dent, et<\/em><strong><em>\u00a0laisser \u00e0 l\u2019auteur suivant une nouvelle situation\u00a0<\/em><\/strong><em>tout aussi compliqu\u00e9e, sinon plus.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Pour permettre au jeu de continuer dans des conditions optimales, et en vertu des pouvoirs discr\u00e9tionnaires que je viens de me voter, je me permets d\u2019ajouter le codicille suivant au chapitre br\u00e9silien qui pr\u00e9c\u00e8de :\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Wellington qui \u00e9tait arriv\u00e9 la veille dans le service ne connaissait pas encore le caract\u00e8re fac\u00e9tieux de son co\u00e9quipier. Il se redressa donc aussit\u00f4t dans un garde \u00e0 vous qu\u2019il aurait voulu r\u00e9glementaire en tentant de faire sonner l\u2019un contre l\u2019autre ses deux talons, comme il venait de l\u2019apprendre \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de Police. H\u00e9las, il ne parvint pas \u00e0 accomplir ce qui alors eut \u00e9t\u00e9 un exploit, car il portait des espadrilles. C\u2019est pourquoi, au lieu de compl\u00e9ter son salut en portant sa main droite en visi\u00e8re \u00e0 la hauteur de son k\u00e9pi et en glapissant : \u00ab Inspecteur da Silva Santos, au rapport, chef ! \u00bb, il ne put prononcer que <em>Oumpff !<\/em>\u00a0en se baissant pour frotter la r\u00e9gion subitement douloureuse de ses mall\u00e9oles internes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 \u00c7a va, Da Silva, inutile de vous prosterner, dit le commissaire, se m\u00e9prenant sur le sens de la position courb\u00e9e de son subordonn\u00e9. Dites-moi plut\u00f4t s\u2019il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose d\u2019int\u00e9ressant la nuit derni\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Migliaccio, assez satisfait du succ\u00e8s de sa premi\u00e8re blague de la journ\u00e9e, \u00e9touffa un dernier soubresaut de rigolade et apr\u00e8s avoir essuy\u00e9 quelques larmes de joie au coin de ses yeux, il put enfin r\u00e9pondre \u00e0 son chef v\u00e9n\u00e9r\u00e9 :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Rien d\u2019int\u00e9ressant, Chef ! Six cadavres sur le Morro Careca\u2026 La routine\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Seulement six ? s\u2019\u00e9tonna le Commissaire. En toute une nuit ? On dirait bien que \u00e7a se calme par l\u00e0-haut, pas vrai ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Entre le pouce et l&rsquo;index, Marechal Grana lissait le bord de la visi\u00e8re en carton plastifi\u00e9 du k\u00e9pi r\u00e9glementaire de son bel uniforme. C\u2019\u00e9tait chez lui le signe indubitable d\u2019une profonde concentration.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Da Silva, voulez-vous cesser de vous gratter les chevilles ! cria-t-il en jetant par terre son couvre-chef pour le pi\u00e9tiner avec fureur. C\u2019est aga\u00e7ant, \u00e0 la fin ! Comment voulez-vous que je trouve le coupable dans ces conditions ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Inutile, Chef. C\u2019est fait, on l\u2019a arr\u00eat\u00e9, lui r\u00e9pondit Migliaccio. Il s\u2019\u00e9tait perdu dans la favela et il a demand\u00e9\u00a0 \u00e0 un policier qui passait s\u2019il connaissait un bon h\u00f4tel pas trop loin, parce qu\u2019il \u00e9tait vraiment crev\u00e9. Comme le type avait une Kalashnikov \u00e0 la main et que sa chemise \u00e9tait couverte de sang, le flic a trouv\u00e9 \u00e7a \u00e9trange. Alors, il l\u2019a envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019antenne de police de Matosinho, en lui disant que c\u2019\u00e9tait un Sofitel. Il y est encore.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Vous l\u2019avez identifi\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">N\u00e9gligemment, un sourire suffisant sous sa fine moustache, Migliaccio sortit de sa poche un petit fascicule bleu marine et le tendit \u00e0 son chef.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Quand le suspect est arriv\u00e9 au guichet, le flic de service lui a demand\u00e9 ses papiers. Alors, le gars qui se croyait \u00e0 l\u2019h\u00f4tel lui a remis \u00e7a.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Avec ses blagues continuelles, sa petite moustache et sa fa\u00e7on de faire le malin en \u00e9pluchant les bananes, Migliaccio avait le don d\u2019agacer le commissaire. Mais Marechal Grana prit le passeport et sur lui pour n\u2019en rien montrer.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Mais c\u2019est un passeport am\u00e9ricain ! explosa le commissaire. Qu\u2019est-ce qui vous a pris d\u2019arr\u00eater un am\u00e9ricain ? J\u2019esp\u00e8re que vous ne l\u2019avez pas tabass\u00e9 !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014 Ben, un peu quand m\u00eame, Chef, mais juste ce qu\u2019il faut, hein, pas plus !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">\u2014\u00a0Mais \u00e7a va pas, la t\u00eate ! Combien de fois on vous a dit qu\u2019en cas d\u2019arrestation d\u2019un am\u00e9ricain, il faut le mettre illico dans un avion pour son pays ? Je ne veux pas d\u2019histoire avec le Ministre des Affaires \u00c9trang\u00e8res, moi ! Je prends ma retraite dans six mois, moi ! Allez Zou ! Allez me faire des excuses \u00e0 l\u2019Amerloque \u00e0 la kalasch, et foutez moi tout \u00e7a dans un avion pour n\u2019importe o\u00f9 chez l\u2019oncle Sam. Rompez !<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Migliaccio, qui portait des Berluti sur\u00e9lev\u00e9es r\u00e9glementaires, claqua bruyamment des talons et fit demi-tour apr\u00e8s un impeccable salut, tandis que Da Silva effectuait la m\u00eame man\u0153uvre, suivie d\u2019un deuxi\u00e8me <em>Oumpff !<\/em> car il portait toujours ses espadrilles. Ils r\u00e9ussirent \u00e0 \u00e9viter l\u2019annuaire des t\u00e9l\u00e9phones invers\u00e9 que leur chef venait de leur lancer \u00e0 la t\u00eate pour foncer toutes sir\u00e8nes hurlantes vers le Sofitel de Matosinho.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #800080;\">Et c\u2019est ainsi, que l\u2019assassin six fois meurtrier se retrouva le 4 janvier au soir dans le hall d\u2019arriv\u00e9e de l\u2019a\u00e9roport de l\u2019une des plus grandes villes des \u00c9tats Unis, cette m\u00eame ville o\u00f9 deux jours plus tard, deux inspecteurs du commissariat des quartiers Nord allaient se retrouver \u00e0 leur tour avec six cadavres sur les bras.<\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">*<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Mais l\u2019am\u00e9ricain rel\u00e2ch\u00e9 \u00e9tait-il vraiment l\u2019assassin de Matosinho ? Et si c\u2019\u00e9tait vraiment lui, est-il aussi celui de la tranch\u00e9e du t\u00e9l\u00e9phone ? Et si c\u2019est bien lui, aurions-nous affaire \u00e0 un serial killer ? Douze meurtres, est-ce assez pour constituer une s\u00e9rie ? Ou alors est-ce que les cadavres du 3 janvier ne seraient pas les m\u00eames que ceux du 6 janvier ? Et quand est-ce que \u00e7a va s\u2019arr\u00eater, tout \u00e7a ? Et que fait la Police ?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Vous le saurez peut-\u00eatre en lisant le chapitre de Lorenzo qui ne saurait tarder.\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">*<\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>2- Lorenzo<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les inspecteurs Al Corbaccio et Bertram Winter \u00e9taient arriv\u00e9s t\u00f4t ce matin-l\u00e0 vers 8h30 dans les locaux sinistres du commissariat. Ils \u00e9taient vautr\u00e9s dans leurs fauteuils, les pieds chauss\u00e9s de lourdes bottes en cuir pos\u00e9s sur leurs bureaux entre les tasses \u00e0 caf\u00e9 en plastic blanc vides et les cendriers bourr\u00e9s de m\u00e9gots. Bien qu\u2019ayant les yeux ferm\u00e9s, ils ne dormaient pas et r\u00e9fl\u00e9chissaient, une fois n\u2019est pas coutume, en attendant le rapport du m\u00e9decin l\u00e9giste, le docteur Loren Zoo qui avait pratiqu\u00e9 l\u2019autopsie des six cadavres. La porte s\u2019ouvrit avec fracas sur le divisionnaire Bruno Body qui brandissait plusieurs liasses de feuilles de format 21&#215;29,7.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Salut, mes p\u2019tits loups, je vous apporte de la ch\u00e8vre fra\u00eeche\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le divisionnaire Body \u00e9tait friand de jeux de mots discutables et de figures de style dont les plus r\u00e9centes remontaient au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Comme chaque fois depuis quinze ans, il ne put s\u2019emp\u00eacher de leur infliger son expression favorite\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0A ce stade de l\u2019enqu\u00eate, vous ne refuserez pas un verre d\u2019anal\u00e8pse, \u00e7a ne peut pas vous faire de mal\u00a0! Lisez donc le rapport du m\u00e9decin l\u00e9giste tap\u00e9 par la secr\u00e9taire du patron\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ah non, pas elle\u00a0!\u00a0\u00bb hurl\u00e8rent les deux inspecteurs. Il faut dire que la secr\u00e9taire, une jolie blonde bien roul\u00e9e qui avait tap\u00e9 aussi dans l\u2019\u0153il du boss, truffait ses rapports de fautes de frappe les rendant parfois illisibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00c7a s\u2019arrangera avec le temps\u00a0\u00bb, avait pr\u00e9tendu Jim Nastyck, le Commissaire Principal, qui n\u2019\u00e9tait pas insensible \u00e0 ses charmes. Il se trompait. A Saint Br\u00e9vin les Pins, le temps \u00e9tait pourri \u00e0 longueur d\u2019ann\u00e9e. La jolie secr\u00e9taire surnomm\u00e9e Lari\u00e9geoise \u00e0 cause de son accent du sud \u00e0 couper au couteau, \u00e9tait allergique au clavier de son Mac et regrettait sa vieille Remington portative sur laquelle elle tapait le courrier avec un seul doigt de la main droite, l\u2019index, en frappant les touches avec une rare violence. En cons\u00e9quence, elles \u00e9taient toutes effac\u00e9es sauf le Q sur lequel elle refusa toujours de mettre le doigt pour des raisons que la morale n\u2019autorise pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler. A ce r\u00e9gime inhumain, la Remington rendit l\u2019\u00e2me au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant toute la matin\u00e9e, nos deux inspecteurs se plong\u00e8rent dans le rapport du docteur Loren Zoo. Le premier cadavre \u00e9tait celui d\u2019un certain Bernard Poisson, un simple d\u2019esprit employ\u00e9 \u00e0 la voirie pour balayer la chauss\u00e9e. Il \u00e9tait bien connu des services de police en raison de ses manies exhibitionnistes sur la voie publique et en particulier devant le coll\u00e8ge de filles Saint C\u00e9cile. De l\u2018avis de tous, il \u00e9tait incapable de faire le moindre mal \u00e0 une mouche. Le second \u00e9tait celui d\u2019un journaliste de Ouest-France, Phil Knife, bien connu lui aussi de la police mais pas pour les m\u00eames raisons. Phil Knife avait une table r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019ann\u00e9e au \u00ab\u00a0Rendez-Vous des Po\u00e8tes et des CRS\u00a0\u00bb, le bar-tabac situ\u00e9 juste en face du commissariat. Responsable de la rubrique Faits Divers du quotidien, il b\u00e9n\u00e9ficiait ainsi en temps r\u00e9el des confidences des enqu\u00eateurs et surtout de ceux de la Mondaine \u00e0 qui il offrait une fois par an un caf\u00e9 pour les remercier. Le troisi\u00e8me corps \u00e9tait celui d\u2019un m\u00e9decin ayant pignon sur rue, le docteur Philippe Cadiot, c\u00e9l\u00e8bre psycho-psychanalyste extra-freudien \u00e2g\u00e9 de quarante ans et reconnaissable \u00e0 sa calvitie pr\u00e9coce. Le quatri\u00e8me \u00e9tait un certain Franck, fabriquant de cordages pour d\u00e9riveurs chez B\u00e9n\u00e9teau, \u00e9changiste notoire et proche de Madame Hidalgo, la Maire en exercice de Saint Br\u00e9vin les Pins. Enfin, les deux derniers corps qui avaient intrigu\u00e9 le m\u00e9decin l\u00e9giste \u00e9taient ceux de deux ressortissants am\u00e9ricains en vacances sur la plage de Saint Br\u00e9vin o\u00f9 ils pratiquaient la planche \u00e0 voile et \u00e0 vapeur. Un compl\u00e9ment d\u2019enqu\u00eate \u00e9tait en cours pour obtenir plus de renseignements par Interpol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les six malheureuses victimes avaient toutes \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es de la m\u00eame fa\u00e7on. Elles avaient un petit trou entre les deux yeux par lequel avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans leur cr\u00e2ne un produit proche du Destoop. A l\u2019autopsie, il ne restait plus de leur cerveau qu\u2019un peu de liquide bleut\u00e9 avec des bulles. C\u2019\u00e9tait \u00e0 n\u2019en pas douter la c\u00e9l\u00e8bre Botte de Nevers invent\u00e9e par un certain Lagard\u00e8re, champion de France d\u2019escrime, PDG de multinationales et proche lui aussi de madame Hidalgo. Bien qu\u2019originaires toutes les deux d\u2019un m\u00eame village du sud du pays \u00e0 cheval sur la fronti\u00e8re, Mademoiselle Lari\u00e8geoise n\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais et Madame Hidalgo n\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 espagnol n\u2019avaient aucun lien de parent\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Six cadavres pour un bled aussi petit, c\u2019est lourd\u00a0\u00bb balan\u00e7a Bertram Winter. \u00ab\u00a0B\u00f4f\u00a0\u00bb, lui r\u00e9pondit son coll\u00e8gue Corbaccio qui ajouta\u00a0: \u00ab\u00a0Le rapport de l\u2019archiviste devrait nous parvenir avant la bouffe, \u00e7a nous \u00e9clairera s\u00fbrement\u00a0\u00bb. Edgard Montparnasse-Bienven\u00fce I et II, heureusement surnomm\u00e9 par ses coll\u00e8gues \u00ab\u00a0Ed\u00a0\u00bb, \u00e9tait ce fameux archiviste qui avait invent\u00e9 une technique d\u2019enqu\u00eate r\u00e9volutionnaire appel\u00e9e \u00ab\u00a0La Th\u00e9orie des Tiroirs\u00a0\u00bb. A l\u2019aide de l\u2019informatique qu\u2019il ma\u00eetrisait nettement mieux que Lari\u00e9geoise, il faisait une colonne par cadavre qu\u2019il remplissait de toutes les connaissances du d\u00e9funt sans aucune exception. Cette m\u00e9thode \u00e9tait permise de nos jours gr\u00e2ce aux progr\u00e8s des ordinateurs et aux indiscr\u00e9tions sur face time. Il suffisait ensuite de relever les noms des personnes apparaissant \u00e0 l\u2019identique dans chacune des colonnes. Son rapport fut pos\u00e9 sur le bureau des deux inspecteurs vers midi douze. Le bruit de sa chute sur leurs bureaux les r\u00e9veilla. Les conclusions d\u2019Ed \u00e9taient formelles\u00a0: trois noms revenaient dans les six colonnes\u00a0: c\u2019\u00e9tait ceux des trois suspects. Les deux inspecteurs mirent leur ceinturon avec leur colt P3511 \u00e0 douilles, leur gilet pare-balles, leur casquette fantaisie avec Donald sur le devant et fonc\u00e8rent vers leur Opel gar\u00e9e en double file.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que r\u00e9v\u00e9lait donc le fameux rapport\u00a0? Trois noms. Deux noms de femmes, Fran\u00e7oise Maignan et Annick Cottard, des prostitu\u00e9es lesbiennes travaillant la nuit dans les bars \u00e0 matelots sur le port, et celui d\u2019un homme d\u2019\u00e2ge m\u00fbr, Cyrano de Couteillac, un \u00e9crivain respectable en mal d\u2019inspiration, qui fr\u00e9quentait lui aussi les tripots mal fam\u00e9s \u00e0 la recherche de personnages pour ses futurs romans. L\u2019enqu\u00eate entrait dans le vif du sujet.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #333333;\">*<\/span><\/h3>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>LA SUITE, TRES BIENTOT, MAIS PAS TOUT DE SUITE, PAR PHILIPPE.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (23) 8\/06\/2020 Cadavres exquis (0) Ils d\u00e9couvrirent les cadavres dans une tranch\u00e9e, \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite nord du quartier d\u00e9pendant du commissariat. La compagnie du t\u00e9l\u00e9phone avait \u00e9ventr\u00e9 la chauss\u00e9e, la veille en d\u00e9but de matin\u00e9e, afin de r\u00e9parer des c\u00e2bles souterrains. Les ouvriers avaient termin\u00e9 leur travail \u00e0 la tomb\u00e9e de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=24019\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">RENDEZ-VOUS \u00c0 CINQ HEURES (24)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[2,15],"tags":[],"class_list":["post-24019","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textes","category-themes"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24019","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24019"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24019\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24019"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24019"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24019"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}