{"id":1030,"date":"2014-06-01T06:25:05","date_gmt":"2014-06-01T04:25:05","guid":{"rendered":"http:\/\/leblogdescoutheillas.com\/?p=1030"},"modified":"2015-02-25T16:24:19","modified_gmt":"2015-02-25T14:24:19","slug":"jai-dix-ans-5-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1030","title":{"rendered":"J&rsquo;ai dix ans (texte int\u00e9gral)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000080;\"><em>Je sais que c\u2019est pas vrai, mais j\u2019ai dix ans.<\/em>\u00a0 \u00a0(<em>Alain Souchon)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1-Les grandes vacances<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai dix ans. Les grandes vacances sont commenc\u00e9es depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps mais la rentr\u00e9e, fix\u00e9e au 2 octobre, est encore \u00e0 perte de vue. \u00c7a me permet d&rsquo;effacer facilement la vague angoisse du passage en sixi\u00e8me dont on m&rsquo;a dress\u00e9 un tableau terrifiant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premiers jours de Juillet ont \u00e9t\u00e9 merveilleux. Je suis rest\u00e9 \u00e0 Paris. Il a fait beau et chaud, j&rsquo;ai fait du patin \u00e0 roulettes sur le boulevard, j&rsquo;ai fait naviguer des voiliers sur le bassin du Luxembourg, je me suis baign\u00e9 dans la fontaine Carpeaux, je suis all\u00e9 deux fois chez mon ami Ren\u00e9-Jean o\u00f9 nous avons mis le feu \u00e0 un petit bois le long de la voie ferr\u00e9e, fum\u00e9 des baguettes de sureau et lanc\u00e9 des p\u00e9tards sur la bande d&rsquo;Andr\u00e9sy-le-Bas, je suis all\u00e9 une fois au guignol, deux fois au cin\u00e9ma ( Le Corsaire Rouge! La Guerre des Mondes\u00a0!) et j&rsquo;ai vu le feu d&rsquo;artifice du 14 juillet dans le jardin des Tuileries. C&rsquo;\u00e9tait chouette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s, c&rsquo;\u00e9tait moins bien, mais pas mal quand m\u00eame. Un mois \u00e0 Saint-Br\u00e9vin-l&rsquo;Oc\u00e9an. H\u00f4tel des Tamaris, construction d&rsquo;avant-guerre en bord de plage, ses chambres avec balcon et vue sur mer ou sans balcon et vue sur jardin, sa terrasse \u00e0 balustrades en ciment blanc imitation bois et sa salle \u00e0 manger panoramique d&rsquo;o\u00f9, tous les soirs, nous guetterons le rayon vert et les marsouins. Nous sommes arriv\u00e9s l\u00e0 par le train en deuxi\u00e8me classe, ce qui permet de regarder de haut les passagers de la troisi\u00e8me classe, puis en autocar Chausson. Je partage une chambre sur mer avec Maman. Ma soeur et notre cousine sont dans une chambre sur jardin \u00e0 un autre \u00e9tage. Je crois que \u00e7a arrange ces deux grandes filles qui vivent \u00e0 mille lieues de moi. Papa n&rsquo;est pas l\u00e0, il ne vient jamais en vacances avec nous. On me dit qu&rsquo;il viendra peut-\u00eatre passer deux ou trois jours. Quand? Bient\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parasol bleu, ballon rouge, seau et pelle jaunes, casquette assortie jaune-rouge-bleu, sac de billes, coureurs cyclistes de plomb, j&rsquo;ai tout l&rsquo;\u00e9quipement. Mais la plage, tous les jours, c&rsquo;est un peu ennuyeux. Club des Marsouins, jeu de la chandelle, gymnastique su\u00e9doise, le\u00e7on de natation&#8230;Heureusement, il y aura le concours de ch\u00e2teaux de sable du Figaro, le passage du Tour de France et la promenade aux \u00eeles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous rentrons \u00e0 la maison juste apr\u00e8s le 15 ao\u00fbt et je me vois d\u00e9j\u00e0 avec plaisir reprendre mes activit\u00e9s parisiennes jusqu&rsquo;\u00e0 la rentr\u00e9e. Mais une mauvaise surprise m&rsquo;y attend. Mes parents ont d\u00e9cid\u00e9 de me confier pour une quinzaine de jours aux Levallois. D\u00e9sespoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Levallois vivent \u00e0 Touffreville, un tout petit village en bordure de la for\u00eat de Lyons. (C&rsquo;est l\u00e0 que mes parents louent \u00e0 l&rsquo;Etat une maison foresti\u00e8re, jolie mais rudimentaire &#8211; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;eau courante. ) Elle, c&rsquo;est Madeleine. Maman l&#8217;emploie comme femme de m\u00e9nage. Elle arrive \u00e0 la maison en mobylette ou avec sa fourgonnette 2CV quand elle apporte les bidons d&rsquo;eau potable. Elle m\u00b4impressionne car, contrairement \u00e0 notre bonne de Paris, respectueuse et stupide, elle parle haut, d&rsquo;\u00e9gale \u00e0 \u00e9gale avec Maman qui semble m\u00eame un peu intimid\u00e9e par cette femme \u00e9nergique qui dirige son colosse de mari comme elle l&rsquo;entend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Levallois, dont j&rsquo;ai toujours ignor\u00e9 le pr\u00e9nom, est tr\u00e8s grand, un peu gros et tr\u00e8s fort. Il est aussi un peu plombier et g\u00e8re un petit d\u00e9p\u00f4t de gaz butane. On le voit souvent charger sans effort les grosses bouteilles bleues dans la 2CV qui plie sous le poids. Il parle peu. Il fait du bruit en respirant par le nez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ai pas du tout envie de perdre une partie de mes vacances avec ce couple sans chien, sans enfant, ni citadin ni paysan, si diff\u00e9rent. Mes protestations se heurtent aux descriptions enthousiastes que l&rsquo;on me fait du bon air et de la vie simple et campagnarde au milieu des poules et des lapins<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Et des bouteilles de butane\u00a0! ajoute ironiquement mon p\u00e8re qui croit que je ne l&rsquo;entends pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2-Exil<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Me voil\u00e0 donc embarqu\u00e9 dans la 203 noire \u00e0 double carburateur qui fonce vers la Normandie par la route de Quarante Sous. Papa est au volant. Il fume silencieusement et de mani\u00e8re continue. A c\u00f4t\u00e9 de lui, Maman essaie de maintenir la bonne humeur dans la voiture. Enfonc\u00e9 au plus profond de la banquette arri\u00e8re, je ne r\u00e9ponds \u00e0 ses tentatives de conversation que par des grognements. J&rsquo;ai bien l&rsquo;intention de ne pas descendre de cette voiture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette promesse que je me suis faite, je suis bien incapable de la tenir une fois arriv\u00e9. Accueillis d&rsquo;une fa\u00e7on joyeuse un peu forc\u00e9e par les Levallois, mes parents r\u00e9pondent sur le m\u00eame ton en jetant des coups d&rsquo;\u0153il de mon c\u00f4t\u00e9 pour voir si j&rsquo;accroche \u00e0 l&rsquo;enthousiasme g\u00e9n\u00e9ral. Au bout d&rsquo;un temps assez bref, la g\u00eane s&rsquo;installe devant mon silence renfrogn\u00e9 et il est d\u00e9cid\u00e9 de visiter la maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Levallois habitent la premi\u00e8re maison de Touffreville sur la gauche, en surplomb de la route qui va de Lisors \u00e0 M\u00e9nesqueville. Au ras de la chauss\u00e9e, il y a un tout petit magasin dont la vitrine expose dans la poussi\u00e8re un lavabo, deux ou trois robinets, quelques tuyaux, raccords et colliers de serrage. Une enseigne \u00e9maill\u00e9e Butagaz pend au-dessus de la porte. Comme il y a tr\u00e8s peu d&rsquo;espace entre la fa\u00e7ade et la route, la fourgonnette est toujours gar\u00e9e coll\u00e9e contre le magasin, de telle sorte qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;en ouvrir la porte ou m\u00eame d&rsquo;apercevoir le contenu de la vitrine. \u00c7a ne semble pas pr\u00e9occuper Monsieur Levallois, car aucun client ne vient jamais au magasin. Un escalier raide, creus\u00e9 \u00e0 flanc de talus, conduit jusqu&rsquo;\u00e0 la partie haute du terrain. La maison est \u00e0 gauche et le jardin qui fait face \u00e0 la maison ne comporte qu&rsquo;une seule platebande de g\u00e9raniums. Le reste de la surface est occup\u00e9 par un grand potager, dont le gravier de l&rsquo;all\u00e9e centrale est soigneusement ratiss\u00e9, et un poulailler entour\u00e9 et recouvert d&rsquo;un grillage maill\u00e9. Contrairement au reste du jardin, le poulailler donne une impression de d\u00e9sordre et de salet\u00e9. Le sol de terre battue, de marron clair \u00e0 marron fonc\u00e9, est luisant comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 verni, et les perchoirs sont de travers ou cass\u00e9s et couverts de crottes de poule. Il n&rsquo;y a pas de clapier pour lapins. Tout en haut du terrain, passe la voie ferr\u00e9e \u00e9troite emprunt\u00e9e deux fois par jour par le petit train laitier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La maison n&rsquo;est pas grande. Un escalier d&rsquo;une demie vol\u00e9e m\u00e8ne \u00e0 une terrasse \u00e0 peine plus large que notre balcon du boulevard de Port Royal. Elle court le long de la fa\u00e7ade et se retourne sur l&rsquo;un des c\u00f4t\u00e9s. On entre par un couloir \u00e9clair\u00e9 gr\u00e2ce au verre cath\u00e9drale jaune de la porte. Il y a un porte-manteau \u00e0 miroirs biseaut\u00e9s \u00e0 gauche et un escalier cir\u00e9 au fond. La grande cuisine est \u00e0 droite, la salle \u00e0 manger \u00e0 gauche avec la chambre en enfilade. De ces trois pi\u00e8ces, seule la cuisine poss\u00e8de une porte-fen\u00eatre donnant sur la terrasse. En dessous, en demi-sous-sol, la cave et un atelier. A l&rsquo;\u00e9tage, deux chambres, dont la plus petite va \u00eatre la mienne pour deux longues semaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de la visite, au milieu des exclamations de joie et d&rsquo;admiration devant telle disposition si ing\u00e9nieuse ou telle d\u00e9coration \u00e0 l&rsquo;effet si ravissant, j&rsquo;ai devin\u00e9 la teneur de ces conciliabules \u00e0 demi-mots par lesquels les adultes croient qu&rsquo;ils abusent les enfants inquiets des man\u0153uvres qu&rsquo;ils voient se dessiner contre leur volont\u00e9. Soudain, mes parents r\u00e9alisent combien il est tard et combien il est urgent de partir sans plus attendre s&rsquo;ils veulent pouvoir remplir cette obligation imp\u00e9rative mais impr\u00e9cise qui leur est impos\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont partis dans un seul mouvement, comme aspir\u00e9s par la voiture. Il est quatre heures. La nuit est encore loin. La fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi va \u00eatre interminable, aucun de nous trois ne sachant comment se comporter avec l&rsquo;autre. Monsieur Levallois choisit la fuite et va bricoler dans son atelier. On entend bient\u00f4t les longues plaintes suraig\u00fces de la meuleuse. Madeleine d\u00e9cide de me pr\u00e9senter aux poules et nous entrons dans le poulailler en poussant la porte grillag\u00e9e qui se rabat et rebondit contre son cadre sous l&rsquo;effet d&rsquo;un ressort. Bien que je trouve ces bestioles bruyantes, disgracieuses et stupides, je fais un effort pour les approcher. A les voir s&rsquo;enfuir devant moi en criant, on peut penser qu&rsquo;elles en ont tout autant \u00e0 mon service.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3-Un petit livre vert<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant ce premier contact rat\u00e9, Madeleine ne sait plus trop quoi faire de moi. Elle me raccompagne \u00e0 ma chambre et me demande de trouver pour m&rsquo;occuper, car elle doit faire ceci ou cela, un livre dans la petite biblioth\u00e8que en faux acajou qui est fix\u00e9e au-dessus du lit. Je ne suis pas un grand lecteur, je pr\u00e9f\u00e8re les Dinky Toys, mais je fais semblant de m&rsquo;int\u00e9resser aux livres pour pouvoir rester un peu tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois seul, je tourne dans la chambre \u00e0 la recherche de quelque chose \u00e0 faire. Une chaise basse, une petite table sur tr\u00e9pied avec un crapaud en fonte la gueule ouverte pos\u00e9 sur un napperon en dentelle, ma valise pas encore d\u00e9faite. La fen\u00eatre a \u00e9t\u00e9 m\u00e9nag\u00e9e dans la pente du toit qui forme le plafond de la chambre. M\u00eame en montant sur le lit, on ne voit rien d&rsquo;autre que le ciel. Puisque je suis debout sur le lit, je reviens \u00e0 la biblioth\u00e8que et j&rsquo;examine le dos des livres bien rang\u00e9s. Quelques centim\u00e8tres de dos verts, quelques centim\u00e8tres de dos roses, quelques centim\u00e8tres de dos multicolores. Je d\u00e9couvre d&rsquo;un coup la Biblioth\u00e8que Verte, la Biblioth\u00e8que Rose et le reste de l&rsquo;\u00e9dition fran\u00e7aise. Je prends quelques livres au hasard, les feuillette, cherche des images, lis parfois quelques lignes. Je finis par en prendre un, un vert car j&rsquo;ai compris que les roses, c&rsquo;est plut\u00f4t pour les filles, et je l&rsquo;ouvre \u00e0 la premi\u00e8re page:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Chapitre 1. La piste de la viande.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De chaque c\u00f4t\u00e9 du fleuve glac\u00e9, l&rsquo;immense for\u00eat de sapins s&rsquo;allongeait, sombre et comme mena\u00e7ante.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me laisse tomber assis sur le lit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Les arbres, d\u00e9barrass\u00e9s par un vent r\u00e9cent de leur blanc manteau de givre, semblaient s&rsquo;accouder les uns sur les autres, noirs et fatidiques dans le jour qui p\u00e2lissait. \u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fatidiques ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0La terre n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une d\u00e9solation infinie et sans vie, o\u00f9 rien ne bougeait, et elle \u00e9tait si froide, si abandonn\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dehors, un \u00e9clair. Je regarde la fen\u00eatre. Un long roulement de tonnerre. Je lance le livre \u00e0 l&rsquo;autre bout de la chambre, je saute du lit, descend l&rsquo;escalier \u00e0 toute vitesse, traverse le couloir, ouvre la porte et me retrouve sur la terrasse. C&rsquo;est un orage. J&rsquo;ai toujours aim\u00e9 les orages. C&rsquo;est un spectacle grandiose que, dans nos r\u00e9gions, la nature ne nous offre pas assez souvent et dont il faut profiter. Debout sur la terrasse, les jambes un peu \u00e9cart\u00e9es, les deux mains accroch\u00e9es \u00e0 la balustrade, je fais face \u00e0 la temp\u00eate qui approche. J&rsquo;aime les orages, je vais \u00eatre servi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4-Sur la passerelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-dessus de la maison, le ciel est encore gris clair, mais devant moi, il prend des couleurs qui me remplissent d&rsquo;impatience. C&rsquo;est comme quand je verse de l&rsquo;encre Waterman dans l&rsquo;eau du lavabo. Il n&rsquo;y a plus de vent. Tout est silencieux. Encore une lueur muette, puis un doux grondement, qui semble tr\u00e8s haut ou tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8re bourrasque. La poussi\u00e8re et les feuilles tomb\u00e9es dans les all\u00e9es tourbillonnent au sol puis s&rsquo;envolent. Les poules ont cess\u00e9 leur caquetage et commenc\u00e9 \u00e0 courir en rond en baissant la t\u00eate. Le vent cesse \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, un \u00e9clair ! Ce n&rsquo;est pas encore un vrai, comme j&rsquo;aime, avec un trac\u00e9 zigzaguant comme celui que j&rsquo;ai vu tomber dans la mer un soir depuis la salle de restaurant de l&rsquo;h\u00f4tel des Tamaris. Non, seulement une tr\u00e8s forte clart\u00e9, dont on ne sait ni d&rsquo;o\u00f9 elle vient ni o\u00f9 elle va. Et puis, deux secondes plus tard, un craquement formidable, sec, suivi de longs roulements qui vont en s&rsquo;affaiblissant. Ce coup de tonnerre m&rsquo;a fait sursauter d&rsquo;au moins cinq centim\u00e8tres, le souffle coup\u00e9, le corps raidi et les mains crisp\u00e9es sur le garde-corps de la terrasse. Je n&rsquo;avais jamais rien entendu d&rsquo;aussi puissant. Je n&rsquo;arr\u00eate pas de r\u00e9p\u00e9ter tout haut: \u00ab\u00a0H\u00e9 ben mon vieux ! H\u00e9 ben mon vieux ! H\u00e9 ben mon vieux !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le vent a un peu repris. Le ciel est bleu marine, presque noir. Et d&rsquo;un seul coup, la pluie, \u00e9norme, comme si, l\u00e0-haut, quelqu&rsquo;un avait renvers\u00e9 une gigantesque bassine. Les poules, compl\u00e8tement affol\u00e9es, ne courent plus en rond mais dans tous les sens en criant et se cognant entre elles et contre les grillages. Je me r\u00e9fugie sous la petite marquise qui prot\u00e8ge la porte d&rsquo;entr\u00e9e. Je suis en principe \u00e0 l&rsquo;abri, mais la pluie rebondit sur le ciment et asperge mes sandales, mes chaussettes et mes genoux. Heureusement que je suis en culotte courte&#8230;Parfois, des rafales viennent appliquer la pluie sur ma chemise. Je commence s\u00fbrement \u00e0 avoir un peu froid, mais l&rsquo;excitation m&#8217;emp\u00eache de m&rsquo;en rendre compte, et de toute fa\u00e7on, je ne vais pas rater ce spectacle pour aller chercher un chandail ou un anorak. Et puis Madeleine et monsieur Levallois sont visiblement occup\u00e9s ou \u00e0 l&rsquo;abri quelque part et personne n&rsquo;est l\u00e0 pour me dire de \u00ab\u00a0rentrer tout de suite \u00e0 l&rsquo;abri, non mais sans blague !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, apr\u00e8s cette entr\u00e9e fracassante, l&rsquo;orage est vraiment l\u00e0. Un nouvel \u00e9clair dessine en contraste un gros nuage noir sur fond blanc. Cette fois ci, le tonnerre est arriv\u00e9 tout de suite, mais je ne me suis pas laiss\u00e9 surprendre. Je l&rsquo;attendais, et je l&rsquo;ai d\u00e9gust\u00e9 de son d\u00e9but jusqu&rsquo;\u00e0 sa fin. Ce n&rsquo;est plus un craquement sec, mais un colossal braoum voluptueux qui se d\u00e9roule et rebondit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres \u00e9clairs, d&rsquo;autres braoum, tous diff\u00e9rents dans leur puissance, leur dur\u00e9e, leur fa\u00e7on de moduler puis de mourir&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a y est, je l&rsquo;ai vu, le vrai, celui que j&rsquo;attendais. Quelle chance ! Je regardais sur la gauche, vers la cr\u00eate de la colline. Et justement, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il est venu, l&rsquo;\u00e9clair exemplaire, celui qu&rsquo;on dessine dans les illustr\u00e9s, zigzagant entre le noir des nuages et le vert fonc\u00e9 de la colline. Il a tout r\u00e9v\u00e9l\u00e9, les arbres, les toits, les pyl\u00f4nes qu&rsquo;on ne voyait plus depuis le d\u00e9but de la temp\u00eate. Il est rest\u00e9 un court instant, vibrant dans l&rsquo;air, presque vertical, et puis son image a commenc\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre au moment o\u00f9 son tonnerre commen\u00e7ait \u00e0 se faire entendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-H\u00e9 ben mon vieux ! H\u00e9 ben mon vieux !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tremp\u00e9 et frissonnant, rencogn\u00e9 contre la porte, je suis sur le qui-vive, regardant partout, attentif \u00e0 ne pas rater le prochain \u00e9clair. Sur ma passerelle, je suis un capitaine dans la temp\u00eate. Devant mon pupitre, je suis le chef d\u2019un orchestre grandiose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que les coups de tonnerre succ\u00e8dent aux \u00e9clairs, l&rsquo;\u00e9norme chuintement de la pluie qui tombe maintenant \u00e0 la verticale ne fait qu&rsquo;augmenter. On dirait le bruit d&rsquo;un poste de radio \u00e0 son volume maximum r\u00e9gl\u00e9 entre Paris-Inter et Radio-Luxembourg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puis, le bruit change. Isol\u00e9s dans le chuintement continu de la pluie, on entend d&rsquo;abord des tac, tac, dans une note plus ou moins grave, d&rsquo;abord espac\u00e9s puis sur un rythme qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre coll\u00e9s les uns aux autres. C&rsquo;est chaque gr\u00ealon qui sonne diff\u00e9remment selon ce qu&rsquo;il frappe, ciment, gravier, t\u00f4le ou tuile. Il fait nuit noire. La gr\u00eale forcit encore et le vacarme devient infernal. Petit \u00e0 petit, les tac, tac s&rsquo;espacent et disparaissent. La gr\u00eale a cess\u00e9 et avec elle, la pluie. L&rsquo;orage est pass\u00e9 maintenant derri\u00e8re la maison et les rares \u00e9clairs projettent son ombre sur le potager. Les grondements se d\u00e9calent et s&rsquo;affaiblissent. La couleur du ciel change et tourne au gris. Le jour revient avec le calme. Un dernier grondement dans le lointain. L&rsquo;orage est sur Lisors.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5-L\u2019appel du Grand Nord<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis essouffl\u00e9, presque \u00e9puis\u00e9. Du haut de mon poste d&rsquo;observation, je contemple le champ de bataille. Des petits torrents se sont form\u00e9s sur les pentes du sol, charriant des graviers, des feuilles et des gr\u00ealons. La porte du poulailler git par terre, encore accroch\u00e9e par son ressort de fermeture. Des poules h\u00e9b\u00e9t\u00e9es et tremp\u00e9es errent dans le potager en picorant je ne sais quoi. Trois gisent sur le c\u00f4t\u00e9. Elles sont mortes, assomm\u00e9es par la gr\u00eale. Les g\u00e9raniums ne sont plus que des petits bouts de b\u00e2tons verts. Dans le potager, on dirait que les salades ont \u00e9t\u00e9 pi\u00e9tin\u00e9es. Quelques morceaux de tuiles jonchent la terrasse et le jardin. Je vois Madeleine sortir de la cabane \u00e0 outils du fond du jardin, et monsieur Levallois remonter lourdement de son atelier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Madeleine ramasse les trois poules et m&rsquo;aper\u00e7oit, tremp\u00e9 sur la terrasse. Elle m&#8217;emporte dans la cuisine, me d\u00e9shabille enti\u00e8rement et me s\u00e8che au torchon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Tu n&rsquo;as pas eu trop peur? Pourquoi tu es rest\u00e9 dehors? C&rsquo;\u00e9tait dangereux. Tu vas attraper du mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ose pas lui dire que je viens de voir le plus beau spectacle de ma vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;inventaire des d\u00e9g\u00e2ts, les premiers nettoyages et les r\u00e9parations d&rsquo;urgence ont pris pas mal de temps aux Levallois. Habill\u00e9 de sec, j&rsquo;aide comme je peux. Au bout d&rsquo;un moment, Madeleine dit \u00e0 son mari \u00ab\u00a0que \u00e7a va comme \u00e7a, que rien de bon ne peut \u00eatre fait \u00e0 cette heure, et qu&rsquo;il faudra attendre demain pour monter sur le toit pour le r\u00e9parer\u00a0\u00bb. Lorsque nous passons \u00e0 table, il fait encore grand jour. Le soleil est m\u00eame revenu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le diner se passe bien. Pourtant, il y a du potage, mais \u00e7a va. J&rsquo;ai m\u00eame droit \u00e0 un verre de cidre. Apr\u00e8s le diner, Madeleine d\u00e9barrasse la table, passe une \u00e9ponge sur la toile cir\u00e9e et me propose de jouer aux petits chevaux. Je ne sais pas jouer, \u00e7a ne fait rien, on va m&rsquo;apprendre, je verrai, c&rsquo;est tr\u00e8s facile. Avec des gestes pr\u00e9cis, Monsieur Levallois sort un jeu en bois et carton de toutes les couleurs, sert pour lui et sa femme un verre de Calvados et se roule une cigarette. Visiblement, les petits chevaux, le calva et la cigarette roul\u00e9e font partie du c\u00e9r\u00e9monial du soir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Effectivement, c&rsquo;est facile, et guid\u00e9 par Madeleine pour la premi\u00e8re partie, j&rsquo;en gagne trois de suite. Vraiment facile ou alors, les Levallois ne sont vraiment pas forts. Je voudrais bien continuer, mais non, il faut aller se coucher. Tant pis, j&rsquo;aimais bien cette soir\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis maintenant seul dans ma chambre, en pyjama, et j&rsquo;\u00e9coute le silence impressionnant de la campagne, et le bruit du boulevard de Port Royal me manque. Me manque aussi l&rsquo;odeur de l&rsquo;appartement (ma chambre ici sens l&rsquo;encaustique), m\u00e9lange complexe de cuisine, de cigarillos, de parfums et de gaz d&rsquo;\u00e9chappements. Me manquent ma m\u00e8re, mon p\u00e8re, ma s\u0153ur. J&rsquo;ai la gorge qui commence \u00e0 se nouer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout du lit, le livre que j&rsquo;ai jet\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure est tomb\u00e9 ouvert, le dos en l&rsquo;air. Il forme un petit toit vert sur l&rsquo;\u00e9dredon. Sur l&rsquo;une des pentes, des lettres dor\u00e9es disent \u00ab\u00a0Jack London\u00a0\u00bb et, en plus gros, \u00ab\u00a0Croc Blanc\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&rsquo;assieds en tailleur \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du livre. Je le retourne: <em>\u00ab\u00a0De chaque c\u00f4t\u00e9 du fleuve glac\u00e9, l&rsquo;immense for\u00eat de sapins s&rsquo;allongeait, sombre et comme mena\u00e7ante. Les arbres, d\u00e9barrass\u00e9s par un vent r\u00e9cent de leur blanc manteau de givre&#8230;\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je viens d&#8217;embarquer sur mon premier morceau de litt\u00e9rature. Au bout d&rsquo;une heure, je m&rsquo;aper\u00e7ois que j&rsquo;ai froid et mal aux jambes. Sans l\u00e2cher le livre, sans quitter la page des yeux, je me fourre sous les draps. Allong\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9, presque en chien de fusil, la joue appuy\u00e9e sur ma main droite, face \u00e0 la lampe, je retourne dans la for\u00eat, et je reprends ma lecture. Parfois, ma t\u00eate tombe sur mon bras et je m&rsquo;aper\u00e7ois que je viens de lire la m\u00eame phrase plusieurs fois sans m&rsquo;en apercevoir. Alors je me retourne de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 ou je m&rsquo;allonge sur le dos, livre pos\u00e9 sur le ventre, et je reprends ma lecture. D&rsquo;autres fois, j&rsquo;ai faim. Alors je descends sans bruit dans la cuisine, je trouve du pain ou un morceau de sucre ou de fromage et je reprends ma lecture. Je regarde la fen\u00eatre blanchir, j&rsquo;entends les premiers oiseaux se r\u00e9veiller et je reprends ma lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Par un reste de son ancienne sauvagerie solitaire, son premier mouvement fut de repousser les importuns. Puis, parmi les applaudissements des dieux, il se d\u00e9cida d&rsquo;un air grave \u00e0 leur permettre de grimper et de jouer sur son dos et sur ses flancs. Et, tandis que les chiots continuaient leurs bouffons \u00e9bats et leurs luttes joyeuses, placidement, les yeux mi-clos, il s&rsquo;endormit au soleil.<\/em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<em>FIN.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premiers bruits dans la maison. Madeleine doit \u00eatre en train de se lever. Je r\u00e9alise que je n&rsquo;ai pas dormi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>6-Apr\u00e8s tout\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce s\u00e9jour chez les Levallois ne s\u2019annonce pas si mal. En \u00e0 peine plus de douze heures, j&rsquo;ai connu la puissance du ciel, le drame de la mort, l&rsquo;alcool de cidre, le jeu de hasard, la nuit blanche et la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, je peux dormir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><strong>Fin<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je sais que c\u2019est pas vrai, mais j\u2019ai dix ans.\u00a0 \u00a0(Alain Souchon) 1-Les grandes vacances J\u2019ai dix ans. Les grandes vacances sont commenc\u00e9es depuis d\u00e9j\u00e0 longtemps mais la rentr\u00e9e, fix\u00e9e au 2 octobre, est encore \u00e0 perte de vue. \u00c7a me permet d&rsquo;effacer facilement la vague angoisse du passage en sixi\u00e8me dont on m&rsquo;a dress\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=1030\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">J&rsquo;ai dix ans (texte int\u00e9gral)<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_mo_disable_npp":"","_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[12,2],"tags":[383,292,286,289,240,287,290,282,21,281],"class_list":["post-1030","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recit","category-textes","tag-calvados","tag-croc-blanc","tag-dinky-toys","tag-grand-nord","tag-jack-london","tag-orage","tag-petits-chevaux","tag-peugeot-203","tag-philippe","tag-touffreville"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1030"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1030\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1030"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1030"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1030"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}