{"id":10191,"date":"2018-01-24T08:47:14","date_gmt":"2018-01-24T06:47:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=10191"},"modified":"2023-12-02T08:48:35","modified_gmt":"2023-12-02T07:48:35","slug":"retour-sur-la-piazza-navona-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/?p=10191","title":{"rendered":"Retour sur la Piazza Navona &#8211; fin"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right;\"><span style=\"color: #008000;\"><em>temps de lecture : 3 minutes\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><strong>Troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie\u2014Andrea Gnecchi-Rampa, marquis et collectionneur<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant, la mar\u00e9e des touristes monte. Il en arrive de toutes les ruelles. Il y a les asiatiques serr\u00e9s en paquet autour d&rsquo;un parapluie-oriflamme sous autant de chapeaux en plastique tiss\u00e9.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-10195 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/P1280213-960x654.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"411\" srcset=\"https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/P1280213-960x654.jpg 960w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/P1280213-300x204.jpg 300w, https:\/\/www.leblogdescoutheillas.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/P1280213-768x523.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/>\u00a0Il y a les nordistes portant banane, vaste short ou pantalon corsaire distendu, tricot de corps, chemise flottante et Birkenstock. Il y a les provinciaux intimid\u00e9s aux vestes sombres et aux jupes \u00e0 fleurs, il y a des nu\u00e9es de jeunes \u00e0 sac-\u00e0-dos et bouteilles de plastique, des groupes de vieux, des essaims de bonnes s\u0153urs\u2026Ils se pressent autour des fontaines, s&rsquo;extasient devant Sant&rsquo;Agnese. Ils prennent des photos, des selfies, beaucoup de selfies. Ils regardent, h\u00e9sitants, les caf\u00e9s-restaurants. \u00ab\u00a0C&rsquo;est bient\u00f4t l&rsquo;heure de d\u00e9jeuner, mais \u00e7a doit \u00eatre cher\u2026\u00a0\u00bb Sont arriv\u00e9s aussi les colporteurs aux sacs informes, les marchands de lunettes de soleil aux \u00e9ventaires de carton, les portraitistes, les musiciens\u2026 Il est encore trop t\u00f4t pour que la terrasse du Da Lorenzo se remplisse, mais c&rsquo;est la fin du matin. Deux carabiniers passent en discutant et en fumant, les yeux au sol. A l&rsquo;entr\u00e9e de la place, une auto blind\u00e9e s&rsquo;arr\u00eate en travers d&rsquo;une ruelle. Deux soldats en armes en descendent. Ils se postent <!--more-->devant leur v\u00e9hicule, jambes \u00e9cart\u00e9es, mitraillette sur l&rsquo;avant-bras, les yeux \u00e0 l&rsquo;horizon, martiaux\u2026\u00a0 La journ\u00e9e a vraiment commenc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et voici que, venant de l&rsquo;autre bout de la place, r\u00e9apparait le retrait\u00e9 aux chiens, l&rsquo;ami Enzo. Il n&rsquo;a pas chang\u00e9 de chapeau ni de costume, mais son allure n&rsquo;a plus rien \u00e0 voir avec celle de tout \u00e0 l&rsquo;heure. Il avance \u00e0 pas vifs tout en parlant avec animation \u00e0 une femme qui semble l&rsquo;\u00e9couter avec une grande attention. Elle doit avoir une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, elle est brune, elle est belle, elle est \u00e9l\u00e9gante. Je ne m&rsquo;y retrouve plus. Le serveur n&rsquo;est pas loin et je lui demande s&rsquo;il connait \u00ab\u00a0questo signore\u00a0\u00bb. Evidemment, qu&rsquo;il le connait. Tout le monde le connait, ici !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Questo signore\u00a0\u00bb, c&rsquo;est le dernier survivant de la famille Gnecchi-Rampa, de vieille noblesse pontificale. Andrea Gnecchi-Rampa est marquis. Bien qu&rsquo;il soit propri\u00e9taire d&rsquo;une magnifique villa \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Tivoli, le marquis habite le deuxi\u00e8me \u00e9tage du plus bel immeuble de la piazza Navona, juste en face de l&rsquo;ambassade du Br\u00e9sil. On dit que c&rsquo;est un immense appartement, dont les murs sont couverts d&rsquo;une collection de tableaux inestimable. Il y vit seul avec ses quatre chiens et une petite ni\u00e8ce qui lui sert de gouvernante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Et la \u00ab\u00a0signora\u00a0\u00bb, vous la connaissez aussi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Bien s\u00fbr. C&rsquo;est Graziella Casagrande, la chef de cabinet du Ministre de la Culture. Depuis trois ou quatre ans, elle vient de temps en temps diner ici avec le Marquis. Je crois qu&rsquo;elle essaie de le convaincre de faire don de sa collection \u00e0 la Galleria Borghese avant qu&rsquo;il ne soit trop tard. Vous comprenez, il a quatre-vingt-sept ans, Monsieur le Marquis ! Un autre caf\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le marquis et sa compagne disparaissent derri\u00e8re l&rsquo;auto blind\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surgit \u00e0 leur place un nouveau groupe d&rsquo;am\u00e9ricaines. Celles-ci ont une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es. Elles ne sont que six, mais on les croirait bien plus nombreuses tant elles parlent, elles rient, elles chahutent en longeant ma terrasse. Un des serveurs du caf\u00e9 voisin, le Dolce Vita, les apostrophe en les invitant \u00e0 venir s&rsquo;asseoir \u00e0 ses tables. Elles s&rsquo;arr\u00eatent et le serveur les rejoint sur la chauss\u00e9e. Il parle, quelques-unes r\u00e9pondent, je ne comprends pas ce qu&rsquo;ils disent. J&rsquo;entends des cris, des rires, puis tout \u00e0 coup, le silence. Le serveur est en train d&#8217;embrasser l&rsquo;une des filles. Les autres se sont mises en ligne pour \u00eatre embrass\u00e9es \u00e0 leur tour par le jeune italien. En se faufilant, une petite rousse r\u00e9ussit \u00e0 se faire embrasser deux fois. Tout le monde rit. Autour d&rsquo;eux, les gens se sont arr\u00eat\u00e9s, souriants. Ils ne pensent plus \u00e0 photographier. Enfin le man\u00e8ge s&rsquo;arr\u00eate. On parle encore un peu, puis les filles s&rsquo;\u00e9loignent en se retournant et en agitant leurs mains. Elles garderont ce souvenir toute leur vie. Pendant des ann\u00e9es, Cleveland, Oklahoma City et Columbus entendront parler de ces baisers sur la Piazza Navona.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Une petite fille rousse de Cleveland a demand\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re : \u00ab\u00a0Maman, raconte encore comment tu t&rsquo;es fait embrasser deux fois par Papa sur cette place de Rome\u2026 Allez, s&rsquo;il te plait\u2026\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais mon rendez-vous est l\u00e0 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Je ne suis pas trop en retard ? \u00c7a va ? Tu as l&rsquo;air tout bizarre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fin<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>temps de lecture : 3 minutes\u00a0 Troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie\u2014Andrea Gnecchi-Rampa, marquis et collectionneur Maintenant, la mar\u00e9e des touristes monte. Il en arrive de toutes les ruelles. 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