{"id":23717,"date":"2020-06-28T07:47:59","date_gmt":"2020-06-28T05:47:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23717"},"modified":"2020-06-30T15:33:21","modified_gmt":"2020-06-30T13:33:21","slug":"le-cujas-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23717","title":{"rendered":"Le Cujas (7)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-23712\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Armelle.jpeg\" alt=\"\" width=\"254\" height=\"295\" \/>Apr\u00e8s le homard, Sammy est parti aux W.C. En revenant, il a racont\u00e9 qu&rsquo;il avait pass\u00e9 un coup de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 son associ\u00e9 et qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;il rentre d&rsquo;urgence \u00e0 Paris : \u00ab\u00a0Les affaires, vous comprenez&#8230;\u00a0\u00bb Sammy est parti avec la voiture et Antoine et moi, apr\u00e8s l&rsquo;omelette norv\u00e9gienne, on est all\u00e9 marcher sur la plage. Vers minuit, j&rsquo;\u00e9tais dans sa chambre&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 3 &#8211; Armelle Poder<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>Troisi\u00e8me partie<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antoine ? Je vous ai dit que c&rsquo;\u00e9tait un bourgeois tout \u00e0 l&rsquo;heure. Mais en fait, non. C&rsquo;\u00e9tait un aristo, un vrai, avec de la branche : le nom \u00e0 rallonge, la chevali\u00e8re, le ch\u00e2teau de famille, la fortune de famille et tout le toutim. Antoine Bompar de Colmont&#8230; Il \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel pour le weekend avec sa m\u00e8re. Il a command\u00e9 le petit-d\u00e9jeuner dans la chambre et pendant que je beurrais mes tartines \u2014 je mange beaucoup le matin parce que l&rsquo;amour, moi \u00e7a me creuse \u2014 il m&rsquo;a dit : \u00ab\u00a0Simone, mon petit \u00a0\u00bb \u2014 c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t rigolo parce qu&rsquo;on on avait le m\u00eame \u00e2ge \u2014 \u00ab\u00a0Simone, mon petit, vous \u00eates une jeune fille \u00e9patante. \u00c7a faisait longtemps que je n&rsquo;avais pas pass\u00e9 une aussi bonne soir\u00e9e, ni une aussi bonne nuit. Vous me plaisez beaucoup. Maintenant, il reste \u00e0 savoir si <!--more-->je vous plais en retour. Est-ce le cas ? \u00a0\u00bb Tu penses si je lui ai r\u00e9pondu \u00ab\u00a0Et comment, Antoine ! Qu&rsquo;est-ce que tu me plais !\u00a0\u00bb Alors il m&rsquo;a fait une proposition. Mais avant, il m&rsquo;a dit tr\u00e8s gentiment : \u00ab\u00a0Simone, mon petit, cette nuit, dans l&rsquo;agitation du d\u00e9duit, j&rsquo;ai pu me laisser aller \u00e0 prononcer des mots et \u00e0 utiliser des formes grammaticales que la d\u00e9cence, la grammaire et les usages du monde r\u00e9prouvent. Je ne garantis pas que cela ne se reproduise pas dans les m\u00eames circonstances, mais soyez assur\u00e9e qu&rsquo;une fois le soleil lev\u00e9, je reviendrai toujours \u00e0 la politesse et au vouvoiement que l&rsquo;\u00e9ducation que j&rsquo;ai re\u00e7ue m&rsquo;impose. Seriez-vous assez aimable pour en faire autant ?\u00a0\u00bb J&rsquo;avais surement l&rsquo;air de pas piger grand-chose car il a tout de suite ajout\u00e9 : \u00ab\u00a0Autrement dit, je vous dirai <em>vous<\/em> et j&rsquo;aimerais que vous me disiez <em>vous<\/em> aussi\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0C&rsquo;est comme tu veux, mon Antoine,\u00a0\u00bb que je lui ai r\u00e9pondu, \u00ab\u00a0maintenant, je te dirai <em>vous<\/em>\u00ab\u00a0. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il m&rsquo;a fait sa proposition. Il m&rsquo;a dit qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9tudiant \u00e0 la Sorbonne, que ses parents habitaient leur ch\u00e2teau de Vauvenargues \u2014 c&rsquo;est tout pr\u00e8s d&rsquo;Aix en Provence \u2014, qu&rsquo;il louait un petit appartement rue de Vaugirard, qu&rsquo;il \u00e9tait actuellement libre de toute attache sentimentale ou charnelle \u2014 c&rsquo;est comme \u00e7a qu&rsquo;il parlait, Antoine \u2014 et qu&rsquo;il m&rsquo;offrait de partager son appartement, sa pitance, sa chambre et son lit pour tout le temps qu&rsquo;il nous plairait \u00e0 lui et \u00e0 moi. Il esp\u00e9rait que mon ami Sammy ne verrait pas d&rsquo;inconv\u00e9nient \u00e0 cette cohabitation, qu&rsquo;il lui souhaitait toute la r\u00e9ussite possible dans des affaires si d\u00e9licates que sa pr\u00e9sence \u00e0 Paris dans la nuit du dimanche au lundi de P\u00e2ques \u00e9tait indispensable. Alors, en entamant mon deuxi\u00e8me \u0153uf \u00e0 la coque, j&rsquo;ai fait ce que toute honn\u00eate jeune femme aurait fait : j&rsquo;ai fait semblant d&rsquo;h\u00e9siter. Tout de suite, il a ajout\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 participer aux frais qu&rsquo;entraineraient les changements qu&rsquo;il me demandait d&rsquo;apporter \u00e0 ma vie. \u00ab\u00a0Entretenir une maitresse \u00e0 Paris, ce ne sera pas une nouveaut\u00e9 chez les Colmont \u00a0\u00bb qu&rsquo;il a dit. La somme qu&rsquo;il m&rsquo;offrait ne me permettait plus d&rsquo;h\u00e9siter. Alors je lui ai saut\u00e9 au cou et j&rsquo;ai dit : \u00ab\u00a0\u00c7a colle Antoine ! Quand est-ce que tu&#8230; quand est-ce que vous voulez qu&rsquo;on parte ? Tout de suite ? Ce soir ?\u00a0\u00bb J&rsquo;\u00e9tais heureuse comme tout, mais \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 possible. Il fallait d&rsquo;abord qu&rsquo;il raccompagne sa comtesse de m\u00e8re \u00e0 Paris d&rsquo;o\u00f9 elle devait prendre le Train Bleu pour Nice avant de commencer la saison \u00e0 Montecarlo. Alors, il m&rsquo;a pay\u00e9 un billet de train pour Paris, premi\u00e8re classe s&rsquo;il vous plait, et le lendemain on s&rsquo;est retrouv\u00e9, mes valises, Antoine et moi pour l&rsquo;ap\u00e9ritif au Select. C&rsquo;est comme \u00e7a que le mardi apr\u00e8s-midi, j&#8217;emm\u00e9nageais au 2bis rue de Vaugirard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec ses histoires de ch\u00e2teau, de Vieille France et de Grand Monde, je m&rsquo;attendais \u00e0 quelque chose de plus grandiose, comme appartement. Mais c&rsquo;\u00e9tait pas le cas : assez grand, \u00e7a oui, un salon, un bureau, deux chambres, une cuisine et un cabinet de toilettes ; mais vide, tout \u00e7a ; vide ou presque. Dans le salon, une table de bridge, six chaises \u00e0 la Louis XIV ou XV, ou m\u00eame XVI, je sais pas, et un piano. Dans le bureau, une table couverte de livres et de papiers ; dans la grande chambre, un matelas sur le parquet et une grosse malle, et dans la petite, rien que des valises, des caisses et des cartons avec des v\u00eatements pos\u00e9s dessus. Avec si peu de choses et tant d&rsquo;espace, je ne sais pas comment il arrivait \u00e0 faire tant de d\u00e9sordre. Bon, j&rsquo;ai rien dit, j&rsquo;ai pos\u00e9 mes valises, j&rsquo;ai rang\u00e9 un peu et je suis sortie acheter des fleurs. Quand j&rsquo;ai voulu faire un peu de m\u00e9nage, la vaisselle, tout \u00e7a, il m&rsquo;a dit de ne rien toucher parce qu&rsquo;une matin\u00e9e par semaine, il y avait une bonne qui venait faire le m\u00e9nage, que c&rsquo;\u00e9tait largement suffisant et comme en plus c&rsquo;\u00e9tait demain qu&rsquo;elle venait&#8230; Bon, j&rsquo;ai encore rien dit, mais petit \u00e0 petit j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 rendre l&rsquo;endroit un peu habitable. Parce que je suis rest\u00e9e l\u00e0 trois mois, quand m\u00eame. Le matin, de la fen\u00eatre de la chambre, j&rsquo;aimais bien voir l&rsquo;heure \u00e0 l&rsquo;horloge de la Chapelle de la Sorbonne, je regardais les externes qui rentraient au Lyc\u00e9e Saint Louis, les voitures qui descendaient vers la Seine. Antoine n&rsquo;allait pas souvent aux cours, mais il recevait beaucoup de monde. \u00c0 partir de quatre ou cinq heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, il avait toujours trois ou quatre amis qui venaient boire du caf\u00e9 ou du vin rouge. Ses amis, c&rsquo;\u00e9tait un peu de tout, des barbus plut\u00f4t crasseux, des jeunes gens de la haute, des petits bourgeois bien habill\u00e9s, des filles, plut\u00f4t moches en g\u00e9n\u00e9ral. Ils restaient l\u00e0 une heure ou deux, ceux qui partaient \u00e9taient remplac\u00e9s par des nouveaux, et tout ce petit monde discutait de tas de choses, de peinture, de socialisme, de communisme, de national-socialisme, de r\u00e9volution, de po\u00e9sie, de femmes, de livres&#8230; enfin des tas de choses. Moi, je sentais bien que j&rsquo;\u00e9tais pas \u00e0 la hauteur, alors je disais rien, je faisais des sandwiches, je passais les bouteilles, je fumais&#8230; la gourde, quoi ! Mais \u00e7a m&rsquo;\u00e9tait \u00e9gal ; j&rsquo;\u00e9tais m\u00eame plut\u00f4t bien parce que tout le monde \u00e9tait plut\u00f4t gentil avec moi, m\u00eame les femmes. \u00c7a me changeait un peu des diners avec les mecs de la bande du Su\u00e9dois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Su\u00e9dois ? Il avait une bande du cot\u00e9 du square d&rsquo;Anvers. Un type dangereux, le Su\u00e9dois. Quand il parlait, les filles avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 la fermer et les mecs, ils filaient doux. Mais il avait Sammy \u00e0 la bonne, le Su\u00e9dois. Mais \u00e7a, le Su\u00e9dois, je vous dirai rien dessus, rien de rien, m\u00eame pas son nom ! Parce qu&rsquo;il est toujours l\u00e0, le Su\u00e9dois et il aime pas beaucoup qu&rsquo;on jacte \u00e0 son sujet. \u00c7a me fiche le tracsir rien que d&rsquo;y penser. Je pr\u00e9f\u00e8re qu&rsquo;on continue \u00e0 parler des nuits chez Antoine.<br \/>\nDonc, je restais l\u00e0 \u00e0 les \u00e9couter, tous ces intellos, m\u00eame si je comprenais pas grand-chose. Quand ils finissaient par partir, tous, Antoine et moi, on se retrouvait sur l&rsquo;oreiller, et l\u00e0, je comprenais tout ce qu&rsquo;il me disait. On s&rsquo;entendait bien, tous les deux sur ce plan-l\u00e0, bien s\u00fbr pas autant qu&rsquo;avec Sammy, mais quand m\u00eame, c&rsquo;\u00e9tait pas mal. De temps en temps, je retournais rue Br\u00e9a pour passer quelques heures avec Sammy, qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? C&rsquo;\u00e9tait mon mec \u00e0 moi. Mais j&rsquo;avais compl\u00e8tement arr\u00eat\u00e9 le trottoir. D&rsquo;abord, j&rsquo;avais plus le temps. Et puis, pourquoi que je serais mont\u00e9e avec plein de caves alors que je gagnais plus avec un seul, et dans le confort par-dessus le march\u00e9. Antoine n&rsquo;y voyait que du feu, Sammy recevait son d\u00fb et moi, \u00e7a me reposait. Tout le monde \u00e9tait content.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s le homard, Sammy est parti aux W.C. 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