{"id":23277,"date":"2020-05-03T16:47:04","date_gmt":"2020-05-03T14:47:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23277"},"modified":"2020-05-04T07:34:46","modified_gmt":"2020-05-04T05:34:46","slug":"journal-de-campagne-48","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=23277","title":{"rendered":"Journal de Campagne (49)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Journal de Campagne (49)<\/strong><br \/>\n<em>Dimanche 3 mai 2020 \u2013 16h47<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Monsieur Minette<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, c\u2019\u00e9tait dans nos premi\u00e8res ann\u00e9es de Champ de Faye, je me promenais avec Ena, notre chienne Labrador. A mi-chemin de la balade, le parcours que nous empruntions passait en sous-bois pendant une centaine de m\u00e8tres pour d\u00e9boucher sur une clairi\u00e8re d\u2019o\u00f9 partaient quatre chemins : derri\u00e8re nous, celui que nous venions de suivre, devant, celui qui descendait vers Pontoise ente deux cl\u00f4tures de barbel\u00e9s, \u00e0 gauche, celui qui p\u00e9n\u00e9trait dans la for\u00eat et \u00e0 droite celui qui rentrait au plus court vers la maison. Il allait bient\u00f4t \u00eatre midi. Je choisis le plus court. Il filait droit vers le Nord-Est, en l\u00e9ger surplomb d\u2019une prairie en herbes hautes au-del\u00e0 de laquelle on pouvait contempler la campagne avec le hameau de Pontoise, le clocher de l\u2019\u00e9glise de Montfaucon et dans le lointain, par-dessus les bois, le ch\u00e2teau d\u2019eau de la route de Montmirail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019engageais sur le chemin. C\u2019est alors que de derri\u00e8re la corne du bois, surgit un tracteur. En fait, le tracteur ne surgit pas v\u00e9ritablement. Il apparut plut\u00f4t, et m\u00eame assez lentement, de derri\u00e8re le bois. Mais pour moi, ce f\u00fbt comme <!--more-->s\u2019il avait surgit. Curieusement, je ne l\u2019avais pas entendu approcher et d\u2019habitude, dans mes promenades, je ne rencontrais jamais personne. Donc, le tracteur me fit l\u2019effet de surgir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longtemps, je me suis promen\u00e9 sur les chemins de Champ de Faye avec cette question pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019esprit : avais-je vraiment le droit de passer sur ces chemins plus ou moins entretenus, au milieu de ces pr\u00e9s et de ces champs exploit\u00e9s, avec mon chien en libert\u00e9 \u00e0 la recherche d\u2019un animal \u00e0 faire lever ou courir ? Ce sentiment d\u2019incertitude s\u2019est att\u00e9nu\u00e9 pour finir par disparaitre avec les ann\u00e9es, mais ce jour-l\u00e0, il ne devait pas \u00eatre enfoui bien profond et l\u2019apparition soudaine de cet engin me fit me poser la question presque oubli\u00e9e : avais-je vraiment le droit d\u2019\u00eatre l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je rappelai Ena et la mis \u00e0 la laisse. Le tracteur tirait une faucheuse. Il s\u2019\u00e9loigna jusqu\u2019au bout du pr\u00e9, y fit demi-tour et revint lentement vers moi. C\u2019\u00e9tait un de ces vieux tracteurs sans cabine et j\u2019apercevais sur le si\u00e8ge une silhouette en bleu de travail qui tressautait avec les irr\u00e9gularit\u00e9s du terrain. Si le conducteur poursuivait sa route rectiligne, et c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement le cas pour les agriculteurs quand ils sont au travail, il passerait devant moi \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres en dessous du chemin. J\u2019\u00e9tais donc tranquille. J\u2019avan\u00e7ais \u00e0 grands pas, \u00e9vitant de regarder vers lui, tandis qu&rsquo;Ena trottait au bout de sa laisse en me regardant sans comprendre le motif de sa punition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand le tracteur fut \u00e0 ma hauteur, il s\u2019arr\u00eata. Moi aussi. Le conducteur coupa le moteur, ce qui pouvait signifier qu\u2019il avait toute confiance en son d\u00e9marreur ou qu\u2019il envisageait un arr\u00eat de longue dur\u00e9e. L\u2019homme descendit de son si\u00e8ge et entrepris de remonter lourdement le pr\u00e9 vers moi \u00e0 travers les herbes hautes. Ena se mit \u00e0 gronder, ce qu\u2019elle ne faisait jamais que lorsqu\u2019elle \u00e9tait en laisse. Cette silhouette courte et massive qui oscillait vers nous semblait ne pas lui plaire. Je t\u00e2chais de la calmer en lui murmurant entre mes dents :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Couch\u00e9e, Ena, couch\u00e9e. Tout va bien, tooouuut va bien\u00a0! Gentil, le monsieur, gentil\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me campais sur mes deux jambes, droit dans mes bottes et pr\u00eat \u00e0 affronter l\u2019apostrophe qui n\u2019allait pas manquer : \u00ab Vous savez que vous n\u2019avez pas le droit de &#8230; \u00bb ou plus simplement \u00ab Qu\u2019est-ce que vous foutez l\u00e0 ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9 \u00e0 ma hauteur, l\u2019homme sortit un chiffon de sa poche, s\u2019essuya le front puis les mains et me tendit la droite en disant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Bonjour, moi c\u2019est Minette. Je suis \u00e0 Pontoise, l\u00e0 en face. Fait beau, hein\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0, c\u2019est tout. Il n\u2019y a pas de chute \u00e0 cette histoire, parce que dans la vraie vie, il n\u2019y a pas de chute non plus. Ce Monsieur Minette, dont je vous conterai plus tard d\u2019autres aventures, avait voulu me saluer, par politesse, par curiosit\u00e9, les deux probablement. Il avait arr\u00eat\u00e9 son tracteur au risque r\u00e9el de ne pouvoir le red\u00e9marrer qu\u2019apr\u00e8s beaucoup d\u2019efforts, juste pour me dire bonjour, \u00e9changer quelques banalit\u00e9s sur le temps, les chiens, les travaux des champs, Paris&#8230; Par la suite, je l\u2019ai crois\u00e9 souvent dans la campagne, et nous nous arr\u00eations c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te quelques instants. Nous n\u2019avions rien \u00e0 nous dire, mais nous le disions quand m\u00eame, le temps, les chiens, les travaux des champs, Paris&#8230; Monsieur Minette parlait peu, Ena s&rsquo;impatientait, alors nous nous s\u00e9parions sur une nouvelle banalit\u00e9, la raret\u00e9 du gibier, le renard qu&rsquo;on arrive pas \u00e0 attraper, le temps qui passe, \u00e0 un de ces jours, Monsieur Minette&#8230;<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-23304\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8225-2-960x707.jpeg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"445\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8225-2-960x707.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8225-2-300x221.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8225-2-768x566.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8225-2-1536x1132.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/IMG_8225-2-2048x1509.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>La ferme Minette aujourd&rsquo;hui.<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal de Campagne (49) Dimanche 3 mai 2020 \u2013 16h47 Monsieur Minette Un jour, c\u2019\u00e9tait dans nos premi\u00e8res ann\u00e9es de Champ de Faye, je me promenais avec Ena, notre chienne Labrador. 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