{"id":18867,"date":"2019-11-19T07:47:58","date_gmt":"2019-11-19T06:47:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18867"},"modified":"2019-11-20T16:32:55","modified_gmt":"2019-11-20T15:32:55","slug":"de-la-fleche-au-mans-1-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18867","title":{"rendered":"De La Fl\u00e8che au Mans (1\/3)"},"content":{"rendered":"<p><strong>De La Fl\u00e8che au Mans (1\/3)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-18864\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/IMG_7550-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Quarante minutes \u00e0 attendre. Je me suis tromp\u00e9 sur Internet : le prochain train pour Le Mans ne partira qu&rsquo;\u00e0 11 heures 35. Il va falloir attendre quarante minutes dans cette toute petite gare de cette toute petite ville. Le caf\u00e9 le plus proche se trouve de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la place, \u00e9tonnamment grande. Trop \u00e9cras\u00e9e de soleil pour que je la traverse&#8230; Il ne fait pas trop chaud dans le hall de la gare. Un routard, sac \u00e0 dos, est assis par terre. Adoss\u00e9 contre un distributeur de barres de chocolat, il somnole sous sa casquette. Son chien \u2014 maigre, longs poils noirs et blancs \u2014 est couch\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Il a pos\u00e9 son museau dans le creux de l&rsquo;aine du jeune homme. Il l\u00e8ve un sourcil et me regarde passer. Je lui souris. Le chien cligne de l&rsquo;\u0153il, exhale un soupir dans le short de son maitre et se rendort.<\/p>\n<p><em>&lt;&lt; Qu&rsquo;est-ce que vous voulez ? J&rsquo;aime les chiens. L&rsquo;autre jour, tiens, justement, dans un train, j&rsquo;ai pass\u00e9 une demie heure \u00e0 faire du gringue \u00e0 un labrador allong\u00e9 dans le couloir.&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un homme debout devant le mur du fond \u2014 blouson de toile gris-bleu, pantalon idem, chemise bordeaux, sacoche pos\u00e9e entre ses pieds \u2014 se retourne et consulte l&rsquo;\u00e9cran des d\u00e9parts. Le train pour Angers, voie B, est annonc\u00e9 avec <!--more-->dix minutes de retard. Le train pour Le Mans sera \u00e0 l&rsquo;heure. Son quai n&rsquo;est pas annonc\u00e9. Un employ\u00e9 de la SCNF traverse le hall \u00e0 grands pas. C&rsquo;est lui qui m&rsquo;a donn\u00e9 l&rsquo;horaire en me vendant mon billet tout \u00e0 l&rsquo;heure. Il a fini son service. Il sort. Un train de toutes les couleurs entre en gare. La grosse dame en noir qui occupait l&rsquo;unique petit banc en inox du hall se l\u00e8ve et rassemble ses paquets informes. Du coin de la bouche, elle mord un bout de son hijab pour le maintenir devant le bas de son visage tandis qu&rsquo;elle oscille vers la porte d&rsquo;acc\u00e8s aux quais. Une jeune fille \u2014<em> jeans<\/em> d\u00e9chir\u00e9 au cutter, anneau dans la l\u00e8vre inf\u00e9rieure, blouson militaire et besace aussi \u2014 traverse le hall en courant. Elle doit pi\u00e9tiner derri\u00e8re la grosse dame pour passer la porte. Annonce incompr\u00e9hensible du haut-parleur. Le train bariol\u00e9 sort de sc\u00e8ne. La place de la gare vibre sous le soleil. L&rsquo;homme gris-bleu examine une affiche annon\u00e7ant la r\u00e9ouverture du plus grand parc animalier de la r\u00e9gion. Le routard et son chien dorment. Tout est calme \u00e0 nouveau. Une cloche lointaine \u00e9gr\u00e8ne des coups innombrables. Encore trente-cinq minutes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais m&rsquo;asseoir sur le petit banc en inox. Il n&rsquo;a pas de dossier et son si\u00e8ge est convexe. Ce n&rsquo;est pas tr\u00e8s confortable. Je suppose que c&rsquo;est pour \u00e9viter qu&rsquo;il ne serve de couchette aux clochards. Je sors mon livre. C&rsquo;est celui dans lequel je n&rsquo;arrive pas \u00e0 entrer depuis des jours. Je me plonge avec d\u00e9termination dans la page 58, celle que j&rsquo;avais corn\u00e9e la semaine derni\u00e8re :<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>&#8230;Les deux filles nous observent. Je regarde la bouteille de Perrier vaguement g\u00ean\u00e9, puis je dis : \u00ab\u00a0Ouais, je me rappelle.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0J&rsquo;adore cette chanson\u00a0\u00bb, dit-il.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Ouais, sublime\u00a0\u00bb, je dis. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;as-tu fait d&rsquo;autre ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Rien de bon\u00a0\u00bb, dit-il en riant. \u00ab\u00a0Oh, je sais pas. J&rsquo;te dis, j&rsquo;ai tra\u00een\u00e9, j&rsquo;ai zon\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Tu as laiss\u00e9 un message chez moi, non ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Ah ouais.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Que voulais-tu me dire ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Oh, laisse tomber, rien d&rsquo;important.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Allez, tu voulais me dire quoi ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Je te dis de laisser tomber, Clay.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Il enl\u00e8ve ses lunettes noires, plisse les yeux. Son visage est inexpressif, et&#8230;<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;arrive pas toujours pas \u00e0 m&rsquo;int\u00e9resser au vide de l&rsquo;existence de Clay. Je pense qu&rsquo;il faudra bien pourtant que j&rsquo;aille jusqu&rsquo;au bout, sinon je ne pourrai jamais \u00e9crire une critique honn\u00eate. Alors&#8230;<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>&#8230; \u00ab\u00a0Allez, tu voulais me dire quoi ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Je te dis de laisser tomber, Clay.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Il enl\u00e8ve ses lunettes noires, plisse les yeux. Son visage est inexpressif, et la seule chose que je trouve \u00e0 dire est : \u00ab\u00a0Comment \u00e9tait le concert ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Quoi ?\u00a0\u00bb Il se met \u00e0 ronger l&rsquo;ongle de son pouce.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Le concert. C&rsquo;\u00e9tait comment ?\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Il regarde ailleurs. Les deux filles se l\u00e8vent et partent.<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Un bide total. Vieux. Jamais vu concert plus merdique\u00a0\u00bb, finit-il par dire, puis il s&rsquo;\u00e9loigne. \u00ab\u00a0\u00c0 plus tard.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00ab\u00a0Ouais, \u00e0 plus tard\u00a0\u00bb, dis-je et quand je regarde de nouveau la Porsche j&rsquo;ai la nette impression qu&rsquo;il y a quelqu&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur&#8230;.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme gris-bleu s&rsquo;est approch\u00e9 de mon banc. Il s&rsquo;assied \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Quand il veut placer sa sacoche entre ses pieds, son genou droit vient toucher ma cuisse. Je glisse sur le banc de quelques centim\u00e8tres vers la droite en murmurant une excuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt; C&rsquo;est souvent comme \u00e7a avec moi : quelqu&rsquo;un me bouscule et c&rsquo;est moi qui m&rsquo;excuse ! &gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je reprends ma lecture de la page 58. Un peu plus loin, page 60, un d\u00e9nomm\u00e9 Rip demande \u00e0 Clay s&rsquo;il veut de la coke et Clay lui r\u00e9pond que non merci pas pour l&rsquo;instant. A ma gauche, l&rsquo;homme a boug\u00e9, comme pour s&rsquo;installer plus confortablement. C&rsquo;est maintenant son pied droit qui vient toucher ma chaussure gauche&#8230; Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 croire \u00e0 une avance. Je me dis que ces fr\u00f4lements ne peuvent qu&rsquo;\u00eatre accidentels. La derni\u00e8re fois que ce genre de chose m&rsquo;\u00e9tait arriv\u00e9, je devais avoir treize ou quatorze ans. J&rsquo;\u00e9tais dans un cin\u00e9ma \u00e0 Paris, pr\u00e8s de la place de l&rsquo;\u00c9toile. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;apr\u00e8s-midi, surement un jeudi. Je me souviens tr\u00e8s bien que j&rsquo;\u00e9tais venu voir <em>Un homme est pass\u00e9<\/em>, avec Spencer Tracy. J&rsquo;\u00e9tais seul et mon voisin de fauteuil avait commenc\u00e9 \u00e0 effectuer quelques fr\u00f4lements de pied, de genou et de coude. Au d\u00e9but, je ne comprenais rien, \u00e0 peine troubl\u00e9 dans la vision de mon film. C&rsquo;est quand sa main gauche s&rsquo;\u00e9tait pos\u00e9e avec d\u00e9termination sur ma cuisse droite que je m&rsquo;\u00e9tais lev\u00e9 d&rsquo;un bond et que j&rsquo;avais march\u00e9 sur les pieds de quatre innocents spectateurs pour rejoindre au plus vite l&rsquo;all\u00e9e centrale du cin\u00e9ma. Je me souviens m\u00eame qu&rsquo;au lieu de chercher un autre fauteuil, j&rsquo;avais quitt\u00e9 la salle sans voir la suite du film. Je l&rsquo;ai vue beaucoup plus tard. Bon film&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais aujourd&rsquo;hui, bon sang de bonsoir, il est onze heures du matin, nous sommes dans le hall d&rsquo;une gare d&rsquo;une toute petite ville de province et j&rsquo;ai trente ans de plus que le bonhomme ! Cette fois-ci, je ne m&rsquo;excuse pas, je fais passer ma jambe gauche par-dessus mon genou droit et me concentre avec affectation sur la page 60. Sur ce petit banc \u00e0 l&rsquo;assise convexe, cette position apparemment d\u00e9contract\u00e9e est en fait tr\u00e8s inconfortable. \u00c7a me tord la colonne, mais je persiste : changer encore de position pourrait provoquer un nouveau contact avec l&rsquo;autre et le faire se m\u00e9prendre. Tendu et g\u00ean\u00e9, je fixe la page 60 sans pouvoir lire les mots.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&lt;&lt; C&rsquo;est tout moi, \u00e7a : on vient m&rsquo;importuner, et je me sens coupable&#8230;&gt;&gt;<\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>A SUIVRE<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De La Fl\u00e8che au Mans (1\/3) Quarante minutes \u00e0 attendre. Je me suis tromp\u00e9 sur Internet : le prochain train pour Le Mans ne partira qu&rsquo;\u00e0 11 heures 35. Il va falloir attendre quarante minutes dans cette toute petite gare de cette toute petite ville. Le caf\u00e9 le plus proche se trouve de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18867\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">De La Fl\u00e8che au Mans (1\/3)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[13,2],"tags":[21],"class_list":["post-18867","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18867","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18867"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18867\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18867"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18867"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18867"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}