{"id":19066,"date":"2020-01-12T07:47:50","date_gmt":"2020-01-12T06:47:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=19066"},"modified":"2020-01-12T18:01:43","modified_gmt":"2020-01-12T17:01:43","slug":"on-mappelait-benito-1-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=19066","title":{"rendered":"On m&rsquo;appelait Benito (1\/4)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-19076\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/Be\u0301nito-1.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"160\" \/>Il y a bien longtemps, quand finissait le mois de Janvier, nous allions, Fran\u00e7ois, Patrick, Jean-Louis et moi, passer quelques jours dans notre appartement de Tignes. En fait, il appartenait \u00e0 Fran\u00e7ois mais c&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0notre appartement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart du temps, nous partions en train. Pendant le voyage aller, nous jouions presque continuellement au Rami ou au \u00ab\u00a0truc qui monte et qui descend\u00a0\u00bb, ce jeu de cartes dont jamais je n&rsquo;ai pu me rappeler le nom. Une fois \u00e0 Bourg-Saint-Maurice, nous prenions un taxi. Pendant la mont\u00e9e, comme des enfants excit\u00e9s, nous commentions avec inqui\u00e9tude la faible quantit\u00e9 ou le gris de la neige du bord de la route, sp\u00e9culant sur ce qu&rsquo;elle pourrait \u00eatre en haut.\u00a0 Et puis, une demi-heure plus tard, pass\u00e9 le barrage sur l&rsquo;Is\u00e8re, pass\u00e9s les derniers tunnels, le soleil \u00e9clatait dans un virage bord\u00e9 de belles cong\u00e8res arrondies. Dix minutes apr\u00e8s, essouffl\u00e9s par les bagages et l&rsquo;altitude, nous ouvrions la porte de \u00ab\u00a0notre\u00a0\u00bb appartement. L&rsquo;affectation des couchages avait \u00e9t\u00e9 discut\u00e9e abondamment pendant le voyage, mais elle recommen\u00e7ait in\u00e9vitablement au moment de poser les valises. Un peu plus tard, alors que le soleil passait derri\u00e8re la Grande Casse, nous nous rendions <!--more-->chez Duduche. Duduche tenait sur deux \u00e9tages une belle boutique d&rsquo;articles de sport et de location de mat\u00e9riel de ski. D\u00e8s notre entr\u00e9e dans son magasin, nous commencions \u00e0 plaisanter avec lui, qui nous le rendait bien, tentant ainsi d&rsquo;affirmer une amiti\u00e9 qui nous vaudrait peut-\u00eatre une r\u00e9duction sur les prix de location, ce qu&rsquo;il ne nous accordait jamais. Puis, nous allions diner \u00e0 la pizzeria d&rsquo;en bas et, \u00e0 dix heures, nous \u00e9tions couch\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon r\u00f4le \u00e0 temps partiel ne commen\u00e7ait vraiment que le lendemain matin et il durait jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du s\u00e9jour : de neuf heures du matin jusqu&rsquo;\u00e0 quatre et demie de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, j&rsquo;\u00e9tais Benito. \u00c0 dix-sept heures, je rentrais dans le rang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour bien comprendre la suite de cette histoire, il est n\u00e9cessaire de faire un retour en arri\u00e8re. Vers l&rsquo;\u00e2ge de cinq ou six, l&rsquo;enfant de la guerre que j&rsquo;\u00e9tais avait les poumons fragiles. Plusieurs ann\u00e9es de suite, on m&rsquo;avait donc envoy\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la montagne\u00a0\u00bb dans ce qu&rsquo;on appelait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque un \u00ab\u00a0home d&rsquo;enfants\u00a0\u00bb. Contre ma volont\u00e9, j&rsquo;avais fini par apprendre les rudiments du ski sur les pentes civilis\u00e9es du Mont d&rsquo;Arbois. \u00a0Quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e0 seize ans, une nouvelle convalescence m&rsquo;avait fait passer, cette fois-l\u00e0 avec enthousiasme, presque deux mois d&rsquo;affil\u00e9e \u00e0 Courchevel o\u00f9 j&rsquo;avais pu consid\u00e9rablement am\u00e9liorer les bases acquises \u00e0 Meg\u00e8ve. Voil\u00e0 pourquoi j&rsquo;\u00e9tais meilleur skieur que mes trois amis, qui n&rsquo;avaient pas eu la chance de jouir d&rsquo;une mauvaise sant\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette sup\u00e9riorit\u00e9 technique me donnait des droits et des devoirs : principalement le droit de d\u00e9cider des itin\u00e9raires \u00e0 parcourir et de l&rsquo;horaire de ces parcours et le devoir de ramener la bande \u00e0 bon port avant le cr\u00e9puscule, et sans trop de dommage ni trop de fatigue si possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien s\u00fbr, il fallait tenir compte avec subtilit\u00e9 de la sensibilit\u00e9 des uns et des autres, en particulier s&rsquo;efforcer de ne donner ni avis ni conseils sur la mani\u00e8re de skier de chacun. Il fallait aussi faire r\u00e9gner une d\u00e9mocratie apparente dans le choix des parcours en sugg\u00e9rant sans imposer de mani\u00e8re trop flagrante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pense que j&rsquo;y arrivais assez bien, car mes amis m&rsquo;appelaient Benito. \u00c7a leur arrive d&rsquo;ailleurs encore aujourd&rsquo;hui, alors que nous avons cess\u00e9 de skier depuis des ann\u00e9es. Je me suis longtemps demand\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 me venait ce surnom. Certainement pas du dictateur bien connu avec lequel je n&rsquo;ai bien entendu aucune ressemblance. J&rsquo;ai fini par r\u00e9aliser que ce pr\u00e9nom signifiait B\u00e9ni en italien. M&rsquo;appeler Benito devait \u00eatre pour mes amis une mani\u00e8re de me remercier d&rsquo;assumer ce r\u00f4le d\u00e9licat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai encore un souvenir tr\u00e8s pr\u00e9cis de ces d\u00e9parts matinaux de notre appartement de Tignes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Huit heures quarante-cinq. Apr\u00e8s un petit d\u00e9jeuner en cale\u00e7on et chemise, apr\u00e8s avoir lutt\u00e9 pour l&rsquo;occupation de la douche et des toilettes, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 nos chaussures glac\u00e9es sur le balcon, descendu maladroitement et bruyamment les quelques marches verglac\u00e9es qui nous menaient jusqu&rsquo;au bord de la piste, nous jetions nos skis \u00e0 plat dans la neige et nous chaussions sous le soleil naissant. Nous n&rsquo;avions que quelques centaines de m\u00e8tres \u00e0 descendre, skis engag\u00e9s dans les profondes traces creus\u00e9es dans un chemin pentu et verglac\u00e9, pour nous retrouver sur le plat d&rsquo;o\u00f9 partaient quelques t\u00e9l\u00e9si\u00e8ges. C\u2019est l\u00e0 que se retrouvaient les groupes et les \u00e9coles de ski.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La veille au soir, sur la foi d&rsquo;une m\u00e9t\u00e9o particuli\u00e8rement favorable et presque d&rsquo;un commun accord, nous avions d\u00e9cid\u00e9 de partir, sac au dos, pique-niquer vers le col de l&rsquo;Iseran, \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 du domaine de Val d&rsquo;Is\u00e8re. Cet objectif n\u00e9cessitait de partir plein Est, et de monter tout d&rsquo;abord au sommet de Tovi\u00e8re.<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>A SUIVRE<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a bien longtemps, quand finissait le mois de Janvier, nous allions, Fran\u00e7ois, Patrick, Jean-Louis et moi, passer quelques jours dans notre appartement de Tignes. En fait, il appartenait \u00e0 Fran\u00e7ois mais c&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0notre appartement\u00a0\u00bb. La plupart du temps, nous partions en train. 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