{"id":16204,"date":"2019-01-12T08:47:31","date_gmt":"2019-01-12T06:47:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16204"},"modified":"2019-09-19T08:53:45","modified_gmt":"2019-09-19T06:53:45","slug":"balbec-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16204","title":{"rendered":"La suite de Balbec &#8211; Chapitre 4"},"content":{"rendered":"<p><em><span style=\"color: #0000ff;\">(&#8230;) je me revoyais \u00e9crivant dix fois mon pr\u00e9nom sur des ordonnances vierges en appuyant fort sur le stylo afin d&rsquo;en obtenir un large trait gonfl\u00e9 d&rsquo;encre luisante pour le seul plaisir de s\u00e9cher les lettres et voir ainsi, comme dans un miroir, mon nom appara\u00eetre \u00e0 l&rsquo;envers sur le buvard.<\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>4-La librairie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je passai ensuite de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du magasin, celui qui \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature. Je me faufilai entre deux rayonnages de bois dont les \u00e9tag\u00e8res se courbaient sous le poids des livres. Curieusement, la plupart d&rsquo;entre eux n&rsquo;\u00e9taient que d&rsquo;autres exemplaires de ceux que j&rsquo;avais vus un peu plus t\u00f4t dans la vitrine. Hugo, Dickens, Maupassant&#8230; Je pr\u00e9levai un exemplaire de Bel-Ami et me mis \u00e0 le feuilleter. Ses pages \u00e9taient blanches. Je reposai Bel-Ami et saisis une Madame Bovary voisine. \u00c0 part la premi\u00e8re, qui reprenait le nom du roman <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-16226\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/104292535_o-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/104292535_o-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/104292535_o-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/104292535_o-960x720.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/104292535_o.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>et celui de son auteur, toutes les autres pages \u00e9taient vierges. \u00c9trange ! Je pensai alors que je me trouvais devant un stock de rebuts d&rsquo;imprimerie destin\u00e9s au pilon. Je relevai la t\u00eate. La silhouette sous la lampe avait disparu. J&rsquo;avan\u00e7ais entre les rayons de plus en plus \u00e9loign\u00e9s de la vitrine donc de plus en plus sombres. Je remarquai plusieurs changements : du blanc cass\u00e9 ou jaune filasse ou marron clair, les dos des livres \u00e9taient pass\u00e9s au rouge vif, bleu ciel, rose bonbon, vert pomme. Les dimensions aussi variaient d&rsquo;un volume \u00e0 l&rsquo;autre, cr\u00e9ant sur <!--more-->les \u00e9tag\u00e8res des falaises cr\u00e9nel\u00e9es comme on en rencontre sur les c\u00f4tes d&rsquo;Islande. Je m&rsquo;arr\u00eatais devant une pile branlante : Salinger, Hemingway, Sagan, Conrad \u00e9taient sur le dessus. J&rsquo;ouvris le premier et commen\u00e7ai \u00e0 le feuilleter. Contrairement aux livres que j&rsquo;avais ouverts un peu plus t\u00f4t, certaines pages de celui-ci \u00e9taient imprim\u00e9es. Elles pr\u00e9sentaient des bribes de texte, des noms, des lieux. Des bouts de phrases, incoh\u00e9rents, parlaient des canards de Central Park et d&rsquo;un lac gel\u00e9 ou d&rsquo;une vieille Phoebe, ou d&rsquo;un vieux Spencer, ou de fleurets perdus dans le m\u00e9tro. Le livre suivant parlait lui aussi en petites phrases d\u00e9cousues de poisson gigantesque, de lignes rompues et de mains ensanglant\u00e9es. Dans le suivant, il s&rsquo;agissait d&rsquo;une jeune fille, de Saint-Tropez et d&rsquo;un accident de voiture. Tout cela m&rsquo;\u00e9tait vaguement familier. Je reposai le bouquin sur sa pile et continuai mon exploration. Les livres que je longeais maintenant m&rsquo;\u00e9taient plus familiers : Stephen King, Tom Clancy, Umberto Eco, Am\u00e9lie Nothomb&#8230;L\u00e0, j&rsquo;\u00e9tais en pays de connaissance. Bien oblig\u00e9 ! Mon magazine sortait au moins un article par an sur ces auteurs, et la plupart du temps, c&rsquo;\u00e9tait moi qui les \u00e9crivais. J&rsquo;ouvris l&rsquo;un de ces livres au hasard. Les pages \u00e9taient noires, remplies de caract\u00e8res coll\u00e9s les uns aux autres, sans espace ni ponctuation, si bien que je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 en d\u00e9chiffrer le sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je revins sur mes pas. Au d\u00e9tour d&rsquo;un couloir, je tombais sur toute une collection d&rsquo;albums de Tintin, de Spirou, de Blake et Mortimer. Toutes les images \u00e9taient l\u00e0, tous les personnages, je les reconnaissais tous, Milou, Gaston, le Marsupilami, la Castafiore, Alix&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au milieu de ces grands formats, un volume \u00e0 couverture rouge s&rsquo;appuyait de travers contre ses voisins. Il se distinguait des autres par son \u00e9paisseur et par le titre en lettres d&rsquo;or qui ornait son dos. Je le reconnus aussit\u00f4t : c&rsquo;\u00e9tait un dictionnaire de latin, le m\u00eame que celui que j&rsquo;avais utilis\u00e9 en classes de troisi\u00e8me et de seconde avant d&rsquo;abandonner d\u00e9finitivement cette langue morte qui m&rsquo;ennuyait profond\u00e9ment, un Gaffiot !\u00a0Je sortis le lourd volume du rayonnage, soufflai dessus pour en chasser la poussi\u00e8re et l&rsquo;ouvris au hasard :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Quousque<\/em><\/strong><em> : adv.; Jusqu&rsquo;o\u00f9, jusqu&rsquo;\u00e0 quel point. \u00ab\u00a0Quousque tandem Catilina abutere patientiam nostram ? \u00a0\u00bb : Jusques \u00e0 quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? Cic\u00e9ron (Catilinaires I-IV)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je r\u00e9alisai que j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 sur la seule citation latine \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8te qui me rest\u00e2t de mes courtes \u00e9tudes classiques. Je revoyais notre classe aux pupitres noirs grav\u00e9s des noms de tous ceux qui s&rsquo;y \u00e9taient assis un jour ; \u00e0 travers les fen\u00eatres grillag\u00e9es, je revoyais sur la gauche la cour, d\u00e9serte \u00e0 cette heure, que notre classe dominait de quelques marches ; je revoyais, tout petit, debout au milieu de l&rsquo;estrade, dos au tableau noir, notre professeur de latin, Monsieur Colin qui, disait mon p\u00e8re, ressemblait comme un fr\u00e8re \u00e0 Paul Guth, Monsieur Colin, qui nous parlait de Catilina, de Cic\u00e9ron, de C\u00e9sar et de Marc-Antoine ; je sentais l&rsquo;odeur des cuisines de la cantine qui montaient du sous-sol ; j&rsquo;entendais la sonnerie stridente qui nous lib\u00e9rait du professeur de latin. Comme si j&rsquo;\u00e9tais un peu ivre, berc\u00e9 par le souffle doux et ti\u00e8de de la nostalgie, je chancelai l\u00e9g\u00e8rement. Je voulus m&rsquo;appuyer des deux mains contre l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re et je l\u00e2chai le gros dictionnaire qui tomba sur le parquet avec un bruit sourd. Il s&rsquo;ouvrit sur la page de garde et, au milieu des enluminures qui entouraient le titre, le nom de l&rsquo;auteur et celui de l&rsquo;\u00e9diteur, je vis, en grande lettres capitales soigneusement trac\u00e9es \u00e0 la r\u00e8gle et au compas, mon nom. Mes jambes fl\u00e9chirent et je tombai assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du gros livre. C&rsquo;\u00e9tait le mien ! Mon Gaffiot ! Celui que j&rsquo;avais revendu d\u00e8s la fin de ma classe de seconde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00c7a y est ? Vous avez compris ?<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>ET DEMAIN, LA FIN DE LA SUITE DE BALBEC : LE PETIT MARCEL<\/strong><\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"color: #ff0000;\">Demain, 8 h 47 min\u00a0 \u00a0 La suite de Balbec \u2013 Chapitre 5<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #ff0000;\">15 Jan, 8 h 47 min\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0L\u2019homme fid\u00e8le \u2013 Critique ais\u00e9e n\u2019147<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #ff0000;\">16 Jan, 8 h 47 min\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Ah ! Les belles boutiques \u2013 34<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #ff0000;\">17 Jan, 8 h 47 min\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Le livre de l\u2019\u00c9thiopien \u2013 5\u00a0<\/span><\/li>\n<li><span style=\"color: #ff0000;\">18 Jan, 8 h 47 min\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Rue du Ru de Vrou<\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(&#8230;) je me revoyais \u00e9crivant dix fois mon pr\u00e9nom sur des ordonnances vierges en appuyant fort sur le stylo afin d&rsquo;en obtenir un large trait gonfl\u00e9 d&rsquo;encre luisante pour le seul plaisir de s\u00e9cher les lettres et voir ainsi, comme dans un miroir, mon nom appara\u00eetre \u00e0 l&rsquo;envers sur le buvard. 4-La librairie Je passai &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16204\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La suite de Balbec &#8211; Chapitre 4<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[13,2],"tags":[21,111],"class_list":["post-16204","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-philippe","tag-proust"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16204"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16204\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}