{"id":23721,"date":"2020-06-30T07:47:58","date_gmt":"2020-06-30T05:47:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23721"},"modified":"2020-06-30T22:52:49","modified_gmt":"2020-06-30T20:52:49","slug":"le-cujas-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23721","title":{"rendered":"Le Cujas (8)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-23712\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Armelle.jpeg\" alt=\"\" width=\"254\" height=\"295\" \/>De temps en temps, je retournais rue Br\u00e9a pour passer quelques heures avec Sammy, qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? C&rsquo;\u00e9tait mon mec \u00e0 moi. Mais j&rsquo;avais compl\u00e8tement arr\u00eat\u00e9 le trottoir. D&rsquo;abord, j&rsquo;avais plus le temps. Et puis, pourquoi que je serais mont\u00e9e avec plein de caves alors que je gagnais plus avec un seul, et dans le confort par-dessus le march\u00e9. Antoine n&rsquo;y voyait que du feu, Sammy recevait son d\u00fb et moi, \u00e7a me reposait. Tout le monde \u00e9tait content. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #000000;\">Chapitre 3 &#8211; Armelle Poder<em>\u00a0<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Quatri\u00e8me partie<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le matin, vers dix heures, on allait prendre le petit d\u00e9jeuner dans un caf\u00e9 du quartier, le Cujas le plus souvent, celui qu&rsquo;est sur la photo, justement. Un jour, quand on est arriv\u00e9 au Cujas, j&rsquo;ai vu que Sammy et Casquette \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 install\u00e9s \u00e0 la terrasse. Plus tard, il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il \u00e9tait jaloux et qu&rsquo;il voulait casser la figure \u00e0 Antoine et que c&rsquo;\u00e9tait pour \u00e7a qu&rsquo;il avait amen\u00e9 Casquette avec lui. J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 la fois furieuse parce qu&rsquo;il allait tout g\u00e2cher, et heureuse parce qu&rsquo;il \u00e9tait jaloux et que \u00e7a prouvait qu&rsquo;il m&rsquo;aimait un peu. Je craignais une bagarre mais, finalement, il s&rsquo;est rien pass\u00e9. Peut-\u00eatre que Sammy a r\u00e9fl\u00e9chi quand il a vu qu&rsquo;avec nous il y avait un ami d&rsquo;Antoine, Georges, le type en costume bleu sur la photo, un costaud. En tout cas, quand on s&rsquo;est assis \u00e0 la table d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, Sammy a pas mouft\u00e9. Antoine, lui, il l&rsquo;a bien reconnu. Il a soulev\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement son chapeau en disant : \u00ab\u00a0Messieurs&#8230;\u00a0\u00bb et \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 plus loin. Un vrai gentleman, je vous dis. Et puis, il y a un jeune type qui est arriv\u00e9 sur le Boul Mich&rsquo;. Il a demand\u00e9 s&rsquo;il pouvait prendre des photos, on lui a dit oui, et <!--more-->voil\u00e0. Mais dites, \u00e0 propos, comment vous l&rsquo;avez eue, cette photo ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah! C&rsquo;\u00e9tait vous le petit jeune homme bien poli, le photographe ! He ben, dites donc, vous avez dr\u00f4lement chang\u00e9, je vous aurais jamais reconnu, \u00e7a non alors ! Et puis, vous avez fait de sacr\u00e9s progr\u00e8s en fran\u00e7ais !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, c&rsquo;est vrai, la guerre, \u00e7a change les gens, pas vrai ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite ? Eh bien ensuite, \u00e7a a continu\u00e9 comme \u00e7a avec Antoine pendant quelques semaines. Et puis, un matin, au lieu d&rsquo;aller au Cujas, le voil\u00e0 qui m&#8217;emm\u00e8ne au Ritz pour le petit d\u00e9jeuner. Le Ritz, c&rsquo;est incroyable, vous verriez \u00e7a ! des lustres, des dorures, des larbins partout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ! Vous connaissez ? Bon, moi je croyais que c&rsquo;\u00e9tait pour me demander en mariage qu&rsquo;il m&rsquo;amenait l\u00e0. Surtout que la nuit pr\u00e9c\u00e9dente&#8230; Sammy aurait surement pas \u00e9t\u00e9 contre, remarquez, mais moi j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de dire non, bien s\u00fbr, question de morale et de fiert\u00e9 ! Mais \u00e7a m&rsquo;aurait bien fait plaisir quand m\u00eame qu&rsquo;il me demande. Eh bien, pas du tout. Pendant que le loufiat installe devant nous le caf\u00e9, le th\u00e9, les \u0153ufs brouill\u00e9s, les toasts, le champagne et tout le ramdam, voil\u00e0 Antoine qui me tend une rose rouge ficel\u00e9e sur une enveloppe. \u00ab\u00a0Pour vous&#8230;\u00a0\u00bb qu&rsquo;il me dit seulement. Alors j&rsquo;ouvre et je commence \u00e0 lire : \u00ab\u00a0<em>Ma ch\u00e8re enfant&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb gonfl\u00e9 quand m\u00eame, le gars. Je vous ai dit qu&rsquo;on avait le m\u00eame \u00e2ge ? \u00ab\u00a0<em>Ma ch\u00e8re enfant, j&rsquo;ai pass\u00e9 avec vous quelques semaines d\u00e9licieuses&#8230;<\/em> \u00a0\u00bb D\u00e9licieuses ! Je veux, mon neveu ! Rien qu&rsquo;\u00e0 en juger par la nuit derni\u00e8re ! Enfin, \u00e7a n&#8217;emp\u00eache que le d\u00e9but de la lettre sentait plut\u00f4t mauvais. Y avait de la rupture dans l&rsquo;air ! \u00ab\u00a0&#8230; <em>quelques semaines d\u00e9licieuses<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb Mais j&rsquo;y pense, la lettre, je l&rsquo;ai l\u00e0, dans mon sac, depuis treize ans. Bon sang, o\u00f9 elle est pass\u00e9e ? Ah, tenez, la voil\u00e0. Allez-y ! Vous pouvez la lire. Mais si, mais si, allez-y !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ma ch\u00e8re enfant,<br \/>\nJ&rsquo;ai pass\u00e9 avec vous quelques semaines d\u00e9licieuses et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour vous. Vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois passionn\u00e9e et discr\u00e8te, gaie et silencieuse, spectaculaire et r\u00e9serv\u00e9e, tout ce que je pouvais souhaiter. Je vous en remercie. Cependant, je consid\u00e8re que le temps de notre s\u00e9paration est venu. En effet, comme j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de vous l&rsquo;exprimer \u00e0 plusieurs reprises, c&rsquo;est une r\u00e8gle de conduite que m&rsquo;a transmise mon p\u00e8re et que je me suis impos\u00e9e depuis toujours et, aussi dure soit-elle, aussi adorable et attachante que soit votre petite personne, je n&rsquo;y d\u00e9rogerai pas. Ne jamais s\u2019attacher \u00e0 une femme, \u00e0 aucune femme, et pour \u00e9viter les petitesses et les d\u00e9sagr\u00e9ments du d\u00e9samour qui viennent n\u00e9cessairement avec la dur\u00e9e d\u2019une liaison, rompre \u00e0 l&rsquo;apog\u00e9e d&rsquo;une relation charnelle, telle est ma discipline. Je pense que cette apog\u00e9e, nous y sommes parvenus et qu&rsquo;il est donc temps que nous nous s\u00e9parions. Rappelez-vous les termes de la proposition que je vous avais faite \u00e0 Cabourg : \u00ab\u00a0pour le temps qu&rsquo;il nous plaira, \u00e0 vous comme \u00e0 moi\u00a0\u00bb. Pour vous rendre les choses plus faciles sinon moins p\u00e9nibles, je vais partir ce soir pour Aix-en-Provence o\u00f9 je r\u00e9siderai une dizaine de jours dans ma famille. Cela vous donnera le temps de rassembler vos affaires et de les faire transporter o\u00f9 bon vous semblera. Je compte bien qu&rsquo;\u00e0 mon retour \u00e0 Paris vous ayez quitt\u00e9 d\u00e9finitivement l&rsquo;appartement de la rue de Vaugirard. J&rsquo;ai pris des dispositions aupr\u00e8s de mon notaire pour qu&rsquo;une pension raisonnable vous soit vers\u00e9e chaque mois pour une dur\u00e9e d&rsquo;un an \u00e0 compter de ce jour. Ceci devrait vous laisser le temps de trouver un mari ou, \u00e0 d\u00e9faut, un emploi.<br \/>\nSoyez assur\u00e9e, ma ch\u00e8re petite Simone, que je garderai de vous le plus charmant des souvenirs. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, ce qui ne sera que ce que vous m\u00e9ritez. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Antoine Bompar de Colmont<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah, oui alors ! Comme vous dites ! Plut\u00f4t vache, hein ! Bon, je savais bien que \u00e7a n&rsquo;allait pas durer toujours avec Antoine, mais \u00e7a ! Comme \u00e7a, tout d&rsquo;un coup, sans un avertissement ni rien&#8230; Je peux vous dire que j&rsquo;en ai pris plein la figure. J&rsquo;ai commenc\u00e9 par pleurer, bien s\u00fbr. Mais \u00e7a, c&rsquo;\u00e9tait surtout pour la galerie, pour apitoyer les alentours. Mais les alentours, c&rsquo;\u00e9tait que des larbins et \u00e0 eux, \u00e7a leur faisait ni chaud ni froid. Alors, je suis all\u00e9 aux toilettes pour me refaire une beaut\u00e9 et pour r\u00e9fl\u00e9chir. Les toilettes du Ritz ! Vous auriez vu \u00e7a ! Ah oui, c&rsquo;est vrai, vous connaissez. Donc j&rsquo;ai r\u00e9fl\u00e9chi. \u00c7a tournait \u00e0 toute vitesse dans ma petite t\u00eate : il avait l&rsquo;air s\u00e9rieux, l&rsquo;Antoine, s\u00e9rieux et in\u00e9branlable, si j&rsquo;ose dire. C&rsquo;\u00e9tait pas la peine d&rsquo;essayer de le faire changer d&rsquo;avis. Par contre, la question de la pension restait ouverte. C&rsquo;est l\u00e0-dessus qu&rsquo;il fallait que je le travaille. Alors je me suis repoudr\u00e9 le nez, je suis revenue dans la salle et j&rsquo;ai travaill\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;ai parl\u00e9 du co\u00fbt de la vie \u00e0 Paris qui n&rsquo;arr\u00eatait pas d&rsquo;augmenter, des difficult\u00e9s pour une jeune femme seule de trouver du travail et un logement d\u00e9cent. J&rsquo;ai dit aussi que c&rsquo;\u00e9tait dommage que je sois jamais all\u00e9e dans son beau ch\u00e2teau ni que j&rsquo;aie jamais rencontr\u00e9 sa maman, mais que j&rsquo;aimerais quand m\u00eame bien lui faire une petite visite un de ces jours \u00e0 Vauvenargues, qu&rsquo;elle serait surement bien contente de me rencontrer enfin, et tout \u00e7a. Vous me suivez ? \u00c0 l&rsquo;heure de l&rsquo;ap\u00e9ritif, on \u00e9tait d&rsquo;accord : il allait augmenter la pension et me laisser en plus un petit capital pour me permettre de voir venir. Il a command\u00e9 une autre bouteille de champagne, des sandwichs au saumon fum\u00e9, un bol de caviar et on s&rsquo;est quitt\u00e9 les meilleurs amis du monde. Apr\u00e8s, il est rentr\u00e9 \u00e0 Vaugirard pour faire sa valise et moi j&rsquo;ai pass\u00e9 un coup de fil \u00e0 Sammy pour lui annoncer la couleur. Au d\u00e9but, l&rsquo;\u00e9tait pas content-content, Sammy, mais il a bien fallu qu&rsquo;il se fasse une raison, surtout apr\u00e8s qu&rsquo;on soit pass\u00e9 chez Motsch pour lui acheter un nouveau chapeau. Voil\u00e0, c&rsquo;est comme \u00e7a que \u00e7a s&rsquo;est fini avec Antoine. C&rsquo;est tout ce que vous vouliez savoir ? Vous voulez toujours pas monter ? Non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De temps en temps, je retournais rue Br\u00e9a pour passer quelques heures avec Sammy, qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? C&rsquo;\u00e9tait mon mec \u00e0 moi. Mais j&rsquo;avais compl\u00e8tement arr\u00eat\u00e9 le trottoir. D&rsquo;abord, j&rsquo;avais plus le temps. 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