{"id":1377,"date":"2014-07-13T06:04:51","date_gmt":"2014-07-13T04:04:51","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=1377"},"modified":"2026-07-04T07:28:36","modified_gmt":"2026-07-04T05:28:36","slug":"jeeves-critique-aisee-27","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1377","title":{"rendered":"Jeeves     (Critique ais\u00e9e 29)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Je sortis une main de dessous les draps et sonnai Jeeves<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Bonjour, Jeeves.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Bonjour, Monsieur.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Je m&rsquo;\u00e9tonnai.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Est-ce le matin ?<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Oui, Monsieur.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; En \u00eates-vous s\u00fbr ? Il me semble qu&rsquo;il fait bien sombre dehors.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Il y a du brouillard, Monsieur. Si Monsieur se rappelle, nous sommes maintenant en automne, saison des brumes et des maturations succulentes.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Saison des quoi ?<\/em><\/strong><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>&#8211; Des brumes et des maturations succulentes, Monsieur.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; Hein ? Ah ! Oui, oui, je vois. Eh bien ! Quoi qu&rsquo;il en soit, pr\u00e9parez-moi un de vos cocktails reconstituants, voulez-vous ?<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>&#8211; J&rsquo;en ai un tout pr\u00eat au r\u00e9frig\u00e9rateur, Monsieur.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Il s&rsquo;\u00e9clipsa et je me redressai dans mon lit avec l&rsquo;impression que j&rsquo;allais mourir dans cinq minutes, impression d\u00e9sagr\u00e9able, mais que l&rsquo;on \u00e9prouve quelquefois. J&rsquo;avais donn\u00e9 la veille un petit diner de c\u00e9libataires au Drones en l&rsquo;honneur de Gussie Fink-Nottle&#8230;&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces quelques lignes sont les premi\u00e8res d\u2019un roman de P.G.Wodehouse, paru en 1938. Le titre original et extr\u00eamement britannique en \u00e9tait \u00ab\u00a0The Code of the Woosters\u00a0\u00bb, et le traducteur en a fait \u00ab\u00a0Bonjour, Jeeves\u00a0\u00bb, ce qui n&rsquo;engage \u00e0 rien, mais pr\u00e9sente l&rsquo;avantage de marquer son appartenance \u00e0 une longue s\u00e9rie d&rsquo;aventures de Bertie et Jeeves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la litt\u00e9rature anglaise, Bertram (Bertie) Wooster et Jeeves sont aussi connus que Lady Macbeth, Sherlock Holmes et Father Brown.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975) a cr\u00e9\u00e9 et fait vivre pendant plus de cinquante ans ce jeune gentleman gentiment stupide, totalement oisif et plein de bonne volont\u00e9 maladroite (c\u2019est Bertie) et son valet de chambre, d\u00e9vou\u00e9, g\u00e9nial, cultiv\u00e9 et discr\u00e8tement sarcastique (c\u2019est Jeeves). Et voici ce qui se passe\u00a0en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0: entre deux diners \u00e0 son club des Drones, Bertie se met dans une situation extr\u00eamement d\u00e9licate, \u00e0 moins que ce ne soit l&rsquo;un de ses vagues cousins ou camarade de coll\u00e8ge, le plus souvent du m\u00eame niveau d\u2019intelligence que Bertram ou pire. Les dites situations d\u00e9licates concernent en g\u00e9n\u00e9ral des dettes de jeu, des troubles \u00e0 l\u2019ordre public londonien ou des amourettes inopportunes, toutes choses qu\u2019il convient de r\u00e9gler sans que le scandale \u00e9clate ou que les oncles ou tantes \u00e0 h\u00e9ritage en soient avertis. Le jeune gentleman tente tout d\u2019abord de traiter la situation par lui-m\u00eame, mais, ce faisant, il n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 la compliquer encore davantage. A contrec\u0153ur, il demande alors \u00e0 Jeeves de prendre les choses en main, ce que fait Jeeves, de fa\u00e7on brillante, compliqu\u00e9e et efficace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est du vaudeville, mais \u00e0 l\u2019anglaise. En effet, tout se passe dans les Clubs londoniens, les ch\u00e2teaux du Westchester ou du Surrey, les roadsters d\u00e9capot\u00e9s, les interminables et impeccables pelouses. On joue au croquet ou au whist. On se croirait \u00e0 Downton Abbey ou dans un roman d\u2019Evelyn Waugh. Les h\u00e9ros font partie de la gentry et n\u2019ont pas d\u2019autre souci que leurs dettes de jeu, leurs gueules de bois, et l&rsquo;ouverture de la saison des courses \u00e0 Ascott. Ils portent les jolis noms de Hildebrand \u00ab\u00a0Tuppy\u00a0\u00bb Glossop,\u00a0Augustus \u00ab\u00a0Gussie\u00a0\u00bb Fink-Nottle, Oofy Prosser,\u00a0Marmaduke \u00ab\u00a0Chuffy\u00a0\u00bb Chuffnel,\u00a0Claude \u00ab\u00a0Catsmeat\u00a0\u00bb Potter-Pirbright ou Cyril \u00ab\u00a0Barmy\u00a0\u00bb Fotheringay-Phipps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Leurs aventures sont ineptes, leurs intelligences limit\u00e9es, leur culture \u00e9vapor\u00e9e. Mais ils sont toujours plein d\u2019invention et se donnent beaucoup de mal pour monter des stratag\u00e8mes qui les feront s\u2019enfoncer davantage dans les sables mouvants de leur b\u00eatise. Ceci jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Jeeves invente un stratag\u00e8me encore plus sophistiqu\u00e9 qui sortira son jeune maitre et ses amis ou cousins de l\u2019embarras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tout est racont\u00e9 dans une langue tr\u00e8s riche, pas toujours bien traduite, mais guid\u00e9e par ce qui fait pour moi le charme principal de la litt\u00e9rature comique anglaise\u00a0: l\u2019understatement.(1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Note 1-D\u00e9sol\u00e9, je trouve que les mots euph\u00e9misme ou litote ne d\u00e9finissent pas assez fid\u00e8lement cet art anglais qui consiste \u00e0 parler par exemple de \u00ab\u00a0quelques \u00e9nergum\u00e8nes agit\u00e9s\u00a0\u00bb quand on a affaire \u00e0 une foule en d\u00e9chain\u00e9e. Je d\u00e9velopperai davantage cette notion un de ces jours.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je sortis une main de dessous les draps et sonnai Jeeves &#8211; Bonjour, Jeeves. &#8211; Bonjour, Monsieur. Je m&rsquo;\u00e9tonnai. &#8211; Est-ce le matin ? &#8211; Oui, Monsieur. &#8211; En \u00eates-vous s\u00fbr ? Il me semble qu&rsquo;il fait bien sombre dehors. &#8211; Il y a du brouillard, Monsieur. 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