{"id":15444,"date":"2018-12-23T08:47:27","date_gmt":"2018-12-23T06:47:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=15444"},"modified":"2018-12-23T18:23:02","modified_gmt":"2018-12-23T16:23:02","slug":"15444","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=15444","title":{"rendered":"La litt\u00e9rature compar\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">J&rsquo;avais envoy\u00e9 \u00e0 Laurenzo Dell&rsquo;Acqua ce morceau choisi extrait du roman Soumission<\/span><strong> <a href=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=9212\">(Pour la revoir cliquez ici<\/a> )<\/strong> <span style=\"color: #0000ff;\">dans lequel Houellebecq exprime entre tous les arts sa pr\u00e9f\u00e9rence pour la litt\u00e9rature. <\/span><\/em><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><em>Laurenzo m&rsquo;a fait cette\u00a0int\u00e9ressante r\u00e9ponse en forme de D\u00e9fense et Illustration de la peinture, de la musique, du cin\u00e9ma et de la photographie. <\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon cher Philippe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne partage pas le point de vue de Houellebecq sur la sup\u00e9riorit\u00e9 de la litt\u00e9rature sur les autres arts. Pas du tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019appr\u00e9cie au moins quatre autres formes d\u2019art\u00a0en plus de la litt\u00e9rature : la peinture, la musique, le cin\u00e9ma et la photographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon moi l\u2019art doit r\u00e9pondre \u00e0 deux exigences\u00a0: exprimer ce qu\u2019aucun autre art ne saurait exprimer et na\u00eetre de rien\u00a0: une feuille blanche, une port\u00e9e nue, une toile vierge. C\u2019est d\u2019ailleurs le probl\u00e8me de la <!--more-->photo qui ne na\u00eet jamais de rien mais qui transmet, modifie, optimise, exalte, transcende, sublime la r\u00e9alit\u00e9. Est-elle quand m\u00eame un art\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En peinture\u00a0: La Naissance de la Vierge\u00a0du Maestro dell&rsquo;Osservanza \u00e0 Asciano.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-15446\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Naissance.png\" alt=\"\" width=\"708\" height=\"491\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Naissance.png 708w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/11\/Naissance-300x208.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 708px) 100vw, 708px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, la beaut\u00e9 de l\u2019\u0153uvre l\u2019emporte sur le th\u00e8me expos\u00e9. C\u2019est un propos blasph\u00e9matoire que l\u2019artiste a le courage ou l\u2019effronterie d\u2019exprimer. Ce qui attire le regard, ce n\u2019est pas la Vierge nouveau-n\u00e9e, ni sa m\u00e8re, ni le th\u00e8me religieux. Non, notre regard se porte vers l\u2019encadrure de la porte o\u00f9 appara\u00eet la servante v\u00eatue d\u2019une robe de noir et d\u2019or que l\u2019on n\u2019oubliera jamais. Elle exprime la primaut\u00e9 de la beaut\u00e9 sur le message religieux et ce n\u2019est pas une mince affaire\u00a0\u00e0 cette \u00e9poque !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En musique\u00a0: le Lento du douzi\u00e8me quatuor de Dvorak. Ici s\u2019exprime la nostalgie du pays natal pour ce compositeur parti aux Am\u00e9riques d\u2019o\u00f9 le titre erron\u00e9 de l\u2019\u0153uvre. Le quatuor n\u2019a rien d\u2019am\u00e9ricain. Il dit au contraire la nostalgie de l\u2019auteur pour son pays d\u2019origine. Et c\u2019est bouleversant. Mais plus vous l\u2019\u00e9coutez, plus la nostalgie s\u2019empare de vous ce d\u2019autant que vous ne connaissez pas vraiment la Tch\u00e9coslovaquie. Cette musique exprime de fa\u00e7on inou\u00efe un sentiment profond : nostalgie du pays natal, oui, mais pas seulement. Nostalgie de l\u2019\u00eatre aim\u00e9, nostalgie des parents disparus, nostalgie de nos manquements. Nostalgie surtout de notre jeunesse, du temps pass\u00e9 et perdu, et, en miroir, angoisse du futur et de la mort. Ce quatuor est le reflet de nos vies tiraill\u00e9es entre la nostalgie du pass\u00e9 et l\u2019angoisse de l\u2019avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment des mots pourraient-ils exprimer la saudade du Fado\u00a0et le drame passionnel du Combat de Tancr\u00e8de et Clorinde de Monteverdi\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cin\u00e9ma, deux sc\u00e8nes me semblent sp\u00e9cifiques de cet art. L\u2019admirable Moli\u00e8re d\u2019Ariane Mnouchkine r\u00e9alise une harmonie parfaite entre une belle histoire, une belle image et une belle musique. Seul le cin\u00e9ma est par d\u00e9finition capable de faire pareille synth\u00e8se. Mais il est plus admirable encore par une sc\u00e8ne fr\u00e9missante. A la foire, une cartomancienne saisit la main de Moli\u00e8re enfant pour y lire son avenir. Tandis que la cam\u00e9ra filme un homme muni d\u2019ailes en toile flottant dans les airs au dessus d\u2019eux, la vieille femme parvient \u00e0 dire en l\u2019osant \u00e0 peine\u00a0: \u00ab\u00a0pour toi, je vois, je vois, je vois \u2026 la Gloire\u00a0\u00bb. Et quand la cam\u00e9ra redescend au niveau du sol, Moli\u00e8re est devenu en adulte. C\u2019est bouleversant. La litt\u00e9rature n\u2019aurait jamais pu exprimer cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un autre film, la Jeune Fille \u00e0 la Perle, il est un plan fixe o\u00f9 la main du peintre est pos\u00e9e sur la table \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle de la servante. Dans mon souvenir, la sc\u00e8ne dure une \u00e9ternit\u00e9 mais c\u2019est inexact\u00a0! Elle ne dure que trois secondes. Pourtant de la vision de leurs deux mains immobiles c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te na\u00eet un suspens terrible\u00a0: vont-ils oui ou non se prendre par la main comme ce qui pr\u00e9c\u00e8de le laisse pr\u00e9sager, vont-ils ainsi s\u2019embrasser par la main, vont-ils faire l\u2019amour\u00a0main dans la main ? Nous ne le saurons jamais, la sc\u00e8ne \u00e9tant interrompue par un \u00e9v\u00e9nement ext\u00e9rieur. Dans le livre homonyme, cette sc\u00e8ne n\u2019existe pas parce que la litt\u00e9rature ne peut pas exprimer cela.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En photo le train de p\u00e9niches devant l\u2019\u00eele Saint Louis de Willy Ronis est une \u0153uvre d\u2019art qui exprime bien plus que ne pourrait le faire la litt\u00e9rature. La p\u00e9niche suit harmonieusement la courbe du fleuve, l\u2019\u00eele Saint Louis dans le lointain est v\u00eatue de brume hivernale. Oui, l\u2019ensemble est \u00e9quilibr\u00e9 et harmonieux. C\u2018est une photo parfaite. Et cela Ronis l\u2019avait pr\u00e9vu et construit. Mais ce qu\u2019il n\u2019avait pas pr\u00e9vu, parce qu\u2019il a eu l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de le dire, c\u2019est qu\u2019il y avait au fond de la calle vide de la p\u00e9niche des enfants en train de faire du v\u00e9lo. C\u2019est bouleversant parce que les enfants continuent \u00e0 jouer indiff\u00e9rents \u00e0 la vie qui les entoure et c\u2019est bouleversant parce que l\u2019innocence des enfants est indiff\u00e9rente \u00e0 la beaut\u00e9 qui les entoure. Il y a dans le myst\u00e8re de l\u2019enfance quelque chose de plus important que la beaut\u00e9 esth\u00e9tique. La litt\u00e9rature aurait-elle pu exprimer cela\u00a0de fa\u00e7on aussi simple ? Je ne le crois pas.<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li><em>PS) Ce n\u2019est pas le sujet mais, avant d\u2019\u00e9crire ces lignes, je me suis astreint \u00e0 quelques v\u00e9rifications \u00e9difiantes quand \u00e0 mes capacit\u00e9s de m\u00e9moire. Dans la Jeune Fille \u00e0 la perle, la sc\u00e8ne des deux mains ne dure que trois secondes alors que dans mon souvenir, elle durait une \u00e9ternit\u00e9, une minute au moins en plan fixe sans un son \u2026. Et dans Moli\u00e8re, je croyais que c\u2019\u00e9tait un \u00e9norme ballon rouge que la cam\u00e9ra filmait s\u2019envolant dans le ciel bleu au dessus du petit gar\u00e7on \u2026 Comme quoi\u00a0!<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>En fait, dans le morceau choisi, Houellebecq ne dit pas que la litt\u00e9rature est sup\u00e9rieure aux autres arts. Il dit que seules les \u0153uvres litt\u00e9raires lui permettent d&rsquo;entre en contact avec l&rsquo;esprit de leur auteur, car \u00ab\u00a0<\/em> <strong>jamais on ne se livre dans une conversation aussi compl\u00e8tement qu\u2019on ne le fait devant une feuille vide, s\u2019adressant \u00e0 un destinataire inconnu.\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>ET DEMAIN, AVEC UN PEU DE CHANCE, CE SERA NO\u00cbL<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;avais envoy\u00e9 \u00e0 Laurenzo Dell&rsquo;Acqua ce morceau choisi extrait du roman Soumission (Pour la revoir cliquez ici ) dans lequel Houellebecq exprime entre tous les arts sa pr\u00e9f\u00e9rence pour la litt\u00e9rature. Laurenzo m&rsquo;a fait cette\u00a0int\u00e9ressante r\u00e9ponse en forme de D\u00e9fense et Illustration de la peinture, de la musique, du cin\u00e9ma et de la photographie. Mon &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=15444\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">La litt\u00e9rature compar\u00e9e<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[94,2],"tags":[1462],"class_list":["post-15444","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-critiques","category-textes","tag-laurenzo"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15444","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15444"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15444\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15444"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15444"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15444"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}