{"id":16655,"date":"2019-10-23T07:47:59","date_gmt":"2019-10-23T05:47:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16655"},"modified":"2019-10-24T07:49:32","modified_gmt":"2019-10-24T05:49:32","slug":"lhistoire-de-noel-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16655","title":{"rendered":"L&#8217;histoire de No\u00ebl &#8211; 1\/5"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>Chapitre 1<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Tarn-768x549.jpg\" width=\"301\" height=\"215\" \/>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, alors que la temp\u00e9rature restait \u00e9trangement douce, la pluie avait commenc\u00e9 \u00e0 tomber la veille de la Toussaint et, depuis ce jour, il n\u2019avait pas cess\u00e9 de pleuvoir. Les chemins s\u2019\u00e9taient transform\u00e9s en bourbiers, les ruisseaux en torrents et les torrents en rivi\u00e8re. On disait que si \u00e7a continuait comme \u00e7a, demain, la route qui menait de St-G\u00e9raud \u00e0 La Claux serait coup\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">No\u00ebl marchait sous la pluie depuis bient\u00f4t deux heures. Son chapeau de feutre avait perdu sa forme et ses larges rebords rabattus sur ses oreilles pendaient maintenant jusque sur ses \u00e9paules. Ses v\u00eatements d\u00e9tremp\u00e9s s&#8217;\u00e9taient coll\u00e9s \u00e0 son corps et pesaient lourd sur son dos et sur ses reins. Il avan\u00e7ait encore <!--more-->plus p\u00e9niblement qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire, trainant son pied difforme dans les orni\u00e8res du chemin. No\u00ebl pressait le pas autant que sa d\u00e9marche le lui permettait. Il voulait arriver \u00e0 la Pr\u00e9tentaine avant la nuit car il avait gard\u00e9 de son enfance une sourde crainte de l\u2019obscurit\u00e9 et des esprits malfaisants qui la peuplent. D\u2019ailleurs aucun homme de la r\u00e9gion, m\u00eame le plus courageux ou le plus inconscient, n\u2019aurait eu l\u2019id\u00e9e de marcher dans l\u2019obscurit\u00e9, le vent et la pluie \u00e0 travers cette campagne \u00e0 demi submerg\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, malgr\u00e9 l\u2019humidit\u00e9 qui le p\u00e9n\u00e9trait, malgr\u00e9 la nuit qui approchait et malgr\u00e9 le mauvais chemin qu\u2019il lui restait encore \u00e0 parcourir, No\u00ebl \u00e9tait joyeux : c\u2019en serait bient\u00f4t fini de son infirmit\u00e9. Le docteur Cottard lui avait assur\u00e9 qu\u2019une intervention chirurgicale sans danger permettrait de donner \u00e0 son pied bot une mobilit\u00e9 quasi normale. C&#8217;\u00e9tait sans danger : on lui couperait le malheureux tendon atrophi\u00e9 qui maintenait son pied tendu vers le bas et, au bout de quelques jours, tout rentrerait dans l\u2019ordre. Il pourrait marcher normalement. Le succ\u00e8s \u00e9tait assur\u00e9, avait dit le docteur, et ce serait presque sans douleur. La douleur, No\u00ebl s\u2019en moquait bien. Il avait d\u00e9j\u00e0 tant souffert \u00e0 cause de son pied bot qu\u2019il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 souffrir encore pour s\u2019en d\u00e9barrasser d\u00e9finitivement. Le docteur avait fix\u00e9 l\u2019op\u00e9ration \u00e0 la semaine prochaine, au 26 d\u00e9cembre exactement. Il la ferait pour rien, pour la science, avait-il dit en ajoutant gaiement : &#8220;Ce sera mon cadeau d\u2019anniversaire, No\u00ebl !&#8221;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">No\u00ebl Couvresac \u00e9tait n\u00e9 vingt-huit ans auparavant, le 24 d\u00e9cembre 1850, d\u2019Amandine Couvresac et de p\u00e8re inconnu. La pauvre Amandine, servante \u00e0 la ferme de la Pr\u00e9tentaine, \u00e9tait morte en le mettant au monde. Elle n\u2019avait que dix-sept ans. Le symbole de ce b\u00e9b\u00e9 arrivant la nuit de No\u00ebl avait touch\u00e9 Hector Patenaude, le ma\u00eetre de la Pr\u00e9tentaine, et il avait accept\u00e9 que la Patronne, son \u00e9pouse Marcelle, \u00e9l\u00e8ve le nouveau-n\u00e9 au milieu de ses quatre enfants. Bien s\u00fbr, ils lui donn\u00e8rent le nom de No\u00ebl, No\u00ebl Couvresac. L\u2019ann\u00e9e suivante fut bonne pour la Pr\u00e9tentaine, les fruits furent abondants et la moisson inesp\u00e9r\u00e9e. No\u00ebl grandissait, trait\u00e9 par Marcelle comme elle avait trait\u00e9 ses propres enfants au m\u00eame \u00e2ge.<br \/>\nCependant, tandis qu\u2019approchait la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de son existence, l\u2019\u00e9trange position du pied gauche du petit No\u00ebl devenait de plus en plus manifeste. Il fut bient\u00f4t impossible pour Marcelle Patenaude de pr\u00e9tendre l\u2019ignorer plus longtemps. Bien qu\u2019elle n\u2019en ait jamais vu auparavant, elle n\u2019avait pas tard\u00e9 \u00e0 mettre un nom sur l&#8217;infirmit\u00e9\u00a0: un pied bot. No\u00ebl avait un pied bot.<br \/>\nLes saisons passaient, mais pour la Pr\u00e9tentaine, l\u2019ann\u00e9e 1852 fut mauvaise : la grange br\u00fbla enti\u00e8rement au d\u00e9but du printemps, une demi-douzaine de vaches mourut brusquement sans qu\u2019on sache pourquoi et un bon tiers de la moisson fut perdu \u00e0 cause des orages de la fin de juillet. Le P\u00e8re restait de mauvaise humeur du matin au soir et cherchait plus souvent querelle \u00e0 sa femme. De son c\u00f4t\u00e9, la Patronne s\u2019aga\u00e7ait \u00e0 voir cet enfant qui ne se d\u00e9cidait pas \u00e0 marcher et qui persistait \u00e0 se trainer de cot\u00e9 sur le sol de la cuisine. Dans les ann\u00e9es qui suivirent, l\u2019abondance revint mais les choses empir\u00e8rent pour No\u00ebl tandis que son infirmit\u00e9 devenait de plus en plus visible. Sans s\u2019en rendre compte, Marcelle s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 le ha\u00efr. Aussi, la premi\u00e8re fois qu&#8217;en sa pr\u00e9sence, l\u2019ain\u00e9 de ses gar\u00e7ons se moqua m\u00e9chamment de No\u00ebl en contrefaisant sa d\u00e9marche, elle ne prit m\u00eame pas la peine de le r\u00e9primander. Au contraire, elle \u00e9clata de rire, et toute la tabl\u00e9e avec elle. \u00c0 partir de ce jour, c\u2019en fut fini pour No\u00ebl. Sans devenir tout \u00e0 fait le souffre-douleur de la famille, il sentit qu\u2019il n\u2019en faisait plus partie. Il n&#8217;avait que sept ans.<br \/>\nEn quelques courtes ann\u00e9es, son statut \u00e0 la ferme se d\u00e9grada de fils adoptif \u00e0 orphelin, puis d\u2019orphelin \u00e0 valet de ferme. Il n\u2019\u00e9tait pas mal trait\u00e9, mais il ne mangeait plus \u00e0 la grande table, on ne lui parlait plus que pour lui adresser des ordres ou des rebuffades et quand des voisins ou des \u00e9trangers venaient le soir faire une visite \u00e0 la Pr\u00e9tentaine, on l\u2019envoyait \u00e0 l&#8217;\u00e9table o\u00f9 un r\u00e9duit lui avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 pour qu&#8217;il en fasse son logement. Tout d\u2019abord meurtri par cet exil, il avait fini par aimer ce refuge contre les moqueries fr\u00e9quentes et les m\u00e9chancet\u00e9s occasionnelles de la famille. De plus, pour lui qui avait peur des goules, des sorci\u00e8res, des d\u00e9mons et de toutes les cr\u00e9atures diaboliques de la nuit, c\u2019\u00e9tait rassurant de dormir dans la chaleur de l\u2019\u00e9table, au milieu des odeurs et des bruits familiers du troupeau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&#8217;est ainsi que les ann\u00e9es avaient pass\u00e9, lui travaillant \u00e0 l&#8217;\u00e9table ou aux champs, faisant son ordinaire des restes de la famille et dormant pr\u00e8s des vaches, jour apr\u00e8s jour, nuit apr\u00e8s nuit, saison apr\u00e8s saison. \u00c0 l&#8217;exception du Ma\u00eetre ou de la Patronne quand ils lui donnaient des ordres, personne ne lui adressait la parole. Il ne parlait jamais \u00e0 personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 2\u00a0<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Un jour, le nouveau m\u00e9decin de Saint-G\u00e9raud, le docteur Cottard, \u00e9tait venu se pr\u00e9senter \u00e0 la Pr\u00e9tentaine. Il venait de reprendre le cabinet du bon docteur Bonenfant et faisait la tourn\u00e9e des fermes des environs afin&#8230;\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>LA SUITE, APR\u00c8S-DEMAIN<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre 1 Cette ann\u00e9e-l\u00e0, alors que la temp\u00e9rature restait \u00e9trangement douce, la pluie avait commenc\u00e9 \u00e0 tomber la veille de la Toussaint et, depuis ce jour, il n\u2019avait pas cess\u00e9 de pleuvoir. Les chemins s\u2019\u00e9taient transform\u00e9s en bourbiers, les ruisseaux en torrents et les torrents en rivi\u00e8re. 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