{"id":1698,"date":"2015-02-27T07:01:36","date_gmt":"2015-02-27T05:01:36","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=1698"},"modified":"2015-02-26T23:17:02","modified_gmt":"2015-02-26T21:17:02","slug":"une-journee-a-la-campagne-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1698","title":{"rendered":"Une journ\u00e9e \u00e0 la campagne (1)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #000080;\"><a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/img522.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3157\" src=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/img522-300x200.jpg\" alt=\"img522\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/img522-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/img522-960x639.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/img522.jpg 1293w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Marie Cl\u00e9mentine Rispal \u00e9tait n\u00e9e en 1893. Mari\u00e9e \u00e0 Louis Rieuf, elle avait eu trois enfants : Maho, Paul, et Line. Line \u00e9tait la maman de Sophie.<a href=\"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/img522.jpg\"><br \/>\n<\/a>Cette \u00ab\u00a0Journ\u00e9e \u00e0 la campagne\u00a0\u00bb s&rsquo;est pass\u00e9e aux environs de 1900, dans la ferme de l&rsquo;oncle de Marie Cl\u00e9mentine \u00e0 Carlat dans le Cantal.<\/span>\u00a0<span class=\"Apple-style-span\" style=\"color: #000080;\">C\u2019est elle qui raconte.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1<\/strong><br \/>\nAu petit jour, la voiture fraichement lav\u00e9e nous attend devant la porte. Bichette, la fringante jument, piaffe d\u00e9j\u00e0 d\u2019impatience de retrouver le pr\u00e9 d\u2019herbe tendre qu\u2019elle saccage \u00e0 sa guise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mal r\u00e9veill\u00e9s, mon fr\u00e8re et moi retrouvons nos places habituelles sur les banquettes arri\u00e8re de la lourde voiture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re attend pr\u00e8s de Bichette que toute la famille soit install\u00e9e, les paniers cas\u00e9s entre nos jambes. Baptiste, sur le si\u00e8ge avant, l\u2019air hilare, sa blouse grise toute propre et raide d\u2019empois, fera partie de la famille, toute la journ\u00e9e, lui le solitaire, lui aussi est heureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun bien \u00e0 sa place, mon p\u00e8re, avec une surprenante agilit\u00e9, saute sur le si\u00e8ge, les rennes en main, <!--more-->tandis que Bichette, dans un long effort, \u00e9branle la voiture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous nous cramponnons aux barres de fer qui entourent le capitonnage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous partons pour le pays de la joie, de l\u2019espace, o\u00f9 l\u2019on peut parler haut, rire et s\u2019amuser sans contraintes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La ville peu \u00e9tendue \u00e0 cette \u00e9poque, nous sommes vite sur la route bord\u00e9e de pr\u00e9s, de talus bleus de myosotis et de fleurs blanches. Lentement, le ciel devient plus clair derri\u00e8re les montagnes. Malgr\u00e9 notre d\u00e9sir de jouir du paysage naturel, calme et frais, petit \u00e0 petit le bruit des sabots de Bichette sur la route nous endort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Habitu\u00e9s \u00e0 n\u2019\u00eatre pas bruyants dans nos jeux, par crainte de g\u00eaner nos parents si soucieux, nous nous faisons des signes et des clins d\u2019\u0153il complices. Mais bient\u00f4t, abrit\u00e9e par le large dos de mon p\u00e8re, je sombre dans le sommeil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la derni\u00e8re c\u00f4te, avant le but de notre voyage, les voix de mon p\u00e8re et de Baptiste sont plus sonores et arrivent \u00e0 me sortir de mon engourdissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019odeur du cuir chaud et du cheval me remet dans l\u2019ambiance du voyage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maman rectifie les positions de son chapeau, d\u2019ailleurs peu d\u00e9rang\u00e9, repasse de la main le col marin de mon fr\u00e8re, v\u00e9rifie d\u2019un coup d\u2019\u0153il sacs et paniers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici enfin, au-dessus, de la route l\u2019\u00e9glise o\u00f9 dansent \u00e0 l\u2019air libre les cloches aux silhouettes de demoiselles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques m\u00e8tres plus loin, Bichette s\u2019arr\u00eate sur un \u00ab\u00a0Ho La\u00a0\u00bb retentissant de mon p\u00e8re. De l\u2019auberge sortent aussit\u00f4t le patron et les servantes qui s\u2019affairent autour de la voiture. D\u2019une voix forte, ils accueillent mon p\u00e8re dans cette langue dure et sonore de l\u2019Auvergne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s cet instant, il n\u2019a plus de pr\u00e9nom, tous l\u2019appellent \u00ab\u00a0le cadet\u00a0\u00bb, ce que je trouve fort \u00e9trange et bien familier. Il est le second fils d\u2019une nombreuse famille et, suivant la tradition a laiss\u00e9 le domaine \u00e0 l\u2019Ain\u00e9\u00a0: il est \u00ab\u00a0le cadet de Juzelle\u00a0\u00bb. Mais le village ne l\u2019oublie pas et son retour au pays est un \u00e9v\u00e8nement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que Bichette est amen\u00e9e par Baptiste dans les profondeurs de l\u2019\u00e9curie fra\u00eeche et odorante, nous sommes r\u00e9confort\u00e9s par un bon lait cr\u00e9meux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous attendons mon p\u00e8re qui serre des mains, dit un mot \u00e0 chacun des hommes attabl\u00e9s devant des bouteilles, attendant la fin de la messe, la sortie de leur femme et de leurs filles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous partons enfin pour les hauts plateaux o\u00f9 l\u2019air est encore plus l\u00e9ger, plus frais. Les chemins entre les murs moussus des jardins du village r\u00e9sonnent d\u2019aboiements des chiens qui nous signalent. Ce sont des saluts \u00e0 la cantonade, des poign\u00e9es par-dessus les haies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous montons toujours, les jambes s\u2019alourdissent. Je suis soulev\u00e9e haut par des bras puissants et install\u00e9e sur les \u00e9paules larges et secourables de Baptiste, mes deux mains pos\u00e9es sur sa t\u00eate ronde aux cheveux drus. Je domine le paysage, l\u2019air est plus vif. La voix de mon fr\u00e8re me parvient de tr\u00e8s bas. Je regrette qu\u2019il ne soit pas pr\u00e8s de moi, mais il fait partie du groupe des grands\u00a0; il trottine fi\u00e8rement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A mi-chemin, une source cach\u00e9e coule dans le mur\u00a0; une pierre creus\u00e9e forme un minuscule bassin. Les gouttes d\u2019eau scintillent sur des fines herbes et des foug\u00e8res, alourdissant leurs vertes palmes dont l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 plonge dans l\u2019eau glaciale et limpide. Chacun de nous n\u2019a droit qu\u2019\u00e0 une ration de la tasse d\u2019argent que mon p\u00e8re plonge dans la source et distribue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9confort\u00e9s, rafraichis, repos\u00e9s, nous repartons. Chacun prend sa charge de panier et de sac. Je retrouve mon si\u00e8ge \u00e9lev\u00e9. Cette partie du trajet nous parait plus courte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous arrivons \u00e0 un espace qui a des airs de place de village avec son grand ch\u00eane plein d\u2019oiseaux, mais le sol est couvert d\u2019une herbe plus luisante et glissante. Des monts proches, le vent souffle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maison et les b\u00e2timents de ferme barrent l\u2019horizon vers la vall\u00e9e. Les toits gris en pente descendent jusqu\u2019au pr\u00e9 aux porcs. Aucune fen\u00eatre de ce c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019angle de la maison, un guetteur disparait pour nous annoncer. Nous descendons le petit chemin et tournons \u00e0 gauche. Sur la droite, une autre ferme, o\u00f9 l\u2019on essaye d\u2019oublier la pr\u00e9sence de voisins, sans relations amicales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Grand-m\u00e8re nous attend sur le seuil de la porte, face au soleil. Grande, forte, habill\u00e9e de noir, l\u2019air s\u00e9v\u00e8re et bon \u00e0 la fois, elle m\u2019intimide. Sous son bonnet blanc, tuyaut\u00e9 de frais, je retrouve les yeux \u00e9tonnants bleus et clairs de mon p\u00e8re, son visage hal\u00e9 et frip\u00e9, la m\u00e2choire sup\u00e9rieure un peu avanc\u00e9e, o\u00f9, seule, une grande dent me fascine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le buste bien serr\u00e9 dans ce qui fut autrefois le \u00ab\u00a0babarel\u00a0\u00bb bien garni, les jupons \u00e9tag\u00e9s et fronc\u00e9s autour de la taille lui donnent des rondeurs suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon p\u00e8re le premier l\u2019embrasse. Tous deux \u00e9mus s\u2019examinent du m\u00eame \u0153il bleu scrutateur et inquiet. Grand-m\u00e8re est fi\u00e8re de son cadet qui vit \u00e0 la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis vient le tour de Maman qui appr\u00e9cie la d\u00e9licatesse de c\u0153ur de sa belle-m\u00e8re sous son aspect rugueux et brusque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon fr\u00e8re et moi sommes embrass\u00e9s et palp\u00e9s par des mains vigoureuses. Le r\u00e9sultat de cet examen est que nous avons bien besoin de l\u2019air vivifiant de Juzelle et de son bon lait qui nous donnent du poids et des couleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>A suivre.<br \/>\nLa seconde\u00a0partie sera publi\u00e9e demain samedi 28 F\u00e9vrier<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie Cl\u00e9mentine Rispal \u00e9tait n\u00e9e en 1893. Mari\u00e9e \u00e0 Louis Rieuf, elle avait eu trois enfants : Maho, Paul, et Line. 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