{"id":1549,"date":"2014-07-18T06:34:49","date_gmt":"2014-07-18T04:34:49","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=1549"},"modified":"2022-10-27T16:11:24","modified_gmt":"2022-10-27T14:11:24","slug":"look-ma-i-m-flying","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1549","title":{"rendered":"Look, Ma ! I&rsquo; m flying !"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Th\u00e8me impos\u00e9: une premi\u00e8re fois.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers l&rsquo;\u00e2ge de vingt-cinq ans, j&rsquo;ai d\u00fb faire mon service militaire. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait une esp\u00e8ce de mode \u00e0 laquelle bien peu \u00e9chappaient. Par la gr\u00e2ce d&rsquo;un piston non sollicit\u00e9 mais efficace, je me suis retrouv\u00e9 pour dix-huit mois sur la base a\u00e9rienne de Villacoublay \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Paris.<br \/>\nQuand vous \u00eates dans l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air et que vous ne volez pas, on vous appelle un rampant. \u00c7a n&rsquo;a pas de caract\u00e8re insultant, mais quand m\u00eame, \u00e7a manque un peu de panache. Apr\u00e8s un hiver pass\u00e9 \u00e0 m&rsquo;occuper vaguement de la bonne tenue des foss\u00e9s et des routes de la base, j&rsquo;\u00e9prouvais un profond ennui. Au premier jour du printemps, j&rsquo;appris que l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air payait pour les militaires, appel\u00e9s comme \u00e9lus, les frais d&rsquo;inscription, de formation et de vol dans une \u00e9cole de vol-\u00e0-voile \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Paris. De plus, le fait d&rsquo;\u00eatre inscrit \u00e0 cette \u00e9cole permettait de passer une journ\u00e9e par semaine hors de la base, ce qui constitua pour moi un argument d\u00e9cisif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Me voil\u00e0 inscrit au Club de Vol-\u00e0-Voile de Beynes, <!--more-->pourvu d&rsquo;une paire de bottes fourr\u00e9es, d&rsquo;un superbe blouson de vol avec col en fourrure et d&rsquo;une journ\u00e9e de libert\u00e9 par semaine.<br \/>\nLa formation pr\u00e9alable au vol \u00e0 voile est longue et fastidieuse: m\u00e9t\u00e9o, th\u00e9orie des gouvernes et des instruments de vol, th\u00e9orie de la navigation, pliage des parachutes, nettoyage des planeurs. Et puis un jour, il fait beau et on sort les planeurs bi-place. Ils sont \u00e9tonnamment laids et strictement identiques \u00e0 ceux dans lesquels j&rsquo;ai vu l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re Bourvil et de Fun\u00e8s \u00e9chapper aux Allemands dans La Grande Vadrouille. L&rsquo;instructeur vous dit:<br \/>\n\u00ab\u00a0-Tu montes avec moi, place de gauche. Tu ne touches \u00e0 rien.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le petit monomoteur vous traine au bout de son c\u00e2ble. On le regarde, encore rassur\u00e9 par ce lien qui vous rattache \u00e0 la m\u00e9canique. Il se balance doucement devant vous, l\u00e9g\u00e8rement plus bas. L&rsquo;instructeur commence par vous demander de prendre les commandes, monter, descendre, virer un peu tout en restant dans l&rsquo;alignement de l&rsquo;avion remorqueur. \u00c7a va. On a l\u2019impression d\u2019\u00eatre assis sur un cerf-volant, mais \u00e7a va. Tout \u00e0 coup, l\u2019instructeur tire sur la commande qui lib\u00e8re le c\u00e2ble. Aussit\u00f4t l&rsquo;avion plonge en virant et le planeur rel\u00e8ve le nez.<br \/>\n\u00ab\u00a0-\u00c0 toi \u00a0\u00bb dit l&rsquo;instructeur.<br \/>\nLe c\u0153ur bat assez vite, mais au bout de quelques secondes, \u00e7a va, on sent qu&rsquo;on ma\u00eetrise \u00e0 peu pr\u00e8s les premi\u00e8res man\u0153uvres. Bien s\u00fbr, ce sentiment de confiance est enti\u00e8rement d\u00fb \u00e0 la pr\u00e9sence du prof, \u00e0 c\u00f4t\u00e9. On se d\u00e9tend, on regarde \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, dessus, dessous, on parle presque sans arr\u00eat pour montrer qu&rsquo;on est d\u00e9contract\u00e9. La premi\u00e8re le\u00e7on se passe bien, l&rsquo;instructeur reprend les commandes pour l&rsquo;atterrissage &#8211; important l&rsquo;atterrissage.<br \/>\nOn sort de l&rsquo;appareil, les jambes faibles, mais content, de soi en particulier. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai os\u00e9!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les semaines passent, on vole quand il fait beau, on apprend de nouvelles man\u0153uvres, dont l&rsquo;atterrissage &#8211; essentiel l&rsquo;atterrissage -, l&rsquo;instructeur est de bonne humeur ou de mauvaise humeur, on est bon ou moins bon, il fait beau ou moins beau. Quand il fait mauvais, on ne vole pas. On nettoie les planeurs. On commence \u00e0 s&rsquo;ennuyer, \u00e0 trouver le temps long, \u00e0 se demander si on va venir la semaine prochaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai bien failli ne pas venir. Il ne fait pas tr\u00e8s beau, on ne va peut-\u00eatre pas pouvoir voler. \u00c0 vrai dire, j&rsquo;en ai un peu marre du planeur. Bon, le temps se l\u00e8ve et on va voler. Je suis le troisi\u00e8me cet apr\u00e8s-midi \u00e0 monter dans le biplace avec l&rsquo;instructeur. Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est jour sans. Il est presque d\u00e9sagr\u00e9able et me fait faire les man\u0153uvres les plus diverses, avec des encha\u00eenements trop rapides pour moi. Je fais des b\u00eatises, je rate l&rsquo;exercice de d\u00e9crochage, heureusement qu&rsquo;il est l\u00e0. \u00c7a va mal. L&rsquo;atterrissage est une catastrophe &#8211; une catastrophe l&rsquo;atterrissage. J&rsquo;ai rebondi quatre fois &#8211; atterrissage de commandant. Je n&rsquo;ai pas cass\u00e9 de bois, mais j&rsquo;ai fini en travers tout au bout de la piste. Je suis nul, nul et renul. Je n&rsquo;ai rien appris. Je suis nul.<br \/>\nQuand nous sortons tous les deux du cockpit, l&rsquo;instructeur a le visage ferm\u00e9. Je suis furieux contre moi. S&rsquo;il m&rsquo;engueule, je plaque tout sur le champ, le planeur, les bottes et le blouson.<br \/>\n\u00ab\u00a0Bon, \u00e7a va. Tu prends le C310 l\u00e0-bas, et tu d\u00e9colles. Altitude de largage 1000 m\u00e8tres. Tu fais des ronds autour du terrain et tu descends doucement. Et t\u00e2che de ne pas me refaire un atterrissage comme celui-l\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis \u00e0 la fois interloqu\u00e9, content et angoiss\u00e9. Je suis nul, je ne vais jamais y arriver, je vais me casser la figure, atterrir aux vaches, ou pire casser du bois. Mais je me dis que le prof sait ce qu&rsquo;il fait et qu&rsquo;il va falloir y aller.<br \/>\nLe planeur est tout petit. C&rsquo;est un monoplace Castel-Mauboussin de 1946. Il ne ressemble pas du tout \u00e0 ceux que je vois \u00e9voluer autour du terrain, beaux oiseaux blancs, \u00e0 la fois effil\u00e9s et arrondis de partout, avec aux commandes un pilote prot\u00e9g\u00e9 par un cockpit gracieusement galb\u00e9 et une paire de Ray-Ban. Non, mon planeur est vieux et moche: c&rsquo;est une sorte de mod\u00e8le r\u00e9duit des biplaces d&rsquo;instruction. Il est rouge brique, avec des lignes anguleuses. S&rsquo;il poss\u00e8de bien un pare-brise, il n&rsquo;a pas de fen\u00eatre. De toute fa\u00e7on, je n&rsquo;ai pas le choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>-Accrocher le c\u00e2ble, monter dans le planeur, v\u00e9rifier les commandes de gouvernes, v\u00e9rifier les trois seuls instruments, compas, altim\u00e8tre et badin, faire signe \u00e0 l&rsquo;avion qu&rsquo;on est pr\u00eat. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pointe d&rsquo;une aile (on dit plume) au sol, le planeur glisse sur l&rsquo;herbe en cahotant derri\u00e8re l&rsquo;avion. Un peu de vitesse, une petite action sur le manche et les plumes se mettent \u00e0 l&rsquo;horizontale. Le planeur d\u00e9colle en premier, puis l&rsquo;avion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>-Rester l\u00e9g\u00e8rement au-dessus de l&rsquo;avion, mais pas trop, le suivre doucement dans ses virages. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il bat des ailes, c\u2019est le signal pour larguer le c\u00e2ble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a y est. Je suis tout seul, il n&rsquo;y a plus que le bruit du vent. Je tente d&rsquo;abord de voler droit en douce descente. \u00c7a marche. Je m&rsquo;enhardis, je vire un peu. Dans les virages, je regarde en bas, les routes, les toits, les terrains de football. Bon sang, je ne vois plus le terrain ! Je me retourne pour regarder derri\u00e8re moi. Mouvement des \u00e9paules idiot qui me fais tirer sur le manche et m&rsquo;entra\u00eene dans un d\u00e9but de d\u00e9crochage. Si la man\u0153uvre de rattrapage est faite \u00e0 temps, ce n&rsquo;est pas grave, mais \u00e7a fait un peu peur quand m\u00eame. Le bruit du vent monte rapidement vers les aigus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>-Se rappeler les le\u00e7ons, rendre du manche et sentir quand les ailes vont commencer \u00e0 accrocher, tirer doucement sur le manche. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme pr\u00e9vu, l&rsquo;appareil se redresse et ralentit. Le vent se calme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>-O\u00f9 est pass\u00e9 le terrain? <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il va falloir tourner en rond jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;a\u00e9rodrome apparaisse, ce qu&rsquo;il fera in\u00e9vitablement si je n&rsquo;ai pas trop d\u00e9riv\u00e9. Le voil\u00e0, sur la gauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>-Ne plus le quitter des yeux. Tout va bien.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout va bien. Une esp\u00e8ce d&rsquo;euphorie monte en moi, presque un sentiment de toute-puissance. Je r\u00e9alise que je souris aux anges, puis je commence \u00e0 siffloter, \u00e0 chanter. Maintenant, tout seul derri\u00e8re ma vitre de Plexiglas, je hurle de joie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a y est, je vole. C&rsquo;est moi qui commande, qui dirige cette fragile petite chose de toile et de bois, avec un peu de plastique pour voir \u00e0 travers. Je sors mon coude gauche \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur et le pose avec affectation sur la porti\u00e8re. Je peux faire ce que je veux, je suis le ma\u00eetre \u00e0 bord et j&rsquo;ai trois dimensions \u00e0 ma disposition.<br \/>\nL&rsquo;altim\u00e8tre me rappelle qu&rsquo;il va falloir rejoindre la piste et se poser. Avec un planeur, on n\u2019a qu&rsquo;une seule chance qu&rsquo;il ne faut pas rater.<br \/>\n\u00c7a y est, je suis dans l&rsquo;axe, pratiquement \u00e0 la bonne altitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>-\u00c7a va aller\u2026, \u00e7a va aller\u2026, \u00e7a va aller\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux rebonds, &#8211; atterrissage de lieutenant, le planeur s&rsquo;arr\u00eate en tr\u00e8s l\u00e9ger cheval de bois &#8211; tr\u00e8s acceptable, l&rsquo;atterrissage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je reste quelques instants sangl\u00e9 sur mon si\u00e8ge, le temps de laisser retomber mon excitation et de prendre l&rsquo;air blas\u00e9 qui convient pour confier le planeur au pilote suivant. J\u2019allume une cigarette et je marche vers l&rsquo;a\u00e9roclub en portant mon parachute sur l&rsquo;\u00e9paule, comme je l&rsquo;ai vu faire dans les films de guerre. Je me dirige vers le bar.<br \/>\nJe vais prendre une bi\u00e8re avec Mermoz et Saint-Exup\u00e9ry.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Th\u00e8me impos\u00e9: une premi\u00e8re fois. Vers l&rsquo;\u00e2ge de vingt-cinq ans, j&rsquo;ai d\u00fb faire mon service militaire. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, c&rsquo;\u00e9tait une esp\u00e8ce de mode \u00e0 laquelle bien peu \u00e9chappaient. Par la gr\u00e2ce d&rsquo;un piston non sollicit\u00e9 mais efficace, je me suis retrouv\u00e9 pour dix-huit mois sur la base a\u00e9rienne de Villacoublay \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Paris. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1549\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Look, Ma ! 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