{"id":22816,"date":"2020-05-23T07:47:53","date_gmt":"2020-05-23T05:47:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22816"},"modified":"2020-05-25T21:07:23","modified_gmt":"2020-05-25T19:07:23","slug":"les-deux-magots","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22816","title":{"rendered":"Les Deux Magots (2\/2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>(SUITE)<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-22828\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/france-paris-linterieur-de-la-les-deux-magots-cafe-boulevard-saint-germain-c1bw5x-300x197.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"197\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/france-paris-linterieur-de-la-les-deux-magots-cafe-boulevard-saint-germain-c1bw5x-300x197.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/france-paris-linterieur-de-la-les-deux-magots-cafe-boulevard-saint-germain-c1bw5x-960x631.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/france-paris-linterieur-de-la-les-deux-magots-cafe-boulevard-saint-germain-c1bw5x-768x505.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/france-paris-linterieur-de-la-les-deux-magots-cafe-boulevard-saint-germain-c1bw5x.jpeg 1300w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques minutes une tr\u00e8s jeune femme, vingt ans au plus, s\u2019est install\u00e9e non loin de moi. Je la vois de c\u00f4t\u00e9. Chez elle, tout est mince, clair et net. Le profil est pr\u00e9cis, la queue de cheval ch\u00e2tain est courte et bien serr\u00e9e et de sobres boucles d\u2019oreille fantaisie pendent \u00e0 ses oreilles. Elle se tient bien droite sans s\u2019appuyer au dossier de la banquette. Elle regarde autour d\u2019elle, me voit \u00e0 peine. Le gar\u00e7on s\u2019approche, mais elle dit qu\u2019elle attend quelqu\u2019un. Un peu plus tard, elle est rejointe par une autre femme, un peu plus \u00e2g\u00e9e, moins de trente ans. Elle se l\u00e8ve pour embrasser la nouvelle arrivante sur les joues (trois fois\u00a0: elle doit \u00eatre du Massif Central). Celle-ci est le contraire de celle-l\u00e0. Tout en elle est arrondi, flou, impr\u00e9cis. Sa silhouette <!--more-->de pas-tout-\u00e0-fait-grosse s\u2019est tass\u00e9e sur la banquette \u00e0 la gauche de son amie qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent elle me cache. Ses cheveux bruns et fris\u00e9s forment un nuage mousseux au-dessus de sa t\u00eate. Son jean marron clair comprime ses cuisses et son pullover en grosse laine noire poilue n\u2019arrive pas \u00e0 rejoindre la ceinture de son jean, laissant \u00e0 d\u00e9couvert une bande de chair. Elle a command\u00e9 deux formules <em>J-P.Sartre <\/em>\u00e0 26 Euros<em>. <\/em>Les jus d\u2019orange, les croissants, les tartines, les beurriers, les tasses, les cafeti\u00e8res et les th\u00e9i\u00e8res ne tardent pas \u00e0 encombrer la table. La plus jeune fouille dans son sac et en sort le Guide Hachette de Paris qu\u2019elle pose entre deux tasses.<br \/>\n<em>Elle s\u2019appelle Fran\u00e7oise Maignan. Elle a 22 ans. Elle est la fille unique d\u2019un couple de pharmaciens install\u00e9s \u00e0 Chauvigny, \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de Poitiers. Elle est \u00e9tudiante en pharmacie. Elle vient d\u2019arriver \u00e0 Paris par le premier TGV et en sortant de la Gare Montparnasse, elle a suivi les instructions de son amie Annick\u00a0: elle est pass\u00e9e le long de la tour et puis elle a pris la rue de Rennes tout droit avec le clocher de Saint Germain des Pr\u00e9s en ligne de mire. Avec ces indications, elle ne pouvait pas rater les Deux Magots.<\/em><br \/>\n<em>Annick Cottard a 31 ans. Elle est chercheuse \u00e0 Normale Sup dans le d\u00e9partement des Sciences de l\u2019Antiquit\u00e9. Le grand studio dans lequel elle vit seule est situ\u00e9 tout en bas de la rue Mouffetard. C\u2019est un peu bruyant le matin, mais ce n\u2019est pas loin de la Rue d\u2019Ulm, et elle ne paie pas de loyer : le studio appartient \u00e0 la Ville de Paris qui l\u2019a mis \u00e0 sa disposition en \u00e9change d\u2019une dizaine d\u2019heures de travail par mois \u00e0 la Direction de la Communication de l\u2019H\u00f4tel de Ville. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Annick a connu une vie sentimentale chaotique et une vie sexuelle h\u00e9sitante. R\u00e9cemment, apr\u00e8s une liaison idyllique de cinq semaines avec un chercheur du CNRS adepte de la th\u00e9orie des cordes et de l\u2019\u00e9changisme, elle a connu une p\u00e9riode d\u2019abstinence de 14 mois, \u00e0 peine interrompue par quelques aventures furtives \u00e0 l\u2019issue de soir\u00e9es universitaires. Cette p\u00e9riode s\u2019\u00e9tait achev\u00e9e avec les derni\u00e8res vacances de No\u00ebl quand elle avait rencontr\u00e9 Fran\u00e7oise dans un chalet de l\u2019UCPA \u00e0 Notre-Dame de Bellecombe. Toutes deux skieuses d\u00e9butantes et, au fond, peu enclines \u00e0 la pratique sportive, d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour Annick et Fran\u00e7oise avaient abandonn\u00e9 le cours de ski d\u00e9butant pour se retrouver dans de longues balades dans les forets enneig\u00e9es. C\u2019est au cours d\u2019un piquenique ensoleill\u00e9 qu\u2019elles s\u2019\u00e9taient mutuellement d\u00e9couvertes, allong\u00e9es sur un matelas de neige fraiche et d\u2019anoraks Canada Goose. Avant qu\u2019elles ne se s\u00e9parent sur un quai de la Gare Lyon-Part-Dieu, Annick avait fait promettre \u00e0 Fran\u00e7oise de venir passer quelques jours \u00e0 Paris afin de lui faire d\u00e9couvrir les lieux historiques de la capitale. Elles commencent avec Jean-Paul Sartre aux Deux Magots. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que je r\u00e9fl\u00e9chissais \u00e0 mes voisines, deux jeunes et \u00e9l\u00e9gantes asiatiques sont entr\u00e9es, ravies de d\u00e9couvrir le d\u00e9cor. Elles ont commenc\u00e9 par parcourir le fond de la salle pour prendre des photos des murs, du plafond, des appliques, des bouquets et des tables, du livreur et du monte-charge surgi du sol, et peut-\u00eatre m\u00eame, \u00e0 la sauvette, des rares clients. Elles sont jolies et se ressemblent comme des s\u0153urs, mais ces gens-l\u00e0 ne se ressemblent-ils pas tous ? Elles doivent avoir vingt-cinq ou vingt-six ans, mais peut-on vraiment donner un \u00e2ge \u00e0 ces gens-l\u00e0 ? \u00c0 dix heures du matin, elles sont maquill\u00e9es, coiff\u00e9es et habill\u00e9es comme si elles se rendaient \u00e0 un cocktail au Crillon. Un serveur \u00e0 qui elles demandaient par signes o\u00f9 s\u2019asseoir leur a d\u00e9sign\u00e9 d\u2019un geste large mais aimable l\u2019ensemble de la salle. Elles ont pouff\u00e9 et se sont assises, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur la banquette, trop loin de moi pour que je puisse vraiment observer ce qu\u2019elles font. Elles consultent la carte et la photographient. Elles rient continuellement en se cachant la bouche de leur main gant\u00e9e. L\u2019homme au complet gris est venu en personne prendre leur commande. Le choix semble difficile. Chaque question qu\u2019elles posent est accompagn\u00e9e d\u2019un sourire \u00e0 l\u00e8vres closes et chaque r\u00e9ponse du maitre d\u2019h\u00f4tel est suivie de petits rires \u00e9touff\u00e9s. Quelques minutes plus tard, leur table se couvre de denr\u00e9es diverses. Vu d\u2019ici, ce doit \u00eatre deux formules <em>Hemingway<\/em> \u00e0 26 Euros mais, \u00e9mergeant de son seau, emmitoufl\u00e9e dans la serviette qui lui entoure le col, j\u2019aper\u00e7ois une demie bouteille de champagne qui viendra agr\u00e9menter la note. Nouvelle s\u00e9ance de photographie : tout d\u2019abord des natures mortes du petit-d\u00e9jeuner, puis des selfies se tenant par le cou ou trempant leurs l\u00e8vres rouges dans le champagne. D\u2019un seul coup, chacune se rencogne dans son bout de banquette et se concentre sur son iPhone.<br \/>\n<em>Elles s\u2019appellent Akiko Tanaka et Misaki Sato. Elles ont 29 et 30 ans. Elles sont mari\u00e9es. Elles ont chacune un enfant, un gar\u00e7on de trois ans pour Akiko et une fille de quatre pour Misaki. Elles habitent la banlieue de Nagasaki, \u00e0 moins d\u2019un quart d\u2019heure l\u2019une de l\u2019autre. Elles travaillent dans la m\u00eame entreprise, Ikezaki, qui fabrique des instruments d\u2019optique pour la recherche et l\u2019armement. Akiko est\u00a0contr\u00f4leuse de fabrication au d\u00e9partement des lasers et Misaki est math\u00e9maticienne dans le d\u00e9partement Prospective. Elles ont le m\u00eame niveau de salaire, un peu moins de 60.000 yens par mois. Leurs maris, Kenzo Tanaka et Takumi Sato, travaillent aussi chez Ikezaki. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u00e0 que, tous les quatre, ils se sont rencontr\u00e9s un soir de Tenno Tanjobi, la f\u00eate nationale du Japon. \u00a0Kenzo et Takumi ont de moins bonnes situations que leurs \u00e9pouses. Ils ne sont que m\u00e9caniciens au service maintenance. C\u2019est pourquoi ils ne participent pas au voyage que les deux amies ont pu s\u2019offrir apr\u00e8s cinq ann\u00e9es d\u2019\u00e9conomies. Elles sont arriv\u00e9es de Londres avant-hier soir et, demain matin, elles partiront pour Rome, puis ce sera Vienne, puis Prague d\u2019o\u00f9 elles s\u2019envoleront par un vol charter direct pour Nagazaki. En attendant,<\/em> <em>leurs pouces s\u2019agitent sur les claviers et, de temps en temps, l\u2019une montre son \u00e9cran \u00e0 l\u2019autre et elles rient<\/em>. <em>\u00a0Akiko et Misaki font visiter le monde \u00e0 leur t\u00e9l\u00e9phone et elles en font profiter ceux de leurs amis. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est dix heures quarante-cinq, l\u2019heure de passer chez Grasset. Je fais un signe gar\u00e7on qui comprend et m\u2019apporte la petite note. \u00a0Il semble que les Deux Magots aient renonc\u00e9 \u00e0 \u00eatre <em>le rendez-vous de l\u2019\u00e9lite intellectuelle. <\/em>Le ticket de caisse dit simplement<em>\u00a0: 1 caf\u00e9 Deux Magots \u2013 4,90 Euros \u2013 Taxes et service inclus \u2013 Merci de votre visite et \u00e0 bient\u00f4t.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Merci de votre visite et \u00e0 bient\u00f4t.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(SUITE) Il y a quelques minutes une tr\u00e8s jeune femme, vingt ans au plus, s\u2019est install\u00e9e non loin de moi. Je la vois de c\u00f4t\u00e9. Chez elle, tout est mince, clair et net. Le profil est pr\u00e9cis, la queue de cheval ch\u00e2tain est courte et bien serr\u00e9e et de sobres boucles d\u2019oreille fantaisie pendent \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22816\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les Deux Magots (2\/2)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[12,2],"tags":[158,21],"class_list":["post-22816","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-couleur-cafe","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22816","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22816"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22816\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22816"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22816"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22816"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}