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A propos de l’affaire Dreyfus

En réalité, nous découvrons toujours après coup que nos adversaires avaient une raison d’être du parti où ils sont et qui ne tient pas à ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti, et que ceux qui pensent comme nous c’est que l’intelligence, si leur nature morale est trop basse pour être invoquée, ou leur droiture, si leur pénétration est faible, les y a contraints.

Marcel Proust – Sodome et Gomorrhe

Pas facile, cette phrase, hein?

Proust fait cette remarque à propos de l’affaire Dreyfus pour expliquer les positions successives de certains de ses personnages :
—Le grand monde pense que Swann est dreyfusard parce qu’il est juif
—Le narrateur pense que Robert de Saint-Loup est dreyfusard malgré sa noblesse parce qu’il est intelligent
—Le grand monde pense que Saint-Loup est dreyfusard parce que sa maitresse est juive
—Swann pense que le Prince de Guermantes est anti-dreyfusard parce qu’il est aristocrate
—Le Prince de Guermantes devient dreyfusard par droiture

Aucune de ces raisons ne tient compte de ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti.

Aujourd’hui, alors que le moindre évènement politique prend une allure d’affaire Dreyfus, la phrase du petit Marcel reprend toute son actualité. Demandons-nous à quelle raison nous attribuons les positions de ceux qui ne pensent pas comme nous. On verra que rarement ce sera « ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti. »

Bientôt publié

    • 21 Mar, ………Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
    • 22 Mar, ………Tableau 246
    • 23 Mar, …….. La fin de l’écriture
    • 24 Mar, ……..Big Bang

La transparence – Critique aisée 16

Il y a un peu plus de quatre ans, j’avais écrit ce petit texte, en révolte contre la volonté affichée de transparence à tous les étages. A la surprise générale, ma diatribe n’a eu aucun effet que l’on puisse constater sur les moeurs actuelles.
A mon grand regret, je me vois donc dans l’obligation de la publier à nouveau :

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la transparence n’est pas que le contraire radieux de la sombre dissimulation.

Dans le domaine privé, la transparence n’est souvent qu’une facilité, un moyen d’éviter la réflexion, promu par le souci du moindre effort et la négation de la sensibilité de l’autre, une façon négligente de lui balancer en vrac une part de sa vérité et de le laisser se débrouiller avec.

Dans le domaine social, c’est aussi une mode, lancée un jour par un censeur de Canal+ en quête de rigueur morale, un pilier de la pensée unique, un mot d’ordre dicté par les journalistes dans le seul intérêt de leur profession. « Moi, journaliste, j’exigerai de mes sujets une totale transparence dans tous les domaines sinon je créerai dans le public une suspicion légitime à leur encontre ».

Dans le domaine politique, la transparence serait le remède à tous les maux, mots tordus, pots de vins, compromissions, hypocrisies, échecs et lâchages inhérents à cette profession en décomposition. Mais, dans ce monde-là, la transparence n’est que l’artifice du prestidigitateur qui montre sa main droite pour qu’on ne prête pas attention à ce que fait sa main gauche.

La transparence…Méfiez-vous en !
Et ne la pratiquez qu’avec parcimonie et à bon escient.

¿ TAVUSSA ? (31) – Le Catalan et le plat pays.

M.Puygdemont, président déchu de la Catalogne, nous a dit hier soir qu’il n’est pas venu en Belgique pour demander l’asile politique. Tant mieux pour lui car, malgré les déclarations d’un ministre flamingant, il est certain que cet asile ne lui aurait pas été accordé. Alors pourquoi est-il venu ? Pour constituer un gouvernement en exil entre les tours de Bruges et Gand, pour donner des conseils au parti séparatiste flamand, pour éviter de payer les impôts espagnols, pour échapper à la colère de ceux qu’il a mené en bateau ou plus simplement pour éviter le ridicule — non, si c’est pour cela, il est déjà trop tard — ?

Mais, comme on pouvait le prévoir, le Mr Bean de Barcelone est resté dans le flou. C’est dans sa nature, et c’est comme cela qu’il procède depuis quelques semaines, aussi embarrassé par sa victoire populiste à la Pyrrhus que les partisans du Brexit devant le résultat de leur référendum ou que son sosie britannique devant une équation du premier degré. Il est venu, dit-il, non pas en Belgique, mais à Bruxelles, capitale de l’Europe, pour placer le problème catalan au cœur de l’Union et lui demander son aide. Outre le fait que l’Europe n’a pas de capitale, on comprend mal l’intérêt de cette manœuvre, compte tenu de la position unanime que les membres de l’UE ont exprimée. L’explication de M.Puygdemont ne peut être qu’une rationalisation, une façade, pour cacher la vraie motivation, d’ailleurs compréhensible, qui est d’échapper à la prison.

L’ambiguïté de l’ex-président est à son comble quand il annonce que, tout en étant réfugié en Belgique, il participera aux élections régionales de décembre prochain, ce qui revient quand même pour lui à admettre que la déclaration d’indépendance qu’il avait faite — pour la suspendre dans la minute suivante — n’avait pas de valeur légale et à reconnaitre l’autorité de l’Etat sur la Province.

M.Puygdemont est quand même poursuivi pour rébellion, ce qui n’est pas rien et il sera intéressant de suivre dans les jours prochains comment les gouvernements belge et espagnol vont réagir.

La logique voudrait que la justice espagnole demande à la Belgique de lui livrer le bonhomme.  Mais il est peu probable qu’elle fasse cette demande, se trouvant sans doute fort aise de ne pas avoir à traiter le cas du gaffeur séditieux.

Si, malgré tout, la demande en était faite, la Belgique devrait sans doute l’extrader — y a-t-il un spécialiste du droit international dans la salle ? — car refuser de le faire reviendrait à considérer l’Espagne comme incapable de lui assurer un procès équitable.

Il faut reconnaitre au moins une chose positive dans le comportement erratique de l’ex-président, c’est qu’il semble davantage chercher une porte de sortie personnelle que l’affrontement. Pourtant, il est à parier que sa situation va rester figée un certain temps, personne n’ayant intérêt à ce qu’elle évolue.

Il reste bien sûr la solution d’une ambassade amie et non européenne ouvrant ses portes pour accueillir Puygdemont et son orchestre. On pense bien sûr à la Russie de Poutine, et même aux Etats-Unis de Trump, les deux ayant montré tout l’intérêt qu’ils avaient à emmerder le monde en général et l’Europe en particulier.

¿ TAVUSSA ? (30) La Loi, entre vous et nous

Comme chaque année, le Sénat sponsorise l’installation de grands placards sur les grilles du Jardin du Luxembourg le long de la rue Médicis. J’ai toujours reproché à ces panneaux d’empêcher la vue sur les jardins, et j’avais proposé qu’au lieu de photos d’insectes répugnants ou de trognes rubicondes d’artisans en pleine activité, on y présente de grandes photographies de ce qu’on pourrait voir du jardin si les panneaux n’étaient pas là. Je n’ai pas été écouté, ni même entendu.

Ainsi, voici une nouvelle exposition d’une quarantaine d’agrandissements d’aquarelles de Noëlle Herrenschmidt. Elles représentent des palais, des salles et des scènes de la vie publique où la loi s’élabore, se discute, se vote et s’applique. L’exposition se tiendra du 16 septembre au 14 janvier 2018. Vous avez tout le temps.

Tout cela est assez joli et traite avec un grand respect ces lieux et ces hommes (et ces femmes, oui, d’accord, d’accord) qui font la loi. Je n’ai rien contre ce respect. Je serais même plutôt favorable à la pompe, pourtant souvent désuète et parfois ridicule, qui entoure tout cela. Il est toujours bon d’impressionner le peuple. En tout cas, moi, ça m’impressionne.

Cependant, dans cette exposition, un détail me perturbe. C’est le titre :

LA LOI, entre vous et nous

Qu’est-ce qu’on entend par là ?

Pour moi, bien sûr, il ne fait pas de doute que, dans l’esprit de l’auteur, ce « vous« , c’est vous, c’est moi, c’est nous, nous qui Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (30) La Loi, entre vous et nous