{"id":15105,"date":"2018-11-11T08:47:19","date_gmt":"2018-11-11T06:47:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=15105"},"modified":"2018-11-10T21:19:48","modified_gmt":"2018-11-10T19:19:48","slug":"il-y-a-cent-ans-11-novembre-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=15105","title":{"rendered":"Il y a cent ans, 11 novembre 1918"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Il y a 100 ans, exactement, le 11 novembre 1918 \u00e0 11 heures du matin, les cloches ont sonn\u00e9 dans toute la France pour annoncer l&rsquo;armistice qui mettait fin \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre Mondiale. <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000080;\"><em>A l&rsquo;occasion de ce centenaire, je publie \u00e0 nouveau cet extrait du journal du caporal Marcellin Coutheillas, mon grand-p\u00e8re. Ce passage, dat\u00e9 du 8 novembre 1914, d\u00e9crit cinq jours parmi d&rsquo;autres de cette premi\u00e8re ann\u00e9e de guerre. \u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Journal de Marcelin Coutheillas, caporal<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8 novembre\u00a01914<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens de passer cinq jours inoubliables. Mon sang froid m\u2019\u00e9tonne, mais j\u2019ai eu terriblement peur de ne pas pouvoir tenir ma place. Pourtant, je ne sais pas si je pourrai retrouver cette s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, ce sang froid maintenant que j\u2019ai vu. Est-ce que dans d\u2019autres pareilles circonstances, des visions terribles ne viendront pas faire assaut \u00e0 ma raison et me faire faillir ?<br \/>\nQuand j\u2019\u00e9cris ces notes, le dimanche 8 novembre, j\u2019ai eu une nuit de repos, j\u2019ai bien d\u00e9jeun\u00e9 et j\u2019ai l\u2019esprit en repos. Je ne suis presque plus sous l\u2019impression d\u00e9primante d\u2019hier qui m\u2019a abattu et o\u00f9 la seule id\u00e9e de retourner aux tranch\u00e9es me faisait fr\u00e9mir. Aujourd\u2019hui, je l\u2019envisage avec plus de fermet\u00e9, cependant sans d\u00e9sir d\u2019y retourner.<br \/>\nLe 2 novembre, nous sommes partis pour les tranch\u00e9es La route est extr\u00eamement p\u00e9nible, car, comme nous devons traverser un plateau compl\u00e8tement d\u00e9couvert, il faut ramper sous une gr\u00eale de balles. C\u2019est seulement le d\u00e9but. Nous <!--more-->arrivons aux \u00e9troits boyaux qui desservent les tranch\u00e9es. La marche est difficile. Je suis couvert de sueur. On me place en soutien de mitrailleuse \u00e0 cent m\u00e8tres des boches.<br \/>\nLa nuit est calme.<br \/>\nAu petit jour, nous apercevons les Allemands qui creusent une tranch\u00e9e. Toute la journ\u00e9e, ce sera une fusillade ininterrompue sur toute la ligne. Quand une balle frappe les t\u00f4les des guetteurs ou un camarade, comme au stand de tir, les autres indiquent. Les Allemands en font autant. Cette fa\u00e7on tr\u00e8s cr\u00e2ne nous donne confiance et petit \u00e0 petit, cela nous empoigne : j\u2019ai vu des gens d\u2019ordinaire tr\u00e8s peureux se placer gaillardement dans un cr\u00e9neau et faire le coup de feu.<br \/>\nLa nuit, il fait un clair de lune merveilleux et on distingue tr\u00e8s bien les tranch\u00e9es allemandes. Silence sur les lignes.<br \/>\nAujourd\u2019hui, 3 novembre, j\u2019ai 36 ans. Ce matin, il fait du brouillard et je pars avec un sergent et quatre zouaves pour planter des piquets et tendre des fils de fer devant les tranch\u00e9es. Le courage est comme tout, communicatif, et c\u2019est sans h\u00e9sitation que je suis mes camarades.<br \/>\nNous restons sortis pr\u00e8s de trois quarts d\u2019heure, et ce n\u2019est que vers la fin que les Boches nous devinent et tiraillent de notre c\u00f4t\u00e9. Mais ils tirent trop haut et nous rentrons indemnes.<br \/>\nA 8 heures, le soleil chasse la brume et \u00e0 10 heures, un Taube nous survole. A midi, l\u2019artillerie allemande commence ses tirs de r\u00e9glage. Ils sont \u00e0 peu pr\u00e8s bons.<br \/>\nA 3 heures, c\u2019est le bal complet : \u00e9clatements, lueurs, chocs, sifflements. C\u2019est fou, ahurissant, sinistre ; la terre tremble, des souffles nous couchent dans les tranch\u00e9es. Les Allemands envoient sur nous des grenades et des fus\u00e9es lumineuses.<br \/>\nNous sommes debout, ba\u00efonnette au canon, pr\u00eats \u00e0 l\u2019attaque que nous attendons d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre, car les tranch\u00e9es allemandes sont silencieuses. C\u2019est de mauvais augure. Les officiers passent dans les tranch\u00e9es en nous recommandant de nous tenir sur nos gardes. Un caporal et quatre zouaves se portent \u00e0 vingt m\u00e8tres en avant pour servir de petit poste. Une m\u00e9prise se produit et l\u2019un des zouaves tue un des n\u00f4tres qui rampait en avant vers le petit poste.<br \/>\n10 heures, coliques<br \/>\n11 heures, le petit poste se replie sous le feu et nous annonce l\u2019arriv\u00e9e des Allemands. Ils sont en colonne par quatre. C\u2019est absolument d\u00e9concertant et effrayant.<br \/>\nLes Zouaves, qui ont d\u00e9j\u00e0 assist\u00e9 \u00e0 de pareils assauts, sont calmes et nous donnent des conseils. Nous commen\u00e7ons \u00e0 tirer.<br \/>\nMalgr\u00e9 cet ouragan de feu, les colonnes avancent toujours. Nos obus de 75 tombent dans leurs lignes et y produisent des effets effroyables. La mitrailleuse marche, mais ils avancent toujours. Avec une acuit\u00e9 \u00e9trange, je sens tout le danger de notre situation, je sens qu\u2019il faut r\u00e9sister \u00e0 tout prix, et tous sont comme moi : nous tirons avec rage.<br \/>\nIls sont sur nous. Nous sommes oblig\u00e9s d\u2019\u00e9vacuer les tranch\u00e9es. Mais \u00e0 peine \u00e9tions nous en arri\u00e8re qu\u2019un officier s\u2019\u00e9lance en t\u00eate et commande : \u00ab A la ba\u00efonnette ! \u00bb<br \/>\nAlors, c\u2019est la ru\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est une lutte effroyable. Nous reprenons nos positions et, emport\u00e9s par l\u2019\u00e9lan, nous nous portons sur les positions allemandes et nous les enlevons. Les tranch\u00e9es sont si \u00e9troites que nous nous battons \u00e0 coups de crosse, \u00e0 coups de poings, \u00e0 coups de t\u00eate.<br \/>\nLe jour s\u2019est lev\u00e9 pendant l\u2019attaque et nous ne pouvons plus nous replier vers nos anciennes tranch\u00e9es, car le terrain que nous venons de franchir est balay\u00e9 par l\u2019artillerie et par le feu de l\u2019infanterie allemande qui s\u2019est retranch\u00e9e sur la cr\u00eate. De la tranch\u00e9e o\u00f9 nous sommes, nous sortons les corps de cinquante-neuf Allemands, que nous pla\u00e7ons en avant. Derri\u00e8re nous, il reste environ deux cents corps allemands et une vingtaine des n\u00f4tres. Certains sont bless\u00e9s, mais il nous est impossible de leur porter secours.<br \/>\nA la nuit, nous repoussons une contre-attaque. Pendant toute la journ\u00e9e et toute la nuit, nous travaillons au creusement d\u2019un boyau pour rejoindre nos anciennes tranch\u00e9es.<br \/>\nClair de lune. Nous relevons cinq bless\u00e9s fran\u00e7ais et quelques Allemands.<br \/>\nJourn\u00e9e de bombardement. Vers 5 heures, nous rejoignons nos camarades. Sentiment de d\u00e9livrance.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-693\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Marcelin.png\" alt=\"\" width=\"516\" height=\"549\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Marcelin.png 516w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Marcelin-281x300.png 281w\" sizes=\"auto, (max-width: 516px) 100vw, 516px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>ET DEMAIN, RETOUR RUE SAINT-JACQUES<\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 100 ans, exactement, le 11 novembre 1918 \u00e0 11 heures du matin, les cloches ont sonn\u00e9 dans toute la France pour annoncer l&rsquo;armistice qui mettait fin \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre Mondiale. 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