{"id":16158,"date":"2019-04-11T07:47:22","date_gmt":"2019-04-11T06:47:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16158"},"modified":"2022-08-15T06:21:05","modified_gmt":"2022-08-15T04:21:05","slug":"les-paves-de-la-cour-de-lhotel-de-guermantes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16158","title":{"rendered":"Les pav\u00e9s de l\u2019H\u00f4tel de Guermantes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"color: #008080;\">temps de lecture: 18 minutes<\/span><br \/>\nMorceau choisi<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les pav\u00e9s de l\u2019H\u00f4tel de Guermantes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Il y a quelques jours, j\u2019ai publi\u00e9 ici le fameux passage de la Recherche du temps perdu qui \u00e9voque la Petite Madeleine. Dans mon commentaire d\u2019introduction \u00e0 ce monument, j\u2019\u00e9mettais l\u2019opinion que, si relativement peu de monde avait lu ces quelques pages, tout le monde avait entendu parler de cette Madeleine et que pas mal de gens avaient m\u00eame une id\u00e9e assez nette de ce qu\u2019elle signifiait.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Mais, dans la Recherche, il est un autre passage qui traite de la m\u00e9moire, la m\u00e9moire involontaire, la seule qui compte vraiment. Ce passage est tout aussi important, et peut-\u00eatre m\u00eame plus que celui de la Madeleine. C\u2019est celui des pav\u00e9s in\u00e9gaux de la cour de l\u2019H\u00f4tel de Guermantes. Il est sensiblement plus long que celui de la Madeleine, et \u00e0 cela je vois deux raisons. <\/em><\/span><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-16161\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/images-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Tout d\u2019abord, le passage des pav\u00e9s n\u2019\u00e9voque pas une, mais trois sensations physiques d\u00e9clenchant un afflux de souvenirs chez le narrateur : les pav\u00e9s in\u00e9gaux, le bruit d\u2019une cuiller cognant contre une assiette, la raideur d\u2019une serviette de table.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Mais surtout, si les souvenirs rappel\u00e9s par la d\u00e9gustation de la Madeleine font que le narrateur se sent mieux : (<\/em><span style=\"color: #000000;\">Il m\u2019avait aussit\u00f4t rendu les vicissitudes de la vie indiff\u00e9rentes, ses d\u00e9sastres inoffensifs, sa bri\u00e8vet\u00e9 illusoire, de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019op\u00e8re l\u2019amour, en me remplissant d\u2019une essence pr\u00e9cieuse : ou plut\u00f4t cette essence n\u2019\u00e9tait pas en moi, elle \u00e9tait moi. J\u2019avais cess\u00e9 de me sentir m\u00e9diocre, contingent, mortel.<\/span>), <em>ceux qui surgissent de l\u2019\u00e9pisode des pav\u00e9s font beaucoup plus pour lui <\/em>(<span style=\"color: #000000;\">&#8230;toute inqui\u00e9tude sur l&rsquo;avenir, tout doute intellectuel \u00e9taient dissip\u00e9s. Ceux qui m&rsquo;assaillaient tout \u00e0 l&rsquo;heure au sujet de la r\u00e9alit\u00e9 de mes dons litt\u00e9raires, et m\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9 de la litt\u00e9rature, se trouvaient lev\u00e9s comme par enchantement.<\/span>), <em>ils lui redonnent confiance dans sa capacit\u00e9 \u00e0 entreprendre et, si le temps lui en est donn\u00e9, achever l\u2019\u0153uvre qu\u2019il porte en lui depuis des ann\u00e9es sans pouvoir la mettre bas. C\u2019est bien cette succession de trois petits incidents qui vont conduire le narrateur a commencer la r\u00e9daction de son roman, et Proust \u00e0 \u00e9crire la Recherche du temps perdu. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Mais assez lu de commentaires. Retrouvez un peu de temps et lisez cet extrait du Temps retrouv\u00e9, dernier tome de la Recherche du temps perdu.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est quelquefois au moment o\u00f9 tout nous semble perdu que l&rsquo;avertissement arrive qui peut nous sauver : on a frapp\u00e9 \u00e0 toutes les portes qui ne donnent sur rien, et la seule par o\u00f9 on peut entrer et qu&rsquo;on aurait cherch\u00e9e en vain pendant cent ans, on y heurte sans le savoir et elle s&rsquo;ouvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En roulant les tristes pens\u00e9es que je disais il y a un instant j&rsquo;\u00e9tais entr\u00e9 dans la cour de l&rsquo;h\u00f4tel de Guermantes, et dans ma distraction je n&rsquo;avais pas vu une voiture qui s&rsquo;avan\u00e7ait ; au cri du wattman je n&rsquo;eus que le temps de me ranger vivement de c\u00f4t\u00e9, et je reculai assez pour buter malgr\u00e9 moi contre des pav\u00e9s assez mal \u00e9quarris derri\u00e8re lesquels \u00e9tait une remise. Mais au moment o\u00f9, me remettant d&rsquo;aplomb, je posai mon pied sur un pav\u00e9 qui \u00e9tait un peu moins \u00e9lev\u00e9 que le pr\u00e9c\u00e9dent, tout mon d\u00e9couragement s&rsquo;\u00e9vanouit devant la m\u00eame f\u00e9licit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 diverses \u00e9poques de ma vie m&rsquo;avaient donn\u00e9e la vue d&rsquo;arbres que j&rsquo;avais cru reconna\u00eetre dans une promenade en voiture autour de Balbec, la vue des clochers de Martinville, la saveur d&rsquo;une madeleine tremp\u00e9e dans une infusion, tant d&rsquo;autres sensations dont j&rsquo;ai parl\u00e9 et que les derni\u00e8res oeuvres de Vinteuil m&rsquo;avaient paru synth\u00e9tiser. Comme au moment o\u00f9 je go\u00fbtais la madeleine, toute inqui\u00e9tude sur l&rsquo;avenir, tout doute intellectuel \u00e9taient dissip\u00e9s. Ceux qui m&rsquo;assaillaient tout \u00e0 l&rsquo;heure au sujet de la r\u00e9alit\u00e9 de mes dons litt\u00e9raires, et m\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9 de la litt\u00e9rature, se trouvaient lev\u00e9s comme par enchantement. Cette fois je me promettais bien de ne pas me r\u00e9signer \u00e0 ignorer pourquoi, sans que j&rsquo;eusse fait aucun raisonnement nouveau, trouv\u00e9 aucun argument d\u00e9cisif, les difficult\u00e9s, insolubles tout \u00e0 l&rsquo;heure, avaient perdu toute importance, comme je l&rsquo;avais fait le jour o\u00f9 j&rsquo;avais go\u00fbt\u00e9 d&rsquo;une madeleine tremp\u00e9e dans une infusion. La f\u00e9licit\u00e9 que je venais d&rsquo;\u00e9prouver \u00e9tait bien, en effet, la m\u00eame que celle que j&rsquo;avais \u00e9prouv\u00e9e en mangeant la madeleine et dont j&rsquo;avais alors ajourn\u00e9 de rechercher les causes profondes. La diff\u00e9rence, purement mat\u00e9rielle, \u00e9tait dans les images \u00e9voqu\u00e9es. Un azur profond enivrait mes yeux, des impressions de fra\u00eecheur, d&rsquo;\u00e9blouissante lumi\u00e8re tournoyaient pr\u00e8s de moi et, dans mon d\u00e9sir de les saisir, sans oser plus bouger que quand je go\u00fbtais la saveur de la madeleine en t\u00e2chant de faire parvenir jusqu&rsquo;\u00e0 moi ce qu&rsquo;elle me rappelait, je restais, quitte \u00e0 faire rire la foule innombrable des wattmen, \u00e0 tituber comme j&rsquo;avais fait tout \u00e0 l&rsquo;heure, un pied sur le pav\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9, l&rsquo;autre pied sur le pav\u00e9 le plus bas. Chaque fois que je refaisais, rien que mat\u00e9riellement, ce m\u00eame pas, il me restait inutile ; mais si je r\u00e9ussissais, oubliant la matin\u00e9e Guermantes, \u00e0 retrouver ce que j&rsquo;avais senti en posant ainsi mes pieds, de nouveau la vision \u00e9blouissante et indistincte me fr\u00f4lait comme si elle m&rsquo;avait dit : \u00ab Saisis-moi au passage si tu en as la force et t\u00e2che \u00e0 r\u00e9soudre l&rsquo;\u00e9nigme du bonheur que je te propose. \u00bb Et presque tout de suite, je le reconnus, c&rsquo;\u00e9tait Venise, dont mes efforts pour la d\u00e9crire et les pr\u00e9tendus instantan\u00e9s pris par ma m\u00e9moire ne m&rsquo;avaient jamais rien dit et que la sensation que j&rsquo;avais ressentie jadis sur deux dalles in\u00e9gales du baptist\u00e8re de Saint-Marc m&rsquo;avait rendue avec toutes les autres sensations jointes ce jour-l\u00e0 \u00e0 cette sensation-l\u00e0, et qui \u00e9taient rest\u00e9es dans l&rsquo;attente, \u00e0 leur rang, d&rsquo;o\u00f9 un brusque hasard les avait imp\u00e9rieusement fait sortir, dans la s\u00e9rie des jours oubli\u00e9s. De m\u00eame le go\u00fbt de la petite madeleine m&rsquo;avait rappel\u00e9 Combray. Mais pourquoi les images de Combray et de Venise m&rsquo;avaient-elles, \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre moment, donn\u00e9 une joie pareille \u00e0 une certitude et suffisante sans autres preuves \u00e0 me rendre la mort indiff\u00e9rente ? Tout en me le demandant et en \u00e9tant r\u00e9solu aujourd&rsquo;hui \u00e0 trouver la r\u00e9ponse, j&rsquo;entrai dans l&rsquo;h\u00f4tel de Guermantes, parce que nous faisons toujours passer avant la besogne int\u00e9rieure que nous avons \u00e0 faire le r\u00f4le apparent que nous jouons et qui, ce jour-l\u00e0, \u00e9tait celui d&rsquo;un invit\u00e9. Mais arriv\u00e9 au premier \u00e9tage, un ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel me demanda d&rsquo;entrer un instant dans un petit salon-biblioth\u00e8que attenant au buffet, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le morceau qu&rsquo;on jouait f\u00fbt achev\u00e9, la princesse ayant d\u00e9fendu qu&rsquo;on ouvr\u00eet les portes pendant son ex\u00e9cution. Or, \u00e0 ce moment m\u00eame, un second avertissement vint renforcer celui que m&rsquo;avaient donn\u00e9 les pav\u00e9s in\u00e9gaux et m&rsquo;exhorter \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans ma t\u00e2che. Un domestique, en effet, venait, dans ses efforts infructueux pour ne pas faire de bruit, de cogner une cuiller contre une assiette. Le m\u00eame genre de f\u00e9licit\u00e9 que m&rsquo;avaient donn\u00e9 les dalles in\u00e9gales m&rsquo;envahit ; les sensations \u00e9taient de grande chaleur encore, mais toutes diff\u00e9rentes, m\u00eal\u00e9es d&rsquo;une odeur de fum\u00e9e apais\u00e9e par la fra\u00eeche odeur d&rsquo;un cadre forestier ; et je reconnus que ce qui me paraissait si agr\u00e9able \u00e9tait la m\u00eame rang\u00e9e d&rsquo;arbres que j&rsquo;avais trouv\u00e9e ennuyeuse \u00e0 observer et \u00e0 d\u00e9crire, et devant laquelle, d\u00e9bouchant la canette de bi\u00e8re que j&rsquo;avais dans le wagon, je venais de croire un instant, dans une sorte d&rsquo;\u00e9tourdissement, que je me trouvais, tant le bruit identique de la cuiller contre l&rsquo;assiette m&rsquo;avait donn\u00e9, avant que j&rsquo;eusse eu le temps de me ressaisir, l&rsquo;illusion du bruit du marteau d&rsquo;un employ\u00e9 qui avait arrang\u00e9 quelque chose \u00e0 une roue de train pendant que nous \u00e9tions arr\u00eat\u00e9s devant ce petit bois. Alors on e\u00fbt dit que les signes qui devaient, ce jour-l\u00e0, me tirer de mon d\u00e9couragement et me rendre la foi dans les lettres avaient \u00e0 c\u0153ur de se multiplier, car un ma\u00eetre d&rsquo;h\u00f4tel depuis longtemps au service du prince de Guermantes m&rsquo;ayant reconnu, et m&rsquo;ayant apport\u00e9 dans la biblioth\u00e8que o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais, pour m&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;aller au buffet, un choix de petits fours, un verre d&rsquo;orangeade, je m&rsquo;essuyai la bouche avec la serviette qu&rsquo;il m&rsquo;avait donn\u00e9e ; mais aussit\u00f4t, comme le personnage des Mille et une Nuits qui, sans le savoir, accomplit pr\u00e9cis\u00e9ment le rite qui fait appara\u00eetre, visible pour lui seul, un docile g\u00e9nie pr\u00eat \u00e0 le transporter au loin, une nouvelle vision d&rsquo;azur passa devant mes yeux ; mais il \u00e9tait pur et salin, il se gonfla en mamelles bleu\u00e2tres ; l&rsquo;impression fut si forte que le moment que je vivais me sembla \u00eatre le moment actuel, plus h\u00e9b\u00e9t\u00e9 que le jour o\u00f9 je me demandais si j&rsquo;allais vraiment \u00eatre accueilli par la princesse de Guermantes ou si tout n&rsquo;allait pas s&rsquo;effondrer, je croyais que le domestique venait d&rsquo;ouvrir la fen\u00eatre sur la plage et que tout m&rsquo;invitait \u00e0 descendre me promener le long de la digue \u00e0 mar\u00e9e haute ; la serviette que j&rsquo;avais prise pour m&rsquo;essuyer la bouche avait pr\u00e9cis\u00e9ment le genre de raideur et d&#8217;empes\u00e9 de celle avec laquelle j&rsquo;avais eu tant de peine \u00e0 me s\u00e9cher devant la fen\u00eatre, le premier jour de mon arriv\u00e9e \u00e0 Balbec, et maintenant, devant cette biblioth\u00e8que de l&rsquo;h\u00f4tel de Guermantes, elle d\u00e9ployait, r\u00e9parti dans ses plis et dans ses cassures, le plumage d&rsquo;un oc\u00e9an vert et bleu comme la queue d&rsquo;un paon. Et je ne jouissais pas que de ces couleurs, mais de tout un instant de ma vie qui les soulevait, qui avait \u00e9t\u00e9 sans doute aspiration vers elles, dont quelque sentiment de fatigue ou de tristesse m&rsquo;avait peut-\u00eatre emp\u00each\u00e9 de jouir \u00e0 Balbec, et qui maintenant, d\u00e9barrass\u00e9 de ce qu&rsquo;il y a d&rsquo;imparfait dans la perception ext\u00e9rieure, pur et d\u00e9sincarn\u00e9, me gonflait d&rsquo;all\u00e9gresse. Le morceau qu&rsquo;on jouait pouvait finir d&rsquo;un moment \u00e0 l&rsquo;autre et je pouvais \u00eatre oblig\u00e9 d&rsquo;entrer au salon. Aussi je m&rsquo;effor\u00e7ais de t\u00e2cher de voir clair le plus vite possible dans la nature des plaisirs identiques que je venais, par trois fois en quelques minutes, de ressentir, et ensuite de d\u00e9gager l&rsquo;enseignement que je devais en tirer. Sur l&rsquo;extr\u00eame diff\u00e9rence qu&rsquo;il y a entre l&rsquo;impression vraie que nous avons eue d&rsquo;une chose et l&rsquo;impression factice que nous nous en donnons quand volontairement nous essayons de nous la repr\u00e9senter, je ne m&rsquo;arr\u00eatais pas ; me rappelant trop avec quelle indiff\u00e9rence relative Swann avait pu parler autrefois des jours o\u00f9 il \u00e9tait aim\u00e9, parce que sous cette phrase il voyait autre chose qu&rsquo;eux, et de la douleur subite que lui avait caus\u00e9e la petite phrase de Vinteuil en lui rendant ces jours eux-m\u00eames tels qu&rsquo;il les avait jadis sentis, je comprenais trop que ce que la sensation des dalles in\u00e9gales, la raideur de la serviette, le go\u00fbt de la madeleine avaient r\u00e9veill\u00e9 en moi, n&rsquo;avait aucun rapport avec ce que je cherchais souvent \u00e0 me rappeler de Venise, de Balbec, de Combray, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une m\u00e9moire uniforme ; et je comprenais que la vie p\u00fbt \u00eatre jug\u00e9e m\u00e9diocre, bien qu&rsquo;\u00e0 certains moments elle par\u00fbt si belle, parce que dans le premier cas c&rsquo;est sur tout autre chose qu&rsquo;elle-m\u00eame, sur des images qui ne gardent rien d&rsquo;elle qu&rsquo;on la juge et qu&rsquo;on la d\u00e9pr\u00e9cie. Tout au plus notais-je accessoirement que la diff\u00e9rence qu&rsquo;il y a entre chacune des impressions r\u00e9elles \u2013 diff\u00e9rences qui expliquent qu&rsquo;une peinture uniforme de la vie ne puisse \u00eatre ressemblante \u2013 tenait probablement \u00e0 cette cause : que la moindre parole que nous avons dite \u00e0 une \u00e9poque de notre vie, le geste le plus insignifiant que nous avons fait \u00e9tait entour\u00e9, portait sur lui le reflet des choses qui logiquement ne tenaient pas \u00e0 lui, en ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9es par l&rsquo;intelligence, qui n&rsquo;avait rien \u00e0 faire d&rsquo;elles pour les besoins du raisonnement, mais au milieu desquelles \u2013 ici reflet rose du soir sur le mur fleuri d&rsquo;un restaurant champ\u00eatre, sensation de faim, d\u00e9sir des femmes, plaisir du luxe ; l\u00e0 volutes bleues de la mer matinale enveloppant des phrases musicales qui en \u00e9mergent partiellement comme les \u00e9paules des ondines \u2013 le geste, l&rsquo;acte le plus simple reste enferm\u00e9 comme dans mille vases clos dont chacun serait rempli de choses d&rsquo;une couleur, d&rsquo;une odeur, d&rsquo;une temp\u00e9rature absolument diff\u00e9rentes ; sans compter que ces vases, dispos\u00e9s sur toute la hauteur de nos ann\u00e9es pendant lesquelles nous n&rsquo;avons cess\u00e9 de changer, f\u00fbt-ce seulement de r\u00eave et de pens\u00e9e, sont situ\u00e9s \u00e0 des altitudes bien diverses, et nous donnent la sensation d&rsquo;atmosph\u00e8res singuli\u00e8rement vari\u00e9es. Il est vrai que, ces changements, nous les avons accomplis insensiblement ; mais entre le souvenir qui nous revient brusquement et notre \u00e9tat actuel, de m\u00eame qu&rsquo;entre deux souvenirs d&rsquo;ann\u00e9es, de lieux, d&rsquo;heures diff\u00e9rentes, la distance est telle que cela suffirait, en dehors m\u00eame d&rsquo;une originalit\u00e9 sp\u00e9cifique, \u00e0 les rendre incomparables les uns aux autres. Oui, si le souvenir, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;oubli, n&rsquo;a pu contracter aucun lien, jeter aucun cha\u00eenon entre lui et la minute pr\u00e9sente, s&rsquo;il est rest\u00e9 \u00e0 sa place, \u00e0 sa date, s&rsquo;il a gard\u00e9 ses distances, son isolement dans le creux d&rsquo;une vall\u00e9e ou \u00e0 la pointe d&rsquo;un sommet ; il nous fait tout \u00e0 coup respirer un air nouveau, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que c&rsquo;est un air qu&rsquo;on a respir\u00e9 autrefois, cet air plus pur que les po\u00e8tes ont vainement essay\u00e9 de faire r\u00e9gner dans le Paradis et qui ne pourrait donner cette sensation profonde de renouvellement que s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 respir\u00e9 d\u00e9j\u00e0, car les vrais paradis sont les paradis qu&rsquo;on a perdus. Et, au passage, je remarquais qu&rsquo;il y aurait dans l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art que je me sentais pr\u00eat d\u00e9j\u00e0, sans m&rsquo;y \u00eatre consciemment r\u00e9solu, \u00e0 entreprendre, de grandes difficult\u00e9s. Car j&rsquo;en devrais ex\u00e9cuter les parties successives dans une mati\u00e8re en quelque sorte diff\u00e9rente. Elle serait bien diff\u00e9rente, celle qui conviendrait aux souvenirs de matins au bord de la mer, de celle d&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 Venise, une mati\u00e8re distincte, nouvelle, d&rsquo;une transparence, d&rsquo;une sonorit\u00e9 sp\u00e9ciale, compacte, fra\u00eechissante et rose, et diff\u00e9rente encore si je voulais d\u00e9crire les soirs de Rivebelle o\u00f9, dans la salle \u00e0 manger ouverte sur le jardin, la chaleur commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9composer, \u00e0 retomber, \u00e0 se d\u00e9poser, o\u00f9 une derni\u00e8re lueur \u00e9clairait encore les roses sur les murs du restaurant tandis que les derni\u00e8res aquarelles du jour \u00e9taient encore visibles au ciel. Je glissais rapidement sur tout cela, plus imp\u00e9rieusement sollicit\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais de chercher la cause de cette f\u00e9licit\u00e9, du caract\u00e8re de certitude avec lequel elle s&rsquo;imposait, recherche ajourn\u00e9e autrefois. Or, cette cause, je la devinais en comparant entre elles ces diverses impressions bienheureuses et qui avaient entre elles ceci de commun que je les \u00e9prouvais \u00e0 la fois dans le moment actuel et dans un moment \u00e9loign\u00e9 o\u00f9 le bruit de la cuiller sur l&rsquo;assiette, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des dalles, le go\u00fbt de la madeleine allaient jusqu&rsquo;\u00e0 faire empi\u00e9ter le pass\u00e9 sur le pr\u00e9sent, \u00e0 me faire h\u00e9siter \u00e0 savoir dans lequel des deux je me trouvais ; au vrai, l&rsquo;\u00eatre qui alors go\u00fbtait en moi cette impression la go\u00fbtait en ce qu&rsquo;elle avait de commun dans un jour ancien et maintenant, dans ce qu&rsquo;elle avait d&rsquo;extra-temporel, un \u00eatre qui n&rsquo;apparaissait que quand, par une de ces identit\u00e9s entre le pr\u00e9sent et le pass\u00e9, il pouvait se trouver dans le seul milieu o\u00f9 il p\u00fbt vivre, jouir de l&rsquo;essence des choses, c&rsquo;est-\u00e0-dire en dehors du temps. Cela expliquait que mes inqui\u00e9tudes au sujet de ma mort eussent cess\u00e9 au moment o\u00f9 j&rsquo;avais reconnu, inconsciemment, le go\u00fbt de la petite madeleine, puisqu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0 l&rsquo;\u00eatre que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 \u00e9tait un \u00eatre extra-temporel, par cons\u00e9quent insoucieux des vicissitudes de l&rsquo;avenir. Cet \u00eatre-l\u00e0 n&rsquo;\u00e9tait jamais venu \u00e0 moi, ne s&rsquo;\u00e9tait jamais manifest\u00e9 qu&rsquo;en dehors de l&rsquo;action, de la jouissance imm\u00e9diate, chaque fois que le miracle d&rsquo;une analogie m&rsquo;avait fait \u00e9chapper au pr\u00e9sent. Seul il avait le pouvoir de me faire retrouver les jours anciens, le Temps Perdu, devant quoi les efforts de ma m\u00e9moire et de mon intelligence \u00e9chouaient toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et peut-\u00eatre, si tout \u00e0 l&rsquo;heure je trouvais que Bergotte avait jadis dit faux en parlant des joies de la vie spirituelle, c&rsquo;\u00e9tait parce que j&rsquo;appelais vie spirituelle, \u00e0 ce moment-l\u00e0, des raisonnements logiques qui \u00e9taient sans rapport avec elle, avec ce qui existait en moi \u00e0 ce moment \u2013 exactement comme j&rsquo;avais pu trouver le monde et la vie ennuyeux parce que je les jugeais d&rsquo;apr\u00e8s des souvenirs sans v\u00e9rit\u00e9, alors que j&rsquo;avais un tel app\u00e9tit de vivre, maintenant que venait de rena\u00eetre en moi, \u00e0 trois reprises, un v\u00e9ritable moment du pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rien qu&rsquo;un moment du pass\u00e9 ? Beaucoup plus, peut-\u00eatre ; quelque chose qui, commun \u00e0 la fois au pass\u00e9 et au pr\u00e9sent, est beaucoup plus essentiel qu&rsquo;eux deux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tant de fois, au cours de ma vie, la r\u00e9alit\u00e9 m&rsquo;avait d\u00e9\u00e7u parce que, au moment o\u00f9 je la percevais, mon imagination, qui \u00e9tait mon seul organe pour jouir de la beaut\u00e9, ne pouvait s&rsquo;appliquer \u00e0 elle, en vertu de la loi in\u00e9vitable qui veut qu&rsquo;on ne puisse imaginer que ce qui est absent. Et voici que soudain l&rsquo;effet de cette dure loi s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 neutralis\u00e9, suspendu, par un exp\u00e9dient merveilleux de la nature, qui avait fait miroiter une sensation \u2013 bruit de la fourchette et du marteau, m\u00eame in\u00e9galit\u00e9 de pav\u00e9s \u2013 \u00e0 la fois dans le pass\u00e9, ce qui permettait \u00e0 mon imagination de la go\u00fbter, et dans le pr\u00e9sent o\u00f9 l&rsquo;\u00e9branlement effectif de mes sens par le bruit, le contact avait ajout\u00e9 aux r\u00eaves de l&rsquo;imagination ce dont ils sont habituellement d\u00e9pourvus, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;existence et, gr\u00e2ce \u00e0 ce subterfuge, avait permis \u00e0 mon \u00eatre d&rsquo;obtenir, d&rsquo;isoler, d&rsquo;immobiliser \u2013 la dur\u00e9e d&rsquo;un \u00e9clair \u2013 ce qu&rsquo;il n&rsquo;appr\u00e9hende jamais : un peu de temps \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. L&rsquo;\u00eatre qui \u00e9tait ren\u00e9 en moi quand, avec un tel fr\u00e9missement de bonheur, j&rsquo;avais entendu le bruit commun \u00e0 la fois \u00e0 la cuiller qui touche l&rsquo;assiette et au marteau qui frappe sur la roue, \u00e0 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 pour les pas des pav\u00e9s de la cour Guermantes et du baptist\u00e8re de Saint-Marc, cet \u00eatre-l\u00e0 ne se nourrit que de l&rsquo;essence des choses, en elles seulement il trouve sa subsistance, ses d\u00e9lices. Il languit dans l&rsquo;observation du pr\u00e9sent o\u00f9 les sens ne peuvent la lui apporter, dans la consid\u00e9ration d&rsquo;un pass\u00e9 que l&rsquo;intelligence lui dess\u00e8che, dans l&rsquo;attente d&rsquo;un avenir que la volont\u00e9 construit avec des fragments du pr\u00e9sent et du pass\u00e9 auxquels elle retire encore de leur r\u00e9alit\u00e9, ne conservant d&rsquo;eux que ce qui convient \u00e0 la fin utilitaire, \u00e9troitement humaine, qu&rsquo;elle leur assigne. Mais qu&rsquo;un bruit d\u00e9j\u00e0 entendu, qu&rsquo;une odeur respir\u00e9e jadis, le soient de nouveau, \u00e0 la fois dans le pr\u00e9sent et dans le pass\u00e9, r\u00e9els sans \u00eatre actuels, id\u00e9aux sans \u00eatre abstraits, aussit\u00f4t l&rsquo;essence permanente et habituellement cach\u00e9e des choses se trouve lib\u00e9r\u00e9e et notre vrai moi qui, parfois depuis longtemps, semblait mort, mais ne l&rsquo;\u00e9tait pas autrement, s&rsquo;\u00e9veille, s&rsquo;anime en recevant la c\u00e9leste nourriture qui lui est apport\u00e9e. Une minute affranchie de l&rsquo;ordre du temps a recr\u00e9\u00e9 en nous pour la sentir l&rsquo;homme affranchi de l&rsquo;ordre du temps. Et celui-l\u00e0 on comprend qu&rsquo;il soit confiant dans sa joie, m\u00eame si le simple go\u00fbt d&rsquo;une madeleine ne semble pas contenir logiquement les raisons de cette joie, on comprend que le mot de \u00ab mort \u00bb n&rsquo;ait pas de sens pour lui ; situ\u00e9 hors du temps, que pourrait-il craindre de l&rsquo;avenir ? Mais ce trompe-l&rsquo;oeil qui mettait pr\u00e8s de moi un moment du pass\u00e9, incompatible avec le pr\u00e9sent, ce trompe-l&rsquo;oeil ne durait pas. Certes, on peut prolonger les spectacles de la m\u00e9moire volontaire, qui n&rsquo;engage pas plus de forces de nous-m\u00eame que feuilleter un livre d&rsquo;images. Ainsi jadis, par exemple, le jour o\u00f9 je devais aller pour la premi\u00e8re fois chez la princesse de Guermantes, de la cour ensoleill\u00e9e de notre maison de Paris j&rsquo;avais paresseusement regard\u00e9, \u00e0 mon choix, tant\u00f4t la place de l&rsquo;\u00c9glise \u00e0 Combray, ou la plage de Balbec, comme j&rsquo;aurais illustr\u00e9 le jour qu&rsquo;il faisait en feuilletant un cahier d&rsquo;aquarelles prises dans les divers lieux o\u00f9 j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 et o\u00f9, avec un plaisir \u00e9go\u00efste de collectionneur, je m&rsquo;\u00e9tais dit, en cataloguant ainsi les illustrations de ma m\u00e9moire : \u00ab J&rsquo;ai tout de m\u00eame vu de belles choses dans ma vie. \u00bb Alors ma m\u00e9moire affirmait sans doute la diff\u00e9rence des sensations, mais elle ne faisait que combiner entre eux des \u00e9l\u00e9ments homog\u00e8nes. Il n&rsquo;en avait plus \u00e9t\u00e9 de m\u00eame dans les trois souvenirs que je venais d&rsquo;avoir et o\u00f9, au lieu de me faire une id\u00e9e plus flatteuse de mon moi, j&rsquo;avais, au contraire, presque dout\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 actuelle de ce moi. De m\u00eame que le jour o\u00f9 j&rsquo;avais tremp\u00e9 la madeleine dans l&rsquo;infusion chaude, au sein de l&rsquo;endroit o\u00f9 je me trouvais (que cet endroit f\u00fbt, comme ce jour-l\u00e0, ma chambre de Paris, ou, comme aujourd&rsquo;hui en ce moment, la biblioth\u00e8que du prince de Guermantes, un peu avant la cour de son h\u00f4tel), il y avait eu en moi, irradiant d&rsquo;une petite zone autour de moi, une sensation (go\u00fbt de la madeleine tremp\u00e9e, bruit m\u00e9tallique, sensation de pas in\u00e9gaux) qui \u00e9tait commune \u00e0 cet endroit (o\u00f9 je me trouvais) et aussi \u00e0 un autre endroit (chambre de ma tante L\u00e9onie, wagon de chemin de fer, baptist\u00e8re de Saint-Marc). Au moment o\u00f9 je raisonnais ainsi, le bruit strident d&rsquo;une conduite d&rsquo;eau, tout \u00e0 fait pareil \u00e0 ces longs cris que parfois l&rsquo;\u00e9t\u00e9 les navires de plaisance faisaient entendre le soir au large de Balbec, me fit \u00e9prouver (comme me l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 fait une fois \u00e0 Paris, dans un grand restaurant, la vue d&rsquo;une luxueuse salle \u00e0 manger \u00e0 demi vide, estivale et chaude) bien plus qu&rsquo;une sensation simplement analogue \u00e0 celle que j&rsquo;avais \u00e0 la fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, \u00e0 Balbec, quand, toutes les tables \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 couvertes de leur nappe et de leur argenterie, les vastes baies vitr\u00e9es restant ouvertes tout en grand sur la digue, sans un seul intervalle, un seul \u00ab plein \u00bb de verre ou de pierre, tandis que le soleil descendait lentement sur la mer o\u00f9 commen\u00e7aient \u00e0 errer les navires, je n&rsquo;avais, pour rejoindre Albertine et ses amies qui se promenaient sur la digue, qu&rsquo;\u00e0 enjamber le cadre de bois \u00e0 peine plus haut que ma cheville, dans la charni\u00e8re duquel on avait fait pour l&rsquo;a\u00e9ration de l&rsquo;h\u00f4tel glisser toutes ensemble les vitres qui se continuaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Marcel Proust \u2013 Le temps retrouv\u00e9<\/em><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>POUR DEMAIN ET LES JOURS SUIVANTS :<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>12 Avr, 7 h 47 min&#8230;&#8230; Mon roman \u2013 1<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>13 Avr, 7 h 47 min&#8230;&#8230; Au Louvre<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\"><strong>14 Avr, 7 h 47 min&#8230;&#8230; Mon roman \u2013 2<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture: 18 minutes Morceau choisi Les pav\u00e9s de l\u2019H\u00f4tel de Guermantes Il y a quelques jours, j\u2019ai publi\u00e9 ici le fameux passage de la Recherche du temps perdu qui \u00e9voque la Petite Madeleine. Dans mon commentaire d\u2019introduction \u00e0 ce monument, j\u2019\u00e9mettais l\u2019opinion que, si relativement peu de monde avait lu ces quelques pages, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=16158\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Les pav\u00e9s de l\u2019H\u00f4tel de Guermantes<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[4],"tags":[112,21,111],"class_list":["post-16158","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-citations","tag-memoire","tag-philippe","tag-proust"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16158","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16158"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16158\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16158"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16158"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16158"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}