{"id":23715,"date":"2020-06-26T07:47:25","date_gmt":"2020-06-26T05:47:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23715"},"modified":"2020-06-30T15:32:57","modified_gmt":"2020-06-30T13:32:57","slug":"le-cujas-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23715","title":{"rendered":"Le Cujas (6)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-23712\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Armelle.jpeg\" alt=\"\" width=\"254\" height=\"295\" \/><\/em><em>Avec tout \u00e7a, j&rsquo;\u00e9tais plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;aise&#8230; vous pensez, une chambre \u00e0 Neuilly, un salaire pas trop mal, des \u00e0-cot\u00e9s copieux&#8230; Simone Renoir&#8230; j&rsquo;\u00e9tais le centre d&rsquo;une petite bande de copines, on sortait, on s&rsquo;amusait bien ; de temps en temps, on se trouvait un beau mec ou un type gentil pour changer,\u00a0 mais \u00e7a durait pas. D&rsquo;ailleurs, on voulait pas que \u00e7a dure. Pas question de s&rsquo;attacher \u00e0 un homme. On voulait trop garder notre libert\u00e9, s&rsquo;amuser. C&rsquo;\u00e9tait la bonne vie, quoi !<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Chapitre 3 &#8211; Armelle Poder<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Deuxi\u00e8me partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Sammy. \u00c7a s&rsquo;est pass\u00e9 un soir \u00e0 La Coupole. On venait de remonter du Romeo, le dancing qu&rsquo;est sous la brasserie ; on a rassembl\u00e9 des tables et on a command\u00e9 des huitres et des saucisses. Dans la bousculade pour s&rsquo;installer, y a un type que je connaissais pas qu&rsquo;a vir\u00e9 Claudine \u2014 c&rsquo;\u00e9tait ma meilleure amie \u2014 pour s&rsquo;asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.\u00a0 J&rsquo;ai gueul\u00e9 un peu, pour le principe, mais comme le gars \u00e9tait plut\u00f4t beau mec, j&rsquo;ai pas r\u00e2l\u00e9 longtemps. C&rsquo;\u00e9tait Sammy. On s&rsquo;est mis \u00e0 discuter et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le coup de foudre, tout de suite. Au bout d&rsquo;une heure, on a plant\u00e9 tout le monde et on a pris une chambre \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel L\u00e9opold. A dix-neuf ans, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 eu quelques bonshommes dans ma vie, mais des comme lui, jamais. Tu parles d&rsquo;une secousse ! Je vous l&rsquo;ai dit, un expert dans le d\u00e9duit. Et du charme avec \u00e7a. Les premiers mois surtout. Au d\u00e9but, il m&rsquo;invitait partout, Le Caf\u00e9 de la Paix, La Closerie, Charlot 1<sup>er<\/sup>, Le Moulin Rouge, m\u00eame le Lido, une fois.\u00a0 La grande vie, quoi ! \u00ab\u00a0Tu sors avec un prince !\u00a0\u00bb qu&rsquo;il me disait. Ses affaires d&rsquo;import-export marchaient bien. Mais d&rsquo;un seul coup, \u00e0 cause <!--more-->des tensions internationales, qu&rsquo;il disait, ses affaires ont moins bien march\u00e9, et il pouvait plus payer nos sorties. Alors, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 le faire, je veux dire \u00e0 payer. Et puis ses affaires ont march\u00e9 de moins en moins bien, le pauvre, alors je lui donnais de l&rsquo;argent. \u00c7a me faisait plaisir, qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? Sammy, il avait toujours des tas de projets, ouvrir un bar \u00e0 Deauville, m&rsquo;acheter une boutique de chapeaux dans les beaux quartiers, plein de trucs d&rsquo;avenir comme \u00e7a. Mais pour \u00e7a, il fallait de l&rsquo;argent, et il trouvait que j&rsquo;en gagnais pas assez chez les Garrouste. Alors, je lui ai propos\u00e9 d&rsquo;en piquer davantage, mais \u00e7a risquait de se voir. Alors, il m&rsquo;a dit que la seule solution, c&rsquo;\u00e9tait de monter un cambriolage. Les Garrouste, ils avaient des bijoux, des tableaux, des tas de trucs que Sammy pourrait revendre facilement ; il savait comment, il avait des relations. Avec moi dans la place, y avait rien de plus facile que de le faire entrer avec un copain un jour o\u00f9 il n&rsquo;y aurait personne pour embarquer tout ce qu&rsquo;ils pourraient. Mais \u00e7a s&rsquo;est pas bien pass\u00e9. Les patrons sont rentr\u00e9s plus t\u00f4t que pr\u00e9vu, et Sammy et son pote ont eu juste le temps de s&rsquo;esquiver. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est que les patrons, ils ont compris que c&rsquo;\u00e9tait moi qui avais ouvert \u00ab\u00a0aux individus\u00a0\u00bb comme disait la police. Ils m&rsquo;ont vir\u00e9e du jour au lendemain, les salauds, mais ils ont pas port\u00e9 plainte. J&rsquo;ai jamais compris pourquoi. Dites, dans votre bouquin, l\u00e0, vous allez changer les noms. Parce que, \u00e7a a beau \u00eatre de l&rsquo;histoire ancienne, je voudrais pas d&rsquo;ennuis avec la police, moi. C&rsquo;est s\u00fbr, hein ? Jur\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, apr\u00e8s \u00e7a, on a v\u00e9cu des moments difficiles, Sammy et moi. J&rsquo;avais plus de travail, plus de chambre, plus rien. Il a bien voulu que j&#8217;emm\u00e9nage avec lui dans sa chambre rue d&rsquo;Odessa. La chambre \u00e9tait pas terrible, mais moi j&rsquo;\u00e9tais heureuse, vous pensez, toute la journ\u00e9e avec Sammy, \u00e0 m&rsquo;occuper de lui et tout \u00e7a. Mais au bout d&rsquo;une semaine, il m&rsquo;a dit que c&rsquo;\u00e9tait pas tout \u00e7a, que c&rsquo;\u00e9tait bien beau l&rsquo;amour et l&rsquo;eau fraiche, mais que \u00e7a manquait de beurre dans les \u00e9pinards et qu&rsquo;il allait falloir voir \u00e0 me mettre au boulot. Quand j&rsquo;ai compris que le boulot, c&rsquo;\u00e9tait le ruban&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ruban ? Ben, c&rsquo;est le trottoir, le turf, la racole&#8230; faire la pute, quoi ! Quand j&rsquo;ai compris que c&rsquo;\u00e9tait \u00e7a, j&rsquo;ai refus\u00e9 tout net. Alors il m&rsquo;a flanqu\u00e9 une de ces roustes. J&rsquo;\u00e9tais une ingrate \u2014 une ingrate, c&rsquo;est une moins que rien, une qu&rsquo;a pas la reconnaissance du ventre, qu&rsquo;il m&rsquo;a dit \u2014 et qu&rsquo;avec tous les sacrifices qu&rsquo;il avait fait pour moi, il pensait que je pourrais bien faire \u00e7a pour lui, une fois de temps en temps. Quand j&rsquo;ai dit \u00ab\u00a0Jamais !\u00a0\u00bb, il m&rsquo;a flanqu\u00e9 une deuxi\u00e8me rouste et il m&rsquo;a fichue dehors. Il ne voulait plus jamais me voir, m\u00eame si je revenais en rampant. Ben, c&rsquo;\u00e9tait pas vrai parce que, quand je suis revenue trois jours plus tard, j&rsquo;ai pas vraiment ramp\u00e9, mais il m&rsquo;a reprise quand m\u00eame. Et je me suis mise au turbin. Qu&rsquo;est-ce que vous vouliez que je fasse ? Je pouvais pas vivre sans lui. Et puis, la passe, c&rsquo;est pas si terrible, vous savez. \u00c7a d\u00e9pend beaucoup du quartier. Il y a des coins o\u00f9 je voudrais pas aller, hein, pour rien au monde. Les Fortifs, par exemple, c&rsquo;est que des cingl\u00e9s, l\u00e0-bas, dangereux, m\u00eame. La rue Blondel, c&rsquo;est \u00e0 peine mieux&#8230; de l&rsquo;abattage. Mais ici, \u00e0 Montparnasse, \u00e7a va&#8230; des artistes, des gens du monde, des \u00e9tudiants, \u00e7a va. Et puis, j&rsquo;y suis pas rest\u00e9e longtemps sur le ruban. Comme j&rsquo;\u00e9tais plut\u00f4t dou\u00e9e et que j&rsquo;avais de la classe \u2014 \u00e7a c&rsquo;\u00e9tait gr\u00e2ce aux Garrouste : ils supportaient pas que je cause mal \u2014 Sammy m&rsquo;a install\u00e9e dans un petit studio rue Br\u00e9a et l\u00e0, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 monter en grade. \u00c7a marchait de mieux en mieux et au bout de trois mois, on a pu s&rsquo;acheter une voiture d\u00e9capotable. Un petit coup\u00e9 Celta 4, une affaire sensationnelle d&rsquo;apr\u00e8s Sammy. Il m&rsquo;a emmen\u00e9e au bord de la mer, deux fois. Oh, pas en Bretagne, non c&rsquo;est trop loin, mais en Normandie, \u00e0 Cabourg. C&rsquo;est m\u00eame l\u00e0 que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Antoine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Antoine, c&rsquo;est l&rsquo;homme au chapeau de paille \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi sur la photo. On \u00e9tait en train de prendre un th\u00e9 face \u00e0 la mer sur la terrasse du Grand H\u00f4tel. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 P\u00e2ques, je m&rsquo;en souviens comme si c&rsquo;\u00e9tait hier. Il faisait presque chaud. Sammy avait son beau costume ray\u00e9 en alpaga. Moi, je portais une tr\u00e8s jolie petite robe de chez Valentino, avec un bibi en paille tress\u00e9e tr\u00e8s chic. En fait, elle \u00e9tait pas de chez Valentino, ma robe. C&rsquo;est Dora, une copine, qui me faisait mes robes \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Elle avait copi\u00e9e celle-l\u00e0 sur un mod\u00e8le de Valentino. Elle non plus, elle a pas eu de chance, Dora. En 42, elle s&rsquo;est fait embarquer dans une rafle. Personne ne l&rsquo;a jamais revue. Faut croire qu&rsquo;elle \u00e9tait juive elle aussi. Bon, enfin&#8230; Nous voil\u00e0 \u00e0 la terrasse du Grand H\u00f4tel en train de regarder les mouettes, et il y a un type qui s&rsquo;assied \u00e0 la table d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait Antoine, bien s\u00fbr, bien habill\u00e9, pantalon blanc, chemise idem \u00e0 manches courtes, canne, chapeau de paille et chaussures l\u00e9g\u00e8res en cuir. Il \u00e9tait pas vraiment beau, Antoine, mais il avait une sacr\u00e9e classe. Sammy a engag\u00e9 la conversation : \u00ab\u00a0Excusez, M&rsquo;sieur, mais est-ce que par hasard vous savez \u00e0 quelle heure la mer est-ce qu&rsquo;elle sera haute, s&rsquo;il vous plait ?\u00a0\u00bb Quand Sammy s&rsquo;exprimait avec autant de fioritures, je savais bien qu&rsquo;il avait quelque chose derri\u00e8re la t\u00eate. Antoine a r\u00e9pondu d&rsquo;un air ennuy\u00e9 : \u00ab\u00a0Vers quatre heures, je crois\u00a0\u00bb et puis il a d\u00e9pli\u00e9 son journal. Mais Sammy l\u00e2chait pas le bout comme \u00e7a. Il savait y faire avec les bourgeois. Au bout de dix minutes, Antoine venait s&rsquo;asseoir \u00e0 notre table et le soir, on dinait tous les trois au Beau Site. Apr\u00e8s le homard, Sammy est parti aux W.C. En revenant, il a racont\u00e9 qu&rsquo;il avait pass\u00e9 un coup de t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 son associ\u00e9 et qu&rsquo;il fallait qu&rsquo;il rentre d&rsquo;urgence \u00e0 Paris : \u00ab\u00a0Les affaires, vous comprenez&#8230;\u00a0\u00bb Sammy est parti avec la voiture et Antoine et moi, apr\u00e8s l&rsquo;omelette norv\u00e9gienne, on est all\u00e9 marcher sur la plage. Vers minuit, j&rsquo;\u00e9tais dans sa chambre&#8230;<\/p>\n<p><em><strong><span style=\"color: #0000ff;\">A SUIVRE<\/span><\/strong><\/em><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec tout \u00e7a, j&rsquo;\u00e9tais plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;aise&#8230; vous pensez, une chambre \u00e0 Neuilly, un salaire pas trop mal, des \u00e0-cot\u00e9s copieux&#8230; Simone Renoir&#8230; j&rsquo;\u00e9tais le centre d&rsquo;une petite bande de copines, on sortait, on s&rsquo;amusait bien ; de temps en temps, on se trouvait un beau mec ou un type gentil pour changer,\u00a0 mais \u00e7a &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23715\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (6)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-23715","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23715"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23715\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}