{"id":17340,"date":"2019-08-07T07:47:22","date_gmt":"2019-08-07T05:47:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17340"},"modified":"2022-11-03T09:19:27","modified_gmt":"2022-11-03T08:19:27","slug":"17340","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17340","title":{"rendered":"Qui \u00e9tait donc ce type ? (Couleur Caf\u00e9 n\u00b029)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #993300;\">LE JOURNAL DES COUTHEILLAS &#8211; NUMERO 2082<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Couleur Caf\u00e9 n\u00b029<\/em><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-17342\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/IMG_7085-300x207.jpeg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"207\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/IMG_7085-300x207.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/IMG_7085-768x529.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/03\/IMG_7085-960x662.jpeg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Qui \u00e9tait donc ce type ? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Caf\u00e9 Hugo<br \/>\n<em>22 Place des Vosges<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est un quartier o\u00f9 je ne viens presque jamais, un caf\u00e9 o\u00f9 je n\u2019\u00e9tais jamais venu. Voyons voir.<br \/>\nLes vieilles tables en bois sont marqu\u00e9es de coups et de brulures d\u2019autrefois et les larges banquettes en moleskine marron sont craquel\u00e9es comme je les aime. La serveuse, aimable, est en bon \u00e9tat. Install\u00e9 contre le mur du fond, je tourne le dos \u00e0 un grand miroir encadr\u00e9 de mosa\u00efques aux motifs g\u00e9om\u00e9triques rouges, jaunes et argent. Devant moi, au premier plan, deux tables vides, puis la terrasse, puis, au-del\u00e0 de la chauss\u00e9e, les grilles du jardin et enfin les arbres de la place des Vosges, encore d\u00e9nud\u00e9s. Le mur qui s\u00e9pare la salle de la terrasse est perc\u00e9 des m\u00eames arcades que celui qui s\u00e9pare la terrasse de la chauss\u00e9e. Les deux sont faits des m\u00eames pierres jaunes griff\u00e9es, joint\u00e9es \u00e0 sec. Un passage par Wikip\u00e9dia m\u2019apprend que le Caf\u00e9 Hugo occupe le rez-de-chauss\u00e9e de l\u2019H\u00f4tel Laffemas (XVII\u00e8me si\u00e8cle) et que la maison qui fut celle du grand Victor est \u00e0 deux pas.<br \/>\nJ\u2019ai rendez-vous tout pr\u00e8s d\u2019ici dans un peu plus d\u2019une heure. J\u2019ai le temps de prendre un autre caf\u00e9 et d\u2019observer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ma gauche, pr\u00e8s de l\u2019arcade, un couple est install\u00e9. L\u2019homme me fait face. Pos\u00e9es \u00e0 plat sur la table, ses deux mains recouvrent la main droite de la<!--more--> femme. Lui est tr\u00e8s beau, tr\u00e8s chic, cheveux grisonnants et barbe de trois jours, pas encore la quarantaine. Des bagages, sac \u00e0 dos \u00e9l\u00e9gant et besace de marque, sont pos\u00e9s sur une chaise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Il parle sans arr\u00eat, doucement, tendrement, en anglais. Pourtant, son allure et le l\u00e9ger accent que je crois d\u00e9celer me le font penser italien. La langue est bien anglaise, mais le rythme des mots, la chaleur de la voix, le mouvement des mains, tout cela est italien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La femme, plus jeune, moins de trente ans, doit \u00eatre belle \u00e9galement, mais je ne la vois que de trois quarts.\u00a0 Son buste est pench\u00e9 sur la gauche, son \u00e9paule s\u2019appuie contre le miroir mural, son coude est pos\u00e9 sur la table et sa main soutient sa joue. Ses longs cheveux bruns se r\u00e9pandent en un joli d\u00e9sordre sur son ample chemise blanche. Parfaitement d\u00e9tendue, elle \u00e9coute et toute son attitude exprime le calme, la confiance, le bien-\u00eatre. Elle parle peu et, de toute fa\u00e7on, je n\u2019entends pas ce qu\u2019elle dit. Parfois elle rit. Elle se retourne vers moi, affectant de chercher quelque chose du regard. Son compagnon a d\u00fb remarquer que je les observais. C\u2019est vrai qu\u2019elle est jolie. Ses cheveux noirs, son teint p\u00e2le, ses yeux sombres, son rire, la petite croix d&rsquo;or \u00e0 son cou la disent italienne elle aussi. Alors pourquoi parlent-ils anglais ? Maintenant, il se penche au-dessus de la table, lib\u00e9rant la main droite de la jeune femme qu&rsquo;elle avance pour lui caresser la nuque. De temps en temps, ils se sourient tendrement puis se taisent quelques instants. Je suis en train d\u2019observer une sc\u00e8ne qui restera importante dans la vie de ces deux-l\u00e0, car une entente aussi tendre ne peut \u00eatre quotidienne. Il s&rsquo;est pass\u00e9 quelque chose, ou quelque chose va se passer. Ce ne peut \u00eatre une sc\u00e8ne d\u2019adieu, bien s\u00fbr, leurs attitudes sont trop sereines, d\u00e9tendues, apais\u00e9es. Alors pourquoi les bagages de l\u2019homme ? Il va partir, c&rsquo;est cela ? Oui, c\u2019est peut-\u00eatre une sc\u00e8ne de s\u00e9paration. Je me dis que si c\u2019est le cas, alors, elle sera br\u00e8ve, quelques jours tout au plus, rien de bien m\u00e9chant. \u00a0D&rsquo;habitude, c&rsquo;est le moment o\u00f9 j&rsquo;imagine, o\u00f9 j&rsquo;\u00e9chafaude des hypoth\u00e8ses, je construis des situations. Mais ils se l\u00e8vent, ils enfilent leurs manteaux, ils rient et sortent sur le trottoir. Trop tard. Je les regarde s\u2019\u00e9loigner vers le jardin. Je ne saurai jamais rien d\u2019autre de leur vie, de leurs vies, que cet instant si doux pour eux et si myst\u00e9rieux pour moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En limite de terrasse, les silhouettes de deux jeunes femmes assises face \u00e0 face se d\u00e9coupent maintenant en contre-jour sur les grilles de la place. Comme elle parlent un peu fort, sans que la distance me permette de comprendre ce qu\u2019elles disent, je les imagine tout d\u2019abord am\u00e9ricaines. Blondes \u00e0 cheveux longs toutes les deux, l\u2019une ressemble \u00e9tonnamment \u00e0 l\u2019un des personnages de la s\u00e9rie Friends, Phoebe. Vous savez , la fille superbe et stupide qui joue de la guitare. L\u2019autre ne ressemble \u00e0 personne. Je saisis quelques exclamations : d\u00e9finitivement non-am\u00e9ricaines. Peut-\u00eatre su\u00e9doises. C\u2019est une vieille habitude des hommes de ma g\u00e9n\u00e9ration que de penser que les grandes et jolies blondes bruyantes ne peuvent nous venir que des USA ou de la Su\u00e8de. Mais avec l\u2019effondrement du mur de Berlin, beaucoup de choses ont chang\u00e9, dont la provenance des jolies filles. On ne peut plus se fier \u00e0 rien. Ces deux-l\u00e0 sont probablement des touristes ind\u00e9pendantes, r\u00e9fractaires aux groupes. Je leur souhaite silencieusement un bon s\u00e9jour. Je ne vois rien d\u2019autre \u00e0 en dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la salle, contre un pilier, un homme seul finit de d\u00e9jeuner malgr\u00e9 l\u2019heure pr\u00e9coce. Soixante ans, cheveux blancs, moustache blanche, teint rose. Tout chez lui est net. Il doit \u00eatre un habitu\u00e9, car tout \u00e0 l&rsquo;heure, gentiment, il a renvoy\u00e9 le vin tout en plaisantant avec la serveuse. Un commer\u00e7ant de la place, probablement. Pull-over rouge ajust\u00e9, col rond d\u2019o\u00f9 d\u00e9passe une chemise Oxford blanche finement ray\u00e9e de vert, pantalon de velours vert vif, chaussures Weston marron. Entre plat du jour et dessert du jour, il examine un magazine culturel. Je le vois tenir une galerie d\u2019art dans le quartier. Il d\u00e9jeune de bonne heure pendant que son associ\u00e9 garde la boutique. Il y aurait l\u00e0 sans doute mati\u00e8re \u00e0 \u00e9crire, un sujet, mais le clich\u00e9 est l\u00e0. Un autre jour peut-\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux jeunes hommes d&rsquo;affaire viennent de quitter la terrasse. Pantalon serr\u00e9 gris fonc\u00e9, veste cintr\u00e9e noire sur doudoune Uniqlo noire, chemise grise ouverte, cheveux tr\u00e8s courts, \u00e0 peine plus longs que leur barbe de trois jours, iPhone X en main, on dirait des jumeaux. Demeur\u00e9s cach\u00e9s jusque-l\u00e0 par un pilier de l&rsquo;arcade, je n&rsquo;ai pas eu le temps de les observer, je ne sais pas qui ils sont. Rien \u00e0 en tirer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais moi, qui suis-je ? Qui suis-je pour ces gens-l\u00e0 ? Sans doute se demandent-ils qui est ce type qui semble observer les gens de derri\u00e8re l&rsquo;\u00e9cran lev\u00e9 de son ordinateur ? Qui est ce vieux monsieur qui tape \u00e0 trois doigts de temps en temps sur son clavier, et qui affecte ensuite de regarder le plafond puis d&rsquo;admirer la salle pour mieux reprendre son examen des consommateurs ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surement, ils ont cherch\u00e9, imagin\u00e9 quelque chose de banal, de romantique, d&rsquo;inattendu. Ce type, serait-ce un professeur \u00e9m\u00e9rite en train de pr\u00e9parer sa prochaine conf\u00e9rence ou un vieil amant \u00e9crivant \u00e0 sa vieille maitresse ? Un d\u00e9tective en filature notant n&rsquo;importe quoi pour donner le change ou un journaliste venu sentir le quartier ? Un \u00e9crivain, ou mieux encore, un po\u00e8te en mal d&rsquo;inspiration ? Un agent immobilier r\u00e9digeant une annonce pour la vente d&rsquo;un appartement donnant sur la place ? Woody Allen incognito faisant un rep\u00e9rage ? Un vieux solitaire faisant semblant de taper pour faire croire qu&rsquo;il a encore une activit\u00e9 passionnante, ou m\u00eame seulement une vie ? Un avocat r\u00e9digeant une plaidoirie ? Un escroc \u00e9crivant ses m\u00e9moires ? Un touriste tenant son journal de voyage ? Une plume choisissant des \u00e9l\u00e9ments de langage ? Un corbeau faisant le brouillon de ses futures lettres anonymes ? Georges Clooney d\u00e9guis\u00e9 pour une immersion totale parisienne ? Un n\u00e9ophyte essayant de comprendre comment fonctionne son nouveau Mac ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais se sont-ils seulement pos\u00e9 une seule question ? Pourquoi le feraient-ils ? Leur vie est bien assez compliqu\u00e9e comme \u00e7a.<\/p>\n<p>M&rsquo;ont-ils seulement vu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LE JOURNAL DES COUTHEILLAS &#8211; NUMERO 2082 Couleur Caf\u00e9 n\u00b029 Qui \u00e9tait donc ce type ? Caf\u00e9 Hugo 22 Place des Vosges C\u2019est un quartier o\u00f9 je ne viens presque jamais, un caf\u00e9 o\u00f9 je n\u2019\u00e9tais jamais venu. Voyons voir. Les vieilles tables en bois sont marqu\u00e9es de coups et de brulures d\u2019autrefois et les &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=17340\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Qui \u00e9tait donc ce type ? (Couleur Caf\u00e9 n\u00b029)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[158,21],"class_list":["post-17340","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-couleur-cafe","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17340","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17340"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17340\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}