{"id":17980,"date":"2019-05-15T07:47:26","date_gmt":"2019-05-15T05:47:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17980"},"modified":"2019-05-16T07:20:04","modified_gmt":"2019-05-16T05:20:04","slug":"ma-vie-de-mioche-critique-aisee-n159","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17980","title":{"rendered":"Ma vie de mioche &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0159"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0159<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-17982\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-05-12-a\u0300-07.26.59-200x300.png\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-05-12-a\u0300-07.26.59-200x300.png 200w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/Capture-d\u2019e\u0301cran-2019-05-12-a\u0300-07.26.59.png 397w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>Ma vie de mioche<\/strong><br \/>\nLaurent Moussard \u2013 2019<br \/>\n<em>\u00c9ditions Encre Rouge \u2013 410 pages \u2013 20 \u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laurent Moussard et moi nous sommes rencontr\u00e9s il y a un peu plus de cinq ans, tout d&rsquo;abord dans le monde, le petit monde du <em>Monde de l&rsquo;\u00c9criture<\/em>. Le <em>Monde de l&rsquo;\u00c9criture<\/em>, c&rsquo;est un forum et, comme son nom l&rsquo;indique, un forum d&rsquo;\u00e9criture. On y vient d\u00e9poser ses \u00e9crits, cherchant sans doute reconnaissance ou conseils, et commenter ceux des autres, esp\u00e9rant sinc\u00e8rement aider ou simplement faire le malin. Les textes que l&rsquo;on trouve dans ce Monde-l\u00e0 sont <em>divers et vari\u00e9s<\/em>, expression toute faite qu&rsquo;on utilise quand on veut signifier qu&rsquo;il y a de tout, du rien, du banal, du quelconque, de l&rsquo;insupportable, du pr\u00e9tentieux, de l&rsquo;illisible, et aussi de l&rsquo;int\u00e9ressant, du dr\u00f4le, du surprenant, du bon, et parfois du tr\u00e8s bon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans ces derni\u00e8res cat\u00e9gories que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 les textes courts de Laurent Moussard, dit Kokox. Je lui ai fait part de mon enthousiasme. En retour, ou peut-\u00eatre avant moi, je ne sais plus, il m&rsquo;a fait part de son opinion sur les miens. Dans ses textes, j&rsquo;appr\u00e9ciais la richesse et la force du vocabulaire et j&rsquo;admirais son imagination. Dans les miens, il aimait <!--more-->la simplicit\u00e9 et une sorte d&rsquo;humanisme. Je lui reprochais quelques mots trop rares ou quelques exc\u00e8s dans la truculence. Il regrettait mes charentaises, mon <em>tempo d&rsquo;ing\u00e9nieur-\u00e9crivain<\/em> et m&rsquo;enjoignais de <em>l\u00e2cher le mustang<\/em>. C&rsquo;\u00e9tait un fleuve tranquille de commentaires bienveillants, constructifs et sinc\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cette lanc\u00e9e, quelques mois plus tard, nous nous sommes rencontr\u00e9s, deux fois. La premi\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait sur son terrain, un bistrot de la rue Oberkampf et la deuxi\u00e8me, un an plus tard, sur le mien, un caf\u00e9 de la rue de M\u00e9dicis. Je ne dirai pas ici ce que furent nos \u00e9changes, brefs, deux ou trois demis chacun, mais \u00e9tonnamment intimes pour deux types qui ne se connaissaient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, il a moins fr\u00e9quent\u00e9 le <em>Monde<\/em>. Il ne publiait presque plus. Il ne commentait pas davantage ; voyages, lassitude, peut-\u00eatre ; autre chose \u00e0 faire probablement. De mon c\u00f4t\u00e9, j&rsquo;\u00e9tais dans une p\u00e9riode o\u00f9, bien que publiant r\u00e9guli\u00e8rement de nouveaux textes, je ne commentais plus du tout ; pourtant, rien d&rsquo;autre \u00e0 faire ; mais lassitude certainement, d\u00e9ception probablement. Ce n&rsquo;est pas comme \u00e7a qu&rsquo;on entretient une relation. Ou alors \u00e7a s&rsquo;effiloche. \u00c0 nos \u00e2ges, on en a vu d&rsquo;autres. On se fait une raison. Et puis voil\u00e0 qu&rsquo;un beau matin, il me balance son Mioche en plein dans la boite. \u00ab\u00a0<em>Prends \u00e7a dans les gencives, mon gars, et dis-moi ce que \u00e7a te fait !<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fond, je savais bien qu&rsquo;il pr\u00e9parait quelque-chose, un coup. Un coup, d&rsquo;accord, je veux bien ! Mais quatre cents pages ! Un vrai livre, \u00e9dit\u00e9, publi\u00e9, en vente ! (J&rsquo;ai aussit\u00f4t v\u00e9rifi\u00e9 sur Google, vous pensez !) Le salaud ! Et il me somme de dire ce que j&rsquo;en pense. Alors il a bien fallu que je le lise. Alors, voil\u00e0 : <strong><em>Ma vie de Mioche<\/em><\/strong>, par Laurent Moussard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame ann\u00e9e que Barack Obama, Nicolas Dupont-Aignan, Myl\u00e8ne Farmer et G\u00e9rard Grougnard, un enfant nait et raconte : \u00a0\u00bb <em>Au commencement<\/em><em>, il n\u2019y avait rien. Que dalle. Pas une glace a\u0300 la vanille. Pas un orgue de Barbarie.<\/em> <em>Pas de cheval a\u0300 bascule. Pas de Petit Poucet. Ni matin ni soir. Les for\u00eats, les oc\u00e9ans, les squares \u00e9taient vides, et les d\u00e9serts d\u00e9serts.<\/em>\u00a0\u00bb Succ\u00e9dant au titre explicite et \u00e0 la na\u00efve d\u00e9dicace, cet incipit donne le ton. On va assister \u00e0 une enfance, vue par un \u0153il de gosse, racont\u00e9e avec des pens\u00e9es de nouveau-n\u00e9, puis des mots d&rsquo;enfant, assembl\u00e9s par l&rsquo;\u00e9crivain qu&rsquo;il est devenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon r\u00f4le ici, enfin, celui que je m&rsquo;attribue, n&rsquo;est pas de vous raconter l&rsquo;histoire de ce gamin. Lolo, car c&rsquo;est comme cela qu&rsquo;on l&rsquo;appelle, le fera tr\u00e8s bien lui-m\u00eame. Mon r\u00f4le c&rsquo;est sans doute de vous dire ce que j&rsquo;ai ressenti, moi, \u00e0 la lecture du r\u00e9cit de ses premi\u00e8res ann\u00e9es, de ses aventures, car c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit, des aventures. Ce que j&rsquo;ai ressenti ? Eh bien voil\u00e0 : j&rsquo;\u00e9tais dans un fauteuil de cin\u00e9ma.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film est en noir et blanc. Il pourrait \u00eatre de Jacques Becker. On y voit beaucoup les toits de Paris, quelques fois la campagne, les bords de la Marne peut-\u00eatre, mais surtout les toits et les rues de Paris. Parce que Lolo est Parisien, moralement, physiquement, totalement, parisien d&rsquo;esprit, de c\u0153ur, du c\u0153ur de Paris, enfin&#8230; de l&rsquo;un de ses c\u0153urs (c&rsquo;est un natif des Gobelins, autre c\u0153ur, qui \u00e9crit cette critique), le Marais. Attention, le Marais d&rsquo;avant, pas celui des bistrots d\u00e9contract\u00e9s-branch\u00e9s et des boutiques de fringues du m\u00eame nom. Donc le Marais, avec ses immeubles ventrus, ses fa\u00e7ades d\u00e9cr\u00e9pies, l\u00e9zard\u00e9es, ses cours humides et ses escaliers sombres, sa population de juifs rescap\u00e9s des rafles, d&rsquo;artisans, de concierges, de cingl\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord, il y a Yvonne. Elle, c&rsquo;est la m\u00e8re. Ce pourrait \u00eatre Arletty, mais pas celle d&rsquo;H\u00f4tel du Nord, trop ordinaire, ni celle des Enfants du Paradis, trop aguicheuse. Non, ce serait un m\u00e9lange d&rsquo;Arletty pour la gouaille, la beaut\u00e9 et l&rsquo;amour et d&rsquo;Annie Girardot pour la volont\u00e9, la force et l&rsquo;amour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, il y a Ren\u00e9, le p\u00e8re, une sorte de colosse-acrobate, perp\u00e9tuel \u00e9l\u00e9phant dans un magasin de porcelaines, passionn\u00e9, brutal, intol\u00e9rant, r\u00e9volt\u00e9, gentil, aimant, amoureux. Tout au long du film, c&rsquo;est Raf Vallone que j&rsquo;ai vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, il y a Lolo, le mioche, la voix off. Mais Lolo, on ne le voit jamais, on saura juste qu&rsquo;il est tr\u00e8s beau, mais \u00e7a, c&rsquo;est lui qui le raconte. On ne le voit jamais, Lolo, parce que le film est enti\u00e8rement tourn\u00e9 en cam\u00e9ra subjective. Alors, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne passe devant un miroir \u2014 mais les miroirs, ce n&rsquo;est pas son genre \u2014 impossible de le voir. A l&rsquo;entendre, on pourrait croire parfois que c&rsquo;est P&rsquo;tit Gibus, le fils cadet de Louis Pergaud et d&rsquo;Yves Robert ; mais finalement non, pas P&rsquo;tit Gibus : trop campagnard. A d&rsquo;autres moments, ce serait le Petit Nicolas, fils unique de Semp\u00e9 et de Goscinny ; mais l\u00e0 non plus : pas le Petit Nicolas : trop gentil, trop bien \u00e9lev\u00e9. Alors ce sera Lolo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de Lolo, il y a des tas d&rsquo;autres gens et d&rsquo;autres choses qui font sa vie et son quartier : Tata Momo (Paulette Dubost, pour sa vivacit\u00e9 et sa gait\u00e9), Madame Kapeck (R\u00e9gine, sans doute) et quelques autres seconds r\u00f4les qui pour le moment ne vous disent rien, mais qui compteront pour le mioche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le film a \u00e9t\u00e9 peu tourn\u00e9 en ext\u00e9rieur : un peu de Charenton-le-Pont pour la triste banlieue et les grands parents, un peu d&rsquo;Eure-et-Loir pour la campagne et ses cruelles peuplades, un peu du Tr\u00e9port pour le suspense. Mais si on ne franchit que rarement les Mar\u00e9chaux, ce n&rsquo;est pas pour une question de budget, c&rsquo;est le sujet qui veut \u00e7a. Pour l&rsquo;essentiel, et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, on reviendra toujours rue Ferdinand Duval ou rue de Turenne, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le ton du r\u00e9cit est soutenu du d\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 la fin, si l&rsquo;action jamais ne se rel\u00e2che, si pas un instant on ne s&rsquo;ennuie, si les dialogues sont remplis d&rsquo;humour, les clich\u00e9s renvers\u00e9s et les images surprenantes, si les r\u00e9flexions sont touchantes et les sentiments profonds, n&rsquo;allez pas croire que le sc\u00e9nario ne soit que celui d&rsquo;une com\u00e9die rose. Je vous l&rsquo;ai dit, le mioche, ce n&rsquo;est pas le Petit Nicolas. Lolo a exist\u00e9, il existe encore, on le sent bien et, on le verra, il a rencontr\u00e9 quelques mis\u00e8res et quelques drames. Mais, c&rsquo;est la vie, une vie de mioche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0. Je suis sorti du film content, empli de bienveillance envers ce petit gar\u00e7on. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il grandira sans trop changer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>P.S.<\/strong> \u2014 Que ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas vers\u00e9s dans le cin\u00e9ma de papa veuillent bien excuser les r\u00e9f\u00e9rences que j&rsquo;ai prises en mati\u00e8re de r\u00e9alisateur et de com\u00e9diens. Leur anciennet\u00e9 ne leur permettra peut-\u00eatre pas de visualiser comme je l&rsquo;ai fait les h\u00e9ros de cette histoire. Becker, Arletty, Vallone, Dubost, \u00e7a ne parle pas forc\u00e9ment \u00e0 tout le monde. Que ceux-l\u00e0 aillent faire un tour sur Wikipedia ou, mieux, qu&rsquo;ils trouvent un ancien qui leur expliquera l&rsquo;humanisme de Becker, l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;Arletty, la force de Vallone, la malice de Dubost et, aussi, la beaut\u00e9 du noir et blanc.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Bient\u00f4t publi\u00e9<\/span><\/h3>\n<ul>\n<li>17 Mai, 7 h 45 min\u00a0 <strong><span style=\"color: #ff0000;\">Controverse<\/span><\/strong><\/li>\n<li>17 Mai, 17 h 47 min\u00a0<strong><span style=\"color: #ff0000;\">Derni\u00e8re heure : Deux mille jours<\/span><\/strong><\/li>\n<li><span style=\"color: #000000;\">18 Mai, 7 h 47 min\u00a0 <\/span><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Re-Bonjour, Philippines !<\/span><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0159 Ma vie de mioche Laurent Moussard \u2013 2019 \u00c9ditions Encre Rouge \u2013 410 pages \u2013 20 \u20ac Laurent Moussard et moi nous sommes rencontr\u00e9s il y a un peu plus de cinq ans, tout d&rsquo;abord dans le monde, le petit monde du Monde de l&rsquo;\u00c9criture. 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