{"id":1635,"date":"2014-11-21T00:15:14","date_gmt":"2014-11-20T22:15:14","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=1635"},"modified":"2014-11-21T01:20:15","modified_gmt":"2014-11-20T23:20:15","slug":"walter-mitty-cest-moi-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1635","title":{"rendered":"Walter Mitty, c&rsquo;est moi ! (1)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000080;\"><em>Critique ais\u00e9e 42-1<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0<em>Madame Bovary, c&rsquo;est moi!<\/em>\u00ab\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;avait voulu dire Flaubert en lan\u00e7ant cette petite phrase, on ne le sait pas vraiment. Voulait-il confirmer par l\u00e0 qu&rsquo;il avait \u00e9crit tout \u00e7a tout seul : <em>Madame Bovary, c&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai \u00e9crit<\/em><em> tout seul\u00a0!<\/em> Moins prosa\u00efque et plus litt\u00e9raire: on pourrait penser qu&rsquo;il voulait expliquer que la personnalit\u00e9 d&rsquo;Emma, son attitude devant la vie, son insatisfaction, ses d\u00e9ceptions, \u00e9taient le r\u00e9sultat de ce que lui, \u00e9crivain, avait v\u00e9cu. Moins litt\u00e9raire et plus psychologique: certains affirment qu\u2019avec cet aphorisme, Flaubert avait voulu r\u00e9v\u00e9ler la femme qui \u00e9tait en lui. Moins psychologique et plus people: \u00e0 partir de cette petite phrase, d&rsquo;autres ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 insinuer que Gustave \u00e9tait une femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Madame Bovary, c&rsquo;est moi !<\/em> \u00a0\u00bb Qu&rsquo;est-ce que Flaubert avait bien voulu dire par l\u00e0 ? H\u00e9 bien, rien du tout. Parce qu&rsquo;aux derni\u00e8res nouvelles, il n&rsquo;aurait jamais dit ni \u00e9crit cette phrase ! Que de dissertations, essais, articles, th\u00e8ses, notes de bas de page et autres expos\u00e9s deviennent d\u00e9sormais bons \u00e0 jeter aux orties ! Au moins, \u00e7a fera de la place pour les choses s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc, Flaubert a dit <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>Madame Bovary, c&rsquo;est moi !<\/em><strong> \u00ab\u00a0<\/strong> et personne n&rsquo;a rien compris. Mais quand je dis: <strong>\u00ab\u00a0<\/strong><em>Walter Mitty, c&rsquo;est moi!<\/em>\u00ab\u00a0, vous comprenez tr\u00e8s bien ce que je veux dire. Non ? Ah, bien s\u00fbr, si vous ne savez pas qui est Walter Mitty, pour vous, tout \u00e7a manque un peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9 bien, voil\u00e0\u00a0:<br \/>\nWalter Mitty est un h\u00e9ros litt\u00e9raire (c&rsquo;est \u00e0 dessein que j&#8217;emploie ici le mot h\u00e9ros) qui n&rsquo;est apparu qu&rsquo;une seule fois, et tr\u00e8s bri\u00e8vement, dans la litt\u00e9rature nord am\u00e9ricaine, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans une courte nouvelle de <!--more-->deux mille mots parue le 18 mars 1939 dans le New-Yorker. L&rsquo;auteur ? James Thurber, 1894-1961. Humoriste, \u00e9crivain, dessinateur, journaliste&#8230;., le cursus habituel. Il est pour moi, avec Robert Benchley, le meilleur humoriste new yorkais du d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle. (\u00c7a para\u00eet restrictif comme \u00e7a, ce classement, mais quand on y r\u00e9fl\u00e9chit, c&rsquo;est quand m\u00eame quelque chose).<br \/>\nThurber a \u00e9crit de nombreux petits chefs d&rsquo;\u0153uvre que je vous recommande d\u2019aller chercher chez votre libraire habituel\u00a0<em>: The seal in the bedroom and other predicaments &#8211; My life and hard times &#8211; The Thurber carnival&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bon, Thurber, c&rsquo;est fait.<br \/>\nMitty, maintenant. Plut\u00f4t que vous expliquer la personnalit\u00e9 du h\u00e9ros et vous r\u00e9sumer ses br\u00e8ves aventures, je vais vous laisser les d\u00e9couvrir dans le texte complet de la nouvelle. Voici donc le texte int\u00e9gral de \u00ab\u00a0La vie secr\u00e8te de Walter Mitty\u00a0\u00bb. (N&rsquo;ayant pu retrouver le bouquin ab\u00eem\u00e9 dans lequel j&rsquo;avais lu Thurber en fran\u00e7ais pour la premi\u00e8re fois il y a une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, je vous l&rsquo;ai retraduit int\u00e9gralement personnellement moi-m\u00eame. Ceci pour expliquer les quelques lourdeurs que vous pourrez y trouver et qui ne sauraient \u00eatre du fait du bon vieux Jimmy).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La vie secr\u00e8te de Walter Mitty<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0On y va ! \u00a0\u00bb La voix du Commandant <\/strong><strong>sonnait comme une fine couche de glace qui se brise<\/strong><strong>. Il portait son grand uniforme avec sa casquette blanche richement d\u00e9cor\u00e9e abaiss\u00e9e nonchalamment sur son \u0153il gris et froid. <\/strong><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong>On n&rsquo;y arrivera pas, Monsieur. \u00c7a tourne \u00e0 l&rsquo;ouragan, si vous voulez mon avis<\/strong><strong>.<\/strong><strong>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Je ne vous le demande pas, Lieutenant Berg,\u00a0\u00bb dit le Commandant. \u00ab\u00a0Allumez les projecteurs ! Montez \u00e0 8500\u00a0! On y va ! \u00a0\u00bb Le mart\u00e8lement des cylindres augmenta: ta-pocketa-pocketa-pocketa-pocketa-pocketa. Le Commandant regarda la glace qui se formait sur le hublot du pilote. Il s&rsquo;approcha d&rsquo;une rang\u00e9e de cadrans compliqu\u00e9s et les manipula. \u00ab\u00a0Lancez l&rsquo;auxiliaire N\u00b08 ! \u00a0\u00bb cria-t-il.\u00a0\u00ab\u00a0Lancez l&rsquo;auxiliaire N\u00b08 ! \u00a0\u00bb r\u00e9p\u00e9ta le lieutenant Berg. \u00a0\u00bb Tourelle N\u00b03 \u00e0 pleine puissance ! \u00a0\u00bb cria le Commandant.\u00a0\u00a0\u00a0\u00bb Tourelle N\u00b03 \u00e0 pleine puissance ! \u00a0\u00bb Les membres de l&rsquo;\u00e9quipage, pench\u00e9s sur leurs diverses t\u00e2ches dans le gigantesque hydravion de la Marine aux huit moteurs pouss\u00e9s \u00e0 fond, se regard\u00e8rent en souriant. \u00ab\u00a0Le Vieux va nous faire passer\u00a0\u00bb se disaient-ils les uns aux autres. \u00ab\u00a0Le Vieux n&rsquo;a pas peur de l&rsquo;Enfer ! \u00ab\u00a0&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Pas si vite ! Tu conduis trop vite !\u00a0<\/strong><strong>\u00a0\u00bb <\/strong><strong>dit Mrs Mitty. \u00ab\u00a0Pourquoi conduis-tu aussi vite ? \u00ab\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0Hmm ? \u00a0\u00bb dit Walter Mitty. Il regarda sa femme sur le si\u00e8ge d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 avec stup\u00e9faction. Elle lui parut extr\u00eamement inhabituelle, comme une femme \u00e9trange qui lui aurait cri\u00e9 dessus dans une foule. \u00ab\u00a0Tu \u00e9tais \u00e0 cinquante-cinq<\/strong><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong> dit-elle. \u00ab\u00a0Tu sais que je n&rsquo;aime pas \u00eatre au-dessus de quarante. Tu \u00e9tais \u00e0 cinquante-cinq.\u00a0\u00bb Walter Mitty poursuivit sa route vers Waterbury en silence tandis que le rugissement du SN202 dans la pire temp\u00eate de ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es de navigation de la Marine disparaissait dans les routes a\u00e9riennes intimes et lointaines de son cerveau. \u00ab\u00a0Tu es \u00e0 nouveau <\/strong><strong>\u00e9nerv\u00e9<\/strong><strong>\u00a0\u00bb dit Mrs Mitty. \u00ab\u00a0C&rsquo;est un de tes mauvais jours. J&rsquo;aimerais que tu laisses le Dr Renshaw t&rsquo;examiner.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Walter Mitty arr\u00eata la voiture devant l&rsquo;immeuble o\u00f9 sa femme <\/strong><strong>devait aller<\/strong><strong> chez le coiffeur. \u00ab\u00a0Souviens-toi d&rsquo;acheter ces caoutchoucs pendant que je suis chez le coiffeur\u00a0\u00bb dit-elle. <\/strong><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong>Je n&rsquo;ai pas besoin de caoutchoucs,\u00a0\u00bb dit Mitty. Elle rangea son miroir dans son sac. \u00ab\u00a0Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de \u00e7a<\/strong><strong>\u00ab\u00a0<\/strong><strong>, dit-elle en sortant de la voiture. \u00ab\u00a0Tu n&rsquo;es plus un jeune homme.\u00a0\u00bb Il fit tourner le moteur un peu plus vite. \u00ab\u00a0Pourquoi ne portes-tu pas tes gants? Est-ce que tu as perdu tes gants?\u00a0\u00bb Walter Mitty fouilla dans une poche et en sortit les gants. Il les enfila, mais apr\u00e8s qu&rsquo;elle fut rentr\u00e9e dans l&rsquo;immeuble et qu&rsquo;il fut arriv\u00e9 \u00e0 un feu rouge, il les enleva \u00e0 nouveau.*<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #000080;\"><em>A suivre&#8230;<\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>La suite de \u00ab\u00a0La vie secr\u00e8te de Walter Mitty\u00a0\u00bb demain samedi 22 novembre<\/em><\/span><\/p>\n<div>*<\/div>\n<div><span style=\"color: #000080;\">(c) James Thurber &#8211; My world and welcome to it-1942-Harcourt, Brace and Co.<\/span><\/div>\n<div><span style=\"color: #000080;\">(c) Philippe Coutheillas -2014- pour la traduction fran\u00e7aise.<\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Critique ais\u00e9e 42-1 \u00ab\u00a0Madame Bovary, c&rsquo;est moi!\u00ab\u00a0 Ce qu&rsquo;avait voulu dire Flaubert en lan\u00e7ant cette petite phrase, on ne le sait pas vraiment. 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