{"id":22175,"date":"2020-04-08T07:47:33","date_gmt":"2020-04-08T05:47:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22175"},"modified":"2020-04-08T18:34:31","modified_gmt":"2020-04-08T16:34:31","slug":"22175","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22175","title":{"rendered":"Le Saint-R\u00e9gis"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Couleur caf\u00e9 n\u00b035<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><strong>Le Saint R\u00e9gis <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-22174\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/cafe-st-regis-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/cafe-st-regis-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/03\/cafe-st-regis.jpg 550w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/strong><br \/>\n<em>6 rue Jean du Bellay \u2013 Paris 4\u00e8me<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019\u00e9tais bien jur\u00e9 qu\u2019un jour, j\u2019entrerais au Saint-R\u00e9gis pour y prendre un verre.\u00a0 L\u2019\u00e9tablissement est id\u00e9alement situ\u00e9, \u00e0 l\u2019angle de la rue Saint-Louis-en-l\u2019Ile, du nom du roi cap\u00e9tien, et de la rue Jean du Bellay, du nom du p\u00e8re du po\u00e8te de la Pl\u00e9\u00efade\u00a0. De plus, il est juste en face de la brasserie qui me vit probablement le plus au cours de la seconde moiti\u00e9 du XX\u00e8me si\u00e8cle, la Brasserie Saint-Louis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fa\u00e7ade du bistrot est engageante\u00a0: \u00e0 l\u2019ancienne, ses larges vitrines sur all\u00e8ges dans les tons gris fonc\u00e9, s\u00e9par\u00e9es seulement par de minces montants de style atelier, donnent une vue r\u00e9confortante sur un bar aux multicolores bouteilles \u00e9clair\u00e9es par derri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des premi\u00e8res tables du Saint-R\u00e9gis, celles qui sont situ\u00e9es pr\u00e8s de l\u2019unique entr\u00e9e, on a une vue sur l\u2019abside de Notre-Dame. Le d\u00e9cor du bistrot est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne mais attirant : le sol, les murs et le plafond sont ceux d\u2019une boulangerie-p\u00e2tisserie d\u2019avant-seconde-guerre : simples carreaux de c\u00e9ramique blanche aux murs, carreaux ouvrag\u00e9s et staff de m\u00eame au plafond, carrelage en damier noir et <!--more-->blanc ordinaire au sol. Quelques pr\u00e9sentoirs en m\u00e9tal brun pour baguettes de campagne dor\u00e9es viennent compl\u00e9ter l\u2019impression. Une longue banquette en bois verni marron fonc\u00e9 recouvert d\u2019un cuir de la m\u00eame couleur partage la salle dans le sens de sa longueur. Du c\u00f4t\u00e9 vitrine de cette fronti\u00e8re, on pourra s\u2019asseoir sur la banquette \u00e0 des tables parfois en bois, parfois en marbre. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de cette s\u00e9paration, c\u00f4t\u00e9 mur, on a plac\u00e9 une s\u00e9rie de si\u00e8ges en bois qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s dans un wagon de troisi\u00e8me classe d\u2019avant la m\u00eame guerre que plus haut. Ils sont plac\u00e9s deux par deux, face \u00e0 face, de chaque c\u00f4t\u00e9 de tables en bois assorties au reste du mobilier. Toutes les vernis, les cuirs et les bois bruts sont patin\u00e9s au point que par endroits le marron fonc\u00e9 tire sur le jaune orang\u00e9. Deux ventilateurs tournent lentement au plafond et font semblant de brasser l\u2019air ambiant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce milieu de ce samedi apr\u00e8s-midi, l\u2019endroit est bond\u00e9 et bruyant. Pour la plupart, ce sont des touristes venus v\u00e9rifier l\u2019\u00e9tat de la cath\u00e9drale. Ils sont un peu d\u00e9\u00e7us car ils pensaient sans oser l\u2019esp\u00e9rer qu\u2019elle s&rsquo;\u00e9tait effondr\u00e9e un peu plus que \u00e7a. Ils sont en famille ; beaucoup ont des enfants et des poussettes avec des b\u00e9b\u00e9s dedans. Probablement fatigu\u00e9s, ils sont \u00e9tonnamment sages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019avoue que ce qui m\u2019a attir\u00e9 dans ce bistrot, c\u2019est aussi son nom, Le Saint-Regis. Sans accent aigu, il \u00e9voque pour moi un palace, un bar chic, un cocktail-lounge o\u00f9 James Bond, Malko Linge et Simon Templar avant eux, avaient l\u2019habitude de donner leurs rendez-vous \u00e0 Londres, \u00e0 Nassau ou \u00e0 Singapour. Toutefois et tout bien consid\u00e9r\u00e9, je vois mal 007, S.A.S. ou Le Saint dans le d\u00e9cor de boulangerie vieillotte de ce Saint-Regis l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si on lit Saint-R\u00e9gis-avec-accent, on pense bien s\u00fbr et tout naturellement \u00e0 Jean-Fran\u00e7ois R\u00e9gis, ce j\u00e9suite mort de faim dans le Massif Central lors d\u2019une mission d\u2019\u00e9vang\u00e9lisation au XVIIe si\u00e8cle. Ayant exclu tout rapport entre le bistrot duquel j\u2019\u00e9cris ces lignes et un palace exotique, il reste \u00e0 examiner quel lien il peut avoir avec un \u00e9vang\u00e9liste mort de faim il y a quatre-cents ans ? Je n\u2019en vois qu\u2019un seul possible : le lieu de s\u00e9pulture du j\u00e9suite. Suivez-moi bien : R\u00e9gis est mort dans le Massif Central, et d\u2019un. A l\u2019\u00e9poque, la tendance \u00e9tait d\u2019enterrer les gens sur place, donc dans le Massif Central, et de deux. Et qui dit Massif Central, dit Auvergne, et de trois. Et qui dit Auvergne dit bougnat, et de quatre. Et qui dit bougnat dit bistrot parisien, et de cinq. Et quand on sait que l\u2019Auvergne compte parmi ses villages haut perch\u00e9s un petit bled qui s\u2019appelle justement Saint-R\u00e9gis-du-Coin \u2014 \u00e7a ne s\u2019invente pas \u2014 on peut l\u00e9gitimement penser que sur ses quatre-cents habitants, il y en a bien un qui est mont\u00e9 \u00e0 Paris pour ouvrir un bistrot et accrocher fi\u00e8rement l\u2019enseigne \u00ab Le Saint-R\u00e9gis \u00bb. On comprendra que le m\u00eame ait laiss\u00e9 tomber le \u00ab du coin \u00bb qui manquait un peu de prestige, et de six. C.Q.F.D.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un peu plus tard, en discutant avec le serveur, j\u2019apprends en quelques minutes que le patron du Saint-R\u00e9gis est grec, que son pr\u00e9nom est Rigas, que la traduction de Rigas est R\u00e9gis, que le d\u00e9cor actuel, tant pour les carreaux de c\u00e9ramique que pour les si\u00e8ges en bois et les pr\u00e9sentoirs \u00e0 baguettes \u2014 qui \u00e9taient \u00e0 l\u2019origine de simples porte-bagages \u2014 a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 en bloc \u00e0 la RATP lors d\u2019une vente aux ench\u00e8res, que Jean du Bellay est un cardinal qui, mis \u00e0 part le si\u00e8cle dans lequel il a v\u00e9cu, n\u2019a rien de commun avec Joachim le po\u00e8te et qu\u2019en fait, le serveur avec qui je suis en train de discuter est le patron du Saint-R\u00e9gis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est fou comme on peut se tromper\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couleur caf\u00e9 n\u00b035 \u00a0Le Saint R\u00e9gis 6 rue Jean du Bellay \u2013 Paris 4\u00e8me Je m\u2019\u00e9tais bien jur\u00e9 qu\u2019un jour, j\u2019entrerais au Saint-R\u00e9gis pour y prendre un verre.\u00a0 L\u2019\u00e9tablissement est id\u00e9alement situ\u00e9, \u00e0 l\u2019angle de la rue Saint-Louis-en-l\u2019Ile, du nom du roi cap\u00e9tien, et de la rue Jean du Bellay, du nom du p\u00e8re du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=22175\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le Saint-R\u00e9gis<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[21],"class_list":["post-22175","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22175","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=22175"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/22175\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=22175"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=22175"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=22175"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}