{"id":22349,"date":"2020-04-13T07:47:40","date_gmt":"2020-04-13T05:47:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22349"},"modified":"2020-04-13T16:58:13","modified_gmt":"2020-04-13T14:58:13","slug":"aux-terrasses-ensoleillees-de-sa-jeunesse-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22349","title":{"rendered":"Aux terrasses ensoleill\u00e9es de sa jeunesse (1\/2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Aux terrasses ensoleill\u00e9es <\/strong><strong>de sa jeunesse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Par Lorenzo dell\u2019Acqua<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>\u00e0 Philippe C.<\/em><\/p>\n<p><em>Avertissement au lecteur :\u00a0<\/em><br \/>\n<em>toute ressemblance avec des personnages existants<\/em><br \/>\n<em>pourrait bien ne pas \u00eatre fortuite<\/em><br \/>\n<strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em><u>Premi\u00e8re partie<\/u><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cette \u00e9poque lointaine o\u00f9 j\u2019attendais encore des jours meilleurs, mes petits boulots me laissaient une grande libert\u00e9 et beaucoup de temps libre que j\u2019employais \u00e0 ne rien faire. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 dans une agence de d\u00e9tectives priv\u00e9s, La Hotte, que dirigeait sans grande conviction son propri\u00e9taire et unique actionnaire, Charles. C\u2019est sur les quais de la Seine que nous avions fait connaissance un dimanche apr\u00e8s midi. Nous en avions tous les deux d\u00e9plor\u00e9 la salet\u00e9 croissante. Par le plus grand des hasards, Charles cherchait alors un jeune homme \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb pour le seconder. En r\u00e9alit\u00e9, je le compris assez vite, il avait besoin de n\u2019importe qui pour recevoir les clients pendant ses nombreuses absences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un dimanche d\u2019ao\u00fbt o\u00f9 j\u2019\u00e9tais seul au bureau, une femme \u00e9l\u00e9gante se pr\u00e9senta \u00e0 la Hotte. Blonde et gaie, elle \u00e9tait l\u2019\u00e9pouse d\u2019Andr\u00e9 Laguiole, un septuag\u00e9naire jusque-l\u00e0 sans histoire, d\u2019apr\u00e8s elle. Ce nom, Laguiole, me disait quelque chose mais je ne parvenais pas \u00e0 en retrouver la raison. Depuis plusieurs mois, son mari qu\u2019elle appelait avec tendresse \u00ab\u00a0mon jeune premier\u00a0\u00bb (pourquoi jeune et surtout premier, on ne le sut jamais) avait pris l\u2019habitude de quitter leur domicile d\u00e8s neuf heures du matin pour se rendre, disait-il, au bureau alors qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 la retraite depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Une nuit o\u00f9 son ch\u00e9ri r\u00eavait \u00e0 voix haute, elle l\u2019entendit \u00e9voquer les difficult\u00e9s qu\u2019il rencontrait chaque jour \u00e0 la r\u00e9daction de son journal. Or elle n\u2019en avait jamais vu la moindre ligne. \u00ab\u00a0C\u2019est parce qu\u2019il est \u00e9crit \u00e0 l\u2019encre sympathique\u00a0\u00bb, avait-il ironis\u00e9. Il profita de l\u2019occasion <!--more-->pour l\u2019avertir que dor\u00e9navant, puisqu\u2019elle avait d\u00e9couvert son secret, il irait se consacrer \u00e0 sa passion de l\u2019\u00e9criture dans certains caf\u00e9s de sa jeunesse \u00e9tudiante. Son pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tait la cr\u00eaperie Le Cyrano, place Paul Claudel, coinc\u00e9 entre deux boutiques obscures face aux grilles du Jardin du Luxembourg. Mich\u00e8le, c\u2019\u00e9tait le pr\u00e9nom de madame Laguiole, s\u2019\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9e du choix d\u2019une cr\u00eaperie car, depuis son service militaire \u00e0 Brest, l\u2019estomac de son jeune premier ne supportait plus les cr\u00eapes ni les galettes. Mais, plus inqui\u00e9tant encore, il revenait bronz\u00e9 de ses dures journ\u00e9es de labeur.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-22361\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-Rouge-et-le-Verre-290x300.jpeg\" alt=\"\" width=\"410\" height=\"424\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-Rouge-et-le-Verre-290x300.jpeg 290w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-Rouge-et-le-Verre-768x794.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Le-Rouge-et-le-Verre.jpeg 856w\" sizes=\"auto, (max-width: 410px) 100vw, 410px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leur m\u00e9decin de famille les avait pr\u00e9venus du grave danger qu\u2019un bronzage excessif faisait courir \u00e0 la peau fragile de monsieur Laguiole. C\u2019\u00e9tait pour en conna\u00eetre l\u2019origine que son \u00e9pouse nous demandait de mener l\u2019enqu\u00eate. Ce motif dermatologique ne nous avait pas convaincus mais Charles r\u00e9p\u00e9tait souvent que si on commen\u00e7ait \u00e0 discuter le bien-fond\u00e9 des motivations des clients, on pouvait fermer tout de suite la boutique. A notre avis, plus que le bronzage, c\u2019\u00e9tait la rencontre in\u00e9vitable de jeunes et jolies inconnues d\u00e9v\u00eatues autour d\u2019une piscine qu\u2019elle devait redouter. Nous d\u00e9cid\u00e2mes de ne pas lui faire part de notre hypoth\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charles m\u2019avait confi\u00e9 l\u2019affaire. La principale qualit\u00e9 d\u2019un d\u00e9tective priv\u00e9 est la patience et, dans le cas qui nous int\u00e9resse, il m\u2019en avait fallu beaucoup. Tout un printemps de chien sans jamais voir Laguiole \u00e0 la terrasse du Cyrano ! Il devenait de plus en plus difficile de justifier mon salaire. Comme je travaillais \u00e0 mi-temps, j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 convaincre mon patron que notre homme devait lui aussi travailler \u00e0 mi-temps, mais pas le m\u00eame que le mien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La chance me sourit enfin quand je le d\u00e9couvris un matin de juin profitant des rayons d\u2019un soleil g\u00e9n\u00e9reux \u00e0 la terrasse du Cyrano. Souvent je m\u2019\u00e9tais pos\u00e9 la question de savoir pourquoi son \u00e9pouse l\u2019appelait \u00ab Mon jeune premier \u00bb ? Le gar\u00e7on me fournit une r\u00e9ponse plausible : jeune, il ne l\u2019\u00e9tait plus du tout, mais le premier \u00e0 s\u2019installer sur les chaises en osier vert et jaune du Cyrano, il l\u2019\u00e9tait tous les jours. Devant lui, les grilles du Jardin du Luxembourg couvertes de catastrophes humanitaires dans des pays aux noms \u00e9tranges semblaient le laisser indiff\u00e9rent. A cette heure matinale, le caf\u00e9 n\u2019\u00e9tait fr\u00e9quent\u00e9 que par la jeunesse \u00e9tudiante des Facult\u00e9s alentour dont je constatais la nette f\u00e9minisation. Les yeux mi-clos, un sourire aux l\u00e8vres, Laguiole ne perdait pas une miette du va et vient des jeunes filles aux tenues l\u00e9g\u00e8res qui venaient fleurir les tables voisines. Il n\u2019y avait pas l\u2019ombre d\u2019un ordinateur portable devant lui mais plusieurs demis pression vides et un cendrier rempli de m\u00e9gots.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-22362 alignright\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Salle-dattente-du-docteur-Hippocrate-300x262.jpeg\" alt=\"\" width=\"322\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Salle-dattente-du-docteur-Hippocrate-300x262.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Salle-dattente-du-docteur-Hippocrate-960x840.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Salle-dattente-du-docteur-Hippocrate-768x672.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/Salle-dattente-du-docteur-Hippocrate.jpeg 1055w\" sizes=\"auto, (max-width: 322px) 100vw, 322px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9moire me revint enfin ! Je reconnus le professeur de fran\u00e7ais \u00e0 qui je devais ma vocation litt\u00e9raire. Il n\u2019avait pas beaucoup chang\u00e9 : les yeux bleus, les cheveux blonds devenus rares et un \u00e9ternel sourire sur son visage chaleureux. On lui aurait donn\u00e9 le Bon Dieu sans confession. Il enseignait le fran\u00e7ais au coll\u00e8ge Saint Jean-Baptiste de Villebonne dans le Jura o\u00f9 j\u2019avais \u00e9t\u00e9 pensionnaire vers l\u2019\u00e2ge de quinze ans. Desservi par son pass\u00e9 de militant mao\u00efste et accus\u00e9 d\u2019endoctriner ses \u00e9l\u00e8ves avec les \u00e9crits de Karl Marx et de Bakounine, Andr\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9 sans m\u00e9nagement. Je me souvenais peu de cette p\u00e9riode de ma vie qui avait suivi la disparition de mon p\u00e8re. Ma m\u00e8re, accapar\u00e9e par un emploi inesp\u00e9r\u00e9 dans un music hall, ne me rendait jamais visite. Aux vacances scolaires, je m\u2019inventais une destination chez de vagues parents pour rejoindre la capitale et retrouver, autour de la Place de l\u2019Etoile, le parfum ent\u00eatant d\u2019Yvonne et mes copains de l\u2019\u00e9poque qui \u00e9taient tous de si braves gar\u00e7ons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir longtemps h\u00e9sit\u00e9, j\u2019eus enfin le courage de lui tapoter l\u2019\u00e9paule pour attirer son attention. Ma barbe clairsem\u00e9e me donnant des airs d\u2019anarchiste, je l\u2019abordai avec beaucoup de retenue. \u00ab\u00a0Bonjour monsieur, je m\u2019appelle Patrick Mond\u00e9o. Vous avez \u00e9t\u00e9 mon professeur jadis \u00e0 Villebonne, vous vous en souvenez\u00a0?\u00a0\u00bb Non, il ne s\u2019en souvenait pas, mais il me proposa de m\u2019asseoir \u00e0 sa table. Je ne pus refuser le demi pression qu\u2019il commanda au gar\u00e7on d\u2019un simple hochement de t\u00eate. \u00c9mu par l\u2019\u00e9vocation de nos souvenirs et touch\u00e9 par sa bienveillance, je finis par lui avouer les v\u00e9ritables raisons de ma pr\u00e9sence au Cyrano. Ma profession sembla l\u2019amuser et il se laissa volontiers interroger sur les inqui\u00e9tudes de son \u00e9pouse concernant son bronzage excessif et l\u2019absence de preuve de son activit\u00e9 litt\u00e9raire. Il ne me r\u00e9pondit pas tout de suite puis murmura : \u00ab\u00a0Je n\u2019ai encore rien \u00e9crit, c\u2019est vrai, mais je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 ce que je vais \u00e9crire\u00a0\u00bb. Sa r\u00e9ponse me sembla convaincante. Et son h\u00e2le flatteur, il ne fallait pas l\u2019attribuer \u00e0 la fr\u00e9quentation d\u2019une piscine mais \u00e0 celle de la terrasse du Cyrano o\u00f9 sa place attitr\u00e9e, au fond \u00e0 gauche, restait ensoleill\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 cinq heures du soir, m\u00eame en hiver. L\u00e0 aussi, sa r\u00e9ponse me satisfaisait. J\u2019allais pouvoir rassurer sa femme, son petit bijou comme il l\u2019appelait, sur le point essentiel qui la pr\u00e9occupait\u00a0: l\u2019origine de son bronzage. Quant \u00e0 l\u2019autre raison de son inqui\u00e9tude, sa st\u00e9rilit\u00e9 litt\u00e9raire, elle me confia plus tard n\u2019avoir jamais attendu le moindre revenu de sa tardive lubie. Cela tombait bien \u2026<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em><strong>A SUIVRE<\/strong> (apr\u00e8s-demain)<\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux terrasses ensoleill\u00e9es de sa jeunesse Par Lorenzo dell\u2019Acqua \u00e0 Philippe C. 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