{"id":16892,"date":"2019-02-20T08:47:34","date_gmt":"2019-02-20T06:47:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16892"},"modified":"2022-02-04T08:59:39","modified_gmt":"2022-02-04T07:59:39","slug":"16892","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16892","title":{"rendered":"S\u00e9rotonine &#8211; Critique ais\u00e9e n\u00b0151"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Critique ais\u00e9e n\u00b0151<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-16896\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/IMG_6892-300x94.jpeg\" alt=\"\" width=\"211\" height=\"66\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/IMG_6892-300x94.jpeg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/IMG_6892-768x242.jpeg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/02\/IMG_6892-960x302.jpeg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 211px) 100vw, 211px\" \/>S\u00e9rotonine<\/strong><br \/>\nMichel Houellebecq \u2013 2019<br \/>\n<em>Flammarion \u2013 347 pages \u2013 22\u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une banalit\u00e9 de dire que Michel Houellebecq est un homme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. De plus, comme il le dirait lui-m\u00eame, c\u2019est une banalit\u00e9 qui est probablement vraie. S&rsquo;il en \u00e9tait besoin, son dernier livre, <em>S\u00e9rotonine<\/em>, en serait la preuve d\u00e9finitive : la lente d\u00e9gringolade, accept\u00e9e et m\u00eame voulue, programm\u00e9e depuis la premi\u00e8re page jusqu&rsquo;\u00e0 la trois-cent-quarante-septi\u00e8me, par un homme, la quarantaine, pourvu d&rsquo;un bon emploi, d&rsquo;un bon salaire, de temps libre, en somme d&rsquo;une existence plut\u00f4t facile. Qu&rsquo;arrive-t-il donc \u00e0 cet homme presque combl\u00e9 ? Eh bien, il lui arrive qu&rsquo;il n&rsquo;a plus de d\u00e9sirs et pas seulement sexuels : il n&rsquo;a plus envie de rien, il s&rsquo;affaisse sur lui-m\u00eame, <i>il meurt litt\u00e9ralement de chagrin<\/i> lui dira un m\u00e9decin \u00e9tonn\u00e9 \u00e0 la lecture des r\u00e9sultats de ses analyses.\u00a0 Son m\u00e9tier de technocrate de l&rsquo;agriculture, qu&rsquo;il exer\u00e7ait autrefois sinon avec passion du moins avec int\u00e9r\u00eat et honn\u00eatet\u00e9, le d\u00e9sesp\u00e8re depuis qu&rsquo;il a compris que quoi qu&rsquo;il fasse, des pans entiers de l&rsquo;agriculture fran\u00e7aise sont in\u00e9luctablement condamn\u00e9s. La liaison qu&rsquo;il vit \u00e0 contrec\u0153ur avec une jeune japonaise snob et surdou\u00e9e du porno, il ne demande qu&rsquo;\u00e0 la terminer, au besoin en faisant passer la dame par la fen\u00eatre. Son seul d\u00e9sir est de rester enferm\u00e9 dans une chambre d&rsquo;h\u00f4tel Mercure du XIII\u00e8me arrondissement ou dans un studio de l&rsquo;avenue d&rsquo;Ivry \u00e0 fumer et boire du calvados, non pas vraiment mettre fin \u00e0 ses jours, mais se d\u00e9truire petit \u00e0 petit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce d\u00e9sespoir, le narrateur pourrait, c&rsquo;est la mode, le reprocher \u00e0 sa famille, ses amis, ses femmes, ou \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Mais non, trop facile, c&rsquo;est Houellebecq : \u00ab\u00a0<em>Contrairement \u00e0 Rousseau, je ne pouvais pas non plus dire que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0proscrit de la soci\u00e9t\u00e9 des hommes par un accord unanime\u00a0\u00bb ; les hommes ne s&rsquo;\u00e9taient nullement ligu\u00e9s contre moi ; il y avait eu simplement qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien eu, que mon adh\u00e9rence au monde, d&rsquo;entr\u00e9e de jeu limit\u00e9e, \u00e9tait peu \u00e0 peu devenue nulle, jusqu&rsquo;\u00e0 ce plus rien ne puisse interrompre le glissement<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais son dernier livre, c&rsquo;est aussi, encore davantage que les pr\u00e9c\u00e9dents, la description acide et souvent d\u00e9sopilante \u2014 pendant ma lecture, j&rsquo;ai souri un nombre de fois que je n&rsquo;ai pas pu compter et, croyez-moi, j&rsquo;ai v\u00e9ritablement \u00e9clat\u00e9 de rire deux ou trois fois, y compris une dans l&rsquo;autobus 27 \u2014 de la soci\u00e9t\u00e9 de ce d\u00e9but de mill\u00e9naire, le <em>mill\u00e9naire de trop<\/em> comme dit le narrateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La nonchalance d\u00e9finitive et provocante avec laquelle il \u00e9crabouille Niort, \u00ab\u00a0<em>une des villes les plus laides qu&rsquo;il m&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir<\/em> \u00ab\u00a0, ridiculise le quartier parisien de la Butte aux Cailles, \u00ab\u00a0<em>un monde de cr\u00eaperies militantes et de bars alternatifs entrecoup\u00e9s de magasins bio-\u00e9quitables<\/em>\u00ab\u00a0, se demande comment un Hollandais pourrait \u00eatre x\u00e9nophobe, \u00ab\u00a0<em>il y a d\u00e9j\u00e0 contradiction dans les termes, la Hollande n\u2019est pas un pays c\u2019est tout au plus une entreprise<\/em>\u00ab\u00a0, abomine Paris tout entier \u00ab\u00a0<em>cette ville infest\u00e9e de bourgeois \u00e9coresponsables<\/em>\u00ab\u00a0, est jubilatoire, dans la mani\u00e8re que l&rsquo;on connait et que l&rsquo;on aime, sans quoi on ne serait pas un lecteur de Houellebecq.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce bouquin d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 n&rsquo;est pas qu&rsquo;un pur sanglot. Ce n&rsquo;est pas non plus qu&rsquo;une critique lib\u00e9r\u00e9e de notre soci\u00e9t\u00e9 ridicule de transparence soci\u00e9tale et obs\u00e9d\u00e9e de correction politique. J&rsquo;y ai aussi trouv\u00e9 la relation poignante de deux amours qu&rsquo;a connus le narrateur. Les sc\u00e8nes de bonheur y sont contagieuses et les sc\u00e8nes de s\u00e9paration \u00e0 la fois banales et terribles. Vous y verrez aussi une tr\u00e8s belle et tr\u00e8s tragique histoire d&rsquo;amiti\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand, \u00e0 quelques lignes de la fin, le narrateur dit : \u00ab\u00a0<em>J&rsquo;aurais pu rendre une femme heureuse. Enfin, deux ; j&rsquo;ai dit lesquelles. Tout \u00e9tait clair, extr\u00eamement clair, d\u00e8s le d\u00e9but ; mais nous n&rsquo;en avons pas tenu compte. Avons-nous c\u00e9d\u00e9 \u00e0 des illusions de libert\u00e9 individuelle, de vie ouverte, d&rsquo;infini des possibles ? Cela se peut, ces id\u00e9es \u00e9taient dans l&rsquo;esprit du temps ; nous ne les avons pas formalis\u00e9es, nous n&rsquo;en avions pas le go\u00fbt ; nous nous sommes content\u00e9s de nous y conformer, de nous laisser d\u00e9truire par elles ; et puis, tr\u00e8s longuement, d&rsquo;en souffrir.<\/em>\u00ab\u00a0, moi, \u00e7a m&rsquo;\u00e9meut. Aux larmes. C&rsquo;est b\u00eate, hein ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Post-Scriptum :<\/span> Dans son intervention au Masque et la Plume, Michel Cr\u00e9pu, r\u00e9dacteur en chef de la N.R.F., a dit \u00e0 propos de S\u00e9rotonine \u00e0 peu pr\u00e8s ce qui suit : <em>\u00ab\u00a0\u2026Houellebecq sait qu\u2019il est le patron. C\u2019est lui qui dit l\u2019esprit du temps, c\u2019est lui qui l\u2019\u00e9crit et c\u2019est fait d\u2019une fa\u00e7on absolument \u00ab\u00a0nickel\u00a0\u00bb. On a l\u2019impression d\u2019\u00eatre assis \u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019une Rolls qui vous conduit sur la route du r\u00e9alisme m\u00e9taphysique tel que Houellebecq l\u2019a invent\u00e9 et impos\u00e9 comme une esp\u00e8ce de r\u00e9f\u00e9rence herm\u00e9neutique absolument incontournable pour comprendre son \u00e9poque. C\u2019est extr\u00eamement impressionnant\u2026\u00a0\u00bb\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Post-Post-Scriptum :<\/span> Si vous n&rsquo;avez toujours pas lu \u00ab\u00a0Soumission\u00a0\u00bb, vous pouvez toujours aller lire la Critique ais\u00e9e n\u00b048 que j&rsquo;en avais faite sous le titre<a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=2799\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> \u00ab\u00a0<em><strong>T&rsquo;as vu la gueule de Houellebecq ?<\/strong><\/em>\u00ab\u00a0<\/a><\/span> <span style=\"color: #ff0000;\"><strong>en cliquant l\u00e0-dessus.<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e n\u00b0151 S\u00e9rotonine Michel Houellebecq \u2013 2019 Flammarion \u2013 347 pages \u2013 22\u20ac C\u2019est une banalit\u00e9 de dire que Michel Houellebecq est un homme d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. 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