Archives du mot-clé Théâtre

Le Porteur d’Histoire – Critique aisée n°199

Critique aisée n°199

Le Porteur d’Histoire
Alexis Michalik
Théâtre des Béliers, Paris 18°

Pour commencer, le théâtre était à perpette, rue Sainte-Isaure, sur le flanc nord de la butte Montmartre, mais plus près du périphérique que du Sacré-Coeur, c’est tout dire.
Ensuite, depuis un mois c’était la grève. Une dizaine de pour cents des employés de la RATP bloquait Paris dans de gigantesques embouteillages. Alors, il fallait prendre ses précautions parce que le spectacle commençait à 19 heures, la pointe de l’heure de pointe. Être précautionneux, cela voulait dire prévoir deux Continuer la lecture de Le Porteur d’Histoire – Critique aisée n°199 

Phèdre – Critique aisée n°193

Critique aisée n°193

Phèdre
Jean Racine
Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman
Rôle titre : Raphaële Bouchard
Par le Théâtre de la Ville au Théâtre des Abbesses.

Cette fois-ci, nous n’avons marché qu’une heure et demi dans un Paris privé de Métro pour parvenir jusqu’au Théâtre des Abbesses, qui abrite le Théâtre de la Ville pour le temps de son interminable rénovation.

Quand même pas à la taille du Théâtre de la Ville (1000 places), celui des Abbesses (400 places) est cependant un vrai théâtre, d’architecture greco-moderne, moins confortable qu’il n’y parait au premier abord, mais avec une salle plutôt pentue qui permet de bien voir de partout. (Bien entendre de partout, c’est une autre histoire et on y reviendra.)

Avant ce soir là, je n’avais vu Phèdre qu’une seule fois. Maria Casarès tenait le rôle titre, Alain Cuny était Thésée et Jean Vilar était à la fois Théramène et metteur en scène. C’était au TNP. Nous y avions été traîné par notre école. Je n’avais pas seize ans. Je me souviens du décor minimaliste, juste un petit banc sur un grand Continuer la lecture de Phèdre – Critique aisée n°193 

Trois femmes – Critique aisée n°191

Critique aisée n°191

Trois femmes
Catherine Anne
Catherine Hiegel, Clotilde Mollet, Milena Csergo
Théâtre Le Lucernaire (dernière représentation le 5 Janvier 2020)

 Comment ? Dernière représentation le 5 janvier 2020 ! Mais nous sommes déjà le 6 ! Alors à quoi bon nous donner la critique d’une pièce que nous ne pourrons de toute façon pas voir avant son hypothétique reprise en novembre 2023 à l’Alcazar de Rodez ou à l’Espace André Lejeune de Guéret (dans la Creuse) ?
C’est la question que vous vous posez probablement en ce moment même.

Ma réponse pourrait être : “Oui ! À quoi bon ?” ce qui permettrait au moins d’arrêter là la discussion. Mais moi, j’ai un article à faire. Il fait bien que je publie quelque chose en ce lundi matin. Alors pourquoi pas la critique d’une pièce que personne Continuer la lecture de Trois femmes – Critique aisée n°191 

Au Lucernaire –  Chronique ordinaire d’un dimanche d’hiver

Le Lucernaire, vous connaissez ?

Il s’est installé il y a une quarantaine d’années Rue Notre-Dame des Champs dans les locaux d’une ancienne usine de chalumeaux. On y trouve aujourd’hui 3 salles de cinéma, 3 salles de théâtre (le Rouge, le Noir et le Paradis (!)), un bar, un restaurant et une librairie. Ce n’est pas très confortable — de quel théâtre peut-on dire qu’il est confortable ? — mais c’est sympathique. Et puis, ce n’est pas loin de chez moi. 

Il commence à faire froid.
On va y être beaucoup trop tôt, il n’est que trois heures et demi. On ne va quand même pas arriver au théâtre avec une demi-heure d’avance. On va marcher encore un peu, d’accord ? On pourrait prendre un peu plus loin à gauche, par la rue Saint-Beuve. Elle est courte cette rue, ça ne nous mettra pas en retard.

Tiens, à l’angle, la boutique du photographe a été remplacée par un magasin de photocopies. Il est tout beau tout propre. Ça change des officines du Quartier Latin : on a toujours l’impression qu’ils impriment des trucs Continuer la lecture de Au Lucernaire –  Chronique ordinaire d’un dimanche d’hiver 

La puce à l’oreille – Critique aisée n°183

Critique aisée n°183

La puce à l’oreille
Georges Feydeau – (1907)
Troupe de la Comédie Française (2019)

Les pièces de Georges Feydeau sont des mécanismes d’horlogerie, des mécanismes d’horlogerie d’une précision suisse, construits par un horloger maniaque dans le seul but de pouvoir y introduire lui-même un à un les grains de sable qui emmèneront l’horloge en survitesse et finiront par la faire exploser.
Bon, d’accord, mais la comparaison des pièces de Feydeau avec un mécanisme, infernal ou de précision, d’horlogerie est d’une telle banalité que je vous prie de m’excuser d’être tombé dans un tel cliché. Alors, je vais tenter devant vous de filer une métaphore dont j’ai tout lieu de croire qu’elle est totalement originale. Voici : pour un metteur en scène, une pièce de Feydeau, c’est comme un meuble à monter de chez IKEA.

Tiens donc ?

Quand vous recevez un meuble à monter de chez IKEA, tout est là, toutes les pièces, les planches, les portes, les étagères, les vis, les écrous, les targettes, les poignées, les miroirs, les cornières et même la petite clé à 6 pans, celle que vous perdez dans les six premières minutes, tout vous dis-je, et si vous respectez Continuer la lecture de La puce à l’oreille – Critique aisée n°183 

Luchini : des écrivains parlent d’argent – Critique aisée n°104

Puisque Luchini ressort son spectacle à partir de demain, je peux bien, moi, ressortir ma critique. Mais attention, c’est maintenant au théâtre de la Porte Saint-Martin !

Critique aisée n°104

Des écrivains parlent d’argent
Fabrice Luchini
Théatre de Paris – Salle Réjane

La salle n’est pas très grande, trois cents places environ : c’est agréable.
Luchini va lire des auteurs : c’est promis.
Des auteurs qui parlent d’argent : c’est osé.
Ce soir, ce n’est que la cinquième représentation : c’est chic.
Une courte silhouette mince, un peu voutée, plus toute jeune : c’est lui

Il lit Zola : c’est précis.
Une articulation Continuer la lecture de Luchini : des écrivains parlent d’argent – Critique aisée n°104 

Intra muros – Critique aisée n°175

Critique aisée n°175

Intra muros
Alexis Michalik

Voici comment, au début du mois de mars 2019, je débutais ma critique aisée du succès théâtral de l’année, Edmond, la pièce d’Alexis Michalik. : “Il a tout pour plaire cet Alexis Michalik. Trente-six ans, sympathique, spirituel, brillant même, beau mec, auteur à succès, comédien plutôt à l’aise, tout pour plaire. Sans savoir qui il était véritablement, j’avais beaucoup apprécié son incarnation d’un …..”

Ça partait plutôt bien comme critique, mais par la suite, pour Edmond, ça se gâtait Continuer la lecture de Intra muros – Critique aisée n°175 

Roméo et Juliette – Critique aisée n°145

Critique aisée n°145

Roméo et Juliette
Tragédie en 5 actes, en vers et en prose, de William Shakespeare (1595)
Traduction française de Victor Hugo. 
Mise en scène Eric Ruf.
Pièce filmée en direct en octobre 2016 dans la salle Richelieu à la Comédie Française et retransmise dans certains cinémas aux dates indiquées plus loin

“Two households, both alike in dignity
In fair Verona, where we lay our scene,
From ancient grudge break to new mutiny
Where civil blood makes civil hands unclean”
 
« Deux familles égales en noblesse
Dans la belle Vérone, où nous plaçons notre scène
Sont entrainées par d’anciennes rancunes à des rixes nouvelles
Où le sang des citoyens souille les mains des citoyens »

En trois jours seulement, deux adolescents, l’un Montaigu, l’autre Capulet, , se rencontrent, s’aiment et se tuent. Pourquoi ? Parce que les Capulet haïssent les Montaigu et que les Montaigu détestent les Capulet. Alors, l’amour de Juliette et de Roméo est impossible. Ils vont donc mourir.

“For never was a story of more woe
Than this of Juliet and her Romeo.”

« Car jamais aventure ne fut plus douloureuse
Que celle de Juliet et de son Roméo. »

Romeo et Juliette, la plus belle, la plus triste, la plus tragique des histoires d’amour. Je l’ai vue tant de fois que j’en ai oublié le compte et Continuer la lecture de Roméo et Juliette – Critique aisée n°145 

Post it n° 5 – Au vestiaire

Ce soir-là, Boulevard des Capucines, il commence à faire un peu froid et même, de temps en temps, il pleut un petit peu. Dans l’Athénée Louis Jouvet, vieux théâtre à l’italienne, il y a foule pour attendre Caubère. La salle est pleine et bruisse. Ambiance rouge. La sonnerie retentit depuis cinq minutes. Les retardataires se pressent dans le couloir en demi-cercle qui enserre la salle car, dans trois minutes, on fermera les portes jusqu’à l’entracte. Les manteaux, les imperméables, les duffel-coats et les doudounes pendent sur les balcons ou encombrent les genoux. Près du foyer maintenant désert, les cintres de Madame Vestiaire, autrefois recouverts de faux visons et de vrais lodens,  restent vides. Mais elle ne se plaint pas, Madame Vestiaire : ce soir, ses rayonnages accueillent tous les casques de moto de la terre.

Post it n°1 – Au théâtre

À l’entracte, les spectateurs se précipitent au foyer pour boire et se dégourdir les jambes. ThéâtreLes commentaires péremptoires se donnent à voix haute, afin que chacun puisse apprécier leur pertinence. J’ai toujours trouvé curieux que, dans ces foyers, on n’entende jamais rien de vraiment négatif, du genre “ça ne vaut rien, …la mise en scène est ridicule, …le texte est convenu, …c’est digne d’un spectacle de patronage, …c’est la dernière fois que je vais au théâtre…” Mais c’est parce que je n’ai pas une voix qui porte.