{"id":18754,"date":"2019-08-09T07:47:46","date_gmt":"2019-08-09T05:47:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18754"},"modified":"2022-05-11T10:34:26","modified_gmt":"2022-05-11T08:34:26","slug":"les-saisons-critique-aisee-166","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18754","title":{"rendered":"Les Saisons &#8211; Critique ais\u00e9e 166"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0166<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les Saisons<\/strong><br \/>\nMaurice Pons \u2013 1965<br \/>\n<em>Christian Bourgois \u2013 214 pages<\/em><br \/>\n<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-18759\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/images-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/images-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/07\/images.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/>Il faut avouer que j&rsquo;ai bien failli abandonner. J&rsquo;ai tellement patin\u00e9 dans la gadoue froide et visqueuse des vingt premi\u00e8res pages, je me suis tellement senti mal \u00e0 l&rsquo;aise \u00e0 entrer dans ce village en ruine sous cette pluie d\u00e9sesp\u00e9rante, j&rsquo;ai tellement \u00e9t\u00e9 rebut\u00e9 par les premi\u00e8res rencontres avec ses habitants que j&rsquo;ai bien failli abandonner et ranger le bouquin avec son billet de train compost\u00e9 coinc\u00e9 entre les pages vingt et vingt et un \u2014 car on ne sait jamais&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y avait pas que le climat de ce bled pourri qu&rsquo;on me d\u00e9crivait qui me dissuadait d&rsquo;avancer, pas que la peinture \u00e0 la Bidochon des premiers exemplaires de sa population qui me prenait \u00e0 rebrousse-poil, et pas que la noirceur cauchemardesque de l&rsquo;atmosph\u00e8re qui me faisait craindre le pire. Ce qui me freinait le plus, c&rsquo;\u00e9tait la richesse et la d\u00e9su\u00e9tude du vocabulaire qui m&rsquo;annon\u00e7aient une indigestion rapide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette phrase faillit bien emporter ma d\u00e9cision :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>(&#8230;) assise \u00e0 califourchon sur les genoux de l&rsquo;un des douaniers, \u2014 le douanier en second \u00e0 ce qui devait appara\u00eetre bient\u00f4t \u2014 qui la maintenait contre lui en lui plaquant les deux mains ouvertes sur les fesses, elle lui pressait entre deux doigts les ailes du nez, et la s\u00e9borrh\u00e9e sale dont elles \u00e9taient gorg\u00e9es jaillissait des pores en petits vermisseaux \u00e0 t\u00eates noires.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais avant de l\u00e2cher prise, avant de me mettre \u00e0 relire <em>Bonjour Tristesse<\/em> ou <!--more--><em>l&rsquo;Attrape-C\u0153urs<\/em>, je suis all\u00e9 \u00e9couter ce qu&rsquo;on disait des <em>Saisons<\/em> et de M.Pons sur Google Avenue. Et voil\u00e0 ce que j&rsquo;ai entendu : \u00ab\u00a0&#8230; <em>tr\u00e8s grand livre, authentique chef-d&rsquo;\u0153uvre, livre culte, le plus c\u00e9l\u00e8bre de Maurice Pons, sans cesse r\u00e9\u00e9dit\u00e9 et traduit&#8230;<\/em> \u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment se priver d&rsquo;un tel morceau ? J&rsquo;ai donc pris sur moi et ressorti le bouquin de son \u00e9tag\u00e8re. Et je l&rsquo;ai lu. Et jusqu&rsquo;au bout s&rsquo;il vous pla\u00eet ! Et je suis content de l&rsquo;avoir fait. Content d&rsquo;en \u00eatre sorti, c&rsquo;est vrai, mais content de l&rsquo;avoir fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous raconter l&rsquo;histoire ? Pour une fois, pourquoi pas ? Mais pas la fin, bien s\u00fbr.\u00a0 Voil\u00e0 :<br \/>\nSim\u00e9on est jeune, jeune et laid. Il arrive d&rsquo;un d\u00e9sert o\u00f9 il a connu bien des malheurs. Mais ils n&rsquo;appara\u00eetront que par allusions, par \u00e9clairs, en contraste de ceux qu&rsquo;il va conna\u00eetre dans ce village de montagne o\u00f9 le gel bleu de quarante mois succ\u00e8de \u00e0 quarante mois de pluie. Optimiste inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 et plut\u00f4t stupide, ou disons plut\u00f4t aveugle \u00e0 la stupidit\u00e9 des autres, \u00e0 la recherche d&rsquo;un lieu o\u00f9 il pourra \u00e9crire son roman, Sim\u00e9on pense le trouver dans ce village sans nom, ruisselant de pluie ou craquant de gel au creux d&rsquo;une haute vall\u00e9e. L\u00e0, tout est sale, immonde, grossier, grotesque et incompr\u00e9hensible : le temps, les maisons, les villageois. Mais Sim\u00e9on, transi, tremp\u00e9, mal log\u00e9, mal nourri, malade, infect\u00e9, souffre-douleur, m\u00e9pris\u00e9, maltrait\u00e9, insult\u00e9, battu, accepte tout sans comprendre. Il n&rsquo;agit qu&rsquo;en fonction de ce qu&rsquo;il croit qu&rsquo;on pensera de lui. Il ne cherche qu&rsquo;\u00e0 se faire admettre, pour pouvoir rester et accomplir son \u0153uvre, \u00e9crire son roman. Mais tout ce qu&rsquo;il obtient, c&rsquo;est davantage de coups et de m\u00e9pris. Et tout ce qu&rsquo;il peut \u00e9crire, c&rsquo;est son journal. Surprenant journal, na\u00eff et optimiste, c&rsquo;est \u00e0 dire aveugle, en complet d\u00e9calage avec la r\u00e9alit\u00e9 qui nous est racont\u00e9e par un narrateur omniscient. Et puis un jour, jour de pluie forc\u00e9ment, \u00e0 travers une des rares fen\u00eatres du village, car le village est presque aveugle, forc\u00e9ment, il surprend Clara, nue, en train de faire ses ablutions, et aussit\u00f4t, forc\u00e9ment, il l&rsquo;aime. Et puis un autre jour, pluvieux, l&rsquo;assembl\u00e9e monstrueuse des habitants lui confie le soin de cette \u00e9tranget\u00e9 plant\u00e9e \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e du village, cette incongruit\u00e9 dans ce trou perdu o\u00f9 il pleut sans cesse, ce gros bidon sur pieds qui d\u00e9borde quarante mois d&rsquo;affil\u00e9e, le pluviom\u00e8tre. Sim\u00e9on charg\u00e9 de responsabilit\u00e9 ? Accept\u00e9 donc ? Va savoir. On verra plus tard. Parce que la pluie cesse. Et presque aussit\u00f4t le gel, le gel bleu comme ils disent l\u00e0-haut, arrive, tuant ceux qui n&rsquo;ont pas su prendre leurs pr\u00e9cautions (et quelles pr\u00e9cautions, je vous laisserai le d\u00e9couvrir !) Il fait si froid, si brutalement, que les choucas g\u00e8lent en vol et tombent avec fracas sur le village. Il faut toujours faire attention aux choucas. Mais ni les responsabilit\u00e9s ni le froid n&rsquo;arrangent les affaires de Sim\u00e9on. Ah si ! On le marie, ou plut\u00f4t on l&rsquo;accouple, publiquement \u00e0 Clara. La c\u00e9r\u00e9monie, disons plut\u00f4t la s\u00e9ance, s&rsquo;ach\u00e8ve au milieu des rires (nos villageois rient de tout et de rien, \u00e0 toute occasion, continuellement, syst\u00e9matiquement, m\u00e9chamment). Mais rien ne s&rsquo;arrange pour autant.<br \/>\nEt puis un jour, un espoir nait&#8230;, mais je vous en ai d\u00e9j\u00e0 trop dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour en savoir davantage, il vous faudra entrer dans ce village et subir ce que j&rsquo;ai subi, en bien comme en mal. Il vous faudra avancer dans cette histoire cauchemardesque, infernale, d&rsquo;une noirceur totale. Il faudra observer sans comprendre les myst\u00e8res du village et les traditions, les r\u00e8gles, les interdits, les jeux et les plaisirs de ces \u00eatres m\u00e9chants, born\u00e9s et r\u00e9sign\u00e9s que sont ses habitants. Vous devrez suivre sans discuter les actes ineptes de cet optimiste stupide et inadapt\u00e9 d&rsquo;\u00e9crivain vell\u00e9itaire et st\u00e9rile. Vous pourrez appr\u00e9cier, mais aussi parfois subir, la pr\u00e9cision, la richesse et la d\u00e9su\u00e9tude voulue du vocabulaire de l&rsquo;auteur. Vous ferez de m\u00eame, tant\u00f4t admiratif et tant\u00f4t agac\u00e9, pour son style, pr\u00e9cis dans des descriptions inoubliables de l&rsquo;horreur, emphatique dans les envol\u00e9es lyriques de Sim\u00e9on, grossier jusque dans les dialogues d&rsquo;enfants et, par surprise, parfois comique jusqu&rsquo;\u00e0 la farce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce roman est s\u00fbrement une all\u00e9gorie. Mais de quoi ? Sim\u00e9on est-il l&rsquo;albatros embarrass\u00e9 sur le pont au milieu des marins ignares ? Ou bien est-il la personnification de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire ? Ou bien le village serait-il l&rsquo;humanit\u00e9 passant sans cesse ni espoir d&rsquo;une catastrophe \u00e0 une autre ? J&rsquo;avoue que je n&rsquo;en sais rien. \u00c0 vous de voir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand vous aurez fait tout ce que je vous ai dit, au contraire de Sim\u00e9on, vous sortirez au soleil avec l&rsquo;impression de vous r\u00e9veiller d&rsquo;un cauchemar dont vous auriez pu vous r\u00e9veiller \u00e0 tout instant \u00e0 votre guise, mais que vous aurez pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 vivre jusqu&rsquo;\u00e0 la lie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0166 Les Saisons Maurice Pons \u2013 1965 Christian Bourgois \u2013 214 pages \u00a0 Il faut avouer que j&rsquo;ai bien failli abandonner. 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