{"id":17513,"date":"2019-06-25T07:47:26","date_gmt":"2019-06-25T05:47:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17513"},"modified":"2019-06-26T11:29:13","modified_gmt":"2019-06-26T09:29:13","slug":"17513","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17513","title":{"rendered":"Les Buddenbrook &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0163"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0163<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les Buddenbrook<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas Mann\u2026 Je ne sais pas pourquoi, mais je n&rsquo;avais jamais os\u00e9 aborder cet auteur. Sans doute inconsciemment impressionn\u00e9 par le titre de son roman le plus c\u00e9l\u00e8bre, j&rsquo;assimilais son \u0153uvre \u00e0 une montagne gigantesque et n&rsquo;osais pas l&rsquo;affronter. Beckett, James Joyce m&rsquo;avaient fait le m\u00eame effet mais au moins, avec eux, j&rsquo;avais tent\u00e9 l\u2019escalade. Mais avec Mann, non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un jour, une amie, jeune et charmante, qui, me connaissant, m&rsquo;avait aimablement lanc\u00e9 sur le sujet de Proust et patiemment \u00e9cout\u00e9 faire mon num\u00e9ro habituel sur le petit Marcel, m&rsquo;avoua qu&rsquo;elle n&rsquo;osait pas entreprendre la lecture de la Recherche du Temps Perdu. \u0152uvre trop impressionnante, trop difficile, trop longue&#8230; Je me r\u00e9criai et poursuivis ma d\u00e9monstration selon laquelle au moins une lecture de la Recherche est indispensable \u00e0 l&rsquo;honn\u00eate homme. (En l&rsquo;occurrence, j&rsquo;aurais d\u00fb dire l&rsquo;honn\u00eate femme, mais je trouve que \u00e7a ne sonne pas pareil.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle me promit de tenter l&rsquo;exp\u00e9rience \u2014 je ne sais pas encore si elle a tenu parole \u2014 et en retour, puisque j&rsquo;aimais tant Marcel Proust et sa Recherche, elle me fit promettre de lire Les Buddenbrook, car elle ne doutait pas que j&rsquo;aimerai Thomas Mann et son premier roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je promis et <!--more-->je tins parole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-17515\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/IMG_7163-150x150.jpeg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Donc, les Buddenbrook :<br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>764 pages &#8211; Livre de Poche. 10,90\u20ac<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Paru en 1901, alors que son auteur avait 26 ans, c&rsquo;est effectivement le premier roman de Thomas Mann, qui lui valut le Prix Nobel de Litt\u00e9rature vingt-huit ans plus tard. Il raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une riche famille de commer\u00e7ants de L\u00fcbeck, ville hans\u00e9atique du Nord de l&rsquo;Allemagne, entre 1835 et 1877. Tous les analystes et tous les critiques de ce roman reconnu comme un chef d&rsquo;\u0153uvre absolu vous diront qu&rsquo;il retrace l&rsquo;effondrement progressif des Buddenbrook \u00e0 travers les personnalit\u00e9s et le sort de quelques-uns de ses membres. Selon les m\u00eames, c&rsquo;est un roman naturaliste qui se distingue par \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;extr\u00eame acuit\u00e9 du tableau social qu&rsquo;il dresse<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait de naturalisme et de tableau social, il faut dire qu&rsquo;il se pose un peu l\u00e0, le premier roman de Mann.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque personnage, de premier plan, secondaire ou m\u00eame \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, a droit d\u00e8s qu&rsquo;il entre en sc\u00e8ne \u00e0 plusieurs paragraphes successifs de descriptions tr\u00e8s pr\u00e9cises de son physique, de ses v\u00eatements et de son attitude.<br \/>\nChaque nouveau salon, chambre, mezzanine, couloir dans lequel on passe au cours de l&rsquo;histoire fait aussi l&rsquo;objet d&rsquo;une description exhaustive.<br \/>\nEst-ce un effet de la traduction, mais la description des actions m&rsquo;a paru parfois confuse, au point que je doive la relire plusieurs fois pour \u00eatre certain de la comprendre ou bien que, fatigu\u00e9, je doive conclure que le personnage agissait de fa\u00e7on illogique ou stupide.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9volution psychologique des personnages principaux est souvent constat\u00e9e, mais rarement expliqu\u00e9e ni m\u00eame amen\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je parle d&rsquo;un morceau de litt\u00e9rature de plus de cent ans, j&rsquo;h\u00e9site toujours \u00e0 dire qu&rsquo;il fourmille de situations attendues ou de clich\u00e9s. J&rsquo;h\u00e9site parce que je me dis que ce sont peut-\u00eatre ces \u0153uvres-l\u00e0 qui ont cr\u00e9\u00e9 ces clich\u00e9s qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, n&rsquo;en \u00e9taient pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce encore un effet de la traduction, j&rsquo;y ai trouv\u00e9 un style plut\u00f4t lourd qui jamais ne s&rsquo;all\u00e8ge et des phrases chaotiques qui favorisent le contre-sens.<br \/>\nMais le pire, le plus artificiel, du moins tel que je l&rsquo;ai ressenti, moi, lecteur de Mann tardif mais d\u00e9butant du XXI\u00e8me si\u00e8cle, ce sont les dialogues. Si j&rsquo;ai pu me dire que, dans la Hanse du milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle, il \u00e9tait possible que les adultes se soient exprim\u00e9s d&rsquo;une fa\u00e7on aussi empes\u00e9e, je n&rsquo;ai absolument pas pu y croire quand il s&rsquo;agissait d&rsquo;enfants.<br \/>\nAinsi d&rsquo;Antonie, petite fille de huit ans, tout en lisant un article de son cat\u00e9chisme : \u00ab\u00a0<em>Tiens ! pensait-elle. Une fois lanc\u00e9, on se croirait en hiver, entrain de d\u00e9valer avec mes fr\u00e8res dans notre petite luge la pente du mont J\u00e9rusalem. C&rsquo;est \u00e0 en perdre la t\u00eate ! Et puis, impossible de s&rsquo;arr\u00eater, quand bien m\u00eame on le voudrait<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;ayant pas r\u00e9ussi un seul instant \u00e0 m&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 quelque personnage que ce soit, je ne retiendrai de positif que pratiquement ceci :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 une r\u00e9flexion que j&rsquo;ai trouv\u00e9e tr\u00e8s subtile \u00e0 propos de la m\u00eame Antonie, \u00e0 l&rsquo;approche de la cinquantaine :<br \/>\n\u00a0\u00bb <em>Elle savait qu\u2019elle avait eu une vie malheureuse et pleine de d\u00e9boires, mais n\u2019en ressentait ni m\u00e9lancolie ni lassitude, et au fond elle n\u2019y croyait pas<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 l&rsquo;impressionnante description de la terrible agonie de la vieille Madame Buddenbrook.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, j&rsquo;oublierai tr\u00e8s vite l&rsquo;interminable r\u00e9flexion de Thomas Buddenbrook sur le sens de la vie, dont voici un court extrait caract\u00e9ristique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Tout dans cet homme n\u2019\u00e9tait-il pas une erreur et une faute ? Ne se trouvait-il pas entra\u00een\u00e9 dans un tourbillon de douleur d\u00e8s le jour de sa naissance ? Une prison, une prison ! Limites et chaines de toute part. \u00c0 travers les fen\u00eatres grillag\u00e9es de son individualit\u00e9, l\u2019homme fixe un regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 sur les enceintes concentriques des circonstances ext\u00e9rieures, jusqu\u2019au jour o\u00f9 la mort vient le rendre \u00e0 sa patrie, \u00e0 la libert\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On fait plus fluide, non ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0163 Les Buddenbrook Thomas Mann\u2026 Je ne sais pas pourquoi, mais je n&rsquo;avais jamais os\u00e9 aborder cet auteur. Sans doute inconsciemment impressionn\u00e9 par le titre de son roman le plus c\u00e9l\u00e8bre, j&rsquo;assimilais son \u0153uvre \u00e0 une montagne gigantesque et n&rsquo;osais pas l&rsquo;affronter. 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