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Paris est un décor (7) et (8)

Décor : Ensemble des toiles peintes, des portants, des praticables et des éléments divers qui entourent et situent la représentation d’une œuvre théâtrale, cinématographique ou télévisée.

Les trois coups ont été frappés et le rideau vient de se lever. Pourtant le décor est encore vide. Les personnages sont réunis dans les coulisses. Ils vont entrer en scène. Que le spectacle commence !

ET DEMAIN, JE REVIENS A LA MAISON

Du côté de chez soi

Longtemps, je me suis levé de bonne heure pour m’asseoir à ma table de travail, alors qu’un premier rayon de soleil hésitant venait poser sa tache de lumière tremblante et dorée sur le bois bruni du vieux meuble, entouré et comme écrasé par ces épaisses tentures et ces lourds rayonnages emplis de livres, accablé par la perspective d’une morne journée d’un travail fastidieux que serait l’écriture de mes souvenirs de jeunesse, dont je savais par avance que je n’aurais pas la force de l’achever.

Vers le milieu de l’après-midi de l’une de ces journées où la chaleur humide succède à l’averse attendue et annonce déjà la lassitude qui ne manquera pas de me gagner lorsque viendra l’heure du gouter, je tressaillis soudain: une odeur, étrangère et connue tout à la fois, venait de parvenir à mon cerveau sans que je puisse déterminer la raison véritable de l’émotion qu’elle y provoquait. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Je respirai une nouvelle fois cet effluve si particulier sans y découvrir davantage que la première fois.

Je me tournai alors vers mon esprit et recherchai dans ses méandres ce que pouvait m’évoquer ce parfum encore léger, mais déjà obsédant. J’étais sur le point d’abandonner mon effort, poussé en cela par cette paresse naturelle de l’esprit quand il s’agit de remonter un fil de souvenirs sous l’effet de la seule volonté, quand tout à coup la cause de l’odeur, et par conséquent son nom, surgit dans mon esprit, comme éclot une fleur cinématographiée en accéléré. Ce nom, c’était bitume, bitume humide, bitume humide et chaud.

Et dès que j’eus reconnu cette odeur de Macadam, les cloisons ébranlées de ma mémoire cédèrent, et la longueur du boulevard de Port-Royal luisant dans la lumière de l’été m’apparut, montant vers les vacances, les rentrées des classes, les amis, les jeunes filles, les voyages, les automobiles, les amours, les enfants, le Ferret, l’Italie, enfin tout l’édifice immense du souvenir.