{"id":18789,"date":"2019-12-27T07:47:14","date_gmt":"2019-12-27T06:47:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18789"},"modified":"2019-12-28T07:54:56","modified_gmt":"2019-12-28T06:54:56","slug":"le-passager-de-la-nuit-critique-aisee-n170","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18789","title":{"rendered":"Le passager de la nuit &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0188"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0188<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le passager de la nuit<\/strong><br \/>\nMaurice Pons \u2013 1959<br \/>\n<em>Editions du Rocher \u2013 92 pages<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maurice Pons, c&rsquo;est l&rsquo;auteur des \u00ab\u00a0<em>Saisons<\/em>\u00ab\u00a0, dont je vous ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 en aout dernier dans ma 166 <sup>\u00e8me<\/sup> critique ais\u00e9e. <em>Les Saisons<\/em>, roman culte, roman massif, incroyable roman, trop riche, trop horrible, inoubliable. J&rsquo;ai du mal \u00e0 croire que c&rsquo;est le m\u00eame homme qui a \u00e9crit celui dont je veux vous parler aujourd&rsquo;hui, <em>Le passager de la nuit<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le passager de la nuit<\/em>, c&rsquo;est une histoire de rien, de presque rien. Presque une histoire de R\u00e9sistance, mais pas vraiment. Pas une histoire d&rsquo;amiti\u00e9, m\u00eame naissante, non, trop courte l&rsquo;histoire. Un r\u00e9cit engag\u00e9 ? Non, plut\u00f4t d\u00e9gag\u00e9 le r\u00e9cit. Une <em>road story<\/em> ? Si ce genre existait en litt\u00e9rature comme il existe pour le cin\u00e9ma, ou pourrait dire : peut-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-18792\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/images-1.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"132\" \/>Un homme jeune, vingt-neuf ans, propri\u00e9taire attentif et cajoleur d&rsquo;un cabriolet grand sport <sup>(1)<\/sup>, automobiliste dominateur et s\u00fbr de lui, conduit un myst\u00e9rieux homme d&rsquo;origine alg\u00e9rienne entre Paris et Champagnole<sup> (2)<\/sup>. En arri\u00e8re-plan, les <em>\u00e9v\u00e8nements<\/em> d&rsquo;Alg\u00e9rie, comme on les appelait officiellement \u00e0 cette \u00e9poque<sup> (3)<\/sup> donnent tout leur myst\u00e8re au passager de <!--more-->cette nuit et aux motifs de son voyage. L&rsquo;automobiliste a accept\u00e9 l&rsquo;Alg\u00e9rien pour rendre service \u00e0 une amie, mais le passager demeure taciturne et le conducteur regrette presque de l&rsquo;avoir pris \u00e0 son bord. Mais peu importe puisque ce qu&rsquo;il aime, c&rsquo;est conduire, vite, sans h\u00e9sitation, sans consid\u00e9ration ni respect pour autrui ni pour les interdictions. Toute son attention est concentr\u00e9e sur l&rsquo;observation du comportement de sa voiture \u2014 un personnage \u00e0 elle toute seule \u2014 et de la route dans la lumi\u00e8re du cr\u00e9puscule puis dans celle des phares.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(&#8230;) <em>Le soir qui tombe, c&rsquo;est l&rsquo;heure glorieuse des routes. Les grands arbres, agit\u00e9s par le vent, se d\u00e9coupent sur le ciel bleu sombre et les ombres fr\u00e9missent sur l&rsquo;asphalte. Les virages se perdent au c\u0153ur de la campagne claire. C&rsquo;est aussi l&rsquo;heure de la plus heureuse combustion dans l&rsquo;air frais du soir, les pipes des carburateurs aspirent l&rsquo;essence avec ivresse, le moteur ronronne de qui\u00e9tude, sensible aux moindres attouchements.<\/em> \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Petit \u00e0 petit, par toutes petites touches, tandis que le r\u00f4le de l&rsquo;Alg\u00e9rien dans la guerre devient de plus en plus clair, une \u00e9bauche de confiance s&rsquo;\u00e9tablit entre les occupants du cabriolet. Mais leurs \u00e9changes sont plus des fr\u00f4lements que des discussions et ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne cherche \u00e0 expliquer ou \u00e0 convaincre. D&rsquo;ailleurs, si l&rsquo;Alg\u00e9rien est \u00e9videmment engag\u00e9, le conducteur, lui, demeure sans opinion sur cette guerre. Pourtant, par amiti\u00e9, par solidarit\u00e9 anti-flic ou par simple humanisme, quand une menace, m\u00eame incertaine, s&rsquo;approche de son passager, il le prot\u00e8ge de son immunit\u00e9 de fran\u00e7ais de souche. Dans l&rsquo;extrait qui suit, le narrateur, un peu f\u00e2ch\u00e9 contre son passager, est all\u00e9 boire seul dans un caf\u00e9 de Dijon endormie tandis que l&rsquo;autre attend dans la voiture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(&#8230;) <em>Quand je sortis du bar, je ressentis un coup violent et mon c\u0153ur se mit \u00e0 sonner l&rsquo;affolement : deux agents de police descendus de leurs bicyclettes, se tenaient aupr\u00e8s de ma voiture. L&rsquo;un, qui avait ouvert la porti\u00e8re du c\u00f4t\u00e9 de la chauss\u00e9e, \u00e9tait pench\u00e9 vers l&rsquo;int\u00e9rieur et parlait avec mon passager ; l&rsquo;autre attendait \u00e0 deux pas derri\u00e8re.<\/em><br \/>\n<em>\u2014Quelque chose qui ne va pas ?\u00a0 demandai-je en m&rsquo;approchant cr\u00e2nement. <\/em><br \/>\n<em>Le premier agent se redressa et, avant qu&rsquo;il e\u00fbt pu parler, j&rsquo;ajoutai avec autorit\u00e9 : <\/em><br \/>\n<em>\u2014Oui, Monsieur est avec moi.<\/em><br \/>\n<em>\u2014Ah bon, fit-il. On pouvait pas savoir, vous comprenez.<\/em><br \/>\n<em>Il referma la porti\u00e8re et esquissa un vague salut.<\/em><br \/>\n<em>\u2014Dans ce cas, excusez, dit-il encore, et il s&rsquo;\u00e9loigna avec son coll\u00e8gue, leurs bicyclettes \u00e0 la main.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la part du conducteur, ce sera le seul acte \u00e0 peine teint\u00e9 d&rsquo;un minimum de bravoure. Le reste, que l&rsquo;on verra si on lit la suite, il l&rsquo;accomplira par simple d\u00e9cence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le style du <em>Passager de la nuit<\/em> est moins brillant, moins riche, et j&rsquo;allais dire heureusement, que celui des <em>Saisons<\/em>, il demeure \u00e9tonnant de pr\u00e9cision et de r\u00e9alisme pour quiconque a aim\u00e9 conduire sur les routes \u00e0 platanes des ann\u00e9es anciennes. Le premier extrait que j&rsquo;en ai donn\u00e9 plus haut n&rsquo;en est qu&rsquo;un exemple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est remarquable par son style, le <em>Passager de la nuit<\/em> est attachant par la d\u00e9licatesse et m\u00eame la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 avec laquelle est sugg\u00e9r\u00e9e l&rsquo;atmosph\u00e8re de ces ann\u00e9es troubl\u00e9es <sup>(4)<\/sup> et l&rsquo;\u00e9volution de la relation \u00e9ph\u00e9m\u00e8re des deux personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Note 1 : S&rsquo;il n&rsquo;y avait la description \u00e9bauch\u00e9e de la figure de proue du capot, je verrais assez bien une Jaguar Type E<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Note 2 : Champagnole, Jura. Pas vraiment loin de la fronti\u00e8re suisse.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Note 3 : 1959 <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Note 4 : Les notes de bas de page, \u00e7a fait s\u00e9rieux, non ? <\/em><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0188 Le passager de la nuit Maurice Pons \u2013 1959 Editions du Rocher \u2013 92 pages Maurice Pons, c&rsquo;est l&rsquo;auteur des \u00ab\u00a0Saisons\u00ab\u00a0, dont je vous ai d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 en aout dernier dans ma 166 \u00e8me critique ais\u00e9e. Les Saisons, roman culte, roman massif, incroyable roman, trop riche, trop horrible, inoubliable. 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