{"id":21841,"date":"2020-03-13T07:47:52","date_gmt":"2020-03-13T06:47:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=21841"},"modified":"2020-03-15T11:53:29","modified_gmt":"2020-03-15T10:53:29","slug":"une-douche-froide-1-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=21841","title":{"rendered":"Une douche froide (1\/5)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>PR\u00c9FACE<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>\u00a0<\/em><em>A d\u00e9faut d\u2019\u00eatre Proust, Vialatte ou Chandler, on peut toujours essayer d\u2019\u00eatre Asimov. Non pas que cela soit plus facile mais, mise \u00e0 part une br\u00e8ve tentative avec \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=6482\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><span style=\"color: #ff0000;\">Une photo de la plan\u00e8te<\/span><\/a>\u00ab\u00a0, je n\u2019avais jamais donn\u00e9 dans la Science-fiction. A court d\u2019inspiration dans mes domaines habituels, j\u2019ai voulu tenter le coup dans celui-l\u00e0.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Quand on aborde un nouveau genre, on souhaite souvent se donner un ma\u00eetre et, quitte \u00e0 prendre un ma\u00eetre, autant le choisir parmi les meilleurs, et j\u2019ai choisi Isaac Asimov. <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>Je n\u2019ai certainement pas tout lu de ce qu\u2019a \u00e9crit Asimov, car sa production a \u00e9t\u00e9 immense, mais j\u2019ai d\u00fb lire quand m\u00eame une bonne partie de ses \u0153uvres de fiction.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>Ce que je pr\u00e9f\u00e9rais, c\u2019\u00e9tait ses nouvelles. Elles \u00e9taient tr\u00e8s souvent pleines d\u2019humour, de paradoxes et, par cons\u00e9quent, d\u2019humour paradoxal. Dans ses nouvelles, deux choses me plaisaient particuli\u00e8rement : elles comportaient toujours une chute, un d\u00e9nouement, un retournement inattendu, car le genre fin ouverte en points de suspension vers le silence des espaces infinis et effrayants n\u2019\u00e9tait pas le sien. La deuxi\u00e8me chose qui me plaisait bien, c\u2019\u00e9tait les quelques lignes qu\u2019il pla\u00e7ait en t\u00eate de la nouvelle, quelques lignes qui expliquaient pourquoi et comment il avait \u00e9crit ce qui allait suivre et aussi combien la nouvelle lui avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9e par une obscure officine du Lower East Side, en g\u00e9n\u00e9ral une dizaine de dollars. Alors, pour faire comme Isaac, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9crire une pr\u00e9face. Et maintenant, si vous ne vous \u00eates pas encore endormi dessus, passons au texte que vous allez lire\u00a0: \u2018\u2019Une douche froide\u2019\u2019<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Je vous pr\u00e9viens\u00a0: je ne l\u2019aime pas ce texte. Je le tra\u00eene depuis trois ans dans les divers coins de mon MacBook. Partie sur une id\u00e9e volontariste et contraignante de douche sans eau, la premi\u00e8re page m\u2019est venue d\u2019elle-m\u00eame en quelques minutes. Mais une fois la douche rat\u00e9e, une fois le personnage principal sec et frigorifi\u00e9, je n\u2019ai plus su que faire de ce h\u00e9ros nu et lamentable. Je l\u2019ai fait successivement et dans le d\u00e9sordre espion, r\u00e9volutionnaire, soumis, h\u00e9ro\u00efque, amoureux, stupide&#8230; sans pouvoir me d\u00e9cider. Aux premiers cinq cents mots qui \u00e9taient venus si facilement, trop facilement, j\u2019en ai ajout\u00e9 un millier, puis deux, puis six. J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 des personnages suppl\u00e9mentaires. Je les ai fait dispara\u00eetre dans des cages d\u2019ascenseur ou d\u2019horribles souffrances, et puis je les ai d\u00e9-cr\u00e9\u00e9s pour en inventer d\u2019autres tout aussi inutiles. J\u2019ai coup\u00e9, taill\u00e9, coll\u00e9 du texte, j\u2019ai chang\u00e9 le point de vue et les temps de narration, j\u2019ai tout essay\u00e9. Rien n\u2019y a fait. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>\u00c9puis\u00e9, d\u00e9courag\u00e9, je suis revenu au premier jet, trois mille cinq cents mots. Je vous en livre une premi\u00e8re partie d\u00e8s aujourd\u2019hui.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>Mais je vous l\u2019ai dit : je n\u2019aime pas ce texte. <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>Bon, tant pis ! Allons-y.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Ah ! Une derni\u00e8re pr\u00e9cision que je dois \u00e0 mon ma\u00eetre Asimov : cette \u00ab\u00a0Douche froide\u00a0\u00bb ne m\u2019a pas rapport\u00e9 un seul dollar.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>\u00a0<\/strong>1- Le r\u00e9veil de Ptlamn<\/span><\/p>\n<p>Le jour \u00e9tait lev\u00e9 depuis plusieurs minutes mais la pi\u00e8ce baignait encore dans la lumi\u00e8re laiteuse et bleu\u00e2tre qui \u00e9manait du plafond. L\u2019enceinte secondaire diffusait toujours le fond sonore apaisant du m\u00e9lange \u00ab\u00a0<em>vent du sud sur plage tropicale<\/em>\u00a0\u00bb que le dormeur avait choisi la veille au soir et qu&rsquo;il avait r\u00e9gl\u00e9 hier sur \u00ab\u00a0<em>mod\u00e9r\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb. Rien ne bougeait ni ne bruissait donc et, par dessus<!--more--> le l\u00e9ger souffle des aliz\u00e9s \u00e0 travers les palmes, on n\u2019entendait que la respiration sereine du dormeur sur sa couchette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Bonjour Ptlamn<sup>1<\/sup>! \u00a0hurla l&rsquo;\u00e9cran principal apr\u00e8s avoir clign\u00e9 deux fois dans chaque couleur primaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Il est exactement six heures vingt-trois, l&rsquo;heure de se lever, pr\u00e9cisa-t-il sur le m\u00eame ton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme \u00e0 qui s&rsquo;adressait cette information se redressa en sursaut et se cogna la t\u00eate au plafond de la couchette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 A\u00efe ! Moins fort, l&rsquo;\u00c9CU<sup>2<\/sup> ! Moins fort, bon sang de bois ! grogna Ptlamn qui avait toujours le r\u00e9veil brumeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Baissant le ton, l&rsquo;\u00e9cran r\u00e9p\u00e9ta, docile :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Bonjour Ptlamn, il est exactement six heures vingt-trois, l&rsquo;heure de se lever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce vieux machin est encore d\u00e9r\u00e9gl\u00e9\u00a0\u00bb, pensa Ptlamn en lui jetant un regard charg\u00e9 de haine. Imperturbable, le vieux machin effa\u00e7a de son \u00e9cran le paysage de plage tropicale qu&rsquo;il affichait chaque matin pour passer aux informations r\u00e9gionales. Un homme \u00e0 la combinaison chromatique rutilante donnait les nouvelles d&rsquo;un ton enjou\u00e9 : la m\u00e9t\u00e9o \u00e9tait mauvaise, le r\u00e9seau de transport pneumatique a\u00e9rien atteindrait son niveau de saturation \u00e0 sept heures et douze minutes, l&rsquo;atelier de contr\u00f4le de l&rsquo;U.U.F. <em>(Usine Universelle de Fabrication) <\/em>entamait son sixi\u00e8me mois de gr\u00e8ve et le proc\u00e8s du Maire de la ville avait d\u00e9bouch\u00e9 sur un troisi\u00e8me non-lieu. La routine&#8230; La s\u00e9quence suivante \u00e9tait enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;immeuble et \u00e0 ses huit mille habitants. Sous forme de textes d\u00e9filants et sur un fond musical de six notes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en boucles exasp\u00e9rantes, elle lui apprit que la r\u00e9union mensuelle de l&rsquo;A.U.R.R.E. (<em>Amicale Universelle des R\u00e9sidents de la R\u00e9sidence E<\/em>) se tiendrait apr\u00e8s-demain \u00e0 vingt et une heures pr\u00e9cises dans la salle Aldous Huxley avec pr\u00e9sence obligatoire \u2014 <em>Ah non ! Merde alors, pensa Ptlamn \u2014<\/em>, que l&rsquo;\u00e9l\u00e9vateur E-34 serait immobilis\u00e9 aujourd&rsquo;hui de sept heures trente \u00e0 vingt heures pour visite d\u00e9cennale \u2014 <em>Ah non ! Merde alors, repensa Ptlamn<\/em>\u00a0\u2014 et que six r\u00e9sidents devaient encore un total de quatre-vingt-trois heures cinquante de travail d&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif \u00e0 la R\u00e9sidence. Sous peine d&rsquo;expulsion, les personnes dont les noms allaient suivre \u00e9taient pri\u00e9s de se pr\u00e9senter \u00e0 la C.G. <em>(Conciergerie G\u00e9n\u00e9rale)<\/em> demain avant 7 heures 30, munis de leur \u00e9quipement personnel. Ptlamn fit un r\u00e9el effort de concentration pour arriver \u00e0 lire les noms qui filaient vers bas de l&rsquo;\u00e9cran, car il ne s&rsquo;agissait pas de rater une telle convocation : Po\u00efutl, Vramour7w, Haw@lbumpil, Gmahf\u00a0, Klapouchnereva et Roger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Ouf, pensa Ptlamn. Pour une fois, je ne suis pas dedans !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9cran retourna \u00e0 sa plage paradisiaque, y ajoutant un l\u00e9ger bruit de ressac. Ptlamn laissa sa t\u00eate retomber sur l\u2019oreiller et s\u2019accorda quelques secondes de sommeil suppl\u00e9mentaires, puis il rouvrit les yeux\u00a0: \u00ab\u00a0Six heures trente-huit\u00a0\u00bb, annon\u00e7aient les chiffres incrust\u00e9s dans le cumulus qui flottait au-dessus des cocotiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Six heures trente-huit ! Merde, merde, merde, je vais \u00eatre encore en retard ! s&rsquo;affola Ptlamn.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><em>\u00a0<\/em><em>A SUIVRE<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>NOTE 1 \u2014 On sait que dans la L.U.N.E. (Langue Universelle du Nord \u00c9volu\u00e9e), les lettres t et n ne se prononcent que lorsqu&rsquo;elles pr\u00e9c\u00e8dent un chiffre ou un q. En cons\u00e9quence, ceux qui ne sont pas des familiers de cette r\u00e8gle prononceront simplement le nom du h\u00e9ros de cette mani\u00e8re : Plam ou Plame, au choix.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>NOTE 2 \u2014 Dans la strate sociale \u00e0 laquelle Ptlamn appartient, c&rsquo;est une tradition d&rsquo;appeler \u00ab\u00a0\u00c9CU\u00a0\u00bb l&rsquo;\u00c9cran Universel de Communication (E.U.C.) dont la pr\u00e9sence et le maintien en service sont obligatoires dans chaque foyer depuis les \u00e9v\u00e8nements de 2068. C&rsquo;est plus facile \u00e0 prononcer que E.U.C. et cette distorsion donne \u00e0 ceux qui l&rsquo;utilise une \u00a0impression flatteuse de libert\u00e9 de pens\u00e9e. Le M.U.S.C., Minist\u00e8re Universel de la Surveillance du Comportement, est parfaitement au courant de cette d\u00e9viation, mais il laisse faire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #000080;\"><strong><em>\u00a0<\/em><em>A SUIVRE \u00c9GALEMENT<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PR\u00c9FACE \u00a0A d\u00e9faut d\u2019\u00eatre Proust, Vialatte ou Chandler, on peut toujours essayer d\u2019\u00eatre Asimov. Non pas que cela soit plus facile mais, mise \u00e0 part une br\u00e8ve tentative avec \u00ab\u00a0Une photo de la plan\u00e8te\u00ab\u00a0, je n\u2019avais jamais donn\u00e9 dans la Science-fiction. 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