{"id":233,"date":"2013-12-17T14:21:36","date_gmt":"2013-12-17T12:21:36","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=233"},"modified":"2020-05-30T07:08:46","modified_gmt":"2020-05-30T05:08:46","slug":"suite-africaine-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=233","title":{"rendered":"Suite africaine n\u00b01 &#8211; La nuit africaine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">En ce temps-l\u00e0, le Burkina Faso s&rsquo;appelait\u00a0 Haute-Volta.<br \/>\nPar bonheur, lorsqu&rsquo;ils ont d\u00e9cid\u00e9 de changer le nom de ce pauvre pays africain, les hommes politiques alors en place ont conserv\u00e9 les noms magnifiques de leurs deux plus grandes villes, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.<br \/>\nL&rsquo;h\u00f4tel RAN, du nom de la R\u00e9gie des Chemins de Fer Abidjan-Niger, n&rsquo;\u00e9tait pas le meilleur h\u00f4tel de Ouagadougou, mais il avait le charme de ces h\u00f4tels coloniaux de deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me cat\u00e9gorie. N&rsquo;allez pas imaginer des terrasses en bois tropical offrant la vue sur la boucle d&rsquo;un fleuve o\u00f9 bailleraient des hippopotames ou sur une large vall\u00e9e brumeuse et verdoyante; n\u2019allez pas imaginer des salons bien ventil\u00e9s, remplis de fraicheur et de gros meubles en bois sombre ni des bars en acajou surmont\u00e9s d\u2019alignements de bouteilles multicolores; ni m\u00eame des boys nombreux, silencieux et nonchalants, charg\u00e9s de plateaux portant des verres de formes diverses et remplis de liquides aux tons pastel m\u00e9lang\u00e9s et impr\u00e9cis.<br \/>\nL&rsquo;h\u00f4tel Ind\u00e9pendance lui-m\u00eame, le meilleur et le seul autre h\u00f4tel de la ville, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un gros cube ros\u00e2tre de six \u00e9tages dans un jardin sans charme, mais appr\u00e9ci\u00e9 des expatri\u00e9s pour son restaurant de plein air bien ombrag\u00e9 et sa belle piscine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non, le RAN ne sortait pas de Out of Africa. Il \u00e9tait situ\u00e9 en pleine ville, sur la Route Nationale 4 qui m\u00e8ne \u00e0 Bobo-Dioulasso et qui, \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e9tait bord\u00e9e de grands flamboyants. Ces arbres avaient \u00e9t\u00e9 plant\u00e9s par les colons cinquante ans auparavant. Dans quelques ann\u00e9es, ils seraient abattus par les r\u00e9volutionnaires en tant que symboles de la colonisation.<br \/>\nOn entrait dans le parc de l&rsquo;h\u00f4tel en passant sous un arc de ciment arm\u00e9 portant fi\u00e8rement peintes en bleu ciel les trois lettres de la compagnie de chemin de fer. Au bout d&rsquo;une\u00a0 all\u00e9e en terre battue, on arrivait au b\u00e2timent principal, rectangulaire, de couleur grise, avec un seul \u00e9tage entour\u00e9 d&rsquo;un large balcon.<br \/>\nAu rez de chauss\u00e9e, qui ne comportait aucune porte, on trouvait tout d&rsquo;abord la r\u00e9ception, avec son carrelage bleu ciel et blanc, son ventilateur de plafond et son bureau derri\u00e8re lequel \u00e9tait accroch\u00e9 le tableau des cl\u00e9s, puis le bar, meubl\u00e9 de ces inconfortables si\u00e8ges en fil de fer des ann\u00e9es cinquante, enfin la salle de restaurant, sonore et sinistre, le tout d\u2019une propret\u00e9 luisante du dernier lavage \u00e0 grande eau. A l&rsquo;\u00e9tage, les chambres les plus anciennes, toutes communicantes par le biais du balcon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t le matin par l&rsquo;avion d&rsquo;UTA, on m\u2019avait log\u00e9 dans la partie \u00ab\u00a0motel\u00a0\u00bb du RAN, plus moderne et constitu\u00e9e de bungalows dispers\u00e9s dans le jardin, fi\u00e8rement appel\u00e9 \u00ab\u00a0parc zoologique\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;il comportait quelques cages contigu\u00ebs aux b\u00e2timents\u00a0 et renfermant des animaux de la r\u00e9gion. Chaque bungalow abritait deux chambres dont les fen\u00eatres, constitu\u00e9es de lamelles de verre cath\u00e9drale orientables, donnaient directement sur les cages. En emm\u00e9nageant en milieu de matin\u00e9e, j&rsquo;avais pu voir que \u00ab\u00a0ma\u00a0\u00bb cage abritait deux exemplaires d&rsquo;un \u00e9chassier \u00e0 long et large bec, probablement des\u00a0 marabouts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je d\u00eenais \u00e0 l&rsquo;Ind\u00e9pendance avec les deux autres membres de la mission. La chaleur humide de la nuit \u00e9tait rendue supportable par la tr\u00e8s bonne bi\u00e8re de \u00ab\u00a0Bobo\u00a0\u00bb, comme on dit quand on a pass\u00e9 plus d&rsquo;une demie journ\u00e9e en Haute Volta.<br \/>\nToute la journ\u00e9e, au contact de l&rsquo;administration volta\u00efque et de quelques commer\u00e7ants et serveurs, j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par\u00a0 la douceur et la gentillesse des habitants de ce pays, en contraste total avec mes exp\u00e9riences pr\u00e9c\u00e9dentes au Tchad et au Cameroun.<br \/>\nPeut-\u00eatre \u00e9tais-je aussi en train de devenir un de ces blancs amoureux inconditionnels de l&rsquo;Afrique? Non, peu probable, \u00e0 la r\u00e9flexion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e9g\u00e8rement imbib\u00e9 de bi\u00e8re, je rentrai seul \u00e0 pied \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel.<br \/>\nUne fois pass\u00e9 l&rsquo;arc d&rsquo;entr\u00e9e et disparues les lumi\u00e8res de la route nationale, je me trouvais dans l&rsquo;obscurit\u00e9 presque totale du jardin \u00e0 la recherche de mon bungalow. J&rsquo;avan\u00e7ais dans le noir avec pr\u00e9caution. Je finis par longer un bungalow au-del\u00e0 duquel je crus reconna\u00eetre celui qui abritait ma chambre. Alors que j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 mi-distance des deux b\u00e2timents, un rire s&rsquo;\u00e9leva dans mon dos, tout pr\u00e8s. C&rsquo;\u00e9tait un rire terrible, pas joyeux du tout\u00a0 ni moqueur,\u00a0 bien plus que sardonique\u00a0: d\u00e9moniaque, terrifiant. Malgr\u00e9 la chaleur, j&rsquo;avais litt\u00e9ralement froid dans le dos. Quelles pens\u00e9es m&rsquo;ont alors travers\u00e9 l&rsquo;esprit, je ne saurai le dire. Je crois qu&rsquo;au bout d\u2019une ou deux secondes, j&rsquo;ai d\u00fb recouvrer mes esprits et chasser l&rsquo;id\u00e9e de sorcellerie, si pr\u00e9sente en Afrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai alors pens\u00e9 qu\u2019on se moquait de moi, qu&rsquo; on avait voulu me faire peur et que j\u2019allais d\u00e9couvrir quelques boys hilares, ravis d\u2019avoir terrifi\u00e9 le blanc. Je m\u2019avan\u00e7ais avec assurance dans la direction du rire qui avait cess\u00e9 et je dis d\u2019une voix que je voulais \u00e0 la fois ferme et gaie\u00a0: \u00ab\u00a0Bonsoir, les gars\u00a0!\u00a0\u00bb<br \/>\nLe m\u00eame rire me r\u00e9pond, auquel vient s\u2019ajouter un souffle. A la limite de la panique, je me retourne et marche, sans courir, mais \u00e0 grands pas rapides, vers la porte du bungalow que je pense \u00eatre le mien et que j\u2019atteins bras tendu\u00a0 et cl\u00e9 point\u00e9e vers l&rsquo;avant. Par bonheur, elle ouvre la porte sans difficult\u00e9.<br \/>\nLe sommeil viendra un peu plus tard,\u00a0 assez rapidement malgr\u00e9 l&rsquo;adr\u00e9naline, gr\u00e2ce \u00e0 la fatigue et la bi\u00e8re accumul\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain matin, apr\u00e8s avoir salu\u00e9 les marabouts qui lorgnent dans ma chambre, je sors de mon bungalow pour aller prendre mon petit d\u00e9jeuner. En passant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du bungalow voisin, je vois, allong\u00e9e au soleil dans sa cage, une hy\u00e8ne qui ne l\u00e8vera m\u00eame pas la t\u00eate pour me regarder passer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce temps-l\u00e0, le Burkina Faso s&rsquo;appelait\u00a0 Haute-Volta. 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