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La parole est à Tom Wolfe

Morceau choisi

En 2012, Everett publie Language : The Cultural Tool, une présentation du matériau linguistique glané en Amazonie qui a la forme d’une étude scientifique rigoureuse et met les points sur les i : la parole, le langage n’est pas le fruit d’une « évolution » de l’Homo Sapiens à l’instar de celle qui a permis à l’espèce de développer la dextérité de ses extrémités supérieures ou une anatomie presque dépourvue de poils. La parole est une fabrication de l’homme, et celle qui explique le triomphe de l’Homo Sapiens sur le reste des créatures vivantes avec une pertinence dont les évolutionnistes ne peuvent même pas rêver.

Extrait de  » Le règne du langage – Enquête sur les origines de la langue » par Tom Wolfe -2016.

Et pan sur le bec à Darwin !

Ma critique aisée de cet essai est faite. Vous pourrez la lire un de ces jours, et là, vous saurez qui est Everett.

ET DEMAIN, DU BON USAGE D’UNE PHOTO DE VACANCES

De l’importance du langage

Morceau choisi

C’est le langage sous toutes ses formes qui a propulsé l’être humain au-delà des frontières étriquées de la sélection naturelle, lui a donné la pensée abstraite et la capacité de planifier l’avenir, ce qu’aucun animal ne peut faire, de mesurer les choses autour de lui et de se souvenir de ces relevés pour la suite, ce qui n’est donné à aucun animal, de concevoir l’espace et le temps, Dieu, la liberté et l’immortalité, et de prendre des éléments de la Nature pour confectionner des outils, que ce soit une hache ou une projection algébrique. Pas un animal n’approche même de loin de ce niveau de développement. La doctrine darwinienne de la sélection naturelle était incapable d’intégrer l’existence des outils, par définition non naturels, et encore moins celle de l’Outil suprême, le Mot. C’est l’inexplicable pouvoir du Mot, de la parole, du langage, qui poussait Darwin dans la folie, et Wallace de l’Autre côté.

Extrait de « Le règne du langage – enquête sur les origines de la langue » par Tom Wolfe -2016.

Je ferai plus tard la critique de ce petit bouquin, un essai passionnant.

ET DEMAIN, UNE NOUVELLE MISSION DE LORENZO

Moi, Charlotte Simmons – Critique aisée n° 135

Critique aisée n° 135

Moi, Charlotte Simmons
Tom Wolfe – 2004
Pocket – 1008 pages

Je ne vais pas vous raconter la fin de « Moi, Charlotte Simmons« , l’avant dernier livre de Tom Wolfe. Je ne vais pas vous la raconter parce que je n’ai pas pu y arriver, à la fin. Le bouquin compte 1008 pages, dans l’édition Pocket que j’ai trainée avec moi pendant un mois.
1008 pages, c’est dans la norme pour Wolfe, et d’habitude ça ne me gêne pas. Au contraire, quand un bouquin Continuer la lecture de Moi, Charlotte Simmons – Critique aisée n° 135 

Embuscade à Fort Bragg – Critique aisée n°128

Critique aisée n°128

Embuscade à Fort Bragg
Tom Wolfe
Robert Laffont Poche – 144 pages – 7,90€

Il nous avait habitué à des trucs plus longs, Tom Wolfe, plus long que ce petit roman, presque une nouvelle, cent quarante-quatre pages : Embuscade à Fort Bragg

On dirait le titre d’un western de série B des années quarante.

On en est loin, loin du Western, loin de la série B, loin des années quarante. C’est cinquante ans plus tard, la fin des années quatre-vingt-dix. C’est Fort Bragg, Caroline du Nord. Fort Bragg, on dit que c’est la plus grande base militaire au monde. Vingt-cinq mille soldats des forces spéciales, notamment les bérets verts, s’y entrainent chaque jour. On y forme des hommes, des vrais, des combattants, des costauds. Le soir, les Rangers, les costauds, ils vont à Fayetteville, à six miles de là, pour se détendre : boire un coup dans les boites topless de Bragg Boulevard et regarder les filles s’enrouler autour des mats de danse lascive.
Mais il y a de ces costauds qui n’aiment pas les homosexuels, particulièrement s’ils sont dans leur unité. Alors un jour, trois d’entre eux Continuer la lecture de Embuscade à Fort Bragg – Critique aisée n°128 

Bloody Miami (Critique aisée 45)

Tom Wolfe aura bientôt 84 ans. A l’origine, plutôt journaliste-écrivain (L’étoffe des héros), il avait débarqué dans le roman avec fracas en publiant à 56 ans Le Bûcher des Vanités. Vendu à plus de 2.000.000 d’exemplaires, adapté très moyennement au cinéma par Brian de Palma, cet extraordinaire roman réaliste et débridé décrivait de façon violente, acide et drôle le monde de la finance new-yorkaise et le fonctionnement de la justice sous l’influence de la politique et de la presse.
Tom Wolfe vient de publier « Bloody Miami » ( en anglais « Back to Blood »).
Un peu moins noir que le « Bûcher », « Bloody Miami » est tout aussi acide, méchant et drôle. Très inventif dans le domaine des onomatopées et de la typographie, ce roman raconte une histoire où se mêlent et se démènent de façon désordonnée et souvent violente la police, la presse, la mairie, les communautés raciales de cubanos, noirs, WASP et haïtiens, sans oublier la mafia russe.
Pris dans l’essoreuse de faits divers à caractères racistes, d’une régate orgiaque, et d’une escroquerie aux faux tableaux, on suit, parfois essoufflé, les mésaventures de quelques personnages, dont le point commun est qu’ils sont (presque) tous animés par une forte volonté.
Nestor Camacho: flic Cubano, habitant de Hialeah, hyper musclé, naïf, gaffeur et fou amoureux de Magdalena.
Magdalena Otero, superbe Cubana, infirmière psychiatrique, maitresse de Nestor et de son patron psychiatre.
Norman Lewis, médecin psychiatre spécialiste de l’addiction à la pornographie, totalement tordu et addict lui-même.
Maurice Fleischmann, milliardaire et onaniste furieux, patient captif du Dr Lewis.
John Smith, jeune WASP journaliste frais émoulu de Yale, Tintin décalé dans l’univers tropical de la Floride et marécageux de la presse.
Dionisio Cruz, maire Cubano de Miami, fin politicien sans âme, soucieux seulement de maintenir le calme médiatique entre les communautés.
Cyrus Booker, géant noir et chef de la police, à qui Nestor et Dionisio causeront bien des soucis.
Sergei Koroliov, grand voyou princier, oligarque escroc et maffieux russe.
Et puis, il y a la ville, immense et surchauffée, dont cinquante pour cent des habitants sont d’immigration récente, avec ses quartiers comme Hialeah, où les femmes arrosent le petit carré de béton qui leur tient lieu de jardin, comme Star Island et Fisher Island avec accès limités aux milliardaires et ferry séparé pour le personnel, comme South Beach avec ses bâtiments Art Deco et son festival Art Basel Miami Beach, où l’on se bouscule à l’entrée pour pouvoir acheter dans les premières minutes une demi-douzaine de morceaux d’art contemporain pour une quinzaine de millions de dollars, comme Hallandale avec ses résidences pour déambulateurs d’aluminium et palmiers rachitiques.
Un peu moins réussi, selon moi, que le Bûcher des Vanités, ce livre se lit pourtant passionnément, en quelques heures. Bien qu’on ait parfois l’impression que l’auteur tire un peu à la ligne, on reste ébahi par la technique de Wolfe pour décrire les scènes d’action ( dans le Bûcher, l’arrivée du Golden boy au tribunal du Bronx; dans Bloody Miami, la scène de la traversée de Biscayne Bay dans le bateau de la police du port) dont on sort épuisé.
Cet auteur est si original et si maître de lui que, de cette histoire de sexe, de sang, d’argent, de faux art et de vraie drogue, de trafic d’influences et de manipulations médiatiques, il se sort avec une happy end presque morale.

BLOODY MIAMI
Tom Wolfe (2013)
820 pages
Pocket-Robert Laffont