{"id":18333,"date":"2019-09-28T07:47:27","date_gmt":"2019-09-28T05:47:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18333"},"modified":"2019-09-30T08:22:58","modified_gmt":"2019-09-30T06:22:58","slug":"au-bar-des-syndromes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=18333","title":{"rendered":"Au Bar des Syndromes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Au Bar des Syndromes<\/strong><br \/>\n<em>Pi\u00e8ce en prose, en un acte<\/em><br \/>\n<em>et en quatre sc\u00e8nes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">La sc\u00e8ne repr\u00e9sente l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un bar par une fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi du mois d&rsquo;ao\u00fbt. On sent que cette nuit, ce bar deviendra celui du tableau d&rsquo;Edward Hopper, Nighthawks. Mais pour l&rsquo;instant, il fait encore jour. Pendant la sc\u00e8ne qui va suivre, le jour va baisser lentement et, sur le trottoir, les passants se feront de plus en plus rares. Derri\u00e8re le comptoir, sous l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;une t\u00e9l\u00e9vision qui diffuse silencieusement des nouvelles auxquelles personnes ne s&rsquo;int\u00e9resse, un gros homme \u00e0 chemise blanche et bretelles rouges essuie des verres, range des bouteilles, v\u00e9rifie sa caisse. C&rsquo;est le barman. Faisant face aux \u00e9tag\u00e8res remplies de flacons multicolores, assis sur un haut tabouret, un homme \u00e0 chapeau de raphia tourne le dos au public. Ses avant-bras pos\u00e9s sur le bar, il s&rsquo;accroche \u00e0 un verre presque vide. Aux cheveux gris qui d\u00e9bordent de son chapeau, \u00e0 sa trop large veste frip\u00e9e, \u00e0 la fa\u00e7on douloureuse dont il change parfois de position sur son si\u00e8ge, on devine que c&rsquo;est un vieillard. Le long de la <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-18372 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Palio-caffe\u0301-960x712-300x269.jpeg\" alt=\"\" width=\"630\" height=\"565\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Palio-caffe\u0301-960x712-300x269.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/Palio-caffe\u0301-960x712.jpeg 547w\" sizes=\"auto, (max-width: 630px) 100vw, 630px\" \/>vitrine, deux hommes d&rsquo;\u00e2ge presque m\u00fbr sont assis \u00e0 la m\u00eame table face \u00e0 face. Celui qui semble le plus \u00e2g\u00e9 porte une veste l\u00e9g\u00e8re de couleur bleu ciel et, enroul\u00e9e plusieurs fois autour de son cou malgr\u00e9 la temp\u00e9rature ambiante, une sorte de ch\u00e2le indien qui cache sa chemise. Sa voix est douce et ses gestes sont lents et assur\u00e9s. Son interlocuteur parait moins \u00e0 son aise. Sa voix est h\u00e9sitante et son ton est tour \u00e0 tour plaintif ou agressif. Comme tout le monde, il porte une barbe de trois jours, un blouson en jean sur un t-shirt vert de type militaire. Il y a une heure, les deux hommes<!--more--><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"> ne se connaissaient pas, mais devant le marchand de journaux du bas des Champs \u00c9lys\u00e9es, ils ont engag\u00e9 la conversation \u00e0 propos de la manchette du Monde. Ils ont d\u00e9cid\u00e9 de la poursuivre plus confortablement dans ce bar de la rue Marbeuf, <em>Chez Phillies<\/em>, o\u00f9 ils viennent de s&rsquo;installer. C&rsquo;est l&rsquo;homme au foulard qui parle le premier.<\/span><\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #0000ff;\">SCENE I<\/span><\/strong><\/h6>\n<p><em>\u2014 Alors ? Et cette vie ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Quoi, \u00ab\u00a0et cette vie\u00a0\u00bb ? Quelle vie, d&rsquo;abord ?<\/p>\n<p><em>\u2014 Eh bien, la v\u00f4tre bien-s\u00fbr !<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Ah ! La mienne&#8230;<\/p>\n<p><em>\u2014 Qu&rsquo;est-ce que vous en avez pens\u00e9 ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Sinc\u00e8rement ?<\/p>\n<p><em>\u2014 Sinc\u00e8rement !<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Eh bien, voyez-vous, je me demande&#8230;<\/p>\n<p><em>\u2014 Vous vous demandez quoi ?<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Je me demande ce que j&rsquo;en pense.<\/p>\n<p><em>\u2014 Comment cela, vous vous demandez ? \u00c0 votre \u00e2ge, vous vous demandez encore ? Votre opinion n&rsquo;est pas faite ? Vous n&rsquo;avez pas de bilan, pas d&rsquo;avis \u00e0 formuler ? <\/em><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>\u2014 Pas vraiment.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><em>\u2014 Quoi, pas la moindre pens\u00e9e d\u00e9finitive, pas le plus petit aphorisme blas\u00e9 ou bienveillant \u00e0 me mettre sous la dent ? C&rsquo;est d\u00e9cevant. <\/em><\/p>\n<p>\u2014 D\u00e9cevant, oui. Voyez-vous, j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir travers\u00e9 ma vie sans y croire. Je crois bien que, tout du long, j&rsquo;ai dout\u00e9 de sa r\u00e9alit\u00e9. Et que j&rsquo;en doute encore, d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p><em>\u2014 Vous doutez de la r\u00e9alit\u00e9 de la vie ? \u00c7a s&rsquo;appelle du solipsisme, mon cher. Vous \u00eates peut-\u00eatre atteint du syndrome de solipsisme. <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Je ne sais pas. Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est, le solipsisme ?<\/p>\n<p><em>\u2014 C&rsquo;est une forme de scepticisme, une attitude de pens\u00e9e dans laquelle le sujet qui en est atteint consid\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;y a de r\u00e9alit\u00e9 que con\u00e7ue par lui-m\u00eame. <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Pardon ?<\/p>\n<p><em>\u2014 Autrement dit, le solipsisme consiste \u00e0 douter de tout sauf de soi.<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Je ne suis pas s\u00fbr de comprendre.<\/p>\n<p><em>\u2014 Autrement dit encore, le solipsiste consid\u00e8re que tout ce qui constitue le monde ext\u00e9rieur \u00e0 lui-m\u00eame n&rsquo;existe pas. Il pense qu&rsquo;il est imagin\u00e9, r\u00eav\u00e9, con\u00e7u par lui. <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Et je serais atteint de cette bizarrerie ?<\/p>\n<p><em>\u2014 Nous allons voir : par exemple, pensez-vous que, moi qui vous parle, je n&rsquo;existe pas ? Que c&rsquo;est vous qui imaginez que j&rsquo;existe ? <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Certainement pas.<\/p>\n<p><em>\u2014 Et cet homme qui passe, l\u00e0 sur le trottoir, avec son petit chapeau mou et son grand chien jaune, quand il aura disparu au coin de la rue, croyez-vous que lui et son chien auront cess\u00e9 d&rsquo;exister une fois hors de votre vue ? <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Ne soyez pas ridicule ! Bien s\u00fbr que non !<\/p>\n<p><em>\u2014\u00a0Vous me rassurez. Et pourtant, vous avez dit il y a quelques instants que vous doutiez de la r\u00e9alit\u00e9 de la vie. <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Je me suis mal exprim\u00e9 : je ne doute pas de la r\u00e9alit\u00e9 de la vie. Vous pouvez \u00eatre rassur\u00e9 : les autres, le passant, le chien sont bien l\u00e0. Vous aussi. Ils vivent, ils agissent, ils crient, ils pleurent, ils aiment. Parfois m\u00eame, ils meurent. \u00c7a prouve bien qu&rsquo;ils existent, \u00e7a, non ? Ou qu&rsquo;ils ont exist\u00e9, en tout cas.<\/p>\n<p><em>\u2014 D&rsquo;accord. Vous \u00eates donc certain que tous ces gens et tout ce qui leur arrive ne sont pas le produit de votre imagination ? <\/em><\/p>\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr ! Comment mon cerveau \u00e0 lui tout seul pourrait-il imaginer tout \u00e7a : une telle complexit\u00e9 de causes et de cons\u00e9quences, une telle imbrication de hasards et de volont\u00e9s, vous vous rendez compte ? Ce ne serait pas possible !<\/p>\n<p><em>\u2014 Je vous r\u00e9pondrais bien que c&rsquo;est pourtant ce que fait le romancier, mais ce n&rsquo;est pas le sujet. Donc, vous n&rsquo;\u00eates pas solipsiste, vous ne mettez pas en doute la r\u00e9alit\u00e9 de la vie.<\/em><\/p>\n<p>\u2014 Non, pas de <strong>la vie<\/strong>. Mais de <strong>ma vie<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Fin de la premi\u00e8re sc\u00e8ne. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Entracte. <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">La suite, apr\u00e8s demain.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>*<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\"><strong><span style=\"color: #008000;\">De Santiago du Chili :<\/span><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #008000;\">Ceux qui se soucieraient de la sant\u00e9 du pharmacien Lopez sont pri\u00e9s de se reporter au journal con\u00e7u, dirig\u00e9, \u00e9crit et distribu\u00e9 par Monsieur Pierre Dac, l&rsquo;Os \u00e0 Mo\u00eblle. Le pharmacien Arturo Alvarez, 1986 avenida Pedro-di-Validvia, nous prie cependant d\u2019informer le public qu\u2019il ne sera pas de garde dimanche prochain en raison de la communion de sa fille, Alfonsa. C\u2019est la pharmacie Rodriguez y Rodriguez qui sera de garde dimanche prochain, sauf avis contraire.<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>Bient\u00f4t publi\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff6600;\"><strong>29 Sep, Tableau 271<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff6600;\"><strong>29 Sep, Demain sur vos \u00e9crans<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff6600;\"><strong>30 Sep, Au Bar des Syndromes \u2013 Deuxi\u00e8me sc\u00e8ne<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff6600;\"><strong>1 Oct, La vie secr\u00e8te des bananes (1\/3)<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au Bar des Syndromes Pi\u00e8ce en prose, en un acte et en quatre sc\u00e8nes La sc\u00e8ne repr\u00e9sente l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un bar par une fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi du mois d&rsquo;ao\u00fbt. On sent que cette nuit, ce bar deviendra celui du tableau d&rsquo;Edward Hopper, Nighthawks. 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