{"id":21740,"date":"2020-03-04T07:47:06","date_gmt":"2020-03-04T06:47:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=21740"},"modified":"2020-03-08T08:20:40","modified_gmt":"2020-03-08T07:20:40","slug":"un-apres-midi-de-chien-1-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=21740","title":{"rendered":"Un apr\u00e8s-midi de chien (1\/2)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Couleur caf\u00e9 n\u00b034<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-21748\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_8120-300x246.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"246\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_8120-300x246.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_8120-960x788.jpeg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_8120-768x630.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_8120-1536x1260.jpeg 1536w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/IMG_8120-2048x1681.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le Balzar<\/strong><br \/>\n49 rue des \u00c9coles &#8211; Paris 5<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un apr\u00e8s-midi de chien (1\/2)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Balzar\u2026 \u00c7a fait longtemps que je n\u2019y suis pas venu. En fait, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 vraiment client du Balzar. Autrefois, on l\u2019appelait \u00ab\u00a0le petit Lipp\u00a0\u00bb. Nous, nous pr\u00e9f\u00e9rions le grand. Mais le Balzar a quand m\u00eame son charme, avec sa taille modeste, son sobre d\u00e9cor Art d\u00e9co et sa carte de brasserie bourgeoise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces derniers temps, en fin de journ\u00e9e, il m\u2019est arriv\u00e9 de m\u2019y installer une petite heure pour essayer de progresser un peu dans ce roman qui se refuse depuis des mois \u00e0 d\u00e9passer le chapitre 5.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019autre bout de la salle presque d\u00e9serte, derri\u00e8re le comptoir, le patron s\u2019occupe \u00e0 des t\u00e2ches de patron. L\u2019unique serveur ach\u00e8ve de dresser les tables pour le d\u00eener. Il n\u2019en a laiss\u00e9 que quelques-unes \u00e0 la disposition des clients de l\u2019apr\u00e8s-midi. Il est cinq heures.<br \/>\n<em>\u2014 Un demi, s\u2019il vous plait\u2026 et le mot de passe du Wi-Fi, merci.<\/em><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai \u00e0 peine le temps d\u2019ouvrir mon iPad qu\u2019une femme seule entre dans la salle, essouffl\u00e9e. Elle est un peu vo\u00fbt\u00e9e, plut\u00f4t petite et plut\u00f4t ronde. Ses longs cheveux bruns tombent en d\u00e9sordre sur l\u2019in\u00e9vitable doudoune trois quarts gris fonc\u00e9. Son sac pend au bout de son bras comme un cabas. Elle porte un jogging noir agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019une large bande jaune le long de la jambe. Elle pivote lentement sur ses chaussures de tennis blanches et jaunes, cherchant d\u2019un regard d\u00e9daigneux une table qui puisse l\u2019accueillir d\u00e9cemment. Elle finit par choisir celle qui est voisine de la mienne. Tant pis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gar\u00e7on vient d\u00e9poser mon demi sur la table. Premi\u00e8re gorg\u00e9e de bi\u00e8re. J\u2019entreprends de relire le d\u00e9but du chapitre 5 pour me remettre dans l\u2019ambiance du Boulevard Saint-Michel de 1935. Une chevauch\u00e9e des walkyries nasillarde m\u2019interrompt. C\u2019est le t\u00e9l\u00e9phone de ma voisine qui sonne. Elle fouille longuement son cabas tandis que Wagner d\u00e9veloppe son th\u00e8me. Elle extirpe enfin son appareil de son sac et le pose devant elle. Maintenant, elle entreprend de retirer ses gants et, dans ma t\u00eate, des images d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res et de paillottes en flammes viennent chasser celles que j\u2019avais pu me faire de la terrasse du caf\u00e9 Le Cujas d\u2019avant-guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Oui, c\u2019est moi, <\/em>confirme-t-elle \u00e0 son iPhone<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Certainement pas, <\/em>ajoute-t-elle deux secondes plus tard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Le ton est ferme, d\u00e9finitif. J\u2019abandonne 1935 pour retomber dans l\u2019instant pr\u00e9sent et, malgr\u00e9 moi, j\u2019\u00e9coute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Cer-tai-ne-ment pas ! <\/em>r\u00e9p\u00e8te-t-elle<em>. Je sors de chez le dentiste et\u2026 Non, non, juste un d\u00e9tartrage\u2026 Oui, oui, tous les ans\u2026 Rue Saint-Jacques\u2026 Non, non, il est tr\u00e8s bien, un peu cher, mais tr\u00e8s bien\u2026 Enfin, disons qu&rsquo;il est pas mal&#8230; comme les autres, quoi\u2026\u00a0\u00a0 Non, je n\u2019ai pas mal, un d\u00e9tartrage je vous dis\u2026 Bon, \u00e9coutez : pour \u00e7a, il n\u2019en est pas question, pas question, la femme de m\u00e9nage doit \u00eatre l\u00e0, c\u2019est son boulot apr\u00e8s tout, voyez \u00e7a avec elle\u2026 C\u2019est \u00e7a, c&rsquo;est \u00e7a. Au revoir<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Silence. Le gar\u00e7on apporte son th\u00e9, et je retourne trois quarts de si\u00e8cle en arri\u00e8re, et je reprends la lecture du cinqui\u00e8me chapitre de mon <em>Cujas<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques minutes passent. Un couple entre et se plante devant la table de ma voisine. La femme a trente-cinq ans, peut-\u00eatre. Sa grande et forte silhouette est soulign\u00e9e par un pullover rouge moulant, un pantalon de cuir caf\u00e9 au lait ajust\u00e9 et enfonc\u00e9 dans des bottes noires dont surgissent de grosses chaussettes marron. Elle est blonde \u00e0 longs cheveux. Ses traits manquent de finesse et, globalement, l\u2019ensemble conclut \u00e0 l\u2019ordinaire. C\u2019est peut-\u00eatre la fille de la dame qui sort de chez le dentiste. Lui doit \u00eatre le mari ou le compagnon du pullover rouge. Plut\u00f4t petit et fluet, il porte fine moustache, blazer bleu marine et cravate club&#8230; Disons seulement qu\u2019il tranche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 Ah ! Vous voil\u00e0 ! <\/em>dit la m\u00e8re d\u2019un ton de reproche<em>. C\u2019est pas trop t\u00f4t. Vous \u00eates gar\u00e9s o\u00f9 ?<\/em><br \/>\n<em>\u2014 On a tourn\u00e9, tourn\u00e9\u2026, <\/em>r\u00e9pond la fille plaintivement<em>. Finalement, on a trouv\u00e9 \u00e0 cot\u00e9 de Notre-Dame.<\/em><br \/>\n<em>\u2014 Notre-Dame ! Je ne vais quand m\u00eame pas aller \u00e0 pied jusque l\u00e0-bas ! Je sors du dentiste, moi !<\/em><br \/>\n<em>\u2014 Si vous voulez, je peux aller chercher la voiture, <\/em>dit le blazer en faisant mine de se lever.<br \/>\n<em>\u2014 Laissez-moi finir mon th\u00e9, on verra apr\u00e8s. Vous prenez quelque chose ? Je vous invite bien s\u00fbr !<\/em><br \/>\n<em>\u2014 Alors, dans ces conditions\u2026 <\/em>tente de plaisanter la moustache<em>. Un Martini, tiens\u2026<\/em><br \/>\n<em>\u2014 Vous aimez \u00e7a le Martini, vous ? Enfin ! Comme dit l\u2019autre, tous les go\u00fbts\u2026 Et toi, ch\u00e9rie, tu prends quoi ?<\/em><br \/>\n<em>\u2014 Eh bien\u2026euh\u2026<\/em><br \/>\n<em>\u2014 Eh bien\u2026euh<\/em>\u2026 dit la dame en l&rsquo;imitant<em>. Enfin, d\u00e9cides-toi ! On n\u2019a pas toute la journ\u00e9e, non plus. Un caf\u00e9 ? Un th\u00e9 ? Quoi ? <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>C&rsquo;est l\u00e0 que je d\u00e9cide de laisser tomber le <em>Cujas<\/em>. J&rsquo;ouvre une nouvelle note sur mon iPad et le joli petit clavier surgit du bas de l&rsquo;\u00e9cran. Tout en \u00e9coutant la conversation qui se poursuit, je tape aussi vite que je peux quelques mots pour r\u00e9sumer la situation : <em>Balzar \/\u00a0 femme-cabas \/ tel. Wagner \/ Dentiste \/ Couple : pull rouge &#8211; blazer cravate \/ gar\u00e9 \u00e0 N.D. \/ Martini&#8230;<\/em> Je ne veux rien oublier, mais il faut que je rattrape le <em>direct<\/em> alors tant pis pour les fautes, j&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>LA SUITE, DEMAIN<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couleur caf\u00e9 n\u00b034 Le Balzar 49 rue des \u00c9coles &#8211; Paris 5 Un apr\u00e8s-midi de chien (1\/2) Le Balzar\u2026 \u00c7a fait longtemps que je n\u2019y suis pas venu. En fait, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 vraiment client du Balzar. Autrefois, on l\u2019appelait \u00ab\u00a0le petit Lipp\u00a0\u00bb. Nous, nous pr\u00e9f\u00e9rions le grand. 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