{"id":23674,"date":"2020-06-20T07:47:08","date_gmt":"2020-06-20T05:47:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23674"},"modified":"2020-06-23T16:46:40","modified_gmt":"2020-06-23T14:46:40","slug":"le-cujas-chapitre-2-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23674","title":{"rendered":"Le Cujas (4)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Chapitre 2 &#8211; Antoinette Gazagnes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-23706\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Antoinette.jpeg\" alt=\"\" width=\"217\" height=\"247\" \/>(&#8230;) Et voil\u00e0, j&rsquo;ai pris Milo par la main et nous sommes mont\u00e9s chez moi par le petit escalier, l\u00e0, derri\u00e8re le bar&#8230; Je me souviens m\u00eame que&#8230; \u00c9coutez ! Mon L\u00e9onard, il n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas bien ardent au lit, mais jamais je l&rsquo;aurais tromp\u00e9 de son vivant, jamais ! Mais l\u00e0, j&rsquo;\u00e9tais veuve, et depuis deux ans, s&rsquo;il vous plait ! &#8230; Dites ? Vous ne voulez pas que je vous fasse quelque chose \u00e0 manger ? Une omelette aux champignons, par exemple. Vous connaissez \u00e7a dans votre pays, l&rsquo;omelette aux champignons ? Vous allez voir, j&rsquo;en ai pour cinq minutes. <\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>T<\/em><\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><em>roisi\u00e8me partie<\/em><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, si, \u00e7a me fait plaisir. Pour une fois que j&rsquo;ai quelqu&rsquo;un pour m&rsquo;\u00e9couter&#8230; Venez donc par-l\u00e0, comme \u00e7a je pourrai continuer \u00e0 vous raconter en pr\u00e9parant l&rsquo;omelette.<br \/>\nIl est rest\u00e9 deux semaines, Milo. La premi\u00e8re, il ne sortait pas de ma chambre. On faisait l&rsquo;amour tous les matins et puis une ou deux fois dans la nuit et, de temps en temps, une fois vite fait dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Pour \u00e7a, sa blessure \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule ne le g\u00eanait pas beaucoup, fallait voir. J&rsquo;aurais jamais imagin\u00e9 qu&rsquo;une femme puisse vivre des trucs comme \u00e7a. Pensez ! Entre le couvent de Sainte Agn\u00e8s et L\u00e9onard Gazagnes&#8230; Je lui apportais son petit-d\u00e9jeuner au lit, un grand caf\u00e9 au lait avec <!--more-->trois sucres et deux tartines de pain beurr\u00e9, je m&rsquo;en souviens encore. Il me regardait, il me disait que j&rsquo;\u00e9tais belle, et \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait pas loin d&rsquo;\u00eatre vrai. J&rsquo;avais trente-deux ans. Je montais d\u00e9jeuner avec lui vers trois heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, quand c&rsquo;\u00e9tait calme en salle. Et puis le soir, vers onze heures, on dinait en amoureux, pendant que Rose s&rsquo;occupait des derniers clients. Tout le temps que je travaillais en bas, il lisait des journaux, des magazines en fumant des cigarettes. J&rsquo;\u00e9tais bien heureuse, vous savez. Mais je me doutais bien que \u00e7a ne durerait pas. Et \u00e7a n&rsquo;a pas dur\u00e9. La deuxi\u00e8me semaine, il a commenc\u00e9 \u00e0 sortir. Il me disait qu&rsquo;il partait marcher dans Paris, qu&rsquo;il visitait la ville. Il a commenc\u00e9 \u00e0 me demander un peu d&rsquo;argent pour acheter des cigarettes et prendre un pot de temps en temps, puis un peu plus pour aller au cin\u00e9ma, puis pour s&rsquo;acheter des v\u00eatements civils. Moi, tant que c&rsquo;\u00e9tait raisonnable, je lui en donnais, de l&rsquo;argent. Mais quand c&rsquo;est trop, c&rsquo;est trop. Quand il m&rsquo;a parl\u00e9 de dettes de jeu \u00e0 rembourser, j&rsquo;ai refus\u00e9 tout net et on s&rsquo;est disput\u00e9, tr\u00e8s fort. Il a m\u00eame essay\u00e9 de me battre avec sa ceinture militaire. Alors l\u00e0, je l&rsquo;ai fichu dehors, s\u00e9ance tenante, lui et toutes les affaires qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait pay\u00e9es avec mon argent, allez zou ! Sur le trottoir de la rue Cujas !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant trois jours, il est revenu \u00e0 l&rsquo;heure de la fermeture. Il me demandait de le reprendre. Mais j&rsquo;ai rien voulu savoir. Un homme qui bat une femme, je ne veux rien avoir \u00e0 faire avec lui. La quatri\u00e8me soir, il n&rsquo;est pas revenu. Je ne l&rsquo;ai jamais revu. Je ne sais m\u00eame pas ce qu&rsquo;il est devenu. Il a d\u00fb retourner \u00e0 Toulon&#8230; J&rsquo;y pense quelquefois \u00e0 Milo, \u00e0 cette semaine de folie de novembre 18. Et puis&#8230;<br \/>\nAlors ? Cette omelette ? Elle est bonne au moins ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ! Vous voyez ! Je suis contente que vous aimiez \u00e7a. Parce qu&rsquo;on dit toujours que les Am\u00e9ricains, ils n&rsquo;aiment que les hot-dogs !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, et voil\u00e0 qu&rsquo;en f\u00e9vrier, il y a le fianc\u00e9 de Rose qui revient, d\u00e9mobilis\u00e9. Alors, Rose et lui, ils ont habit\u00e9 chez moi, et puis au bout d&rsquo;un mois, ils sont partis \u00e0 Vannes. Je leur ai pr\u00eat\u00e9 un peu d&rsquo;argent pour qu&rsquo;ils puissent ouvrir un caf\u00e9. Faut dire que Rose, elle en avait pris, de l&rsquo;exp\u00e9rience. D&rsquo;apr\u00e8s les lettres qu&rsquo;elle m&rsquo;a envoy\u00e9es, tr\u00e8s vite, \u00e7a a bien march\u00e9. Je me retrouvais encore toute seule pour tenir le caf\u00e9. Mais les hommes commen\u00e7aient \u00e0 rentrer et je n&rsquo;ai pas eu de mal \u00e0 embaucher des gar\u00e7ons. J&rsquo;en avais toujours deux ou trois selon la saison. A l&rsquo;\u00e9poque, le personnel \u00e9tait plus d\u00e9vou\u00e9, plus facile \u00e0 diriger qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;en prenais toujours un jeune, que je pouvais former comme je voulais, bien propre, bien poli, bien gentil&#8230; avec la client\u00e8le, j&rsquo;entends. Celui-l\u00e0, l&rsquo;apprenti, je le logeais dans une petite chambre de bonne que j&rsquo;avais achet\u00e9e dans l&rsquo;immeuble. Comme \u00e7a, je l&rsquo;avais toujours sous la main. J&rsquo;\u00e9tais jeune, l&rsquo;affaire marchait bien, j&rsquo;avais des bons clients, des bien fid\u00e8les, des qui sont devenus des amis. J&rsquo;avais aussi des professeurs, des \u00e9tudiants \u2014 j&rsquo;aimais bien les \u00e9tudiants\u2014 et puis du passage, des touristes et m\u00eame des gens du monde quelques fois. La vie s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9e comme \u00e7a, tranquille, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils nous flanquent encore une guerre, en 39, en septembre. Faut dire qu&rsquo;au d\u00e9but, on n&rsquo;aurait pas vraiment dit une guerre&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah ? Je vais trop vite ? C&rsquo;est vrai que vous vouliez que je vous parle de la photo. Bon, d&rsquo;accord. La photo, je crois que c&rsquo;\u00e9tait en 1935, en mai 1935, j&rsquo;en suis s\u00fbre, parce que c&rsquo;est l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 on a lanc\u00e9 le Normandie. Pour le mois, j&rsquo;en suis moins sure. Disons fin avril, d\u00e9but mai. Il devait faire beau, parce que j&rsquo;avais ouvert la vitrine sur la terrasse. L\u00e0, en robe rouge, derri\u00e8re le comptoir, c&rsquo;est moi, bien s\u00fbr. A c\u00f4t\u00e9, c&rsquo;est le petit Robert, le pauvre. Robert Picard&#8230; A l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait mon apprenti. Il est rest\u00e9 presque deux ans chez moi. Je l&rsquo;aimais bien, mais il s&rsquo;est entich\u00e9 d&rsquo;une fille et il est parti en Indochine. On m&rsquo;a dit qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait fait tuer l\u00e0-bas, en 40. Si vous voulez, je vous donnerai l&rsquo;adresse de ses parents, si elle n&rsquo;a pas chang\u00e9 depuis. \u00c7a fait quand m\u00eame treize ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui-l\u00e0, c&rsquo;est Marteau, un artisan du quartier. Pendant des ann\u00e9es, il est venu tous les matins prendre son petit blanc sur le zinc. Il \u00e9tait surtout copain avec mon mari, mais apr\u00e8s la Grande Guerre, il a continu\u00e9 \u00e0 venir et c&rsquo;est devenu un bon ami. Et puis un jour, pendant l&rsquo;Occupation, il s&rsquo;est f\u00e2ch\u00e9, brusquement, comme \u00e7a, je ne sais m\u00eame plus pourquoi. Vous savez, les artisans, ils ont un fichu caract\u00e8re, surtout quand il n&rsquo;y a pas de femme pour les policer un peu \u2014 il \u00e9tait c\u00e9libataire, Marteau. Donc, depuis ce jour, on ne s&rsquo;est plus parl\u00e9. Mais je sais qu&rsquo;il est toujours dans le coin. Il a son atelier rue Monsieur le Prince, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, vous le trouverez facilement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la terrasse, l\u00e0, \u00e0 part les deux petits m\u00e9t\u00e8ques, il y a les deux beaux messieurs. Quand je vous disais que j&rsquo;avais des gens du monde&#8230; Non, je ne connais pas leurs noms, mais je sais que c&rsquo;\u00e9tait des acteurs de cin\u00e9ma. C&rsquo;est Marteau qui me l&rsquo;avait dit. Il les avait vus dans un film d&rsquo;amour, vous savez, ces films avec des messieurs et puis des dames et puis des belles voitures&#8230; \u00c0 propos de dames, la fille qui est avec eux, l\u00e0, avec son petit chapeau cloche, c&rsquo;en \u00e9tait surement pas une, de dame. Plut\u00f4t une grue, oui. Les filles comme \u00e7a, nous les cafetiers, on les rep\u00e8re tout de suite. Il faut bien, parce qu&rsquo;on peut pas se permettre de les laisser racoler dans nos \u00e9tablissements. On veut pas d&rsquo;ennuis avec la police, nous. Alors, en g\u00e9n\u00e9ral, on les vire en douceur. Mais l\u00e0, je ne pouvais pas, vu qu&rsquo;elle \u00e9tait accompagn\u00e9e. Non, je ne connais pas son nom non plus. Mais je me suis laiss\u00e9e dire qu&rsquo;elle travaillait \u00e0 Montparnasse maintenant. Essayez donc les deux ou trois bars de la rue Delambre. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;elles fr\u00e9quentent en g\u00e9n\u00e9ral, ces dames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, les deux gouapes, je ne sais pas qui c&rsquo;est non plus. Mais j&rsquo;ai comme qui dirait dans l&rsquo;id\u00e9e que ces deux-l\u00e0, ils se connaissaient avec la fille. Mais je dis \u00e7a, je dis rien, n&rsquo;est-ce-pas ? Bon ! Voil\u00e0 tout ce que je pouvais vous dire. Vous restez longtemps \u00e0 Paris ? Revenez me voir, hein ! \u00c7a me fera plaisir. Allez, bonsoir, faut que je ferme, maintenant.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Fin du chapitre 2 <\/em><\/span><\/strong><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(Chapitre 3\u00a0 &#8211; Armelle Poder, \u00e0 partir du 24 juin)<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le Cujas<\/strong><br \/>\n51 Bd Saint Michel Paris 5\u00b0<br \/>\nMardi 5 mai 1935<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-22721\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"879\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg 660w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-206x300.jpeg 206w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-768x1117.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie.jpeg 810w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 2 &#8211; Antoinette Gazagnes (&#8230;) Et voil\u00e0, j&rsquo;ai pris Milo par la main et nous sommes mont\u00e9s chez moi par le petit escalier, l\u00e0, derri\u00e8re le bar&#8230; Je me souviens m\u00eame que&#8230; \u00c9coutez ! 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