{"id":18777,"date":"2019-12-15T07:47:10","date_gmt":"2019-12-15T06:47:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18777"},"modified":"2019-12-16T08:17:58","modified_gmt":"2019-12-16T07:17:58","slug":"moins-que-zero-critique-aisee-n169","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18777","title":{"rendered":"Moins que z\u00e9ro &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0187"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0187<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Moins que z\u00e9ro <\/strong><br \/>\nBret Easton Ellis &#8211; 1981 ,<br \/>\n<em>10\/18 Collection\u00a0 Domaine \u00e9tranger &#8211; 250 pages<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un beau matin, Le Masque et la Plume m&rsquo;annoncent tous les deux que Bret Easton Ellis vient de sortir son dernier livre, <em>White<\/em>. Tous s&rsquo;exclament et donnent des d\u00e9tails sur BEE, sa vie, son \u0153uvre, ses go\u00fbts. Tous racontent qu&rsquo;ils l&rsquo;ont lu dans leur belle jeunesse et qu&rsquo;il a marqu\u00e9 leur g\u00e9n\u00e9ration \u2014 tous ont entre 15 et 25 ans de moins que moi. Beigbeder en particulier parle avec chaleur de sa vision du monde, de sa plume incisive, de son ironie, sa distance, son pessimisme. Comme j&rsquo;aime bien Beigbeder, j&rsquo;ai achet\u00e9 <em>White<\/em>, pensant y d\u00e9couvrir une sorte de Philippe Muray US. Mais, arriv\u00e9 au tiers du chemin, j&rsquo;ai trouv\u00e9 le livre tellement creux \u2014 \u00e0 peu pr\u00e8s autant que les chroniques de Joan Didion (<em>L&rsquo;Am\u00e9rique<\/em>) dont j&rsquo;avais fait ici une assez m\u00e9chante critique \u2014 que j&rsquo;en ai parl\u00e9 \u00e0 mon fils, l&rsquo;artiste, chez qui je suis toujours assur\u00e9 de trouver un jugement raisonn\u00e9, d\u00e9nu\u00e9 de parti-pris, et non entach\u00e9 par les pr\u00e9jug\u00e9s de l&rsquo;\u00e2ge, c&rsquo;est \u00e0 dire du mien. Il ne connaissait pas <em>White<\/em>, mais tout de suite il m&rsquo;a conseill\u00e9 le premier roman d&rsquo;Ellis, <em>Moins que z\u00e9ro<\/em>, qu&rsquo;il avait lu vers l\u2019\u00e2ge de 17 ou 18 ans. A notre rencontre suivante, il m&rsquo;apportait son exemplaire. Comme c&rsquo;est lui qui m&rsquo;avait amen\u00e9 \u00e0 Platon et surtout \u00e0 Proust avec le r\u00e9sultat que l\u2019on sait, vous pensez si j&rsquo;ai <!--more-->entam\u00e9 le bouquin d&rsquo;un \u0153il favorable. Mais voil\u00e0\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon. Avant que je vous parle vraiment du livre, et contrairement \u00e0 mes convictions habituelles selon lesquelles on ne doit pas juger une \u0153uvre d&rsquo;apr\u00e8s la vie ou la personnalit\u00e9 de son auteur, il faut que je vous parle un peu de BEE. Rassurez-vous, ce sera court : BEE est n\u00e9 en 1964 dans la San Fernando Valley, \u00e0 quelques miles au Nord des quartiers stars de Los Angeles, West Hollywood, Beverley Hills, Westwood. Il est encore \u00e9tudiant en art quand, \u00e0 21 ans, il publie son premier roman, <em>Less than zero<\/em>, qui est tout de suite un succ\u00e8s, tir\u00e9 \u00e0 50000 exemplaires la premi\u00e8re ann\u00e9e. (<em>Pour ramener les choses \u00e0 leur juste niveau, rappelons quand m\u00eame que l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame de la premi\u00e8re parution de Bonjour tristesse, Sagan, qui n&rsquo;avait que 17 ans, en avait vendu un million d&rsquo;exemplaires. Non mais <\/em>!) Il a aujourd&rsquo;hui 55 ans et il est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9crivain important. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je me le repr\u00e9sente comme Hank Moody, l&rsquo;\u00e9crivain h\u00e9ros de la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e <em>Californication<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18783\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/download-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"168\" \/>Donc j&rsquo;ai entam\u00e9 ce bouquin d&rsquo;un \u0153il favorable et j&rsquo;ai d\u00e9couvert dans un style tr\u00e8s am\u00e9ricain, sobre et pr\u00e9cis, sans reproche, une histoire de jeunes gens. Pour la plupart, ils ont autour de 18 ans. Ils vivent \u00e0 Beverley Hill, Westwood ou West Hollywood, dans des familles absentes ou d\u00e9compos\u00e9es, ou les deux, mais toutes tr\u00e8s riches. Les p\u00e8res travaillent dans le cin\u00e9ma, la musique ou pas loin. Leurs enfants se t\u00e9l\u00e9phonent, se rencontrent, ont des conversations h\u00e9sitantes, inachev\u00e9es et creuses dans lesquelles ils se demandent s&rsquo;ils vont allez boire un verre ou se faire une ligne, dans quelle party ils vont aller passer la nuit, avec quelle fille ou avec quel gar\u00e7on ils ont couch\u00e9 ou vont coucher. Ils partent en Porsche ou en Ferrari manger des sandwiches downtown ou \u00e0 Malibu. Ils passent de villa en villa, de piscine en piscine jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aurore&#8230; Clay, le h\u00e9ros de cette histoire, arrive de son universit\u00e9 du New Hampshire pour passer un mois de vacances chez lui, \u00e0 Los Angeles. Il n&rsquo;est pas diff\u00e9rent de ses amis, mais le fait d&rsquo;avoir quitt\u00e9 son milieu pour \u00e9tudier \u00e0 l&rsquo;est semble lui avoir donn\u00e9 un peu de recul : il est \u00e0 la fois acteur et observateur de cette vaine activit\u00e9. Un exemple :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0(&#8230;) Les deux filles nous observent. Je regarde la bouteille de Perrier vaguement g\u00ean\u00e9, puis je dis : \u00ab\u00a0Ouais, je me rappelle.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0J&rsquo;adore cette chanson\u00a0\u00bb, dit-il.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ouais, sublime\u00a0\u00bb, je dis. \u00ab\u00a0Qu&rsquo;as-tu fait d&rsquo;autre ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Rien de bon\u00a0\u00bb, dit-il en riant. \u00ab\u00a0Oh, je sais pas. J&rsquo;te dis, j&rsquo;ai tra\u00een\u00e9, j&rsquo;ai zon\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tu as laiss\u00e9 un message chez moi, non ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ah ouais.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Que voulais-tu me dire ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Oh, laisse tomber, rien d&rsquo;important.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Allez, tu voulais me dire quoi ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Je te dis de laisser tomber, Clay.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il enl\u00e8ve ses lunettes noires, plisse les yeux. Son visage est inexpressif, et la seule chose que je trouve \u00e0 dire est : \u00ab\u00a0Comment \u00e9tait le concert ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Quoi ?\u00a0\u00bb Il se met \u00e0 ronger l&rsquo;ongle de son pouce.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Le concert. C&rsquo;\u00e9tait comment ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il regarde ailleurs. Les deux filles se l\u00e8vent et partent.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Un bide total. Vieux. Jamais vu concert plus merdique\u00a0\u00bb, finit-il par dire, puis il s&rsquo;\u00e9loigne. \u00ab\u00a0\u00c0 plus tard.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ouais, \u00e0 plus tard\u00a0\u00bb, dis-je et quand je regarde de nouveau la Porsche j&rsquo;ai la nette impression qu&rsquo;il y a quelqu&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s quelques dizaines de pages comme celle-ci, le lecteur \u2014 moi, en tout cas \u2014 se prend \u00e0 d\u00e9tester ces tout petits personnages, riches, favoris\u00e9s, \u00e9go\u00efstes, qui errent sans but de r\u00eaves dor\u00e9s en cauchemars acides, qui ne cherchent que leur plaisir imm\u00e9diat, quel qu&rsquo;en soit le co\u00fbt, puisqu&rsquo;ils ne paient pas, si ce n&rsquo;est parfois de leur sant\u00e9 \u2014 une O.D. (overdose), \u00e7a n&rsquo;arrive pas qu&rsquo;aux autres. Et puis, petit \u00e0 petit, sous la conduite subtile de l&rsquo;auteur, on se prend d&rsquo;affection pour Clay, ce fant\u00f4me transparent de retour parmi les zombies, qui ne comprend plus la soci\u00e9t\u00e9 de ses amis, qui recherche vainement quelques souvenirs heureux de son enfance, son \u00e9cole, sa grand-m\u00e8re, mais qui ne pourra que retomber parmi les morts-vivants s&rsquo;il ne d\u00e9cide pas de retourner dans l&rsquo;Est.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme <em>L&rsquo;Attrape C\u0153urs<\/em> pour Salinger, ou <em>Bonjour Tristesse<\/em> pour Sagan, ce premier roman a connu le succ\u00e8s et a rendu c\u00e9l\u00e8bre son auteur pour le restant de ses jours. <em>\u00a0L&rsquo;Attrape C\u0153urs, Bonjour Tristesse, Moins que z\u00e9ro,<\/em> 1951, 1954, 1980, trois livres au style impeccable, trois livres de jeunesse fortun\u00e9e, trois romans du d\u00e9senchantement. Mais les\u00a0 ressemblances n&rsquo;existent v\u00e9ritablement qu&rsquo;entre L<em>&lsquo;Attrape C\u0153urs<\/em> et <em>Moins que z\u00e9ro<\/em>. Le passage qui suit devrait vous en convaincre ; vers la fin du livre, Clay se retrouve seul avec Blair qui a \u00e9t\u00e9 sa petite amie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>(&#8230;) Je la regarde en attendant qu&rsquo;elle poursuive, puis l\u00e8ve les yeux vers le panneau de pub. Dispara\u00eetre ici.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0D&rsquo;ailleurs, je ne sais pas si les autres gens avec qui je suis all\u00e9e \u00e9taient vraiment l\u00e0&#8230; mais au moins ils essayaient.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je regarde le menu ; \u00e9teins ma cigarette.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Toi, t&rsquo;as jamais essay\u00e9. Les autres faisaient un effort, mais toi, tu&#8230; C&rsquo;\u00e9tait au-del\u00e0 de tes capacit\u00e9s.\u00a0\u00bb Elle boit encore une gorg\u00e9e de vin. \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;\u00e9tais jamais l\u00e0. Je t&rsquo;ai plaint pendant un certain temps, et puis apr\u00e8s j&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e7a trop difficile de te plaindre. Tu es beau gar\u00e7on, Clay, mais c&rsquo;est \u00e0 peu pr\u00e8s tout.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je regarde les voitures passer sur Sunset.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est difficile de plaindre quelqu&rsquo;un qui s&rsquo;en fout.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ah ouais ?\u00a0\u00bb je demande.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qui t&rsquo;int\u00e9resse ? Qu&rsquo;est-ce qui te rend heureux ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Rien. Rien ne me rend heureux. Rien ne me plait\u00a0\u00bb, je lui dis.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ai-je jamais compt\u00e9 pour toi, Clay ?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je ne r\u00e9ponds rien, me replonge dans le menu.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ai-je jamais compt\u00e9 pour toi, Clay ?\u00a0\u00bb elle me redemande.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Je ne veux pas de l&rsquo;amour. Si je me mets \u00e0 aimer des trucs, je sais que \u00e7a va \u00eatre pire, que ce sera encore une chose qui me causera du souci. Tout est moins douloureux quand on n&rsquo;aime pas.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tu as compt\u00e9 pour moi, \u00e0 une \u00e9poque.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je ne r\u00e9ponds rien. (&#8230;)\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Et voici, dans l&rsquo;Attrape Coeurs, ce que dit Holden Caulfield en terminant son histoire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0<em>\u00a0(\u2026) Je regrette d\u2019en avoir tellement parl\u00e9. Les gens dont j\u2019ai parl\u00e9, \u00e7a fait comme s\u2019ils me manquaient \u00e0 pr\u00e9sent, c\u2019est tout ce que je sais. M\u00eame le gars Stradlater par exemple, et Ackley. Et m\u00eame, je crois bien, ce foutu Maurice. C\u2019est dr\u00f4le. Faut jamais rien raconter \u00e0 personne. Si on le fait, tout le monde se met \u00e0 vous manquer.<\/em>\u00ab\u00a0<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est frappant, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Beigbeder dit qu&rsquo;il faut relire l&rsquo;<em>Attrape-C\u0153urs<\/em> tous les ans. Vous pourrez quand m\u00eame bien lire <em>Moins que z\u00e9ro<\/em> une fois ? Mais bon sang ! Quelle vie !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Post Scriptum<\/span> : J&rsquo;avais \u00e0 peine achev\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire cette Critique ais\u00e9e que, reprenant en main <em>White<\/em>, je tombai sur les lignes que l&rsquo;auteur y consacre \u00e0 son <em>Moins que z\u00e9ro<\/em>. A part lire le livre, ou \u00e0 la rigueur cette Critique ais\u00e9e, c&rsquo;est quand m\u00eame un bon moyen de d\u00e9couvrir l&rsquo;oeuvre. Voici ces lignes :<\/span><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\"><em>Dans Moins que z\u00e9ro, notre guide touristique est le beau et p\u00e2le Clay &#8211; dix-huit ans, passif, drogu\u00e9, bi. Un gar\u00e7on profond\u00e9ment d\u00e9connect\u00e9 d&rsquo;a peu pr\u00e8s tout le monde : de sa famille, de sa petite amie, Blair, et de ses amis, dont Julian qui fait des passes avec des hommes plus \u00e2g\u00e9s pour payer une dette de drogue. Il n&rsquo;y a aucune intrigue r\u00e9elle jusqu&rsquo;au dernier quart du livre ; l&rsquo;histoire est racont\u00e9e par fragments, une mosa\u00efque, et les d\u00e9tails s&rsquo;accumulent pour cr\u00e9er, on l&rsquo;esp\u00e8re une sorte de menace silencieuse. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;amour et aucune amiti\u00e9 r\u00e9elle : l&rsquo;argent, le sexe adolescent et l&rsquo;acc\u00e8s facile aux drogues ouvrent la voie \u00e0 une sorte de nihilisme rutilant. \u00ab\u00a0Dispara\u00eetre ici\u00a0\u00bb, insiste le livre, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une affiche sur Sunset Boulevard qui hante Clay. Une partie de l&rsquo;attrait du livre pour les jeunes lecteurs avait peut \u00eatre \u00e0 voir avec le fait qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s de cette mani\u00e8re auparavant dans la fiction am\u00e9ricaine contemporaine : comme des adolescents sophistiqu\u00e9s singeant les attitudes de leurs parents baby-boomers, mat\u00e9rialistes et narcissiques. Pourtant, Moins que z\u00e9ro ne bl\u00e2me pas les parents. En fait, il est m\u00eame assez rare qu&rsquo;un premier roman mette en sc\u00e8ne des adolescents tout simplement aussi mauvais que leurs parents, sinon pires. Souvent, la plupart de<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>ces parents sont diabolis\u00e9s. Ceux de Moins que z\u00e9ro sont rarement expos\u00e9s. Ce sont les adolescents, livr\u00e9s \u00e0 eux m\u00eames, qui se sont pi\u00e9g\u00e9s tout seuls \u00e0 cause d&rsquo;un exc\u00e8s d&rsquo;argent, d&rsquo;un exc\u00e8s de drogues et d&rsquo;un exc\u00e8s d&rsquo;arrogance, et qui deviennent leurs pires ennemis. Le roman refl\u00e8te \u00e9galement la sorte de torpeur qui s&rsquo;\u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans la culture, particuli\u00e8rement \u00e0 Los Angeles, quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9crire en 1980 \u2014 une torpeur qui \u00e9tait excitante, le contraire d&rsquo;une compr\u00e9hension r\u00e9flexe, comme d&rsquo;un sentiment authentique.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0187 Moins que z\u00e9ro Bret Easton Ellis &#8211; 1981 , 10\/18 Collection\u00a0 Domaine \u00e9tranger &#8211; 250 pages Un beau matin, Le Masque et la Plume m&rsquo;annoncent tous les deux que Bret Easton Ellis vient de sortir son dernier livre, White. 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