{"id":12744,"date":"2018-04-16T07:47:03","date_gmt":"2018-04-16T05:47:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=12744"},"modified":"2022-09-28T16:09:28","modified_gmt":"2022-09-28T14:09:28","slug":"texte-integral-rennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=12744","title":{"rendered":"L&rsquo;interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes &#8211; Texte int\u00e9gral"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"entry-title\" style=\"text-align: center;\">L\u2019interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes<\/h3>\n<blockquote><p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-12768 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/IMG_5562-960x751.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"473\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/IMG_5562-960x751.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/IMG_5562-300x235.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/IMG_5562-768x601.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><br \/>\nC&rsquo;est le 26 juin 2016 \u00e0 11 heures 45&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>1-Une m\u00e9canique bien huil\u00e9e<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre premier : O\u00f9 l\u2019on constatera qu\u2019\u00e0 l\u2019instar du temps judiciaire, le temps municipal n\u2019est pas celui de tout le monde et qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, il y a moins d\u2019urgence que de gens press\u00e9s.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-12255\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/1-Rue-de-Rennes.jpg\" alt=\"\" width=\"260\" height=\"219\" \/>C\u2019est le 26 juin 2016 \u00e0 11 heures 45, alors qu\u2019il proc\u00e9dait \u00e0 une op\u00e9ration de contr\u00f4le de routine, que Roger Ratinet\u00a0<sup>(1)<\/sup>, technicien de la Mairie de Paris pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rification de la conformit\u00e9 des plaques de rue \u00e0 la parit\u00e9 homme\/femme, d\u00e9couvrit que les quarante premiers num\u00e9ros de la rue de Rennes avaient disparu. Choqu\u00e9, il rentra chez lui et prit le reste de la journ\u00e9e pour se remettre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain, de retour \u00e0 son bureau, il entreprit de r\u00e9diger le rapport d\u2019anomalie circonstanci\u00e9 que m\u00e9ritait un tel \u00e9v\u00e8nement. Quel ne fut pas son embarras quand il constata qu\u2019il n\u2019existait\u00a0<!--more--><span id=\"more-12222\"><\/span>aucun formulaire adapt\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019il avait \u00e0 rapporter. Il y avait bien le formulaire sp\u00e9cial pour signaler la destruction d\u2019un abribus ou d\u2019une fontaine Wallace, ou celui adapt\u00e9 au vol d\u2019une borne d\u2019incendie ou de toilettes publiques, ou encore celui qu\u2019on utilisait couramment pour signaler l\u2019\u00e9vaporation dans la nature d\u2019un agent de la voirie avec tout son \u00e9quipement, mais il n\u2019y avait rien, absolument rien pour signaler la disparition d\u2019un immeuble, d\u2019un monument ou de quoi que ce soit d\u2019approchant. Alors, vous pensez, toute une portion de rue, et commer\u00e7ante, qui plus est ! Choqu\u00e9, il rentra chez lui et prit le reste de la journ\u00e9e pour r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain, de retour \u00e0 son bureau, il reprit le cours de ses pens\u00e9es et une id\u00e9e lui vint. Content, il rentra chez lui pour demander son avis \u00e0 son \u00e9pouse. Avec ce bon sens que les hommes envient \u00e0 ce sexe qui leur est \u00e0 la fois \u00e9gal et oppos\u00e9, Yvonne Ratinet, lui conseilla d\u2019en parler \u00e0 son sup\u00e9rieur, mais \u00ab\u00a0<em>pas tout de suite<\/em>\u00ab\u00a0, parce qu\u2019ils partaient en vacances \u00e0 Montalivet-les-Bains la semaine prochaine, et \u00ab\u00a0<em>qu\u2019avec<\/em>\u00a0<em>ce con de Cottard\u00a0<sup>(2)<\/sup>, on ne pouvait jamais savoir et qu\u2019il pourrait bien te retenir au bureau ind\u00e9finiment, des fois que la Reine-Maire<sup>\u00a0(3)<\/sup>\u00a0voudrait entendre l\u2019histoire de la bouche du cheval<\/em>.<sup>\u00a0(4)<\/sup>\u00ab<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc le 8 septembre que, \u00e0 peine rentr\u00e9 de sa villa\u00a0<em>AndRog,<\/em>\u00a0il demanda un entretien toutes affaires cessantes \u00e0\u00a0<em>ce con de Cottard<\/em>. Mais celui-ci \u00e9tait parti en s\u00e9minaire de formation au d\u00e9pistage du sexisme. Il ne put donc recevoir son subordonn\u00e9 qu\u2019au tout d\u00e9but du mois d\u2019octobre, le 9, plus pr\u00e9cis\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de cet instant, l\u2019Administration se mit en marche comme une m\u00e9canique bien huil\u00e9e. Cottard exigea tout d\u2019abord de Ratinet qu\u2019il r\u00e9dige un nouveau rapport comportant r\u00e9sum\u00e9, expos\u00e9 d\u00e9taill\u00e9, t\u00e9moignages et photographies. Ratinet demanda imm\u00e9diatement un cr\u00e9dit pour remplacer l\u2019appareil argentique du Service Documentation qui \u00e9tait demeur\u00e9 introuvable depuis que le Service des Relations Publiques l\u2019avait emprunt\u00e9 pour le pot de d\u00e9part en retraite du troisi\u00e8me planton du deuxi\u00e8me \u00e9tage. Le Service Achats d\u00e9clencha aussit\u00f4t une proc\u00e9dure d\u2019appel d\u2019offre. La prochaine Commission des Appels d\u2019Offres ne devant se r\u00e9unir qu\u2019\u00e0 No\u00ebl, par une note provisoire de service dat\u00e9e du 26 octobre et \u00e0 titre exceptionnel, Ratinet fut autoris\u00e9 \u00e0 se rendre d\u2019urgence \u00e0 la FNAC pour acqu\u00e9rir le mod\u00e8le s\u00e9lectionn\u00e9. Quelle ne f\u00fbt pas sa surprise, m\u00eal\u00e9e d\u2019un zest de d\u00e9ception et d\u2019une touche d\u2019agacement, quand il s\u2019y rendit peu de temps apr\u00e8s les vacances de la Toussaint pour constater que le tarif avait chang\u00e9, et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait donc plus en mesure de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019achat selon les termes exacts de la note de service du 26 octobre ? C\u2019est alors qu\u2019il fit preuve d\u2019un esprit d\u2019initiative et de sacrifice remarquable en comblant la diff\u00e9rence de prix avec ses propres deniers. Cet acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 lui sera am\u00e8rement reproch\u00e9 le soir m\u00eame par son \u00e9pouse et, l\u2019ann\u00e9e suivante, par la Cour des Comptes. Une fois l\u2019appareil entre ses mains, il ne lui restait plus qu\u2019\u00e0 suivre le stage municipal de formation \u00e0 la photographie num\u00e9rique, \u00e0 se rendre sur place et \u00e0 prendre les photographies requises.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 1<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(1) Roger Ratinet. N\u00e9 le 12\/12\/1961 \u00e0 Argenteuil. Cousin au premier degr\u00e9 \u2014 il n\u2019y a jamais de second degr\u00e9 chez les Ratinet \u2014 d\u2019Andr\u00e9 Ratinet, h\u00e9ros mythique de l\u2019\u00e9pop\u00e9e asiatique \u00ab\u00a0Bonjour, Philippines !\u00a0\u00bb Copropri\u00e9taire avec son cousin Andr\u00e9 \u00a0d\u2019une maison \u00e0 Montalivet-les-Bains qu\u2019ils ont baptis\u00e9e AndRog d\u2019apr\u00e8s leurs deux pr\u00e9noms, il a droit \u00e0 182 jours de jouissance par an. Actuellement employ\u00e9 \u00e0 la Mairie de Paris, il proc\u00e8de depuis trois ans au recensement des plaques des rues de Paris pour les r\u00e9pertorier en plaque masculines, plaques f\u00e9minines et plaques neutres.\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(2) Bernard Cottard. N\u00e9 le 1\/01\/1958 \u00e0 Colomb-B\u00e9char. Adjoint au Chef du Service de la Voirie, membre du Comit\u00e9 Permanent de Surveillance des \u00c9l\u00e9ments de Langage, bouliste. Aucune relation de parent\u00e9 avec le Docteur Cottard, Membre de l\u2019Acad\u00e9mie de M\u00e9decine, m\u00e9decin de Madame Verdurin et du Duc de Guermantes, ni avec Kevin Cottard, cariste-manutentionnaire.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(3) La Reine-Maire : Surnom familier affectueusement donn\u00e9\u00a0 \u00e0 Madame la Maire de Paris par ses employ\u00e9s .\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">(4) De la bouche du cheval : expression populaire qui ne signifie plus grand-chose aujourd\u2019hui<\/span>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>2-La charge de la preuve<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9\u00a0 du premier chapitre<\/span> : Roger Ratinet, employ\u00e9 \u00e0 la Mairie de Paris, vient de constater la disparition d\u2019une bonne quarantaine de num\u00e9ros d\u2019immeubles dans la Rue de Rennes. On lui a demand\u00e9 d\u2019\u00e9tablir en toute h\u00e2te un rapport sur cette disparition pour le moins \u00e9trange.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 2 : O\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvrira que prouver un manque n\u2019est pas chose facile et qu\u2019\u00e9prouver un manque, non plus.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc le 17 f\u00e9vrier vers 10 heures 30 que notre pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la v\u00e9rification des plaques de rue se rendit en toute h\u00e2te sur les lieux, muni de son appareil nippon tout neuf et de son certificat tout frais d\u2019aptitude \u00e0 la prise de vue num\u00e9rique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En arrivant en vue de l\u2019\u00e9glise Saint-Germain des Pr\u00e9s, vint \u00e0 l\u2019esprit curieux de Ratinet la question suivante : \u00ab\u00a0<em>Comment fait-on pour photographier une rue qui a disparu ?<\/em>\u00ab\u00a0. Son esprit cart\u00e9sien r\u00e9sista un temps \u00e0 passer du particulier au g\u00e9n\u00e9ral, mais il fallait bien qu\u2019il c\u00e9d\u00e2t. Il c\u00e9da et passa \u00e0 \u00ab\u00a0<em>Comment fait-on pour photographier quelque chose qui n\u2019est pas l\u00e0 ?<\/em>\u00ab\u00a0, puis, plus g\u00e9n\u00e9ral encore, \u00e0 \u00ab\u00a0<em>Comment prouve-t-on l\u2019absence d\u2019une chose ?<\/em>\u00a0\u00bb et enfin \u00e0 son in\u00e9vitable universalisation : \u00ab\u00a0<em>Comment prouve-t-on qu\u2019une chose n\u2019existe pas ?<\/em>\u00ab\u00a0. La t\u00eate commen\u00e7ait \u00e0 lui tourner un peu et la pluie \u00e0 tomber beaucoup. Tremp\u00e9, il rentra chez lui et prit le reste de sa journ\u00e9e pour s\u00e9cher et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019abime philosophique qui s\u2019\u00e9tait dress\u00e9 devant lui, car quand un ab\u00eeme se dresse devant vous, \u00e7a fait peur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le bon sens dont nous avons \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin plus haut, son \u00e9pouse lui donna ce double conseil :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Enl\u00e8ve tes chaussures, sans \u00e7a tu vas me saloper toute la moquette, et retourne l\u00e0-bas prendre une photo qui montre que la rue ne commence pas au num\u00e9ro 1 mais au num\u00e9ro 20, ou 30, ou 292 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et elle termina sa recommandation sur cette question rh\u00e9torique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Est-ce que je sais, moi, non mais sans blague ?\u00a0<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-large wp-image-12257\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/2-Armani-960x812.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"511\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/2-Armani-960x812.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/2-Armani-300x254.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/2-Armani-768x649.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/2-Armani.jpg 1497w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/>A peine une semaine plus tard, muni de l\u2019avis d\u2019Yvonne et de son parapluie, Ratinet se rendit \u00e0 nouveau sur place, autrement dit, Place Saint-Germain des Pr\u00e9s. Il traversa le boulevard et se retrouva bient\u00f4t devant la vitrine de chez Emporio Armani. L\u2019immeuble faisait l\u2019angle du Boulevard Saint-Germain et de la rue de Rennes. Il portait le num\u00e9ro 48. Il le photographia. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue de Rennes<span id=\"more-12224\"><\/span>\u00a0se trouvait la vitrine de la bijouterie Cartier. Elle portait le num\u00e9ro 41. Il la photographia.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-large wp-image-12258\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/3-Cartier-960x680.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"428\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/3-Cartier-960x680.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/3-Cartier-300x213.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/3-Cartier-768x544.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, d\u2019accord, se dit-il. Mais comment prouver par la photographie qu\u2019il n\u2019y a ni num\u00e9ro 46, ni 39, ni\u2026, oh la la ! ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il retraversa la place en v\u00e9rifiant les num\u00e9ros des immeubles : le 6, c\u2019\u00e9tait les Deux Magots, le 4, Louis Vuitton, le 2, le restaurant La Soci\u00e9t\u00e9. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019\u00e9glise ne portait pas de num\u00e9ro, mais Ratinet savait qu\u2019elle \u00e9tait l\u00e0 depuis\u2026 longtemps.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-large wp-image-12259\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/4-Deux-Magots-960x656.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"413\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/4-Deux-Magots-960x656.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/4-Deux-Magots-300x205.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/4-Deux-Magots-768x525.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de la place, c\u2019\u00e9tait la rue Bonaparte. Elle filait vers la Seine en remontant ses num\u00e9ros : 33, 31, 29\u2026 Aucune place pour le moindre 39. Par acquit de conscience, Ratinet descendit jusque dans la station de m\u00e9tro. Il n\u2019y trouva aucun vestige des immeubles manquants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fallait bien qu\u2019il se rende \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, et m\u00eame \u00e0 deux \u00e9vidences :\u00a0<em>petit a<\/em>, sans compter les \u00e9ventuels num\u00e9ros bis, il manquait \u00e0 la Rue de Rennes vingt num\u00e9ros impairs et vingt-quatre num\u00e9ros pairs \u2014 le d\u00e9s\u00e9quilibre entre les deux c\u00f4t\u00e9s de la rue n\u2019\u00e9tant pas le moins inqui\u00e9tant \u2014 et\u00a0<em>petit b<\/em>, compte tenu de la disposition des lieux, il \u00e9tait impossible de faire figurer sur une seule photographie le 41 de la rue de Rennes et le 33 de la rue Bonaparte qui le pr\u00e9c\u00e9dait in situ, seule mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir la preuve irr\u00e9futable de la disparition d\u2019une partie non n\u00e9gligeable de la rue de Rennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque les \u00e9vidences l\u2019exigeaient, Ratinet s\u2019y rendit : il r\u00e9digea son rapport qu\u2019il illustra de trente-huit photographies des portes coch\u00e8res des rues du quartier ; il le conforta des t\u00e9moignages d\u2019un habitu\u00e9 des Deux Magots, d\u2019une vendeuse de chez Armani, du vigile de chez Cartier et du sacristain de Saint-Germain des Pr\u00e9s ; conform\u00e9ment au Manuel de r\u00e9daction des rapports techniques municipaux, il en \u00e9tablit un r\u00e9sum\u00e9 en moins de 455 mots, puis un r\u00e9sum\u00e9 du r\u00e9sum\u00e9 en 55 mots de moins de trois syllabes. C\u2019est en douze exemplaires qu\u2019il d\u00e9posa enfin le produit de son labeur dans la corbeille du courrier interne de l\u2019H\u00f4tel de Ville. Comme on \u00e9tait\u00a0 \u00e0 l\u2019avant-veille de la F\u00eate du Travail, le rapport fut vis\u00e9 par Bernard Cottard d\u00e8s la mi-mai. Et puis, les choses suivirent leur cours et c\u2019est le 12 juin que le rapport Cottard, comme on l\u2019appelait d\u00e9sormais, parvint sur le bureau du Chef de Cabinet de la Maire. Celui-ci ne tarda pas, deux semaines plus tard, \u00e0 le transmettre \u00e0 Madame Hidalgo. Ses r\u00e9actions furent dans l\u2019ordre, levage de sourcil, incr\u00e9dulit\u00e9, stup\u00e9faction, indignation et enfin, col\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment ? disait la Maire en furie. Comment ? Pr\u00e8s de trois cents m\u00e8tres de rue disparaissent en plein milieu de l\u2019un des plus beaux quartiers de Paris\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Faut\u2026faut rien exag\u00e9rer, dit le Chef de Cabinet. Le Marais, c\u2019est qu\u2026quand m\u00eame beau\u2026 beau\u2026beaucoup plus branch\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Fermez-l\u00e0, Hubert ! \u2026 de l\u2019un des plus beaux quartiers de Paris, quarante-quatre immeubles demeurent introuvables, et personne n\u2019est capable de me dire o\u00f9 ils sont pass\u00e9s !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019est bien pour \u00e7a que le ra\u2026rapport dit qu\u2019ils sont int\u2026 introuvables\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Faites attention, Hubert. Faites tr\u00e8s attention\u2026 de me dire o\u00f9 ils sont pass\u00e9s, et je l\u2019apprends par un stupide rapport bourr\u00e9 de fautes de syntaxe et de mauvaises photos !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et pour\u2026pour.. pourtant, on m\u2019avait assur\u00e9 que l\u2019auteur avait fait un st\u2026 un stage\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019en est trop, Hubert ! Sortez ! Sortez imm\u00e9diatement ! \u2026de mauvaises photos et\u2026 Allons bon ! Voil\u00e0 qu\u2019il pleure, maintenant ! Ne pleurez pas, Hubert, vous \u00eates ridicule. C\u2019est bon, restez ! Si, si, restez, et dites-moi plut\u00f4t quand exactement\u00a0<em>ce con de Cottard<\/em>\u00a0a constat\u00e9 la disparition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah ! Vous co\u2026 connaissez Cottard ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Oui, et pendant longtemps j\u2019ai cru que Ceconde, c\u2019\u00e9tait son pr\u00e9nom. Alors, quand exactement ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ben\u2026, ce n\u2019est p\u2026 pas dans le rapport ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Non, ce n\u2019est pas dans le rapport. Si c\u2019\u00e9tait dans le rapport, je ne vous le demanderais pas. Vous aggravez votre cas, mon petit Hubert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Je me renseigne tout\u2026 tout de suite\u2026 Allo ? Passez-moi ce con de \u2026 Passez-moi Cottard\u2026 Allo, Cottard ? Ici Hubert Lubherlu, le Chef de Cabinet de Madame la Maire. Dites-moi, Cottard, quand est-ce que vous avez constat\u00e9 le truc, rue de Rennes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais parce que Notre-Dra\u00a0<sup>(5)<\/sup>\u00a0\u2026 parce que Madame la Maire veut le savoir, pardi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment-\u00e7a vous ne savez pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment-\u00e7a, ce n\u2019est pas vous qui\u2026 Mais vous l\u2019avez sign\u00e9, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais ce n\u2019est pas vous qui\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Quoi ? Cet abruti de Ratinet ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Oui, oui, je le connais un peu, c\u2019est pour \u00e7a que \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019est \u00e7a, Cottard, renseignez-vous !\u00a0 Et que \u00e7a saute !\u00a0<sup>(6)<\/sup>\u00a0\u2026 Il se ren\u2026 renseigne\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 2<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(5)<\/em><em>\u00a0Notre-Drame de Paris : Surnom familier secr\u00e8tement donn\u00e9 par ses administr\u00e9s \u00e0 la Maire de Paris.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(6) Le b\u00e9gaiement dont Hubert Lubherlu est afflig\u00e9 disparait \u00e9trangement d\u00e8s qu\u2019il parle dans un t\u00e9l\u00e9phone.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>3-Les parapluies de Saint Germain<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Une quarantaine d\u2019immeubles de la rue de Rennes (75006) semble avoir disparu sans que l\u2019on ne sache ni quand, ni pourquoi, ni comment. Le rapport que Roger Ratinet a \u00e9tabli ne satisfait pas, mais alors pas du tout, Anne Hidalgo, Maire de Paris.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>O\u00f9 l\u2019on verra le Conseil Municipal se transporter, et o\u00f9 l\u2019on comprendra qu\u2019il n\u2019aurait pas d\u00fb.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout fut bient\u00f4t d\u00e9couvert, et l\u2019on sut tr\u00e8s vite que Cottard avait endoss\u00e9 le rapport de son subordonn\u00e9 pour se faire valoir, et que Ratinet avait constat\u00e9 les faits \u00e0 la fin juin de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, soit plus de sept mois auparavant. Bien que ce d\u00e9lai ne f\u00fbt pas consid\u00e9r\u00e9 comme anormal, on contraignit Ratinet \u00e0 r\u00e9\u00e9crire son rapport en rempla\u00e7ant partout juin 2016 par mai 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un premier mouvement qu\u2019elle ne devait pas tarder \u00e0 regretter, Madame la Maire convoqua pour la fin du mois une r\u00e9union extraordinaire du Conseil Municipal. Celui-ci mit aux votes une motion selon laquelle il se transporterait sans tarder sur les lieux du drame. La motion fut vot\u00e9e triomphalement \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, moins les voix de l\u2019opposition bien entendu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour o\u00f9 les \u00e9diles devaient se rendre sur place, il pleuvait. La veille, on avait dispos\u00e9 des barri\u00e8res tout le long du parcours que devaient emprunter les officiels et on avait enlev\u00e9 toutes les voitures en stationnement dans un rayon de quatre-cents m\u00e8tres autour de l\u2019\u00e9glise Saint-Germain des Pr\u00e9s. Vers 15 heures, les grosses voitures noires commenc\u00e8rent \u00e0 arriver sur la place. Les passagers en descendaient et se pr\u00e9cipitaient vers le trottoir, courb\u00e9s\u00a0<span id=\"more-12227\"><\/span>sous la rafale en tentant de d\u00e9plier un parapluie rebelle. Sans qu\u2019ils se soient concert\u00e9s, les membres de la majorit\u00e9 se retrouvaient tout naturellement devant la terrasse des Deux Magots, tandis que l\u2019opposition se regroupait sur le parvis de l\u2019\u00e9glise.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-12287 alignright\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/5-fune\u0301railles-.jpg\" alt=\"\" width=\"456\" height=\"538\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/5-fune\u0301railles-.jpg 456w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/5-fune\u0301railles--254x300.jpg 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 456px) 100vw, 456px\" \/>La pluie tombait, les voitures noires fumaient, les parapluies oscillaient, les silhouettes sombres pi\u00e9tinaient devant la porte de l\u2019\u00e9glise. On aurait dit un enterrement de notable. L\u2019illusion fut compl\u00e8te quand le clocher commen\u00e7a \u00e0 \u00e9grener les quatre coups de 16 heures. Vingt minutes plus tard, les badauds qui affrontaient le mauvais temps sur le Boulevard eurent le privil\u00e8ge d\u2019assister \u00e0 un \u00e9trange spectacle : pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une voiture \u00e0 gyrophare bleu, un petit groupe de cyclistes venant de la rue des Saints-P\u00e8res apparut au loin sur le boulevard d\u00e9sert. Il \u00e9tait compos\u00e9 de six vigoureux jeunes gens de la police municipale \u00e0 VTT encadrant en formation une Maire encapuchonn\u00e9e et juch\u00e9e en danseuse sur une bicyclette hollandaise. Rompant la parfaite sym\u00e9trie du tableau, un homme en costume sombre d\u00e9tremp\u00e9 courait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la v\u00e9locip\u00e9diste en luttant contre le vent pour maintenir au-dessus de la t\u00eate de la dame un gigantesque parapluie de golf marqu\u00e9 aux armes de la ville. Enfin, en guise de voiture-balai, un V\u00e9hicule L\u00e9ger de Premi\u00e8re Intervention des Sapeurs-Pompiers de Paris fermait le ban.\u00a0Ce que les badauds n\u2019avaient pas vu, c\u2019est que, quelques instants avant d\u2019apparaitre en \u00e9quipage sur le boulevard, Madame le Maire \u00e9tait descendue en toute discr\u00e9tion d\u2019un v\u00e9hicule du service de la voirie devant le 28 de la rue des Saints-P\u00e8res pour y enfourcher le v\u00e9lo municipal que lui pr\u00e9sentait l\u2019homme au complet sombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 le mauvais temps, Roger Ratinet avait chaud, tr\u00e8s chaud. Il sentait la transpiration ruisseler dans son cou et impr\u00e9gner son col de chemise, \u00e0 moins que ce n\u2019ait \u00e9t\u00e9 la pluie qui d\u00e9goulinait de son chapeau. Il \u00e9tait dans de tout petits souliers, Ratinet, car dans quelques instants, \u00e7a allait \u00eatre \u00e0 lui. \u00c0 lui de guider la petite troupe d\u2019officiels vers la sc\u00e8ne de crime, \u00e0 lui d\u2019exposer ses recherches et ses constatations \u00e0 Madame la Maire, \u00e0 lui enfin de recueillir les lauriers que son rapport ne manquerait pas de lui valoir si par chance elle \u00e9tait de bonne humeur. Quelle que soit l\u2019issue de cette journ\u00e9e, il se disait qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 obtenu une satisfaction majeure avec la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de son chef de service. En effet, en disgr\u00e2ce depuis son entretien t\u00e9l\u00e9phonique avec Lubherlu,\u00a0<em>ce con de Cottard<\/em>\u00a0n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 admis \u00e0 participer \u00e0 la visite. Il resterait toute la journ\u00e9e consign\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville pour assurer la permanence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois la Maire descendue de son joli v\u00e9lo, les \u00e9diles se rassembl\u00e8rent sous sa houlette et leurs parapluies en terrain neutre au milieu du Boulevard. Guid\u00e9s par un Ratinet qui prenait de plus en plus d\u2019assurance, ils examin\u00e8rent les fa\u00e7ades des deux immeubles qui formaient d\u00e9sormais l\u2019entr\u00e9e de la Rue de Rennes en s\u2019attardant un peu sur les deux vitrines prestigieuses qui occupaient leur rez-de-chauss\u00e9e. Ils processionn\u00e8rent \u00e0 travers la place, passant avec regret devant l\u2019abri qu\u2019aurait pu leur offrir le Caf\u00e9 des Deux Magots, jusqu\u2019au carrefour des rues Bonaparte et de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9 ils ne purent que constater la b\u00e9ance constitu\u00e9e par l\u2019absence, autrement dit la disparition de toute une partie de la Rue de Rennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La proposition que leur fit Ratinet d\u2019aller constater cette m\u00eame absence dans les galeries du M\u00e9tropolitain fut repouss\u00e9e par les Services de S\u00e9curit\u00e9 qui n\u2019avaient pas pr\u00e9vu l\u2019\u00e9vacuation de la station St-Germain. De toute fa\u00e7on, aucun \u00e9lu n\u2019\u00e9tait en possession de tickets de m\u00e9tro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Maire, d\u00e9mont\u00e9e, d\u00e9clara qu\u2019elle en avait assez vu et qu\u2019elle allait constituer une commission ad hoc pour examiner la situation. Cette commission comporterait bien entendu toutes les sous-commissions sp\u00e9cialis\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019examen des aspects judiciaires, fiscaux, urbanistiques et \u00e9lectoraux de cette \u00e9pineuse affaire. Pour l\u2019instant, la plus grande discr\u00e9tion \u00e9tait recommand\u00e9e aux fonctionnaires : aucune fuite de leur part ne serait tol\u00e9r\u00e9e.\u00a0Quant aux \u00e9lus de l\u2019opposition, ceux qui auraient eu des vell\u00e9it\u00e9s de divulguer la chose en furent rapidement dissuad\u00e9s par la menace toujours efficace de r\u00e9v\u00e9lations de petits secrets dont la Maire actuelle avait eu connaissance gr\u00e2ce aux dossiers que lui avait l\u00e9gu\u00e9s le Maire pr\u00e9c\u00e9dent. Les \u00e9lus de la majorit\u00e9 ne posaient bien entendu aucun probl\u00e8me, puisqu\u2019une indiscr\u00e9tion leur aurait valu ipso facto la perte de leur investiture aux prochaines \u00e9lections municipales.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>4- Strat\u00e9gie municipale<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>R<span style=\"text-decoration: underline;\">\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Apr\u00e8s un vote unanime, moins les voix de l\u2019opposition, le Conseil Municipal, Maire en t\u00eate, s\u2019est rendu sur place et sous la pluie pour constater les faits de visu. C\u2019est confirm\u00e9, tout un bout de la Rue de Rennes manque. C\u2019est bien emb\u00eatant.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>O\u00f9 l\u2019\u00e9cologie retrouvera ses limites et la politique, ses habitudes.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces choses ayant \u00e9t\u00e9 accomplies, la Maire se retira dans le v\u00e9hicule \u00e0 gyrophare, parce que l\u2019\u00e9cologie, \u00e7a va bien cinq minutes, tandis que son garde du corps restait plant\u00e9 au milieu de la chauss\u00e9e, triplement embarrass\u00e9 par un parapluie de golf marqu\u00e9 aux armes de la ville, un v\u00e9lo batave et un costume sombre compl\u00e8tement fichu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le chemin du retour, dans le confort de sa voiture de fonction et de son for int\u00e9rieur, Madame la Maire r\u00e9fl\u00e9chissait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette disparition n\u2019\u00e9tait pas une petite affaire et il fallait la prendre tr\u00e8s au s\u00e9rieux : deux ou trois cents m\u00e8tres de rue manquants, \u00e7a faisait quand m\u00eame d\u00e9sordre, m\u00eame pour une municipalit\u00e9 de gauche. Sa r\u00e9\u00e9lection quasi assur\u00e9e en 2020 risquait d\u2019\u00eatre compromise. Il lui fallait \u00e9tablir\u00a0<span id=\"more-12229\"><\/span>une strat\u00e9gie de toute urgence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tait-il possible de mettre l\u2019affaire sur le dos de quelqu\u2019un d\u2019autre ? Elle pourrait bien s\u00fbr parler d\u2019h\u00e9ritage de la mandature pr\u00e9c\u00e9dente, mais \u00e7a faisait quand m\u00eame presque quatre ann\u00e9es qu\u2019elle exer\u00e7ait le pouvoir absolu sur la ville. De plus, dans ce cas, on ne manquerait pas de lui rappeler que, dans l\u2019\u00e9quipe pr\u00e9c\u00e9dente, elle \u00e9tait premi\u00e8re adjointe. Remonter plus loin en arri\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 Tiberi ou m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 Chirac, lui paraissait difficile. Elle demanderait conseil sur ce point \u00e0 Laurent Joffrin et \u00e0 Edwy Plenel d\u00e8s demain, mais elle ne pensait pas vraiment que le barbu bougon de Lib\u00e9ration et l\u2019homme \u00e0 la moustache d\u2019acier de Mediapart pourraient la sortir de cette mauvaise passe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-12292\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/images-150x150.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" srcset=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/images-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/images.jpg 225w\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Puisque faire porter le chapeau \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre paraissait exclu, fallait-il \u00e9touffer l\u2019affaire ? Certes, en mati\u00e8re politique, c\u2019\u00e9tait une technique \u00e9prouv\u00e9e. Mais pour la mettre en \u0153uvre, il faudrait d\u2019abord obtenir l\u2019accord de l\u2019opposition et des \u00e9cologistes. Ces derniers, dont on ne savait jamais s\u2019ils \u00e9taient en dedans ou en dehors de la majorit\u00e9, ou ailleurs ou m\u00eame nulle part, r\u00e9clamaient depuis longtemps la fermeture dominicale du Boulevard P\u00e9riph\u00e9rique. Ils voulaient y organiser une grande course de patinettes du cot\u00e9 int\u00e9rieur et des piqueniques festifs \u00e0 th\u00e8mes m\u00e9di\u00e9vaux du cot\u00e9 ext\u00e9rieur. Une vague promesse en ce sens lui assurerait sans doute le silence des \u00e9colos. Mais l\u2019opposition ? Comment satisfaire l\u2019opposition ? Rendre les quais de Seine \u00e0 la circulation \u00e9tait exclu, car non seulement leur fermeture \u00e9tait devenue le symbole de son action, mais les Verts en feraient une jaunisse. Alors, si on ne pouvait satisfaire l\u2019opposition, il fallait la faire chanter. Pour \u00e7a, il y avait bien la vieille affaire des appartements de la Ville de Paris mis \u00e0 disposition des nombreux colleurs d\u2019affiche du RPR, mais depuis qu\u2019elle avait pris le pouvoir, Notre-Drame avait fait tout aussi bien au profit des non moins nombreux distributeurs de tracts du P.S. Il fallait absolument trouver autre chose. D\u00e8s ce soir, elle lancerait Hubert Lubherlu sur le sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>5-Si j\u2019aurais su, j\u2019aurais pas venu<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Devant la disparition inexpliqu\u00e9e de toute une section de rue de Paris, Madame la Maire se demande \u00e0 qui elle pourrait bien faire porter le chapeau.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>O\u00f9 l\u2019on verra un d\u00e9put\u00e9 de la Corr\u00e8ze, mais pas celui qu\u2019on croit, inspirer Anne Hidalgo.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, plus elle r\u00e9fl\u00e9chissait, plus elle se rendait compte que taire cette affaire \u00e9tait devenu impossible. Trop de monde \u00e9tait d\u00e9sormais au courant : les fonctionnaires de la Mairie parmi lesquels il pouvait toujours rester quelques supporters de l\u2019opposition, les personnes dont les t\u00e9moignages figuraient dans le rapport de Ratinet, les badauds qui avaient assist\u00e9 \u00e0 la stupide visite d\u2019aujourd\u2019hui et parmi lesquels il y aurait bien au moins un journaliste, ou un ami de journaliste, ou un informateur de journaliste, enfin quelqu\u2019un qui parlerait \u00e0 un journaliste !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus en plus consciente de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9touffer l\u2019affaire, consciente \u00e9galement de la grande difficult\u00e9 qu\u2019il y aurait \u00e0 la faire endosser par l\u2019opposition, Madame la Maire arriva dans son bureau dans un \u00e9tat de nerfs extr\u00eame. Apr\u00e8s avoir fracass\u00e9 le portrait officiel du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique contre un radiateur, elle convoqua Hubert Lubherlu \u00e0 qui elle ordonna de ramasser les morceaux tout en lui passant un savon aussi m\u00e9morable qu\u2019injuste. Elle lui reprocha de ne pas l\u2019avoir dissuad\u00e9e d\u2019organiser ce d\u00e9placement en grandes pompes sur les lieux de la disparition. Elle ajouta qu\u2019elle avait toujours trouv\u00e9 sa fa\u00e7on de se coiffer ridicule et ses b\u00e9gaiements insupportables. Entre deux sanglots, Lubherlu tent\u00e2t bien de rejeter la faute sur\u00a0<em>ce con de Cottard<\/em>\u00a0et sur\u00a0<span id=\"more-12231\"><\/span>cet\u00a0<em>abruti de Ratinet<\/em>, mais cela ne l\u2019emp\u00eacha pas de voir sa prime d\u2019intemp\u00e9ries et sa prime de panier de chantier r\u00e9duite de cinquante pour cent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette sanction n\u2019ayant calm\u00e9 la Maire qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, elle r\u00e9digea sur le champ un m\u00e9mo ordonnant au Service de la Voirie et aux autres services comp\u00e9tents de prendre toutes dispositions pour rendre aux pi\u00e9tons la totalit\u00e9 de la Place de la Concorde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c7a leur apprendra qui c\u2019est qui commande ! rugit-elle in petto. Non mais sans blague !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis elle se retira dans ses appartements pour y visionner pour la troisi\u00e8me fois ce mois-ci \u00ab\u00a0<em>L\u2019Imp\u00e9ratrice Rouge<\/em>\u00a0\u00bb avec Marl\u00e8ne Dietrich dans le r\u00f4le de Catherine II de Russie.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-12288 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/6-Impe\u0301ratrice-35.png\" alt=\"\" width=\"950\" height=\"705\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/6-Impe\u0301ratrice-35.png 950w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/6-Impe\u0301ratrice-35-300x223.png 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/6-Impe\u0301ratrice-35-768x570.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 950px) 100vw, 950px\" \/>\u00a0Elle trouvait le personnage inspirant. A la fin du film, sa col\u00e8re \u00e9tait calm\u00e9e et elle pouvait r\u00e9fl\u00e9chir plus sereinement. Bient\u00f4t, lui revint en m\u00e9moire une phrase de ce d\u00e9put\u00e9 de Corr\u00e8ze, ministre r\u00e9cidiviste et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la IV\u00e8me R\u00e9publique, Henri Queuille. Ce politicien exp\u00e9riment\u00e9 et cependant homme d\u2019esprit avait un jour d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>Peu de probl\u00e8mes r\u00e9sistent longtemps \u00e0 l\u2019absence de solution.<\/em>\u00a0\u00bb Elle \u00e9tait l\u00e0, la solution, la vraie, la troisi\u00e8me voie politique quand \u00e9touffer l\u2019affaire et faire porter le chapeau \u00e0 quelqu\u2019un d\u2019autre ne sont pas r\u00e9alisables. Comment n\u2019y avait-elle pas pens\u00e9 plus t\u00f4t ! Ne rien faire ! Il suffisait de ne rien faire, de laisser les choses en l\u2019\u00e9tat, de faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait, de ne pas constituer de commission ni de sous-commission et de ne plus jamais parler de cette disparition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa d\u00e9cision \u00e9tait prise. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre f\u00e9licit\u00e9 de la vivacit\u00e9 de son sens politique, elle appela son Chef de Cabinet \u00e0 son domicile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mawouais \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Allo, Hubert ? demanda-t-elle presque aimablement, car il n\u2019\u00e9tait pas loin de deux heures du matin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mawouais \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 C\u2019est moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Qui \u00e7a, mouha ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Vous avez bu, Hubert ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Qui \u00e7a ? Mouha ! C\u2019est pas vwai, j\u2019ai pas bu ! Pas une goutte ! Pwomis, juw\u00e9 ! Tiens c\u2019est mawant, je pawle comme le planton du twoisi\u00e8me !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Hubert, vous avez bu !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, c\u2019est vous, mouha alors\u2026, c\u2019est Not\u2019 Dwame de Pawis \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Hubert, vous \u00eates ivre ! C\u2019est d\u00e9goutant !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hubert avait bu, c\u2019\u00e9tait \u00e9vident. C\u2019\u00e9tait excusable aussi. Apr\u00e8s le savon qu\u2019il avait pris quelques heures plus t\u00f4t, devant tant d\u2019injustice, il avait d\u00e9cid\u00e9 de se confier \u00e0 une bouteille de Marie Brizard.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-12455 alignright\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Brizard.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Brizard.jpg 225w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Brizard-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Il l\u2019avait consomm\u00e9e sans eau ni gla\u00e7on et, la bouteille achev\u00e9e, il \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la bi\u00e8re ti\u00e8de. Il venait d\u2019ouvrir l\u2019avant derni\u00e8re boite du pack quand le t\u00e9l\u00e9phone avait sonn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Non, pas ivwe, juste un peu fatigu\u00e9, c\u2019est tout. Faut que j\u2019aille dowmiw. Maintenant, foutez-moi la paix ! Bonsoiw !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Dites-donc, Hubert, reprenez-vous ! Je vous rappelle quand m\u00eame que vous parlez \u00e0 votre Maire !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, c\u2019est toi, Maman ? Comment \u00e7a va, Maman ? C\u2019est vwaiment gentil de m\u2019app\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais non, \u00e0 votre Maire, bon sang, \u00e0 votre Maire, je veux dire \u00e0 votre patronne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Oui, Patwonne. Qu\u2019est-ce que vous d\u00e9siwez, Patwonne ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Que vous veniez \u00e0 la Mairie imm\u00e9diatement. J\u2019ai des instructions \u00e0 vous donner. Allez, sautez dans votre voiture et\u2026 Non, dans votre \u00e9tat, il ne vaudrait mieux pas. Je vous envoie mon chauffeur. Et que \u00e7a saute !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ben, Patwonne, j\u2019ai pas vwaimant envie, l\u00e0. Vous pouvez me wepasser Maman ? Allo, Maman, tu sais, je suis tw\u00e8s, tw\u00e8s fatigu\u00e9, une petite gwippe peut-\u00eatwe, je sais pas. Tu voudwais bien expliquer \u00e0 la dame que je peux pas\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce moment du dialogue, Madame la Maire \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9e en \u00e9ruption depuis longtemps. Tout en reprenant son souffle pour hurler un ordre dans le t\u00e9l\u00e9phone, elle se rendit compte que toutes les instructions qu\u2019elle pourrait donner cette nuit-l\u00e0 \u00e0 son Chef de Cabinet seraient oubli\u00e9es ou transform\u00e9es ou mal ex\u00e9cut\u00e9es ou, pire encore, divulgu\u00e9es. Elle envisagea un instant de le r\u00e9affecter \u00e0 la gestion du gravier des jardins publics. Mais \u00e0 la r\u00e9flexion, ne valait-il pas mieux conserver \u00e0 la t\u00eate de son cabinet ce jeune cr\u00e9tin d\u2019\u00c9narque qui ne comprenait pas grand-chose aux finesses de la politique plut\u00f4t que de le remplacer par un autre jeune cr\u00e9tin d\u2019\u00c9narque, mais qui, celui-l\u00e0, aurait les dents longues ? Elle se for\u00e7a \u00e0 raccrocher doucement en se disant que demain, calmement, gentiment, elle demanderait \u00e0 son petit Hubert d\u2019annuler sa d\u00e9cision sur la place de la Concorde, de r\u00e9cup\u00e9rer tous les exemplaires du rapport Ratinet, et de ne plus prononcer les mots \u00ab\u00a0Rennes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0commission\u00a0\u00bb avant au moins six mois. En quelques semaines tout rentrerait dans l\u2019ordre et personne \u00e0 la Mairie ne parlerait plus de cette affaire qui pouvait se r\u00e9v\u00e9ler embarrassante pour tout le monde. Bien s\u00fbr restait le risque du badaud informant la presse, mais il \u00e9tait statistiquement supportable. C\u2019est sur cette pens\u00e9e r\u00e9confortante que Madame la Maire s\u2019endormit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>6-La vengeance de Cottard<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0<\/span> : Une partie non n\u00e9gligeable de la rue de Rennes \u00e9tant port\u00e9e disparue, pour \u00e9viter le scandale et ne pas risquer de perdre la prochaine \u00e9lection, Madame Hidalgo a choisi la seule solution politiquement efficace : ne rien faire.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>O\u00f9 l\u2019on pourra v\u00e9rifier que la vengeance est un plat qui se mange envelopp\u00e9 dans du papier journal.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-12289\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/7-Anonyme-300x153.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"153\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/7-Anonyme-300x153.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/7-Anonyme-768x393.jpg 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/7-Anonyme-960x491.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Oui, mais voil\u00e0. Elle avait compt\u00e9 sans la rancune de Cottard. Il en avait gros sur le c\u0153ur, le Cottard. Non seulement il avait r\u00e9alis\u00e9 que lorsque ses coll\u00e8gues pronon\u00e7aient son patronyme en dehors de sa pr\u00e9sence, ils le faisaient toujours pr\u00e9c\u00e9der de \u00ab\u00a0<em>ce con de<\/em>\u00ab\u00a0, mais encore, la fa\u00e7on dont il avait \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019affaire de la rue de Rennes l\u2019avait mortifi\u00e9. Il avait donc d\u00e9cid\u00e9 de se venger et c\u2019est pour cela qu\u2019il avait d\u00e9pos\u00e9 nuitamment et anonymement une copie du rapport Ratinet dans la bo\u00eete du journal\u00a0<em>L\u2019OBS<\/em>\u00a0r\u00e9serv\u00e9e aux lettres anonymes. Il y avait joint une petite note, anonyme \u00e9galement. \u00c9crite \u00e0 la main pour faire simple, en lettres capitales \u2014 plus faciles \u00e0 d\u00e9guiser \u2014 et bourr\u00e9e de fautes d\u2019orthographe pour brouiller les pistes, elle pr\u00e9sentait ainsi la chose :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>CHER L\u2019OBS J\u2019AI PENS\u00c9 QUE CE RAPORT POURR\u00c9 VOUS INTERRESSER C\u00c9 UNE A FAIRE TR\u00c9S GRAVE QUE CETE DISPARISSION DE RUE QUE MADAME LA M\u00c8RE VEUT SUR TOUT KASHER PARCE QUEL EST SUREMENT RESPONSABE VU QUELLE S\u2019OCCUPPE DE TOUT LA VACHE.\u00a0<\/em><em>SIGN\u00c9 : UN FIDEL LECTEUR.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019OBS, on prit tout d\u2019abord la chose pour un canular, tant les fautes \u00e9taient grossi\u00e8res et tant l\u2019absence d\u2019une quarantaine de num\u00e9ros d\u2019une rue de Paris paraissait saugrenue. Mais, Elboise de Villetaneuse, la plus jeune des journalistes, qui avait rendez-vous le soir m\u00eame Chez Lipp avec un d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition pour y discuter politique et plus si affinit\u00e9, d\u00e9cida d\u2019aller v\u00e9rifier. De toute fa\u00e7on, il fallait qu\u2019elle passe\u00a0<span id=\"more-12233\"><\/span>chez Cartier pour n\u00e9gocier la revente d\u2019un collier qui venait de lui \u00eatre offert par un s\u00e9nateur de la majorit\u00e9. Arriv\u00e9e place du Qu\u00e9bec, Elboise ne put que constater ce qui \u00e9tait dit dans le rapport officiel de la Ville : Rue de Rennes, il manquait des num\u00e9ros. N\u2019\u00e9coutant que sa conscience professionnelle, elle remit \u00e0 plus tard sa visite chez Cartier et t\u00e9l\u00e9phona aussit\u00f4t au r\u00e9dacteur en chef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Allo, Matthieu, c\u2019est moi. \u00c9coute, je suis \u00e0 Saint Germain et\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Fais vite, cocotte, j\u2019ai un pot chez Perdriel et j\u2019suis d\u00e9j\u00e0 en retard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c9coute, c\u2019est du s\u00e9rieux. Tu sais, le rapport sur la rue de Rennes, comme quoi il manque des num\u00e9ros, tout \u00e7a\u2026 Eh bien, c\u2019est du solide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment \u00e7a, c\u2019est du solide, choupette ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Y a pas un num\u00e9ro en dessous de 40. Rien, que dalle, nib de nib. J\u2019ai v\u00e9rifi\u00e9, \u00e7a fait une heure que j\u2019arpente le quartier. C\u2019est du solide, je te dis ! Je prends l\u2019affaire, d\u2019accord ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c9coute toutoune, doucement. Si c\u2019est vrai\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment \u00e7a, si c\u2019est vrai ? Je te dis que je viens de v\u00e9rifier !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Du calme, ma grande. Si c\u2019est vrai, \u00e7a peut embarrasser l\u2019H\u00f4tel de Ville et tu sais bien qu\u2019on ne veut pas d\u2019ennuis avec Cruella\u00a0<sup>(7)<\/sup>. Alors, tu vois, il faudrait faire attention \u00e0 ne pas\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment \u00e7a, faire attention ? Et la libert\u00e9 de la presse, alors ? et le devoir d\u2019information, et l\u2019ind\u00e9pendance du jou\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Dis donc, ma petite, tu te prends pour Woodward ou pour Bernstein ? C\u2019est pas le Washington Post ici ! M\u2019emmerde pas et attends que je t\u2019en reparle. Faut que j\u2019y aille maintenant. Il y aura s\u00fbrement Hidalgo chez Perdriel. Je t\u00e2terai le terrain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Allez, tchao, j\u2019y vais ! On se voit demain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La jeune journaliste passa une soir\u00e9e ex\u00e9crable, non seulement \u00e0 cause de la r\u00e9action de son r\u00e9dac-chef ador\u00e9 jusqu\u2019ici, mais aussi parce que le d\u00e9put\u00e9 de l\u2019opposition qu\u2019elle avait rencontr\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas du tout int\u00e9ress\u00e9 par les femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain en fin de matin\u00e9e, Matthieu convoqua Elboise :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, \u00e9coute \u00c9lo\u00efse\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Non, Elboise. Pas \u00c9lo\u00efse, Elboise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014T\u2019es s\u00fbre ? C\u2019est marrant, j\u2019ai toujours cru que c\u2019\u00e9tait une coquille sur l\u2019annuaire du journal. Bon, d\u2019accord, Elboise. Alors \u00e9coute, ton truc de la rue de Rennes, c\u2019est du chaud, du tr\u00e8s chaud. A moins de deux ans des \u00e9lections, c\u2019est m\u00eame du trop chaud. Perdriel ne veut pas qu\u2019on y touche. Il m\u2019a dit que c\u2019\u00e9tait m\u00eame pas la peine d\u2019en parler \u00e0 Hidalgo. C\u2019est non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Comment \u00e7a, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comme \u00e7a, non ! On laisse tomber.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, ouais ! Ben, bravo pour l\u2019\u00e9thique professionnelle ! Ah, je suis d\u00e9\u00e7ue, d\u00e9\u00e7ue\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et ton s\u00e9nateur, il est pas d\u00e9\u00e7u, lui, que tu aies publi\u00e9 ses petites turpitudes en page 8 ? Allez, oublie la rue de Rennes et va bosser, ma grande !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9dac-chef n\u2019\u00e9tait pas m\u00e9content de remettre \u00e0 sa place cette petite pimb\u00eache d\u2019aristo de Villetaneuse \u2014\u00a0<em>Elboise, je vous demande un peu !<\/em>\u00a0\u2014 non seulement parce qu\u2019un gros actionnaire la lui avait impos\u00e9e dans son \u00e9quipe, mais aussi parce qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait montr\u00e9e peu enthousiaste et m\u00eame carr\u00e9ment r\u00e9tive \u00e0 ses avances. Mais, il n\u2019emp\u00eachait que l\u2019information \u00e9tait trop int\u00e9ressante pour qu\u2019on l\u2019enfouisse comme \u00e7a et il d\u00e9cida d\u2019appeler la magazine Marianne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Allo, Renaud ? C\u2019est Matthieu\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ouais, \u00e7a va, merci, et toi ? \u2026Dis-donc, j\u2019ai peut-\u00eatre un truc pour toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais discret, hein !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Non, non, pas au t\u00e9l\u00e9phone. On d\u00e9jeune au Vaudeville ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Demain ? OK, 13 heures demain. C\u2019est moi qui r\u00e9serve et c\u2019est toi qui paies. Je t\u2019apporte \u00e7a. Mais \u00e0 charge de revanche, hein ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Matthieu \u00e9tait content de lui. \u00c7a rendait Renaud d\u00e9biteur d\u2019un prochain service, \u00e7a faisait sortir l\u2019affaire malgr\u00e9 l\u2019autocensure et \u00e7a la d\u00e9valorisait en m\u00eame temps, car il y avait longtemps que personne ne faisait plus attention \u00e0 ce que pouvait bien \u00e9crire Marianne. Et, cerise sur le g\u00e2teau, \u00e7a risquait d\u2019envenimer s\u00e9rieusement les relations entre Marianne et Hidalgo, et \u00e7a, quand un concurrent est en d\u00e9licatesse avec le pouvoir, c\u2019est toujours bon \u00e0 prendre. Il allait bien s\u2019amuser \u00e0 observer tout \u00e7a dans les semaines \u00e0 venir. D\u00e9cid\u00e9ment, Mathieu pouvait \u00eatre content de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Note du chapitre 6<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(7)<\/em><em>\u00a0\u00a0\u00a0 Cruella : Surnom familier secr\u00e8tement donn\u00e9 par ses employ\u00e9s \u00e0 la Maire de Paris.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>7-La stagiaire<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents : Une quarantaine de num\u00e9ros de la Rue de Rennes manquent toujours \u00e0 l\u2019appel, et l\u2019on ne sait toujours pas pourquoi. Mais que fait la police ? La Mairie, elle, a choisi habilement de ne rien faire, pensant ainsi que l\u2019affaire mourrait de sa belle mort. C\u2019\u00e9tait sans compter sur Cottard, Ceconde de son pr\u00e9nom, qui a tout balanc\u00e9 \u00e0 l\u2019OBS qui, par habilet\u00e9 politique, a refil\u00e9 le tuyau \u00e0 Marianne, le magazine, pas la R\u00e9publique.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 7 : O\u00f9 l\u2019on appr\u00e9ciera les avantages et les inconv\u00e9nients du stagiaire dans la presse de gauche.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand Renaud eut parcouru le rapport Ratinet, il jugea que dans cette affaire, il n\u2019y avait que des coups \u00e0 prendre. De plus, il la trouva un peu trop technique pour lui et, de toute fa\u00e7on, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 assez occup\u00e9 comme \u00e7a avec son article sur la collection de chaussures de luxe du d\u00e9put\u00e9 de la troisi\u00e8me circonscription de Savoie Atlantique. Il d\u00e9cida donc de confier le d\u00e9broussaillage des disparitions de la rue de Rennes \u00e0 la jeune \u00c9m\u00e9chant, une stagiaire qu\u2019on venait de lui flanquer dans les pattes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale dans la presse, les stagiaires, c\u2019est la plaie. Il faut tout le temps leur trouver des trucs \u00e0 faire, r\u00e9pondre \u00e0 leurs questions idiotes par des aphorismes blas\u00e9s en priant qu\u2019ils ne bousillent pas la machine \u00e0 caf\u00e9. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les stagiaires, pour un journaliste encart\u00e9, \u00e7a pr\u00e9sente des avantages. \u00c7a permet de ne pas faire soi-m\u00eame tout un tas de choses ennuyeuses et, dans les cas \u00e9pineux, de t\u00e2ter le terrain sans prendre trop de risque aupr\u00e8s des propri\u00e9taires du journal : \u00ab\u00a0<em>Qu\u2019est-ce que vous voulez, Patron, j\u2019ai tourn\u00e9 les yeux cinq minutes, et \u00e7a a suffi pour que ce cr\u00e9tin nous foute le sujet en l\u2019air en t\u00e9l\u00e9phonant directement au Chef de Cab. Moi, c\u2019est simple, les stagiaires, j\u2019en veux plus !<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant, Renaud venait d\u2019en \u00ab\u00a0toucher\u00a0\u00bb une de stagiaire, Mademoiselle \u00c9m\u00e9chant. Dix-neuf ans et demi, taille moyenne, poids moyen, cheveux sales et grosses lunettes, la petite \u00c9m\u00e9chant \u00e9tait \u00e9l\u00e8ve de troisi\u00e8me ann\u00e9e de l\u2019\u00c9cole de Journalisme de Gu\u00e9ret\u00a0<sup>(8)<\/sup>. D\u00e8s son arriv\u00e9e, elle s\u2019\u00e9tait montr\u00e9e\u00a0<span id=\"more-12235\"><\/span>enthousiaste \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire la plus petite photocopie ou le moindre capuccino pour les professionnels v\u00e9n\u00e9r\u00e9s dont elle ne revenait pas de respirer le m\u00eame air qu\u2019eux. Alors, vous pensez, une enqu\u00eate confidentielle, elle allait grimper au mur. \u00c9m\u00e9chant lui paraissait donc convenir parfaitement \u00e0 la situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-12305\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/salle-redaction-quotidien-presse-2.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"427\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/salle-redaction-quotidien-presse-2.jpg 640w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/salle-redaction-quotidien-presse-2-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/>Il prit son air le plus Robert Redford possible, puis il passa la t\u00eate dans la salle de r\u00e9daction et cria :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c9m\u00e9chant ! Dans mon bureau !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La petite arriva aussit\u00f4t. Toute rose d\u2019\u00e9motion, elle se planta devant son chef en disant :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Oui, Monsieur D\u00e9ly ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre fit semblant de relever la t\u00eate d\u2019un travail important et dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah ! Mademoiselle \u00c9m\u00e9chant ! \u00c9lisabeth, c\u2019est \u00e7a ? Tu peux m\u2019appeler Renaud, tu sais. \u00c7a t\u2019ennuie pas que je t\u2019appelle Babette ? C\u2019est plus court, c\u2019est plus gentil, et puis Babette \u00c9m\u00e9chant, c\u2019est marrant, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a faisait bien quinze ans qu\u2019elle entendait cette plaisanterie. Et \u00e7a faisait bien dix ans qu\u2019elle en voulait \u00e0 ses parents de ne pas l\u2019avoir appel\u00e9e Marie, ou Julie, ou m\u00eame Rosine ou C\u00e9lim\u00e8ne. Elle fit quand m\u00eame semblant d\u2019\u00e9touffer un petit gloussement pour montrer \u00e0 son patron qu\u2019elle aussi appr\u00e9ciait son humour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Tiens, c\u2019est vrai, je n\u2019y avais pas pens\u00e9. Je pourrais peut-\u00eatre aller bosser chez Charlie Hebdo\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renaud resta de marbre. Ici, c\u2019\u00e9tait lui qui faisait les plaisanteries et surement pas une stagiaire en forme de pot \u00e0 tabac, non mais !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, voil\u00e0, lui dit-il froidement en lui tendant le rapport Ratinet. Ultra-confidentiel, ultra-sensible, ultra-secret. Tu n\u2019en parles \u00e0 personne, ici, chez toi ou ailleurs. Ce machin ne sort pas du journal.\u00a0 Tu le lis \u00e0 fond, et demain, tu m\u2019e-mail un r\u00e9sum\u00e9 en deux cents mots maxi. Le soir, tu enfermes tout \u00e7a \u00e0 cl\u00e9 dans un tiroir. Ensuite, tu cherches, tu fouilles, tu renifles. Tu vas sur place si tu y tiens, tu peux m\u00eame prendre un caf\u00e9 aux Deux Magots en note de frais, mais tu ne parles \u00e0 personne, tu n\u2019interroges personne. Tous les soirs, tu me fais un petit mail pour me dire o\u00f9 tu en es. Je pars ce soir aux sports d\u2019hiver. On se revoit dans huit jours exactement. D\u2019ici l\u00e0 tu m\u2019auras fait un projet avec les grandes lignes d\u2019un article, avec deux ou trois approches possibles. Tu vois ce que je veux dire, contre Hidalgo, pour Hidalgo ou neutre\u2026 factuel, quoi ! Pig\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La petite \u00c9m\u00e9chant n\u2019en revenait pas. Une enqu\u00eate, confidentielle, secr\u00e8te, avec un projet d\u2019article \u00e0 la cl\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Est-ce que \u2026, commen\u00e7a-t-elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, ne commence pas \u00e0 faire des histoires, hein ! Je t\u2019ai dit tout ce qu\u2019il y a \u00e0 savoir. D\u00e9gage ! Faut que j\u2019aille faire ma valise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle partit sur un petit nuage.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 7<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(8) \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gu\u00e9ret, c\u2019est dans la Creuse.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>8-L\u2019enqu\u00eate \u00c9m\u00e9chant\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Subodorant un scandale croustillant, le magazine Marianne a charg\u00e9 une de ses stagiaires, Mlle \u00c9m\u00e9chant, d\u2019enqu\u00eater sur la disparation des quarante premiers num\u00e9ros de la rue de Rennes. Attention, \u00e7a va faire mal\u2026 \u00e0 moins que \u00e7a ne fasse pschitt !\u00a0<\/em><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 8 : O\u00f9 l\u2019on trouvera regrettable que la rue de Rennes ne traverse pas Neuilly.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le lendemain, elle envoyait son premier rapport \u00e0 Renaud Dely.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cher Renaud, voici ce que j\u2019ai tir\u00e9 du rapport que tu m\u2019as confi\u00e9 :<\/em><\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li><em>Il manque du c\u00f4t\u00e9 pair de la Rue de Rennes, les num\u00e9ros 2 \u00e0 46, et du c\u00f4t\u00e9 impair, les num\u00e9ros 1 \u00e0 39.<\/em><\/li>\n<li><em>Ce manque ne fait aucun doute : il est \u00e9tabli par des photos et des t\u00e9moignages.<\/em><\/li>\n<li><em>Le rapport Ratinet ne pr\u00e9cise pas depuis quand ces num\u00e9ros ont disparu, ni s\u2019ils ont r\u00e9apparu quelque part ailleurs, ni si d\u2019autres disparitions de ce type ont \u00e9t\u00e9 constat\u00e9es dans d\u2019autres quartiers de Paris, ou dans d\u2019autres villes, ou \u00e0 d\u2019autres \u00e9poques.<\/em><\/li>\n<li><em>La disparition d\u2019une partie d\u2019une rue tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e de la capitale pourrait se r\u00e9v\u00e9ler embarrassante pour l\u2019H\u00f4tel de Ville.<\/em><\/li>\n<li><em>Le fait que le rapport qui traite de cette disparition soit consid\u00e9r\u00e9 comme ultra-sensible et confidentiel confirme son caract\u00e8re vraisemblablement dangereux pour la Municipalit\u00e9.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour la suite de mon enqu\u00eate, je compte me rendre en toute discr\u00e9tion sur place ainsi qu\u2019aux Archives de Paris, aux Archives Nationales, au Mus\u00e9e Carnavalet, au service des Cartes et Guides chez Michelin, et dans les Catacombes. Je pense que tu n\u2019y verras pas d\u2019inconv\u00e9nient. Et voil\u00e0, \u00e7a fait juste deux cents mots. \u00c9lisabeth \u00c9m\u00e9chant.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jour d\u2019apr\u00e8s, elle \u00e9crivait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cher Renaud,\u00a0\u00a0<\/em><em>J\u2019ai pens\u00e9 que la premi\u00e8re chose \u00e0 faire \u00e9tait de d\u00e9terminer dans la mesure du possible la date de la disparition. Voici les premiers r\u00e9sultats de mes recherches :<\/em><span id=\"more-12237\"><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1-Archives Nationales : L\u2019Inventaire G\u00e9n\u00e9ral indique que la rue de Rennes a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par d\u00e9cret du 9 mars 1853. Le d\u00e9cret est introuvable.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-large wp-image-12297\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/9-Plan-parcellaire-Paris-960x585.png\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"368\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/9-Plan-parcellaire-Paris-960x585.png 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/9-Plan-parcellaire-Paris-300x183.png 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/9-Plan-parcellaire-Paris-768x468.png 768w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/9-Plan-parcellaire-Paris.png 1204w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/>2-Archives de Paris : Sur le Plan Parcellaire n\u00b0132A au 1\/500<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0de 1860, l\u2019actuelle Place Saint Germain des Pr\u00e9s n\u2019existe pas. L\u2019espace qu\u2019elle occupe aujourd\u2019hui est d\u00e9nomm\u00e9 Rue de Rennes. \u00c0 la place des num\u00e9ros 2, 4 et 6 de la place St-Germain des Pr\u00e9s actuelle, on trouve le 46 rue de Rennes. \u00a0<\/em><em>Le Plan Parcellaire n\u00b0132B au 1\/500<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0de 1860, sur lequel devrait se trouver la zone qui s\u2019\u00e9tend de l\u2019\u00e9glise St-Germain des Pr\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la Seine, et donc inclure le d\u00e9but de la rue de Rennes, est introuvable.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3-Mus\u00e9e Carnavalet : Tr\u00e8s joli petit mus\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>4-Un article du Petit Journal du 24 septembre 1866 rend compte de l\u2019inauguration de la Place Saint Germain des Pr\u00e9s qui prend la place d\u2019une partie de la Rue de Rennes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>5-Cartes Michelin : La premi\u00e8re carte Michelin de Paris date de 1923. Sur cette carte, la partie de la rue de Rennes correspondant aux num\u00e9ros disparus ne figure pas. Les immeubles qui font les angles de la Rue de Rennes avec le Boulevard Saint Germain et la place du Qu\u00e9bec portent les m\u00eames num\u00e9ros qu\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est-\u00e0-dire 41 et 48.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>6-Catacombes : la partie des catacombes qui se trouve dans le voisinage de la Place Saint Germain des Pr\u00e9s est ferm\u00e9e au public. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces galeries s\u2019effectue par une porte d\u00e9rob\u00e9e qui se trouve au fond des toilettes de la brasserie Chez Lipp. La cl\u00e9 en a \u00e9t\u00e9 perdue lors d\u2019une op\u00e9ration de d\u00e9ratisation pendant l\u2019occupation allemande. En tout \u00e9tat de cause, il y a peu de chances pour que ces galeries condamn\u00e9es puissent dissimuler une section de rue large de 22 m\u00e8tres.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>7-Deux Magots : le caf\u00e9-croissant co\u00fbte 8,10 \u20ac<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En r\u00e9sum\u00e9, les faits \u00e9tablis \u00e0 ce jour sont les suivants :<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1-La rue de Rennes a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en 1853.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2-Aucun plan disponible aujourd\u2019hui ne pr\u00e9sente la rue dans sa totalit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3-Le 46 rue de Rennes n\u2019existe plus \u00e0 partir de 1860. Ce n\u2019est pas une disparition mais un simple remplacement par les num\u00e9ros 2,4 et 6 de la place St-Germain des Pr\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De ces premiers \u00e9l\u00e9ments, je pense pouvoir tirer les premi\u00e8res conclusions suivantes :<\/em><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li><em>Les num\u00e9ros de la Rue de Rennes qui manquent aujourd\u2019hui ont pu disparaitre en 1860, en m\u00eame temps que le num\u00e9ro 46, ou bien entre cette date et 1923, date de la premi\u00e8re carte Michelin de Paris.<\/em><\/li>\n<li><em>Ces dates possibles sont coh\u00e9rentes avec l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une disparition lors d\u2019un \u00e9v\u00e8nement majeur comme le si\u00e8ge de Paris en 1870, la Commune en 1871 ou la premi\u00e8re guerre mondiale.<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je vais me concentrer pour le moment sur ces trois hypoth\u00e8ses. Bien \u00e0 toi. Babette.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Val d\u2019Is\u00e8re, bien install\u00e9 dans le salon de son h\u00f4tel devant un excellent whisky japonais et un tr\u00e8s joli feu de chemin\u00e9e savoyard, Renaud vient de finir la lecture des deux messages de Babette la stagiaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon sang, dit-il \u00e0 sa femme qui lit un vieux num\u00e9ro de Mon Tricot en buvant un jus de goyave, c\u2019est pas un papier qu\u2019elle nous pr\u00e9pare, cette fille, c\u2019est un constat d\u2019huissier. Qu\u2019est-ce qu\u2019on en a \u00e0 faire du Plan Parcellaire au trente millioni\u00e8me, du d\u00e9cret du 25 brumaire ou de la guerre de 14 ! Y a rien \u00e0 en tirer, de tout \u00e7a. Les catacombes, \u00e7a, \u00e7a aurait pu \u00eatre int\u00e9ressant, mais \u00e7a fait pschitt. Ce qu\u2019il nous faudrait, c\u2019est du saignant, du tordu, de d\u00e9tournement de fond. Ah ! J\u2019aurais bien vu quelque chose comme \u00ab\u00a0<em>En 1999, Jean Tiberi, alors Maire de Paris, a vendu pour une bouch\u00e9e de pain deux cents m\u00e8tres de la Rue de Rennes \u00e0 un cousin corse. Celui-ci, actuellement en fuite, les a r\u00e9troc\u00e9d\u00e9s aussit\u00f4t \u00e0 la Ville de Valparaiso pour la somme de 82.590.390 Francs.<\/em>\u00a0\u00bb Ou alors, Chirac ! C\u2019est \u00e7a ! Il faut qu\u2019elle cherche du c\u00f4t\u00e9 de Chirac\u2026 ou mieux, du c\u00f4t\u00e9 de Sarkozy. C\u2019est quand m\u00eame dommage que la Rue de Rennes ne soit pas \u00e0 Neuilly. On aurait mouill\u00e9 Sarkozy, que \u00e7\u2019aurait \u00e9t\u00e9 un bonheur. Enfin\u2026 Attendons la suite\u2026 Tu veux un autre jus de goyave ? Maurice ? Un autre Yamazaki s\u2019il te plait !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>9-Qui veut la peau de Roger Ratinet ?\u00a0<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Tandis que l\u2019enqu\u00eate de Marianne sur les num\u00e9ros disparus de la rue de Rennes progresse, Roger Ratinet, employ\u00e9 de mairie, initiateur et h\u00e9ros \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de l\u2019affaire, est d\u2019humeur bougonne.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 9 : O\u00f9 le sens de l\u2019\u00e9vangile selon Saint Matthieu 18-5 sera r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<\/em><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Roger Ratinet \u00e9tait d\u2019humeur bougonne. Le lendemain de la fameuse sortie du Conseil Municipal en procession, il avait re\u00e7u une note de service sign\u00e9e de la main m\u00eame d\u2019Anne Hidalgo. Toutes ses fonctions pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9taient suspendues jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. Affect\u00e9 \u00e0 une nouvelle t\u00e2che de la plus grande urgence \u2014\u00a0<em>recenser tous les crayons, les stylos \u00e0 bille, les feutres, les blocs-notes et les post-it pr\u00e9sents dans les b\u00e2timents de la mairie et les classer par couleur et par degr\u00e9 d\u2019usure<\/em>\u00a0\u2014 et il ne devait plus quitter l\u2019H\u00f4tel de Ville pendant la dur\u00e9e n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de l\u2019inventaire que l\u2019on estimait \u00e0 huit mois minimum. Apr\u00e8s l\u2019heure de gloire qu\u2019il avait connue sur la Place Saint-Germain des Pr\u00e9s devant les parapluies les plus importants de la municipalit\u00e9, il s\u2019\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9 de n\u2019avoir re\u00e7u aucune f\u00e9licitation de qui que ce soit, et de n\u2019avoir \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 \u00e0 aucun moment, par exemple pour mener des enqu\u00eates compl\u00e9mentaires, ou pour donner des \u00e9claircissements sur tel ou tel aspect de la question. Enfin quand m\u00eame ! C\u2019\u00e9tait pourtant lui qui avait d\u00e9couvert l\u2019affaire. Il estimait qu\u2019on aurait pu lui rendre au moins cette justice.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-12298\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/10-Matthieu-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Mais, \u00e9lev\u00e9 dans la plus pure tradition r\u00e9publicaine, la\u00efque, gratuite et obligatoire, il n\u2019avait jamais entendu parler de l\u2019\u00c9vangile selon Matthieu qui dit : \u00ab\u00a0<em>Malheur \u00e0 celui par qui le scandale arrive !<\/em>\u00ab\u00a0. Or, c\u2019\u00e9tait bien par lui qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9, le scandale. Aussi, quand il apprit de la secr\u00e9taire du deuxi\u00e8me adjoint au Chef de Cabinet que tous les exemplaires\u00a0<span id=\"more-12239\"><\/span>de son rapport avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s et mis sous cl\u00e9 dans un endroit que seuls Lubherlu et la Reine-Maire connaissaient, sa frustration atteint un niveau jamais \u00e9gal\u00e9 depuis son \u00e9chec au concours d\u2019acc\u00e8s au poste d\u2019archiviste des relev\u00e9s d\u2019infraction \u00e0 la loi du 18 juillet 1881. Son sang ne fit qu\u2019un tour : il rentra chez lui et prit le reste de la journ\u00e9e pour r\u00e9fl\u00e9chir. Sa femme, qui achevait de ranger la vaisselle du petit d\u00e9jeuner, s\u2019\u00e9tonna, non pas de son retour pr\u00e9coce \u00e0 la maison \u2014 il \u00e9tait 10h45 \u2014 mais de sa mine d\u00e9faite. Elle le lui fit savoir :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Roger, lui dit-elle, ce n\u2019est pas que je sois surprise par ton retour pr\u00e9coce \u00e0 la maison \u2014 il est onze heures moins le quart \u00ad\u2014 car tu sais que j\u2019en ai l\u2019habitude, mon p\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame employ\u00e9 municipal. Mais te voir rentrer dans un tel \u00e9tat \u2014 tu me parais tout enchiffrogn\u00e9<sup>(9)<\/sup>\u00a0\u2014 \u00a0\u00a0me fait soup\u00e7onner un probl\u00e8me professionnel. Serait-ce encore ce\u00a0<em>con de Cottard<\/em>\u00a0qui te fait des mis\u00e8res ? Ou bien ce cr\u00e9tin de Lubherlu ? Ce ne serait pas cette garce de Cruella, tout de m\u00eame ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ben\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Allez, mon gros, raconte \u00e0 maman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ben\u2026Madame Hidalgo m\u2019a affect\u00e9 \u00e0 un nouveau boulot. C\u2019est pas que ce soit pas int\u00e9ressant : \u00a0je vais dans les bureaux, je compte les crayons, les feutres, les post-it, je les r\u00e9pertorie, je vois du monde, je discute, j\u2019apprends plein de trucs\u2026 non, tout \u00e7a, \u00e7a va, \u00e7a va \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, alors quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ben, \u00e7a me fait trop de boulot, \u00e7a. Je peux plus sortir de la Mairie, moi ! J\u2019aimais bien mon travail d\u2019avant, traverser Paris, faire l\u2019inventaire des plaques de rue, les classer, tout \u00e7a\u2026 \u00a0J\u2019\u00e9tais libre de mes horaires\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c7a, on dirait bien que \u00e7a n\u2019a pas chang\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026de mes itin\u00e9raires. Maintenant, je suis tout le temps enferm\u00e9 dans les bureaux. C\u2019est pas bon pour la sant\u00e9, \u00e7a.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014D\u2019accord, c\u2019est pas bon. Mais, y a une prime d\u2019enfermement pour \u00e7a. Et aussi les heures de r\u00e9cup\u00e9ration au grand air.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Encore heureux, quand m\u00eame ! Mais c\u2019est pas tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah ? C\u2019est pas tout ? \u00c9coute, Roger, abr\u00e8ge ! J\u2019ai mon stage de troisi\u00e8me ann\u00e9e de macram\u00e9, moi. Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a qui va pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ce qu\u2019il y a, c\u2019est que\u2026 Tu te souviens de l\u2019affaire la rue de Rennes, mon enqu\u00eate, mon rapport, la visite sur place ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Tu parles si je m\u2019en souviens. Si tu ne m\u2019en as pas parl\u00e9 au moins une fois par jour depuis\u2026 Enfin, bon\u2026 Oui, je m\u2019en souviens. Et j\u2019esp\u00e8re bien que \u00e7a va te valoir un avancement, parce que tu sais, moi, j\u2019y arrive plus\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Eh bien non ! Pas d\u2019avancement !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Comment \u00e7a, pas d\u2019avancement ? Comment \u00e7a, pas d\u2019avancement !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Pas d\u2019avancement. Au bureau, personne ne parle plus de la Rue de Rennes. Mon rapport a totalement disparu. Enterr\u00e9, mon beau rapport ! Je me demande m\u00eame si on ne m\u2019a pas donn\u00e9 ce nouveau travail pour \u00eatre s\u00fbr que je ne m\u2019en occupe plus, de la rue de Rennes. C\u2019est vache, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019est pas vache, c\u2019est d\u00e9goutant, oui ! C\u2019est encore un coup de la Reine-Maire ! Enterrer un beau rapport comme \u00e7a ! Avec des photos en plus ! Et te faire compter des crayons ! Non mais ! Mais pour qui elle se prend celle-l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Remarque, moi, \u00e7a me plait plut\u00f4t, de compter les crayons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019est pas la question, Roger ! Tu ne vois pas que tu es l\u2019objet d\u2019une brimade, d\u2019un harc\u00e8lement intellectuel, d\u2019un refus de priorit\u00e9 \u00e0 l\u2019avancement ? Ah mais, \u00e7a ne va pas se passer comme \u00e7a !\u00a0Et d\u2019abord, pourquoi elle l\u2019enterre, ce rapport ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, \u00e7a ?\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais parce qu\u2019il la g\u00eane, pauvre innocent ! Ton rapport la g\u00eane, c\u2019est \u00e9vident. Faut dire qu\u2019un bout de rue qui manque \u00e0 l\u2019appel, c\u2019est pas glorieux, m\u00eame pour une mairie \u00e9colo-socialiste, \u00e7a fait pas vraiment \u00ab\u00a0<em>parti de gouvernement<\/em>\u00ab\u00a0. Il faut d\u00e9couvrir pourquoi \u00e7a la g\u00eane ! Absolument ! Je m\u2019en occupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 9<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(9) \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Enchiffrogn\u00e9 : forme archa\u00efque de enchifren\u00e9\u00a0<sup>(10)<\/sup><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(10)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Enchifren\u00e9 : embarrass\u00e9 du nez, enrhum\u00e9<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00a0<\/em><strong>10-Yvonne<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents :<\/span> Bien que ce soit lui qui ait d\u00e9couvert la disparition partielle de la Rue de Rennes et qu\u2019il en ait fait part aux autorit\u00e9s comp\u00e9tentes dans un rapport r\u00e9glementaire et aujourd\u2019hui disparu, Roger Ratinet n\u2019a re\u00e7u aucune f\u00e9licitation ni m\u00eame reconnaissance pour son travail. Pire, il n\u2019aura m\u00eame pas l\u2019avancement qu\u2019il pensait m\u00e9riter amplement. Son \u00e9pouse est persuad\u00e9e qu\u2019il y a l\u00e0 un complot de la Reine-Maire contre son mari. Elle veut en avoir le c\u0153ur net.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>O\u00f9 l\u2019influence du cantou auvergnat et de l\u2019emprunt russe sur la culture en R\u00e9gion sera enfin reconnue.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yvonne Ratinet avait de la ressource. Toute petite d\u00e9j\u00e0, dans le d\u00e9partement de la Creuse o\u00f9 elle \u00e9tait n\u00e9e, elle avait d\u00fb affronter des questions\u00a0<em>essenxistentielles<\/em><sup>(11)<\/sup>\u00a0comme :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Est-ce que les petits bateaux ont des jambes et, si oui, combien<\/em>\u00a0?\u00a0\u00bb ou encore \u00ab\u00a0<em>Le solipsisme est-il une excuse \u00e0 la perversion narcissique ?<\/em>\u00a0\u00bb et aujourd\u2019hui, elle savait bien comment s\u2019y prendre. Voici pourquoi et comment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9t\u00e9. Yvonne, qui venait de f\u00eater sa demi-douzaine de printemps, \u00e9tait seule \u00e0 la ferme paternelle. Son p\u00e8re, sa m\u00e8re, ses fr\u00e8res et ses s\u0153urs \u00e9taient partis \u00e0 la ville acheter un marteau. Tandis qu\u2019une temp\u00eate de neige faisait rage \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, la petite \u00e9tait sagement assise dans le cantou<sup>(12)<\/sup>, occup\u00e9e \u00e0 repriser la collection de cravates-club de son p\u00e8re.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-12299\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/11-Ferme-cantal-neige-300x169.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" srcset=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/11-Ferme-cantal-neige-300x169.jpg 300w, http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/11-Ferme-cantal-neige.jpg 640w\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" \/>Tout d\u2019un coup, trois autres furent frapp\u00e9s \u00e0 l\u2019huis, qui couvrirent le hurlement du vent dans les interstices de la lourde porte de ch\u00eane asp\u00e9e de fer. Nullement effray\u00e9e malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge, l\u2019heure tardive, l\u2019absence de sa famille et le fait qu\u2019on soit un mercredi, Yvonne pronon\u00e7a le mot qui allait d\u00e9cider de sa personnalit\u00e9 future.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Entrez !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La porte s\u2019ouvrit et,\u00a0<span id=\"more-12241\"><\/span>pouss\u00e9e par le vent, elle alla frapper violemment le porte-parapluie en cuivre martel\u00e9 que le grand-p\u00e8re avait rapport\u00e9 d\u2019un voyage au Maroc en promotion. Sous le choc et dans un bruit de gong tib\u00e9tain, le cylindre alla rouler jusqu\u2019au milieu de la cuisine. L\u2019encadrement de la porte ouverte sur la nuit s\u2019illumina d\u2019un coup sous l\u2019effet d\u2019un \u00e9clair tandis que le tonnerre \u00e9clatait dans la seconde. La petite fille vit alors apparaitre en contre-jour dans le rectangle lumineux une \u00e9trange silhouette. C\u2019\u00e9tait celle d\u2019un homme grand, ou peut-\u00eatre celle d\u2019un g\u00e9ant petit \u2014 ce d\u00e9tail s\u2019est perdu. Sa houppelande berrichonne en peau de h\u00e9risson fris\u00e9 et son chapeau calabrais en chanvre anodis\u00e9 \u00e9taient couverts de neige. L\u2019air ext\u00e9nu\u00e9, il s\u2019appuyait sur le pommeau en aluminium bross\u00e9 de sa canne de bois de justice tandis qu\u2019il poussait devant lui une sorte de brouette \u00e0 trois roues qui faisait penser \u00e0 la moiti\u00e9 d\u2019un triporteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Oui ? C\u2019est pourquoi ? Et d\u2019abord, qui t\u2019es, toi ? dit la petite Yvonne, levant \u00e0 peine les yeux de son ouvrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Les gens m\u2019appellent Louis Doled\u00e9jeune. Il en est m\u00eame qui m\u2019envient, mais ils ne savent pas dans la vie que parfois je m\u2019ennuie. Parce que, la colporte, hein, par ces temps, c\u2019est pas de la tarte. Enfin\u2026 Tes parents sont l\u00e0, parents sont l\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mon p\u00e8re, ma m\u00e8re, mes fr\u00e8res et mes s\u0153urs, oh, oh, oh, oh\u2026 sont tous partis \u00e0 la ville acheter un marteau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ils vont revenir bient\u00f4t, bient\u00f4t ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Par ce temps, vont surement coucher chez mon oncle H\u00e9g\u00e9sippe, ou alors au bistrot qu\u2019est face la gare.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Alors comme \u00e7a, tu es ici toute seule toute seule\u00a0 ? Pour toute la nuit ? Dans cette ferme isol\u00e9e par la neige et la temp\u00eate, et la temp\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019est \u00e7a.\u00a0<em>Toute seule toute seule<\/em>, pour toute la nuit, dans cette ferme isol\u00e9e et tout et tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et tu n\u2019as pas peur ? Je pourrais \u00eatre un bandit de grand chemin ou un vampire de Transylvanie, de Transylvanie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Personnellement, j\u2019vois pas un bandit de grand chemin ou un vampire de Pennsylvannie \u00a0se promener \u00e0 c\u2019t\u2019heure par c\u2019te temp\u00eate en poussant la moiti\u00e9 d\u2019un triporteur des Postes, r\u00e9pondit Yvonne dans son langage simple de petite paysanne. Non, moi, je vous vois plut\u00f4t en vendeur de chambres \u00e0 air ou de centrifugeuses, que\u2019q\u2019chose dans le genre. Alors, c\u2019est quoi votre truc \u00e0 vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014La colporte, je t\u2019ai dit\u2026 La colporte des Encyclopedia Britannica. Tu serais pas int\u00e9ress\u00e9e, par hasard, par hasard ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Faut voir, dit-elle d\u2019un air finaud. Mais d\u2019abord, pourquoi vous r\u00e9p\u00e9tez les trucs deux fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Qui \u00e7a, moi ? Je ne r\u00e9p\u00e8te jamais deux fois la m\u00eame chose, la m\u00eame chose !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout d\u2019une heure et demi de n\u00e9gociations, Yvonne avait \u00e9chang\u00e9 dix-huit volumes de l\u2019\u00e9dition de 1954 de l\u2019encyclop\u00e9die d\u2019Outre-Manche en version originale non sous-titr\u00e9e, plus trois volumes du dictionnaire Webster \u00e0 trois entr\u00e9es : anglais, fran\u00e7ais et esperanto, plus un harmonica et son \u00e9tui, le tout contre la somme d\u2019un million deux cent cinquante-trois mille francs repr\u00e9sent\u00e9e par tous les certificats d\u2019emprunt russe de 1867 qui tapissaient le fond des tiroirs des commodes de la maison depuis cinquante ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Doled\u00e9jeune repartit avec cette triple sensation de pl\u00e9nitude que procure le sentiment du devoir accompli, de trouble qu\u2019apporte l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 roul\u00e9 dans la farine et de froid que donne une bonne tourmente de neige en plein \u00e9t\u00e9. Pendant ce temps, Yvonne \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plong\u00e9e dans le premier mot qu\u2019elle avait cherch\u00e9 dans l\u2019\u00e9norme glossaire albionique. Ce mot, c\u2019\u00e9tait :\u00a0<em>Swindle<\/em>\u00a0<sup>(13)<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019habitude qu\u2019elle avait contract\u00e9e pendant cette glaciale soir\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 ne fit que se renforcer tout en contribuant \u00e0 d\u00e9velopper son intellect. Vers l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans, elle entreprit m\u00eame d\u2019apprendre l\u2019encyclop\u00e9die par c\u0153ur et ordre alphab\u00e9tique inverse. C\u2019est alors qu\u2019elle en \u00e9tait au mot\u00a0<em>apical<\/em>\u00a0qu\u2019elle rencontra Andr\u00e9 Ratinet. Ce f\u00fbt le coup de foudre et elle remit \u00e0 plus tard le moment d\u2019\u00e9tudier le mot\u00a0<em>apiary.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce moment ne vint jamais, mais l\u2019habitude de consulter les dictionnaires \u00e9tait l\u00e0, bien ancr\u00e9e. Aussi, quand elle comprit que la question de la rue de Rennes commen\u00e7ait \u00e0 perturber son m\u00e9nage, elle reprit sa vieille habitude. Il y avait longtemps qu\u2019elle avait fait don de son exemplaire de l\u2019Encyclopedia Britannica \u00e0 la Croix Rouge fran\u00e7aise pour les sinistr\u00e9s d\u2019Ha\u00efti. En effet, peu de temps avant de faire ce g\u00e9n\u00e9reux cadeau, elle avait d\u00e9couvert les immenses possibilit\u00e9s de l\u2019informatique. Depuis, elle ne jurait plus que par Internet. A qui voulait l\u2019entendre, elle disait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Quand je me pose une question d\u2019histoire, de cuisine, de plomberie ou de principe, je vais voir chez Gougueule. On trouve tout chez Gougueule. Gougueule, c\u2019est mon Am\u00e9rique \u00e0 moi, s\u00fbr que c\u2019est trop bien pour moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, elle alla chez Gougueule et tapa les trois mots magiques : <em>Rue de Rennes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 10<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(11)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Essenxistentielles : contraction violente de l\u2019existence et de l\u2019essence (Attention : prononciation dangereuse)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(12)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cantou : Mini salon auvergnat enti\u00e8rement inclus dans la pi\u00e8ce principale, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel on allume parfois un feu de bois entre deux bancs de bois et sous trois jambons de pays.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(13) Swindle : en Fran\u00e7ais : arnaque ; en Esperanto :<\/em>\u00a0<em>pripluka<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>11-La d\u00e9couverte du poteau rose<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Malgr\u00e9 les deux enqu\u00eates simultan\u00e9es, l\u2019une men\u00e9e par Mlle \u00c9m\u00e9chant journaliste en herbe, et l\u2019autre par Mme Ratinet, m\u00e9nag\u00e8re perspicace, le myst\u00e8re des disparus de la Rue de Rennes est toujours entier. Mais \u00e7a ne va pas durer.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 11 : O\u00f9 l\u2019on verra comment une dispute imp\u00e9riale sauva l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise<\/em><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0(\u2026) et c\u2019est en 1853 que le Baron Haussmann, pr\u00e9fet de la Seine, d\u00e9cida du percement d\u2019une nouvelle art\u00e8re entre l\u2019embarcad\u00e8re de la barri\u00e8re du Maine et la Seine. Cette op\u00e9ration s\u2019inscrivait bien entendu dans le cadre des grands travaux de transformation de Paris que le Baron avait entrepris d\u00e8s 1852 sous l\u2019\u00e9gide de Napol\u00e9on III.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Jusqu\u2019en 1848, l\u2019embarcad\u00e8re de la barri\u00e8re du Maine avait accueilli les voyageurs de la Compagnie de Chemin de Fer Paris-S\u00e8vres-Meudon-Versailles. Mais \u00e0 partir de la cr\u00e9ation de la Compagnie des Chemins de Fer de l\u2019Ouest, en 1851, le trafic devait y devenir tr\u00e8s important, particuli\u00e8rement entre Rennes et la capitale. Une nouvelle gare avait donc \u00e9t\u00e9 construite et mise en service d\u00e8s 1852. Il fallait lui assurer un large d\u00e9bouch\u00e9 vers le centre de Paris. Le trac\u00e9 de cette nouvelle rue, la rue de Rennes, f\u00fbt con\u00e7u dans ce but. Partant de l\u2019entr\u00e9e principale du nouveau b\u00e2timent, la rue de Rennes devait passer juste devant l\u2019\u00e9glise St-Germain des Pr\u00e9s, pour aboutir sur le Quai Conti pr\u00e8s de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 sud de la passerelle des Arts qui venait d\u2019\u00eatre \u00e9largie. Une premi\u00e8re tranche de travaux fut men\u00e9e tambour battant en moins de deux ans entre la Gare de Rennes et le Boulevard d\u2019Enfer. La deuxi\u00e8me tranche, entre le Boulevard d\u2019Enfer et le Boulevard St-Germain, prit du retard et ne fut achev\u00e9e qu\u2019en 1866. La troisi\u00e8me tranche qui devait prolonger la rue de Rennes jusqu\u2019\u00e0 la Seine ne fut jamais r\u00e9alis\u00e9e. En effet, lors des travaux pr\u00e9paratoires, on s\u2019aper\u00e7ut d\u2019une erreur de 1,3 degr\u00e9s\u00a0<span id=\"more-12243\"><\/span><\/em><em>dans le calcul de l\u2019axe de la rue. On s\u2019empressa de le corriger pour constater aussit\u00f4t que l\u2019axe ainsi rectifi\u00e9 traversait le Palais de l\u2019Institut dans la diagonale de la Grande Salle des S\u00e9ances de l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise. Achever le projet entrainerait obligatoirement la destruction de ce palais du XVII\u00e8me si\u00e8cle. Haussmann et Napol\u00e9on III lui-m\u00eame \u00e9taient favorables au prolongement mais l\u2019Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie s\u2019y opposa de toutes ses forces. Les travaux furent suspendus et la dispute entre les \u00e9poux imp\u00e9riaux dura jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9faite de Sedan qui, trois ans plus tard, enterra le projet d\u00e9finitivement.\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-12300\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/12-Institut-300x225.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" srcset=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/12-Institut-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/12-Institut-768x576.jpg 768w, http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/12-Institut-960x720.jpg 960w\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" \/>Les plans d\u2019origine ayant fix\u00e9, comme c\u2019est la r\u00e8gle \u00e0 Paris, le d\u00e9but de la num\u00e9rotation de la rue au plus pr\u00e8s de la Seine, les premiers num\u00e9ros ne furent jamais attribu\u00e9s et les immeubles construits de part et d\u2019autre des sections d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es conserv\u00e8rent leur num\u00e9ro.\u00a0\u00bb \u2014<\/em>\u00a0(<em>Les Rues de Paris \u2013 Abel Hilanmaire \u2013 1909 \u2013 Editions du Bois)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Yvonne Ratinet rabattit l\u2019\u00e9cran de son ordinateur avec lenteur et se retourna vers son mari. Pench\u00e9 sur la table de la cuisine, il \u00e9tait plong\u00e9 dans la planification de ses arr\u00eats maladie pour les six mois \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c7a y est, Roger ! J\u2019ai d\u00e9couvert le pot aux roses ! lan\u00e7a-t-elle toute excit\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Hein ? Le poteau quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Le pot aux roses\u2026 le pourquoi, le comment, l\u2019explication, les responsables, tout, je sais tout ! C\u2019est \u00e0 cause du g\u00e9om\u00e8tre d\u2019Haussmann, c\u2019est la faute \u00e0 Jos\u00e9phine, \u00e0 Napol\u00e9on\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c9coute, Bibiche, je ne comprends rien \u00e0 ce que tu me dis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014La rue de Rennes, les num\u00e9ros qui manquent. Je sais tout, je te dis ! Mais \u00e7a ne nous arrange pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, je t\u2019explique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et elle lui dit tout. Elle lui dit la nouvelle gare, le trac\u00e9 de la rue, les premiers travaux, le g\u00e9om\u00e8tre, Napol\u00e9on III, Jos\u00e9phine, la guerre de 70.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et c\u2019est pour \u00e7a que la rue commence seulement au num\u00e9ro quarante, acheva-t-elle dans un soupir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis, hochant tristement la t\u00eate, elle laissa tomber :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et \u00e7a ne nous arrange pas\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Roger \u00e9tait plut\u00f4t bon mari, gentil, parfois m\u00eame attentionn\u00e9. Il ne jouait pas au tierc\u00e9, ne trainait pas dans les bistrots avec les autres employ\u00e9s municipaux et descendait volontiers la poubelle. Mais il avait un d\u00e9faut : il ne pensait pas tr\u00e8s vite. Par exemple, elle le battait immanquablement au\u00a0<em>Jeu des Sept Familles.\u00a0<\/em>Au d\u00e9but, cela l\u2019avait agac\u00e9e, mais elle s\u2019y \u00e9tait faite. Elle y trouvait m\u00eame quelques avantages, notamment celui d\u2019avoir toujours le dessus dans n\u2019importe quelle discussion impliquant l\u2019enchainement de plus de deux id\u00e9es. C\u2019est pourquoi, devant la r\u00e9action ahurie de son \u00e9poux, elle poussa soupir d\u2019agacement m\u00eal\u00e9 d\u2019un zeste de tendresse, et lui dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais mon pauvre Roger, si c\u2019est le g\u00e9om\u00e8tre, l\u2019Empereur, l\u2019Imp\u00e9ratrice ou m\u00eame la Reine d\u2019Angleterre qui sont responsables de tout \u00e7a, \u00e7a prouve simplement que la Mairie ne l\u2019est pas ! Donc, on n\u2019a rien \u00e0 reprocher \u00e0 la m\u00e8re Hidalgo, donc on ne peut pas la faire chanter, donc tu n\u2019auras pas ton avancement !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Roger r\u00e9fl\u00e9chit un instant et demanda :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014La Reine d\u2019Angleterre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Arrrgghh !<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>12-La protection des sources<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Yvonne Ratinet connait enfin la raison de l\u2019absence des quarante premiers num\u00e9ros d\u2019immeubles de la Rue de Rennes, et nous aussi par la m\u00eame occasion. C\u2019est pas trop t\u00f4t ! Finalement, c\u2019est la faute \u00e0 Haussmann, Napol\u00e9on et Eug\u00e9nie. La Mairie n\u2019y est pour rien. C\u2019est bien dommage, mais c\u2019est comme \u00e7a. Mais l\u2019enqu\u00eate \u00c9m\u00e9chant n\u2019est pas termin\u00e9e. Elle va \u00eatre d\u00e9\u00e7ue, la pauvrette.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00a0Chapitre 12 :\u00a0O\u00f9 l\u2019on verra comment la divulgation des sources m\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration des postites.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis qu\u2019Yvonne Ratinet lan\u00e7ait \u00e0 son mari un regard charg\u00e9 de fureur, de d\u00e9couragement et de piti\u00e9, la jeune \u00c9m\u00e9chant faisait la m\u00eame d\u00e9couverte : la Mairie actuelle n\u2019avait pris aucune part dans la disparition du bout de la Rue de Rennes. On se demandera certainement longtemps comment deux femmes aussi diff\u00e9rentes, l\u2019une, \u00a0m\u00e9nag\u00e8re de moins de cinquante ans, finaude et revancharde et l\u2019autre, jeune future journaliste, pleine d\u2019enthousiasme et de na\u00efvet\u00e9, avaient pu arriver aux m\u00eames conclusions au m\u00eame moment. C\u2019est pourtant simple. Fort marrie de constater que les recherches qu\u2019elle avait entreprises autour de la chute du Second Empire et de la Grande Guerre ne donnaient rien, la stagiaire de Marianne se r\u00e9solut \u00e0 rompre le serment qu\u2019elle avait fait de garder le secret de la Rue de Rennes. Il se trouve qu\u2019elle \u00e9tait la petite-fille du beau-fr\u00e8re d\u2019un cousin de X \u2014\u00a0<em>dont nous avons fait le serment de garder secret le patronyme, que nous vous livrerons cependant sur simple appel t\u00e9l\u00e9phonique non surtax\u00e9 au 068861164<\/em>. Monsieur X avait \u00e9t\u00e9 un temps journaliste d\u2019investigation au Monde. Il re\u00e7ut \u00c9lisabeth \u00c9m\u00e9chant qui lui exposa son probl\u00e8me m\u00e9thodologique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ma\u00eetre, j\u2019ai un probl\u00e8me m\u00e9thodologique. Je travaille sur une chose d\u2019\u00e9trange qui est survenue Rue de Rennes : une quarantaine d\u2019immeubles ont disparu, comme \u00e7a, envol\u00e9s, finis, pfuitt ! Mais c\u2019est secret, hein ! J\u2019ai promis. J\u2019ai cherch\u00e9 partout, aux Archives Nationales, \u00e0 celles de Paris, au Cadastre, dans les Catacombes, chez Michelin, partout \u2026 J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 fond la bataille de Sedan, la Commune de Paris et toute la Guerre de 14\u2026 et rien, rien de rien. Mon patron rentre apr\u00e8s-demain et je n\u2019ai rien \u00e0 lui dire. Que dois-je faire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vieux journaliste sourit finement et dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Je vais t\u2019apprendre une chose, Babette. \u00c7a ne t\u2019ennuie pas que je t\u2019appelle Babette. Tiens, c\u2019est dr\u00f4le ! Babette \u00c9m\u00e9chant, \u00e7a me rappelle quelque chose\u2026 Mais quoi ?\u2026 Bon, \u00e7a ne fait rien. De quoi parlions-nous d\u00e9j\u00e0 ? Ah oui ! D\u2019une recherche, ou plut\u00f4t d\u2019une m\u00e9thode d\u2019investigation, car peu importe le sujet\u2026 qu\u2019est-ce que c\u2019est le sujet d\u00e9j\u00e0 ? \u2026 peu importe le sujet, c\u2019est la m\u00e9thode qui compte, la m\u00e9thode\u2026 et la m\u00e9thode, c\u2019est la source, et la source, ma petite Isabelle \u2014 joli pr\u00e9nom, \u00e7a Isabelle \u2014 et la source c\u2019est sacr\u00e9. Tu sais qu\u2019un vrai journaliste, et surtout un journaliste d\u2019investigation, ne r\u00e9v\u00e8le jamais ses sources, jamais, sous aucun pr\u00e9texte, sauf si \u2026 mais moi, je vais te la r\u00e9v\u00e9ler, ma source essentielle, ma source de toujours\u2026 je peux bien te la r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 toi, la petite fille de l\u2019oncle du beau-fr\u00e8re de la cousine\u2026 non c\u2019est pas \u00e7a\u2026la petite s\u0153ur du cousin du p\u00e8re de \u2026, c\u2019est pas \u00e7a non plus\u2026bon enfin \u00e0 toi qui fais partie de la famille\u2026 ma premi\u00e8re source, comme celle de tous les journalistes, c\u2019est Wikip\u00e9dia. Il y a tout ce qu\u2019on veut dans Wikip\u00e9dia, c\u2019est fou ! Mais il faut de la m\u00e9thode. Regarde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout en parlant il ouvrait son MacBook Pro 24 pouces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014J\u2019ouvre ma page sur Google et je tape\u2026 Je tape quoi d\u00e9j\u00e0 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Rue de Rennes<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et je tape\u00a0<em>Rue de Rennes<\/em>. Regarde, Annabelle, c\u2019est extraordinaire, non ? En deuxi\u00e8me choix apparait\u00a0<em>Rue de Rennes (Paris) \u00ad\u2014 Wikip\u00e9dia.<\/em>\u00a0Alors je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 cliquer l\u00e0-dessus et, hop, je saurai tout sur la rue de Rennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon sang, mais c\u2019est bien s\u00fbr ! dit-elle cliquant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne lui reste plus qu\u2019\u00e0 lire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-12301\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/13-Napole%CC%81on-III--150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><span style=\"color: #000000;\">\u00ab\u00a0La\u00a0rue de Rennes\u00a0est une voie du\u00a0<\/span><\/em><span style=\"color: #000000;\"><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/6e_arrondissement_de_Paris\"><em>6<sup>e<\/sup>\u00a0arrondissement<\/em><\/a><em>\u00a0de\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paris\"><em>Paris<\/em><\/a><em>. Elle est une art\u00e8re commer\u00e7ante majeure de la\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rive_gauche_(Paris)\"><em>rive gauche<\/em><\/a><em>\u00a0de la capitale. (\u2026) La rue de Rennes d\u00e9bute\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Place_du_Qu%C3%A9bec\"><em>place du Qu\u00e9bec<\/em><\/a><em>\u00a0et finit\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Place_du_18-Juin-1940\"><em>place du 18-Juin-1940<\/em><\/a><em>. De trac\u00e9 rectiligne et d\u2019orientation nord-sud, elle mesure plus d\u2019un kilom\u00e8tre de longueur et vingt m\u00e8tres de largeur. Ouverte au milieu du\u00a0<\/em><em>XIXe\u00a0si\u00e8cle, (\u2026) la rue de\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rennes\"><em>Rennes<\/em><\/a><em>\u00a0est une r\u00e9alisation du\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Second_Empire\"><em>Second Empire<\/em><\/a><em>. Elle devait \u00e0 l\u2019origine rejoindre la\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Seine\"><em>Seine<\/em><\/a><em>. C\u2019est pour cette raison que la num\u00e9rotation commence au 41, les num\u00e9ros pr\u00e9c\u00e9dents ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9s pour la partie de la rue qui devait \u00eatre perc\u00e9e au nord du\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boulevard_Saint-Germain\"><em>boulevard Saint-Germain<\/em><\/a><em>. La partie existante a \u00e9t\u00e9 perc\u00e9e en deux fois. Son ouverture s\u2019est faite \u00e0 la suite du\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9cret_en_France\"><em>d\u00e9cret<\/em><\/a><em>\u00a0du\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/9_mars\"><em>9<\/em><\/a><em>\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mars_1853\"><em>mars<\/em><\/a><em>\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1853\"><em>1853<\/em><\/a><em>\u00a0depuis les rues\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rue_Notre-Dame-des-Champs\"><em>Notre-Dame-des-Champs\u00a0<\/em><\/a><em>et\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rue_de_Vaugirard\"><em>de Vaugirard<\/em><\/a><em>\u00a0jusqu\u2019\u00e0 la\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Place_du_18-Juin-1940\"><em>place du 18-Juin-1940<\/em><\/a><em>. Le plan annex\u00e9 \u00e0 ce d\u00e9cret n\u2019attribuait \u00e0 la\u00a0<\/em><a style=\"color: #000000;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Voirie\"><em>voie<\/em><\/a><em>\u00a0qu\u2019une largeur de\u00a020 m\u00e8tres. Elle a cependant \u00e9t\u00e9 ouverte, suivant des alignements diff\u00e9rents, (\u2026)\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elisabeth \u00c9m\u00e9chant venait de prendre une grande le\u00e7on de journalisme : pourquoi chercher soi-m\u00eame quand une banque de donn\u00e9es peut vous \u00e9viter les fatigues et les dangers d\u2019une enqu\u00eate ? Cette le\u00e7on que, certes, elle n\u2019oublierait jamais, jamais non plus ne lui servirait car, \u00e0 la suite de cette d\u00e9ception professionnelle, elle abandonna ses \u00e9tudes pour monter une starteupe sp\u00e9cialis\u00e9e dans la r\u00e9cup\u00e9ration et le recyclage des postites. Elle se justifiait en disant : recycler des informations ou recycler des petits bouts de papier, quelle diff\u00e9rence ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, avant cette reconversion radicale, elle prit le temps de r\u00e9diger son rapport d\u00e9finitif sur un petit rectangle de papier jaune autocollant r\u00e9utilisable qu\u2019elle apposa sur l\u2019\u00e9cran du Mac de Renaud Dely. Le postite disait :<\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li><em>La rue de Rennes commence au Num\u00e9ro 41<\/em><\/li>\n<li><em>\u00c7a toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a<\/em><\/li>\n<li><em>C\u2019est la faute \u00e0 Napol\u00e9on III<\/em><\/li>\n<li><em>T\u2019en fais ce que tu veux<\/em><\/li>\n<li><em>Sans moi<\/em><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Annexe 1<\/em> :\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rue_de_Rennes_(Paris)\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rue_de_Rennes_(Paris)<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Annexe 2 : Lettre de d\u00e9mission<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>13- \u00a0Dans les pas de l\u2019Imp\u00e9ratrice<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0<\/span> : On sait maintenant pourquoi les quarante premiers num\u00e9ros de la Rue de Rennes n\u2019existent pas et n\u2019ont jamais exist\u00e9 : Napol\u00e9on III voulait prolonger cette rue jusqu\u2019\u00e0 la Seine mais Eug\u00e9nie n\u2019a pas voulu. Alors\u2026 Yvonne Ratinet le sait, Babette \u00c9m\u00e9chant le sait, Marianne le sait et l\u2019OBS ne va pas tarder \u00e0 le savoir.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 13 : O\u00f9 l\u2019on verra un vieux grec atteindre les limites de la flagornerie.<\/em><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A son retour de Val d\u2019Is\u00e8re, Renaud trouva le rapport \u00c9m\u00e9chant. La m\u00e9thode de lecture rapide qu\u2019il avait apprise lors d\u2019un s\u00e9minaire professionnel de deux semaines \u00e0 Las Vegas du temps o\u00f9 il travaillait \u00e0 l\u2019<em>OBS<\/em>\u00a0lui permit de comprendre en moins de quarante-cinq secondes que, dans cette histoire de la Rue de Rennes, il n\u2019y avait pas de mati\u00e8re pour un article \u00e0 scandale dans Marianne. La consultation de Wikip\u00e9dia le lui confirma bient\u00f4t. Il se promit de faire savoir en temps utile \u00e0 son ami Mathieu que son tuyau \u00e9tait ramolli et qu\u2019en cons\u00e9quence, il ne lui \u00e9tait en rien redevable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais tout ce travail ne devait pas rester vain. Il se trouve que, pour arrondir ses fins de semaine, \u00e0 l\u2019insu de son employeur officiel, Renaud travaillait comme pigiste pour le magazine \u00ab\u00a0<em>A Paris<\/em>\u00ab\u00a0, bulletin hebdomadaire r\u00e9dig\u00e9 en \u00e9criture inclusive, \u00e9dit\u00e9 \u00e0 grands frais par l\u2019H\u00f4tel de Ville et destin\u00e9 \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les r\u00e9alisations de la Municipalit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et de sa patronne en particulier. C\u2019est ainsi que, de temps en temps, Renaud y enfon\u00e7ait quelques portes ouvertes dans des petits billets pleins de sagesse et d\u2019habile flatterie qu\u2019il signait du nom d\u2019<em>Hom\u00e9ot\u00e9leute d\u2019Antanaclase<\/em>. \u00c7a faisait s\u00e9rieux, cultiv\u00e9, et personne ne savait vraiment qui avait bien pu \u00eatre ce personnage, certainement mort, grec et philosophe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quelques minutes, il r\u00e9digea donc son prochain billet et l\u2019envoya \u00e0 Hubert Lubherlu qui, en plus de ses fonctions de Chef de Cabinet, avait la t\u00e2che de contr\u00f4ler et d\u2019autoriser les publications de \u00ab\u00a0<em>A Paris<\/em>\u00ab\u00a0. Il touchait d\u2019ailleurs pour cela une cons\u00e9quente prime de salissure. Lorsque Hubert eut lu l\u2019article, qui d\u00e9gonflait singuli\u00e8rement l\u2019affaire qui lui avait valu l\u2019engueulade et la cuite la plus s\u00e9v\u00e8re de sa vie post-estudiantine, il ne vit aucun inconv\u00e9nient, au contraire, \u00e0 le laisser publier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet article disait ceci :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><u>Dans les pas de l\u2019Imp\u00e9ratrice<\/u><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-12302\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/14-Home%CC%81ote%CC%81leute-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Chacun.e sait\u00a0<sup>(14)<\/sup>\u00a0qu\u2019\u00e0 Paris, la Rue de Rennes ne commence qu\u2019avec le num\u00e9ro 41. Pourtant, peu de gens en connaissent la v\u00e9ritable raison. A la suite de longues recherches dans la poussi\u00e8re des archives et des m\u00e9moires, les sp\u00e9cialistes du service historique de la capitale ont d\u00e9couvert la raison de cette apparente anomalie. Il ne s\u2019agit pas, non, d\u2019une b\u00eate erreur technique d\u2019un.e ing\u00e9nieur.e inexp\u00e9riment\u00e9.e ni de l\u2019oubli malencontreux d\u2019un.e obscur.e pr\u00e9pos\u00e9.e au cadastre, mais de tout autre chose. En 1853, lorsque le percement de la Rue de Rennes fut d\u00e9cid\u00e9, son trac\u00e9 \u00e9tait tel que, s\u2019il \u00e9pargnait l\u2019\u00e9glise Saint-Germain des Pr\u00e9s, il n\u2019en \u00e9tait pas de m\u00eame pour le Palais de l\u2019Institut. Il passait en plein dessus. Quand ce d\u00e9tail du projet fut connu du public, des protestations s\u2019\u00e9lev\u00e8rent de toutes parts contre la d\u00e9molition de ce b\u00e2timent : les Acad\u00e9micien.ne.s craignaient de devoir tenir leurs s\u00e9ances du dictionnaire en plein air, et \u00e0 leur \u00e2ge, vous comprenez\u2026 ; les riverain.e.s protestaient \u00e0 l\u2019avance contre les nuisances que le chantier ne manquerait pas de leur apporter pendant des ann\u00e9es, et les conducteur.rice.s d\u2019omnibus \u00e0 imp\u00e9riale et les cocher.e.s de fiacre mena\u00e7aient de faire gr\u00e8ve si on leur supprimait la place sur laquelle ils aimaient \u00e0 faire la sieste entre l\u2019Institut et le Pont des Arts. Bref, la moiti\u00e9 de Paris s\u2019\u00e9levait contre la d\u00e9molition, tandis que l\u2019autre moiti\u00e9 s\u2019en contrefichait imp\u00e9rialement. Mais le Baron Haussmann, initiateur du projet, et l\u2019Empereur Napol\u00e9on III en tenaient pour lui et ils tenaient bon. Pourtant, comme on peut encore le constater si l\u2019on se donne la peine de parcourir le Quai Conti entre la rue Gu\u00e9n\u00e9gaud et la rue Bonaparte, la coupole dor\u00e9e se dresse toujours fi\u00e8rement face au Pont des Arts et au Louvre. En effet, l\u2019Institut n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9moli. Et pourquoi, s\u2019il vous plait ? Mais parce que l\u2019Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie s\u2019y est oppos\u00e9e : selon ses propres mots, elle trouvait \u00ab\u00a0la b\u00e2tisse tr\u00e8s mignonne\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et l\u2019on sait que ce que femme veut, Dieu le veut.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C\u2019est ainsi que la partie de la Rue de Rennes qui devait accueillir les quarante premiers num\u00e9ros \u00e0 partir de la Seine ne fut jamais achev\u00e9e. Et c\u2019est ainsi que la rue de Rennes commence au num\u00e9ro 41. Et c\u2019est ainsi que nous devons d\u2019avoir encore parmi nous ce magnifique palais du XVII<sup>\u00e8me<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ah ! Ce que femme veut\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Devant cette anecdote historique et exemplaire, comment ne pas c\u00e9der \u00e0 la tentation d\u2019\u00e9tablir un parall\u00e8le entre l\u2019Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie, protectrice de l\u2019Institut contre les assauts des tenants de la circulation et notre Maire, Anne Hidalgo, qui, il faut bien le dire, use sa sant\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre le magnifique patrimoine parisien contre les supp\u00f4ts facho-machistes r\u00e9actionnaires et misogynes de l\u2019automobile.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Hom\u00e9ot\u00e9leute d\u2019Antanaclase<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 13<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(14)\u00a0 Quand on vient d\u2019apprendre un truc que l\u2019on ignorait, la technique de base du journaliste et de l\u2019homme \u00e9l\u00e9gant est de faire comme si tout le monde en g\u00e9n\u00e9ral, et soi-m\u00eame en particulier, le savait depuis longtemps.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>14- Censure<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : Tout le monde, sauf la Reine-Maire, sait maintenant pourquoi la Rue de Rennes commence au num\u00e9ro 41, mais tout le monde s\u2019en fout, parce qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 tirer pour personne de cette information, que ce soit sur le plan politique ou sur le plan personnel.\u00a0\u00a0<\/em><em>Pour personne, sauf pour le r\u00e9dac-chef de Marianne qui a pondu l\u00e0-dessus une petite chronique sign\u00e9e sous le pseudonyme d\u2019un vieux grec. Mme Hidalgo ne va pas tarder \u00e0 en prendre connaissance. \u00c7a va faire du vilain.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 14 : O\u00f9 l\u2019on verra que, selon un ex-d\u00e9put\u00e9 socialiste frondeur, pour \u00eatre \u00e9lu, il ne faut pas n\u00e9gliger le petit personnel, m\u00eame si cela demande parfois de gros efforts.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-12303\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/15-Hotel-de-Ville-150x150.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/>Quelques jours plus tard, le bon \u00e0 tirer du prochain num\u00e9ro de l\u2019hebdomadaire municipal attendait l\u2019imprimatur d\u2019Hubert Lubherlu, quand Madame Hidalgo, tout sourire, entra dans le bureau de son Chef de Cabinet. Celui-ci n\u2019eut que le temps de cliquer sur la touche \u00ab\u00a0ESC\u00a0\u00bb du clavier de son ordinateur pour faire disparaitre de son \u00e9cran le Super Mario 63 qui bondissait en gloussant depuis le d\u00e9but de la matin\u00e9e et faire apparaitre \u00e0 la place un innocent tableur pr\u00e9vu \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bonjour, mon petit Hubert. Pas trop d\u00e9bord\u00e9 ? demanda-t-elle joyeusement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hubert ne d\u00e9cela aucune trace de sarcasme dans l\u2019interrogation de sa patronne, mais cela ne le rassura qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9. Toute la Mairie savait qu\u2019Hidalgo \u00e9tait impr\u00e9visible et le ton aimable de l\u2019apostrophe ne pr\u00e9sageait en rien de la suite de l\u2019entretien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Euh \u2026 bon\u2026 bonjour Madame. Non, non, \u00e7a va, \u00e7a v\u2026va bien, mer\u2026merci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant le temps que prit la r\u00e9ponse, la Maire avait eu celui de traverser la pi\u00e8ce et de venir s\u2019asseoir d\u2019une seule fesse sur le coin du bureau de Lubherlu. Tout en dispersant d\u2019un doigt distrait les papiers qui s\u2019y trouvaient, elle continua d\u2019un air enjou\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et les enfants, la famille, tout \u00e7a\u2026, \u00e7a va ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hubert n\u2019avait pas d\u2019enfants. Il \u00e9tait c\u00e9libataire et orphelin. Sans attendre la r\u00e9ponse, Madame le Maire continua :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Dites-moi, Hubert, \u00e7a fait combien de temps que nous n\u2019avons pas d\u00e9jeun\u00e9 ensemble, tranquillement, pour discuter ? Plut\u00f4t longtemps, non ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme en r\u00e9alit\u00e9, ils n\u2019avaient jamais d\u00e9jeun\u00e9 ensemble en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, Hubert r\u00e9pondit en levant les yeux au ciel et en agitant sa main droite \u00e0 hauteur de son visage :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Oh, l\u00e0, l\u00e0\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se demandait ce qu\u2019il pouvait bien se passer. O\u00f9 voulait-elle en venir ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019avantage de la position de narrateur omniscient dans laquelle je suis, c\u2019est que moi, je sais o\u00f9 elle veut en venir et que si je veux, je peux vous en faire part sans plus attendre. Voici : son mari, l\u2019ex-d\u00e9put\u00e9 socialiste frondeur Jean-Marc Germain, avait eu des remont\u00e9es du personnel de l\u2019H\u00f4tel de Ville. Celui-ci se plaignait souvent de la froideur et de l\u2019autoritarisme de la Reine-Maire. La veille, apr\u00e8s leur diner dans leurs appartements de fonction et apr\u00e8s que leur maitre d\u2019h\u00f4tel se soit retir\u00e9 \u00e0 l\u2019office, il lui avait donc conseill\u00e9 de se rapprocher de ses employ\u00e9s pour am\u00e9liorer ses chances lors des prochaines \u00e9lections.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Moi, je fais \u00e7a depuis des ann\u00e9es, lui assura-t-il. Je d\u00e9jeune r\u00e9guli\u00e8rement avec des tas de gens qui m\u2019emmerdent, des administratifs du parti, des maires de petites villes, des directeurs de coop\u00e9ratives, des patrons de PMU ou de PME, est-ce que je sais, moi ? Enfin, j\u2019en passe et des plus chiants. Mais c\u2019est efficace. Tu vois, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu la derni\u00e8re fois, bon, mais y avait une autre raison, mais j\u2019ai quand m\u00eame r\u00e9ussi \u00e0 devenir cadre du Parti. Eh bien, c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ces d\u00e9jeuners, j\u2019en suis s\u00fbr. Alors, penses-y. De temps en temps, va donc d\u00e9jeuner avec deux ou trois connards du petit personnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait de connard, elle avait d\u00e9cid\u00e9 de commencer par son Chef de Cabinet, et c\u2019est pour \u00e7a qu\u2019en d\u00e9pla\u00e7ant distraitement des papiers sur son bureau, elle se pr\u00e9parait mentalement \u00e0 lancer son invitation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cet instant que la maquette d\u2019<em>A Paris\u00a0<\/em>attira son attention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Tiens, c\u2019est la\u00a0<em>Pravda<\/em>\u00a0de la semaine prochaine, dit-elle en plaisantant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hubert ignorait que la Patronne connaissait le surnom que tout le monde donnait \u00e0 son hebdo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Il y a quelque chose d\u2019int\u00e9ressant, cette fois-ci ? Parce que d\u2019habitude\u2026 hein, ha, ha ! .., poursuivit-elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, ben\u2026ben si ! r\u00e9pondit-il tout content. Il y a un article d\u2019Antana\u2026 d\u2019Antana\u2026 Antanana\u2026 de Renaud D\u00e9ly sur la rue de Rennes. C\u2019est tr\u00e8s int\u2026 C\u2019est tr\u00e8s int\u00e9ressant et tr\u00e8s po\u2026positif sur votre \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Maire changea de visage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Quoi ? Sur la rue de Rennes ! Je vous avais interdit de faire, de dire, de penser quoi que ce soit sur la rue de Rennes ! Vous \u00eates sourd ou idiot, mon vieux ? Non, je sais que vous n\u2019\u00eates pas sourd. B\u00e8gue et sourd, \u00e7a serait vraiment pas supportable ! Par contre, b\u00e8gue et idiot, \u00e7a se con\u00e7oit tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais, je \u2026 je vous assure qu\u2019il est tr\u00e8s bon cet art\u2026cet article. Il vous plaira beauc\u2026 beauc\u2026 beaucoup. J\u2019en\u2026 j\u2019en\u2026 j\u2019en suis s\u00fbr.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, \u00e9coutez ! Je ne supporte plus vos bafouillages. Vous ne b\u00e9gayez pas quand vous t\u00e9l\u00e9phonez ? Eh bien, dor\u00e9navant, vous ne me parlerez plus qu\u2019au t\u00e9l\u00e9phone\u2026 Non, je vous assure, c\u2019est \u00e9puisant \u00e0 la fin. Bon, faites le voir, ce papier\u2026\u00a0<em>Dans les pas de l\u2019Imp\u00e9ratrice<\/em>\u2026 Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette \u00e2nerie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle fit le tour du bureau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Poussez-vous, ordonna-t-elle en s\u2019asseyant \u00e0 la place d\u2019Hubert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis elle se tut un long moment.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>15- Mani\u00e8re de penser l\u2019urbanisme\u00a0<\/strong><sup>(15)<\/sup><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"text-decoration: underline;\">R\u00e9sum\u00e9 des chapitres pr\u00e9c\u00e9dents<\/span> : <\/em><em>Madame Hidalgo est en train de lire l\u2019article de son propre hebdomadaire qui narre innocemment l\u2019anecdote de la non-existence des quarante premiers num\u00e9ros de la rue de Rennes.\u00a0<\/em><em>\u00c7a ne lui plait qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, et on sent bien que \u00e7a va mal finir. Mais pour qui ?<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>Chapitre 15 : O\u00f9 l\u2019on assistera \u00e0 un ultime feu d\u2019artifice d\u2019id\u00e9es festives et \u00e0 un joyeux d\u00e9part \u00e0 la campagne<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand elle eut fini de lire, elle reposa l\u2019article devant elle sur le bureau puis elle parut se concentrer quelques instants avant de relever les yeux et de s\u2019adresser calmement \u00e0 son Chef de Cabinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, \u00e9coutez Lubherlu. Il y a du bon et du mauvais l\u00e0-dedans. D\u2019abord, le style est d\u00e9plorable : on dirait un m\u00e9lange d\u2019un Mallet-Isaac d\u2019avant 68 et de la Gazette de Gouzon<sup>(16)<\/sup>.\u00a0 Et qu\u2019est-ce que c\u2019est que ce dicton faussement f\u00e9ministe et vraiment condescendant, genre \u00ab\u00a0<em>ce que femme veut.<\/em>..\u00a0\u00bb. Qui est-ce qui a pu \u00e9crire un truc comme \u00e7a ? Ce serait Guitry que \u00e7a ne m\u2019\u00e9tonnerait pas. Et cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Dieu, l\u00e0 ! Mais, \u00e7a va pas, la t\u00eate ? Vous voulez que j\u2019aie toutes les associations la\u00efques sur le dos. Je vous l\u2019ai dit cent fois : jamais la moindre allusion \u00e0 Dieu, Mahomet, J\u00e9hovah, Bouddha ou Bourdieu, c\u2019est une r\u00e8gle absolue. Et puis me comparer \u00e0 l\u2019Imp\u00e9ratrice Iphig\u00e9nie\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Eug\u00e9nie\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Taisez-vous, Lubherlu, c\u2019est un conseil que je vous donne ! \u2026 me comparer \u00e0 l\u2019Imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie, non mais, je r\u00eave. Je suis r\u00e9publicaine, moi Monsieur ! J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lue par le peuple, le peuple de gauche qui plus est. Je ne tiens pas mon pouvoir d\u2019une coucherie avec un petit gros devenu par hasard calife \u00e0 la place du calife, moi Monsieur ! Quoique, bon\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lubherlu fit semblant de ne pas avoir entendu. Elle poursuivit :<span id=\"more-12251\"><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Il y a du mauvais, mais il y a du bon\u2026 enfin, de l\u2019int\u00e9ressant, disons. Voyons\u2026 je r\u00e9fl\u00e9chis tout haut\u2026 les Velib et la voie sur berge sont\u00a0 en train de me peter \u00e0 la figure\u2026 il me faut un projet d\u00e9rivatif, quelque chose qui occupe les gens, un truc qui marque les esprits, une r\u00e9alisation qui transforme Paris pour toujours, l\u2019apog\u00e9e de ma mandature. Eh bien, cette histoire de prolongement de la Rue de Rennes jusqu\u2019\u00e0 la Seine, \u00e7a c\u2019est une bonne id\u00e9e. Et qu\u2019est-ce qu\u2019il en pense, le petit Chef de Cab, hein ? Elle n\u2019est pas bonne mon id\u00e9e peut \u00eatre, hein ? Hein ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le petit Chef de Cab n\u2019avait pas compris que la question \u00e9tait rh\u00e9torique. Aussi, il pensa \u00eatre subtil en approuvant la Patronne tout en soulevant une l\u00e9g\u00e8re objection, un obstacle mineur, une peccadille :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Si, si, bien s\u00fbr, Ma\u2026Ma\u2026Madame, elle est excellente. Toute\u2026Toutefois\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Quoi, toutefois ? Qu\u2019est-ce qu\u2019il ya, toutefois ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ton de la dame aurait d\u00fb alerter Lubherlu, mais il poursuivit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Eh bien, il y a la d\u00e9\u2026la d\u00e9molition de l\u2019Institut. \u00c7a risque de po\u2026 po\u2026 poser probl\u00e8me\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Eh, oh ! Lubherlu ! Cessez de vouloir faire le malin. Si je vous ai demand\u00e9 votre avis, ce n\u2019est pas pour que me le donniez, surtout si c\u2019est pour me contredire. Et pourquoi on ne d\u00e9molirait pas l\u2019Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, je vous prie ? Une assembl\u00e9e de vieillards, de pr\u00e9tendus intellectuels, de misogynes d\u00e9clar\u00e9s\u2026 pratiquement pas de femmes, l\u00e0-dedans. On leur trouve un ancien gymnase du c\u00f4t\u00e9 du Stade de France pour se r\u00e9unir et on rase l\u2019Institut. Et hop !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-12443\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Urbanisme.jpg\" alt=\"\" width=\"175\" height=\"263\" \/>\u2014Et hop ? r\u00e9p\u00e9ta-t-il faute de mieux en m\u00eame temps qu\u2019il remarquait pour la premi\u00e8re fois une lueur \u00e9trange dans l\u2019\u0153il gauche de Madame la Maire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et hop ! reprit-elle. \u00c0 la place, on d\u00e9gage un grand espace de jeux avec parcours de sant\u00e9, pistes de danse, tables de pique-niques et acc\u00e8s direct au quai de Seine que l\u2019on transforme en plage. On va faire fuiter le truc dans le public et vous verrez qu\u2019ils vont adorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Vous cr\u2026 vous croyez ? dit-il, le regard fix\u00e9 sur le l\u00e9ger tremblement de la narine droite de Madame la Maire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Fermez-la, Lubherlu. Donc, je d\u00e9molis l\u2019Institut, je prolonge la rue de Rennes depuis le boulevard Saint Germain jusqu\u2019au quai Conti\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais on n\u2019aura ja\u2026 ja\u2026jamais le droit\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, mais c\u2019est que vous commencez \u00e0 m\u2019emmerder, vous. Vous savez bien que les d\u00e9crets d\u2019Haussmann n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9s. Alors, pourquoi on n\u2019aurait pas le droit ? Donc, je prolonge et je pi\u00e9tonnise d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre, je plante du gazon, des palmiers et peut-\u00eatre de la canne \u00e0 sucre\u2026 c\u2019est \u00e0 voir\u2026. on pourrait faire venir des gens de la Martinique pour la r\u00e9colte\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son excitation grandissante et toute \u00e0 la conception du projet, Anne Hidalgo ne pr\u00eatait plus aucune attention \u00e0 Lubherlu. Sa gestuelle de plus en plus saccad\u00e9e, les fr\u00e9missements de ses narines, et les changements brusques de tonalit\u00e9 dans son discours commen\u00e7aient \u00e0 inqui\u00e9ter s\u00e9rieusement son subordonn\u00e9, au point que celui-ci s\u2019\u00e9tait retir\u00e9 dans un coin de la pi\u00e8ce et parlait maintenant dans son t\u00e9l\u00e9phone :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026 oui, \u2026 non\u2026 mais de plus en plus\u2026 dans tous les sens\u2026 je suis inquiet\u2026 bon, je l\u2019appelle. Merci, docteur, je vous attends\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Voil\u00e0, c\u2019est \u00e7a. Je pi\u00e9tonnise, je gazonne et je plante ! Mais avant de planter \u2014 ah ! c\u2019est \u00e7a qui est important, les d\u00e9tails, toujours soigner les d\u00e9tails \u2014 avant de planter, j\u2019installe un t\u00e9l\u00e9cabine entre le haut de la Tour Montparnasse et la pile Sud du Pont des Arts\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Allo ? Bonjour Monsieur. C\u2019est Hubert Lubherlu\u2026 oui, c\u2019est cela\u2026 \u00e9coutez, je suis avec votre \u00e9pouse et je crois qu\u2019il faudrait que vous veniez\u2026 maintenant, tout de suite\u2026 Allons bon, voil\u00e0 qu\u2019elle enl\u00e8ve ses chaussures\u2026 Madame la M\u2026 Maire, ne f\u2026. ne faites pas\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Je crois qu\u2019il faudrait des gares interm\u00e9diaires\u2026 \u00e7a serait bien des gares interm\u00e9diaires\u2026 au moins deux, allez hop !\u2026 une devant la FNAC et une devant les Deux Magots\u2026super\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Non, je ne peux pas vous la passer. Le mieux, ce serait que\u2026oui, c\u2019est mieux, nous vous attendons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais j\u2019y pense : on ne peut pas lui garder son nom, \u00e0 cette rue ! Elle va \u00e9clipser les Champs \u00c9lys\u00e9es, elle va devenir le centre, le symbole de Paris\u2026 alors rue de Rennes, vous pensez, \u00e7a fait plouc. On n\u2019est pas \u00e0 Gu\u00e9ret<sup>\u00a0(17)<\/sup>\u00a0quand m\u00eame\u2026. Ah ! Bonjour, Docteur, je ne vous avais pas vu entrer\u2026 Vous tombez bien. Je voulais vous demander votre avis. Voil\u00e0 : je vais construire un t\u00e9l\u00e9cabine qui ira du haut de la Tour Montparnasse jusqu\u2019au quai Conti. Pensez-vous qu\u2019il faudrait prolonger par-dessus la Seine jusque dans la Cour Carr\u00e9e du Louvre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014C\u2019est une question int\u00e9ressante, Madame le Maire. Vous pourriez\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Madame LA Maire ! \u00c7a t\u2019\u00e9corcherait la gueule de dire Madame LA Maire, Dugland ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Absolument. Madame la Maire, pourriez-vous allonger un instant sur ce canap\u00e9, comme \u00e7a nous pourrons en discuter en toute tranquillit\u00e9 pendant que je prends votre tension ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Prenez, prenez, cher ami ! Ah, comme je suis heureuse que vous soyez d\u2019accord avec moi ! Allez, c\u2019est dit, je d\u00e9place le terminus du t\u00e9l\u00e9cabine jusque dans la cour Carr\u00e9e. Reste le probl\u00e8me du nom \u00e0 donner \u00e0 cette rue. D\u2019abord, ce ne sera plus une rue. Un boulevard, tout au moins\u2026 pourquoi pas une avenue\u2026\u00a0<em>Avenue Anne Hidalgo<\/em>\u2026 Non, c\u2019est un peu t\u00f4t. Quoique\u2026 Enfin, en attendant un vote unanime du Conseil de Paris, disons qu\u2019on la baptisera \u00ab\u00a0<em>Avenue de la Maire<\/em>\u00ab\u00a0. C\u2019est parfait, \u00e7a,\u00a0<em>Avenue de la Maire<\/em>, \u00e7a fait vacances, tourisme\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Dix-huit \/ neuf\u2026 Ah, oui ! Quand m\u00eame ! Restez allong\u00e9e, Madame, s\u2019il vous plait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et au bout de l\u2019Avenue, l\u2019espace de jeux\u2026 on l\u2019appellera\u00a0<em>Place de la Plage<\/em>, comme \u00e7a on pourra dire \u00ab\u00a0<em>pour aller Place de la Plage, prenez donc l\u2019Avenue de la Maire<\/em>\u00ab\u00a0. Tiens, Voil\u00e0 le Bizarre de l\u2019H\u00f4tel de Ville ! Salut, Cottard, c\u2019est gentil de me rendre visite \u00e0 l\u2019improviste. Vous prendrez bien une bougie ? Demandez \u00e0 B\u00e9bert de vous en passer une. Alors, Cottard, dites-moi, toujours aussi con ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u2026 oui, c\u2019est cela, il me faudrait une ambulance\u2026 le m\u00e9decin de l\u2019H\u00f4tel de Ville\u2026. j\u2019en prends la responsabilit\u00e9\u2026le plus t\u00f4t possible. Pour les d\u00e9tails, je vous passe le Chef de Cabinet, Monsieur Laberlue\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ici Hubert Lubherlu. Bon, vous avez compris la situation ? \u2026 mais alors en toute discr\u00e9tion, n\u2019est-ce pas ? \u2026 C\u2019est cela, oui\u2026par le parking\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bon, le percement, c\u2019est fait, la pi\u00e9tonisation, c\u2019est fait, les plantations, le t\u00e9l\u00e9cabine, les noms de rue, tout \u00e7a, c\u2019est fait\u2026 je tiens une de ces formes, moi ! Reste la question de la circulation\u2026 C\u2019est chiant, la circulation ! Ras le bol, la circulation ! J\u2019emmerde la circulation !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah, C\u2019est vous le mari ? \u2026. D\u00e9sol\u00e9, cher Monsieur, mais vous savez\u2026tant qu\u2019on n\u2019a pas \u00a0les r\u00e9sultats d\u2019analyses\u2026 non, non, je ne crois pas, mais on ne sait jamais\u2026Eh, oui. En attendant, signez l\u00e0, s\u2019il vous plait\u2026et l\u00e0 aussi\u2026 merci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 La circulation, \u00e7a m\u2019a toujours fait chier. Tous ces mecs de la fachosph\u00e8re qui veulent absolument rouler dans leurs petites totos qui font broum-broum-tut-tut-pouet-pouet, \u00e7a m\u2019horripile, \u00e7a me d\u00e9frise, que dis-je \u00e7a me d\u00e9frise, \u00e7a me d\u00e9soblige\u2026 On fait des beaux plans, des projets superbes, \u00e9colo, festifs, sociaux, progressistes et, paf ! la circulation vient tout foutre par terre. Bon ! C\u2019est bien simple, s\u2019ils continuent, je nationalise les parkings et les stations-service, j\u2019interdis les v\u00e9hicules de plus de trois roues \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du p\u00e9riph\u00e9rique et je change le sens de circulation de la Place de l\u2019Etoile. Ah, ils veulent faire les malins ! Eh bien, ils vont voir\u2026 Bonjour Monsieur. Qu\u2019est-ce que vous faites ? Mais non, je ne veux pas mettre cette blouse blanche. Vous voyez bien qu\u2019elle ne me va pas du tout, surtout avec ce chemisier vert ! Et puis, ces manches qui se nouent dans le dos, c\u2019est compl\u00e8tement d\u00e9mod\u00e9, voyons ! Puisque je vous dis que\u2026 Et puis j\u2019ai encore des tas de trucs \u00e0 faire\u2026, le super-toboggan de l\u2019Arc de Triomphe, la piste de ski du Sacr\u00e9-C\u0153ur, l\u2019agrandissement de la Tour\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bien s\u00fbr, Madame, bien s\u00fbr, mais vous pourrez faire tout \u00e7a l\u00e0-bas. Faites attention en montant dans la jolie voiture\u2026 l\u00e0, doucement, doucement\u2026 c\u2019est bien\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Mais dites-moi, o\u00f9 est-ce que nous allons, comme \u00e7a ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Dans une jolie maison, une sorte d\u2019h\u00f4tel de luxe au bord d\u2019une rivi\u00e8re, pr\u00e8s de la for\u00eat, bien au calme. Les pensionnaires sont tr\u00e8s gentils, vous verrez, un peu fatigu\u00e9s, mais tr\u00e8s gentils. Vous y serez tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Ah oui ? Et o\u00f9 se trouve cet h\u00f4tel ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c0 Gu\u00e9ret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00c0 Gu\u00e9ret ? C\u2019est o\u00f9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Dans la Creuse.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>FIN<\/em><\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><u>Notes du chapitre 15<\/u><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(15)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le titre est emprunt\u00e9 \u00e0 Le Corbusier, l\u2019architecte de la \u00ab\u00a0maison du fada\u00a0\u00bb \u00e0 Marseille<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(16)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><em>Gouzon<\/em><em>, c\u2019est \u00e0 cot\u00e9 de Gu\u00e9ret (voir note 8)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em>(17)\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 dans la Creuse<\/em><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes C&rsquo;est le 26 juin 2016 \u00e0 11 heures 45&#8230; 1-Une m\u00e9canique bien huil\u00e9e Chapitre premier : O\u00f9 l\u2019on constatera qu\u2019\u00e0 l\u2019instar du temps judiciaire, le temps municipal n\u2019est pas celui de tout le monde et qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, il y a moins d\u2019urgence que de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=12744\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">L&rsquo;interminable et lamentable histoire des disparus de la rue de Rennes &#8211; Texte int\u00e9gral<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[13,2],"tags":[1358,21],"class_list":["post-12744","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fiction","category-textes","tag-hidalgo","tag-philippe"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12744","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=12744"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/12744\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=12744"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=12744"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=12744"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}