{"id":16381,"date":"2019-07-28T07:47:11","date_gmt":"2019-07-28T05:47:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16381"},"modified":"2020-12-20T15:07:45","modified_gmt":"2020-12-20T14:07:45","slug":"bonjour-philippines-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16381","title":{"rendered":"BONJOUR, PHILIPPINES ! &#8211; 11 &#8211; LES 5000$ DE RATINET"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>CHAPITRE 11 \u2013 LES 5000 DOLLARS DE RATINET<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il m&rsquo;a fallu quitter le paradis des plages de Mindanao car je n&rsquo;avais plus rien \u00e0 y faire. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 des jeunes filles que Placido avait plac\u00e9es sous son affectueuse autorit\u00e9, le d\u00e9pouillement de l&rsquo;enqu\u00eate de transport se d\u00e9roulait tranquillement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Me voici donc \u00e0 nouveau dans le purgatoire de Manille pour m&rsquo;occuper maintenant de l&rsquo;\u00e9tude \u00e9conomique proprement dite. Je dois, entre autres choses, me poser des questions du genre de celles-ci : pour les dix, quinze et vingt prochaines ann\u00e9es, quelle sera la croissance d\u00e9mographique de l&rsquo;\u00eele, combien y aura-t-il de voitures, de camions, d&rsquo;autocars, de tonnes d&rsquo;ananas, de m\u00e8tres cubes de noix de coco&#8230;? Mais, si je veux avancer, je dois \u00e9viter de me poser des questions comme : est-ce que la tension qui existe entre l&rsquo;Islam des propri\u00e9taires actuels de l&rsquo;\u00eele et le catholicisme des colons envoy\u00e9s par le gouvernement ne va pas exploser un jour ou l&rsquo;autre en <!--more-->guerre civile ? La guerre du Vietnam, toute proche, est dans tous les esprits. Elle s&rsquo;\u00e9ternise et les pourparlers de Paris pi\u00e9tinent. De l&rsquo;Indochine, je ne connais que les romans de Jean Hougron et la \u00ab\u00a0<em>317\u00e8me section<\/em>\u00ab\u00a0. Je vois aussi ce qu&rsquo;en montrent chaque jour toutes les t\u00e9l\u00e9visions du monde, je sais ce que m&rsquo;en ont dit tous les jeunes am\u00e9ricains que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et je trouve beaucoup de points communs entre le Vietnam et les Philippines : les grandes richesses \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;extr\u00eame pauvret\u00e9, la dictature rampante, la corruption g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, l&rsquo;omnipr\u00e9sence am\u00e9ricaine, militaire et commerciale, la densit\u00e9 des zones urbaines, les difficult\u00e9s de circulation entre les diff\u00e9rentes parties du pays, la jungle, les bandes arm\u00e9es. Tout cela forme un dangereux m\u00e9lange qui pourrait bien d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer un jour en une vietnamisation de l&rsquo;archipel. Je vois cependant une diff\u00e9rence essentielle et rassurante : les Philippines n&rsquo;ont aucune fronti\u00e8re terrestre avec quel qu&rsquo;autre pays que ce soit, et surtout pas avec la Chine. Quand une pens\u00e9e vous embarrasse, il n&rsquo;y a rien de tel qu&rsquo;une objection faussement logique pour vous rassurer et vous permettre de passer \u00e0 autre chose. C&rsquo;est ce que je fais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est cinq heures et demie, et il fera bient\u00f4t nuit. La temp\u00e9rature est douce et les lumi\u00e8res sous-marines de la piscine du Hilton viennent de s&rsquo;allumer. Peltier, Robertson, Albert et moi prenons un verre \u00e0 la terrasse. C&rsquo;est une sorte de pot d&rsquo;adieu pour Robertson qui a termin\u00e9 sa partie de la mission. Demain, il partira \u00e0 Kuala-Lumpur pour une mission de deux ans. Sa femme est d\u00e9j\u00e0 sur place, \u00e0 la recherche de clubs d\u00e9cents et d&rsquo;une villa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ratinet n&rsquo;est pas encore arriv\u00e9, mais, depuis longtemps, nous avons pris l&rsquo;habitude de nous passer de lui. D&rsquo;ailleurs, il ne fournit pratiquement plus aucun travail, mais gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;Albert, l&rsquo;avancement du projet ne s&rsquo;en ressent pas. Peltier a m\u00eame envisag\u00e9 de le renvoyer d\u00e9finitivement en France. Il y a finalement renonc\u00e9 pour ne pas l&rsquo;enfoncer davantage. De l&rsquo;avis g\u00e9n\u00e9ral, Ratinet se dirige tout droit vers de gros ennuis. Ennuis avec son employeur, ennuis avec sa femme, ennuis avec sa petite amie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Six heures et demie. Ratinet appara\u00eet au bord de la piscine. Il porte de grosses lunettes de soleil, un chapeau de brousse et son fameux gilet multipoches. En plein milieu de la ville, au bord de la piscine de l&rsquo;un des meilleurs h\u00f4tels de Manille, cette tenue \u00e0 la Jim la Jungle a quelque chose de comique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Salut, Andr\u00e9, dit Peltier. \u00c7a va ? Qu&rsquo;est-ce que tu prends ? C&rsquo;est en l&rsquo;honneur de Bob, et c&rsquo;est au frais de la mission, tu peux y aller !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Merci, j&rsquo;ai pas soif. Si tiens, un Ricard ! Ah, c&rsquo;est vrai qu\u2019ils n&rsquo;ont pas \u00e7a ici. Bon, alors rien ! Non, si, bon allez, un whisky, onezeroc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je vois Ratinet commander un alcool fort. La conversation roule maintenant sur Kuala Lumpur, ses avantages et ses inconv\u00e9nients. Je ne connais pas cette ville, mais Peltier et Albert y ont pass\u00e9 quelques semaines ensemble sur l\u2019\u00e9bauche d\u2019un plan de transport national. Selon eux, et bien qu&rsquo;elle manque un peu de restaurants fran\u00e7ais, la ville est plut\u00f4t agr\u00e9able, tr\u00e8s \u00ab\u00a0<em>british<\/em>\u00a0\u00bb et assez prometteuse. Nous passons ensuite aux comparaisons avec Hong-Kong et Singapour pour finir bien entendu sur Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;observe Ratinet. Il a pos\u00e9 ses lunettes de soleil sur la table et, toutes les cinq minutes, il \u00f4te son chapeau et s&rsquo;\u00e9ponge le front avec les petites serviettes en papier de l\u2019h\u00f4tel en soupirant. Il fait de gros efforts pour para\u00eetre s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 notre conversation toute banale. Il est pench\u00e9 en avant, les yeux \u00e9carquill\u00e9s, le regard fix\u00e9 intens\u00e9ment sur celui qui parle. Mais on voit bien qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9coute pas. Ses yeux sont vagues, ailleurs. De temps en temps, il dit deux ou trois mots, comme pour confirmer sa pr\u00e9sence, mais ses paroles sont hors de propos. Il se l\u00e8ve pour aller chercher des cacahou\u00e8tes au bar, revient, se rassied, puis se rel\u00e8ve quelques minutes plus tard pour aller aux toilettes, revient, se rassied, se rel\u00e8ve pour commander bruyamment un nouveau scotch <em>onezerocplize<\/em>. Mais nous n&rsquo;y pr\u00eatons pas vraiment attention. Depuis des semaines, Ratinet s&rsquo;est progressivement exclu du groupe et, maintenant, nous le consid\u00e9rons comme une sorte de clown triste plut\u00f4t que comme l&rsquo;ing\u00e9nieur routier de la mission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peltier signe l&rsquo;addition du bar et nous annonce qu&rsquo;il a r\u00e9serv\u00e9 au Chalet Suisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-On prend deux taxis et on se retrouve l\u00e0-bas. Allez, zou !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Albert esquisse un salut militaire rigolard :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oui, chef ! Bien, chef !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment o\u00f9 nous nous levons tous pour partir, je vois Ratinet qui se penche vers Peltier et pour lui grommeler quelque chose \u00e0 l&rsquo;oreille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ecoute, Andr\u00e9, r\u00e9pond Peltier avec agacement, on va d\u00eener, l\u00e0. On parlera de tout ce que tu veux demain au bureau. D\u2019accord ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ratinet baisse la t\u00eate d&rsquo;un air boudeur et grommelle \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;un air vaincu et exc\u00e9d\u00e9, Peltier l\u00e2che :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, on va en parler dans le taxi. Monte avec moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et s&rsquo;adressant \u00e0 nous :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Prenez le taxi suivant, on se retrouve au restaurant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oui, chef ! Bien, chef ! reprend Albert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette heure de pointe, nous mettons bien vingt minutes \u00e0 trouver un deuxi\u00e8me taxi et, quand nous arrivons enfin au Chalet, Peltier et Ratinet sont install\u00e9s face \u00e0 face. Ratinet a l&rsquo;air effondr\u00e9, au bord des larmes. Peltier semble tr\u00e8s emb\u00eat\u00e9. Je l&rsquo;entends qui dit : \u00ab\u00a0D\u00e9sol\u00e9, mon vieux, vraiment, ce n&rsquo;est pas possible, pas possible\u00a0\u00bb. Puis, nous voyant arriver :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tiens, les voil\u00e0. Andr\u00e9, tu permets que je leur dise ? On va leur demander leur avis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Vas-y, vas-y \u2026Qu&rsquo;est-ce que \u00e7a peut me foutre de toute fa\u00e7on ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, voil\u00e0&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Peltier raconte :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Andr\u00e9 vient de me dire qu&rsquo;il avait rencontr\u00e9 une jeune femme, qu&rsquo;il la voyait depuis deux mois, et qu&rsquo;ils \u00e9taient tomb\u00e9s amoureux l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Elle est Philippine, et elle travaille comme serveuse dans un restaurant. Il dit qu&rsquo;il nous l&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9e le premier soir o\u00f9 nous sommes all\u00e9s au Monte-Carlo. Moi, je ne m&rsquo;en souviens pas. Et toi, Philippe, tu t&rsquo;en souviens ? Non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En disant cela, le naturel blagueur de Peltier reprend le dessus et il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de m&rsquo;adresser un gros clin d&rsquo;\u0153il. Robertson, qui conna\u00eet l&rsquo;histoire, reste impassible, tandis qu&rsquo;Albert regarde ailleurs en toussant. Peltier poursuit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, \u00e7a ne fait rien. La mission d&rsquo;Andr\u00e9 s&rsquo;ach\u00e8ve dans cinq semaines. Il va rentrer en France pour prendre un poste s\u00e9dentaire dans un service des Ponts \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ah, mais c&rsquo;est chouette, \u00e7a, Andr\u00e9, dit Albert. Depuis le temps que tu en avais marre des voyages ! Et puis Bordeaux, c&rsquo;est presque ton coin, non ? Vraiment, c&rsquo;est chouette !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Agac\u00e9, Peltier le coupe :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oui, mais c&rsquo;est pas le probl\u00e8me. Le probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;il veut emmener la fille avec lui&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les derniers mots de Peltier planent un instant au-dessus de la table silencieuse. Nous nous regardons constern\u00e9s, et puis Albert, doucement :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais, \u00e7a va pas Andr\u00e9 ! Tu es fou ! Tu as cinquante-cinq ans. Tu es mari\u00e9, tu as trois enfants. Tu ne vas pas ramener une fille d&rsquo;ici \u00e0 Bordeaux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mes enfants sont tous cas\u00e9s depuis longtemps, et ma femme m\u2019emmerde. Je m&rsquo;en fous de ma femme. Je demanderai le divorce. Je lui laisserai la maison de Montalivet. On s&rsquo;arrangera&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ta femme, je la connais, Andr\u00e9. Vous ne vous arrangerez pas du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Je m&rsquo;en fous, je te dis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00eatement, je pense qu&rsquo;il faut que je fasse quelque chose. Je me lance :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Dis-moi, Andr\u00e9, je crois que je me souviens maintenant, dis-je hypocritement. C&rsquo;est la jeune femme qui \u00e9tait avec toi au bar, le premier soir au Monte-Carlo ? Tavia, non ? C\u2019est \u00e7a ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ouais, c&rsquo;est \u00e7a, Tavia.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais quel \u00e2ge a-t-elle, Tavia ? Dix-huit, dix-neuf ans ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Elle a vingt-six ans !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tu es s\u00fbr ? J&rsquo;aurais dit moins. \u00c7a vous fait quand m\u00eame trente ans de diff\u00e9rence !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Vingt-neuf !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oui, tu as raison, vingt-neuf. Et qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle fait au Monte-Carlo ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Serveuse&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tu es s\u00fbr ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me dis que ce serait le moment de lui dire ce que nous pensons tous, qu&rsquo;il y a toutes les chances pour que ce soit une h\u00f4tesse, une fille de bar, une prostitu\u00e9e, quoi ! Mais je n&rsquo;ose pas et je me tais, tout en remarquant que personne autour de la table ne reprend cette balle, pourtant \u00e9vidente et si bien amen\u00e9e. Nouveau silence g\u00ean\u00e9. Puis c&rsquo;est Robertson qui prend la parole en changeant de sujet :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Andr\u00e9, j&rsquo;ai peur que vous vous soyez engag\u00e9 dans une histoire compliqu\u00e9e. Romantique, certes, et pittoresque aussi, mais compliqu\u00e9e. Cependant, apr\u00e8s tout, c&rsquo;est une affaire priv\u00e9e, votre affaire. Alors, je me demande pourquoi vous venez exposer vos probl\u00e8mes de c\u0153ur \u00e0 notre chef bien-aim\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ratinet plonge le nez dans son verre et c&rsquo;est Peltier qui r\u00e9pond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Andr\u00e9 voudrait que je lui avance, ou plut\u00f4t que la mission lui avance les frais de voyage de sa petite amie, cinq mille dollars en tout. Je ne sais pas comment il arrive \u00e0 ce chiffre l\u00e0, mais c&rsquo;est cinq mille dollars.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais, je t&rsquo;ai dit, G\u00e9rard, dit Ratinet en geignant, le billet d&rsquo;avion, le passeport, les bakchichs pour obtenir le visa de sortie, l&rsquo;argent qu&rsquo;elle doit \u00e0 un oncle, enfin tout \u00e7a, quoi&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-De toute fa\u00e7on, je ne peux pas ! C&rsquo;est un truc \u00e0 me faire virer, ou m\u00eame me faire mettre en taule. Tu te rends compte ? Pr\u00eater l&rsquo;argent de la mission, c&rsquo;est \u00e0 dire en fait celui de la Banque Mondiale, pour faire sortir une fille du pays !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mais je rembourserai, y pas de probl\u00e8me. J&rsquo;ai tout calcul\u00e9. Je vendrai la maison de Montalivet, j&rsquo;ai un compte \u00e9pargne, et tout \u00e7a. Enfin, y a pas de probl\u00e8me, je te dis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Silence g\u00ean\u00e9 autour de la table.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Et vous, les gars ? En vous y mettant \u00e0 trois ou quatre ? \u00c7a fait pas grand-chose, quand m\u00eame ! Allez, soyez sympa !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personne ne dit rien, mais notre r\u00e9ponse est claire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Quelle bande de salauds, quand m\u00eame ! Bon, \u00e7a va, j\u2019ai compris !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se l\u00e8ve, bouscule la serveuse qui approchait, et sort du restaurant en oubliant ses lunettes de soleil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Pauvre vieux, dit Albert<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Pauvre cr\u00e9tin, oui ! dit Peltier. Non mais tu te rends compte. Coucher de temps en temps avec une entra\u00eeneuse, bon, \u00e7a va ! Mais tout foutre en l&rsquo;air pour ramener en France une pute qui le plaquera au bout de six mois, il faut vraiment \u00eatre con. En plus, je suis s\u00fbr qu&rsquo;elle n&rsquo;a m\u00eame pas dix-huit ans, la fille. M\u00eame si on en avait l&rsquo;intention, lui pr\u00eater l&rsquo;argent, ce ne serait pas lui rendre service. Je dinerai avec lui demain, je lui parlerai calmement : je lui dirai ce qu&rsquo;on pense tous de la fille. \u00c7a ne va pas \u00eatre facile, mais il comprendra. \u00c7a va se tasser, vous verrez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il secoue les \u00e9paules, pousse un grand soupir et s&rsquo;exclame :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Bon, c&rsquo;est pas tout \u00e7a. On est l\u00e0 pour f\u00eater le d\u00e9part de notre g\u00e9ologue favori et pour rigoler un peu. Non mais sans blague !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se retourne et d&rsquo;une voix forte et joyeuse :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ello, miss? Douyou ave tchampaigne, plize?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce que j\u2019ai eu l\u2019occasion de vous dire que G\u00e9rard Peltier parlait couramment l&rsquo;anglais sans accent ? Je voulais dire sans accent anglais.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-18228\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/download-300x123.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"123\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/download-300x123.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/06\/download.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CHAPITRE 11 \u2013 LES 5000 DOLLARS DE RATINET Il m&rsquo;a fallu quitter le paradis des plages de Mindanao car je n&rsquo;avais plus rien \u00e0 y faire. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 des jeunes filles que Placido avait plac\u00e9es sous son affectueuse autorit\u00e9, le d\u00e9pouillement de l&rsquo;enqu\u00eate de transport se d\u00e9roulait tranquillement. 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