{"id":23660,"date":"2020-06-14T07:47:58","date_gmt":"2020-06-14T05:47:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23660"},"modified":"2020-06-14T21:40:11","modified_gmt":"2020-06-14T19:40:11","slug":"le-cujas-chapitre-1-marcel-marteau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23660","title":{"rendered":"Le Cujas (1)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Chapitre 1 &#8211; Marcel Marteau<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-23705\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/Marcel.jpeg\" alt=\"\" width=\"249\" height=\"300\" \/>Moi, c&rsquo;est Marteau, Marcel Marteau, n\u00e9 le 12 octobre 1882 \u00e0 Ivry sur Seine, artisan \u00e9b\u00e9niste. \u00c7a va faire trente-huit ans que j&rsquo;ai ma boutique au 49 rue Monsieur le Prince. C&rsquo;est moi, l\u00e0, sur la photo. Je suis au bar, \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9 par la vitrine. La patronne l&rsquo;avait rabattue contre le mur. \u00c7a prouve qu&rsquo;il devait faire bon ce jour-l\u00e0. Ah ? C&rsquo;\u00e9tait en mai, vous dites ? En 1935 ? Alors, j&rsquo;avais cinquante-trois ans. Je vais en avoir bient\u00f4t soixante-sept. Cinquante-trois ans ! Je tenais encore la forme \u00e0 cette \u00e9poque. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est plus pareil, forc\u00e9ment. Enfin&#8230; Le Cujas ! C&rsquo;est des souvenirs, \u00e7a, le Cujas ! Vous me croirez si vous voulez, mais depuis mon installation rue Monsieur le Prince \u2014 c&rsquo;\u00e9tait vers la fin 1910 \u2014\u00a0j&rsquo;y venais tous les jours, au Cujas. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, je couchais au fond de mon atelier. Alors, forc\u00e9ment, je commen\u00e7ais \u00e0 travailler de bonne heure, vers six heures du matin, par l\u00e0. Et vers les dix heures, j&rsquo;avais toujours une petite faim, vous comprenez. Alors, j&rsquo;allais au Cujas. Je prenais un petit verre d&rsquo;aligot\u00e9 et un \u0153uf dur, quelquefois deux. Je discutais avec la patronne, Antoinette. C&rsquo;\u00e9tait ouvert tous les jours, le Cujas. Alors j&rsquo;y allais tous les jours, m\u00eame le dimanche. Faut dire que le dimanche, <!--more-->je travaillais tout pareil. Trente ans comme \u00e7a : dix heures, un petit aligot\u00e9, un \u0153uf dur, tous les matins. Sauf pendant la Grande Guerre, bien s\u00fbr. Je pouvais pas y aller, forc\u00e9ment. J&rsquo;ai fait quatre ans dans l&rsquo;aviation. Je r\u00e9parais les avions. Tout \u00e9tait en bois \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, vous savez, en bois et en toile, sauf le moteur, c&rsquo;est s\u00fbr, alors les \u00e9b\u00e9nistes, c&rsquo;\u00e9tait recherch\u00e9. Quatre ans dans l&rsquo;aviation, pas vol\u00e9 une seule fois. Quatre ans de guerre, pas une seule \u00e9gratignure. Si ! Je me suis coup\u00e9 une phalange du pouce avec une d\u00e9gauchisseuse. J&rsquo;ai eu de la chance. C&rsquo;est pas comme Eug\u00e8ne, \u00e9b\u00e9niste lui aussi, un copain. Il a pas eu de veine, Eug\u00e8ne. Il voulait absolument monter dans un avion. Alors, un jour, il y a un capitaine qui l&rsquo;a emmen\u00e9 avec lui. Ils se sont fait descendre du c\u00f4t\u00e9 de Compi\u00e8gne. Morts tous les deux&#8230; Enfin&#8230; Bon, mais le Cujas, j&rsquo;y vais plus. Depuis Quarante. J&rsquo;ai eu des mots avec Antoinette. \u00c7a me regarde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors&#8230; la photo&#8230; \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de moi, c&rsquo;est la patronne, Antoinette Gazagnes. Je vous en ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9. Veuve depuis 1916, le jour de ses trente ans, dis-donc ! Pas de chance non plus, hein ? Elle a pris le bistrot en main au d\u00e9part de son mari, en ao\u00fbt 14. Eh bien, elle le tient encore aujourd&rsquo;hui, que je sache. Une belle femme. \u00c7a se voit pas trop sur la photo, mais c&rsquo;\u00e9tait une belle femme, croyez-moi. Y en avait plus d&rsquo;un qui lui tournait autour, vous savez ! Les planqu\u00e9s de la guerre, d&rsquo;abord, et puis ensuite ceux qui en sont revenus. M\u00eame moi\u2026 mais \u00e7a n&rsquo;a pas dur\u00e9. Elle pr\u00e9f\u00e9rait autre chose. Enfin, c&rsquo;est pas \u00e0 moi de raconter ces trucs-l\u00e0. Tiens, \u00e0 propos, justement, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle sur la photo, c&rsquo;est Robert. Oh, \u00e7a faisait pas longtemps qu&rsquo;il \u00e9tait l\u00e0. Elle l&rsquo;avait embauch\u00e9 comme serveur juste avant la No\u00ebl. Eh bien, \u00e0 la Chandeleur, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 dans son lit, le Robert ! Dix-sept ans, qu&rsquo;il avait ! Surement puceau. Au d\u00e9but, un petit paysan. Il venait du Nord, de P\u00e9ronne, par l\u00e0-bas. Mais il a pas tard\u00e9 \u00e0 piger le m\u00e9tier, le gars. Antoinette l&rsquo;avait log\u00e9 au-dessus du caf\u00e9. Il \u00e9tait comme un coq en p\u00e2te, nourri, log\u00e9, blanchi et le reste avec. Mais c&rsquo;\u00e9tait rest\u00e9 un gentil gar\u00e7on, honn\u00eate, content de son \u00e9tat. Il est parti ailleurs en 36 ou 37, je crois. Je l&rsquo;ai plus revu. On m&rsquo;a dit qu&rsquo;il \u00e9tait mort en 40, le pauvre&#8230; \u00c7a devait lui faire vingt-deux ou vingt-trois ans, pas plus&#8230;C&rsquo;est triste, hein ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, alors l\u00e0, regardez, on voit bien que je vous ai rep\u00e9r\u00e9 en train de prendre la photo. J&rsquo;ai bien vu que c&rsquo;\u00e9tait les deux beaux messieurs en costume et la petite grue qui vous int\u00e9ressaient. Des acteurs de cin\u00e9ma ; il faut toujours qu&rsquo;ils aient des filles autour d&rsquo;eux pour les admirer. C&rsquo;est comme \u00e7a aussi dans votre pays ? Moi, je ne vais pas au cin\u00e9ma, j&rsquo;ai pas le temps, mais ceux-l\u00e0, \u00a0je suis s\u00fbr que je les avais vus avant sur des affiches. Ces acteurs, c&rsquo;est pas de notre monde, \u00e7a prend des petits d\u00e9jeuners \u00e0 des dix heures pass\u00e9es, \u00e7a gagne plein d&rsquo;argent, \u00e7a s&rsquo;habille comme des aristos. D&rsquo;ailleurs, ici, c&rsquo;est pas un quartier pour les acteurs. Eux, c&rsquo;est plut\u00f4t les Champs-\u00c9lys\u00e9es ou le 16\u00e8me&#8230; Je me demande ce qu&rsquo;ils venaient faire Boulevard Saint-Michel. Enfin&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, les deux autres, je m&rsquo;en souviens pas. Ils ne devaient pas \u00eatre du quartier non plus, ceux-l\u00e0. On dirait plut\u00f4t deux petites frappes, avec des t\u00eates \u00e0 pas \u00eatre n\u00e9s par ici, si vous voyez ce que je veux dire.<br \/>\nBon ! Eh bien voil\u00e0 ! C&rsquo;est tout ce que je me rappelle. Je vous souhaite bonne chance pour retrouver tout le monde, parce que \u00e7a va pas \u00eatre facile. Dites ! Quand vous verrez Antoinette, ne lui r\u00e9p\u00e9tez pas ce que je vous ai racont\u00e9 sur elle et moi ni sur Robert, hein ? Je compte sur vous ! Parce que je suis toujours dans le quartier, moi, et on se croise de temps en temps. Toujours polis, remarquez : \u00ab\u00a0Bonjour Madame Gazagnes ! \u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0Bonsoir Monsieur Marteau !\u00a0\u00bb mais sans plus. Parce qu&rsquo;on a eu des mots, mais \u00e7a me regarde. Bon, c&rsquo;est pas que je m&rsquo;ennuie, moi, mais j&rsquo;ai un accoudoir Louis XV \u00e0 finir. Alors bonsoir, Monsieur Stiller. Quand vous l&rsquo;aurez fini, vous m&rsquo;en enverrez, un exemplaire de votre bouquin ? \u00c7a me fera plaisir. Marteau Marcel, 49 rue Monsieur le Prince, Paris 5\u00e8me. N&rsquo;oubliez pas, hein ? Allez, bonsoir ! Et bon s\u00e9jour \u00e0 Paris !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>A SUIVRE APR\u00c8S DEMAIN<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le Cujas<\/strong><br \/>\n51 Bd Saint Michel Paris 5\u00b0<br \/>\nMardi 5 mai 1935<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-22721\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"879\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-660x960.jpeg 660w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-206x300.jpeg 206w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie-768x1117.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Le-Cujas-copie.jpeg 810w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 1 &#8211; Marcel Marteau Moi, c&rsquo;est Marteau, Marcel Marteau, n\u00e9 le 12 octobre 1882 \u00e0 Ivry sur Seine, artisan \u00e9b\u00e9niste. \u00c7a va faire trente-huit ans que j&rsquo;ai ma boutique au 49 rue Monsieur le Prince. C&rsquo;est moi, l\u00e0, sur la photo. Je suis au bar, \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9 par la vitrine. La patronne l&rsquo;avait &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23660\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Cujas (1)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-23660","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23660","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=23660"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/23660\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=23660"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=23660"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=23660"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}