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Adieu Ferdinand – Critique aisée n°112

Critique aisée n°112

Adieu Ferdinand – Le Casino de Namur
Philippe Caubère
Athénée-Louis-Jouvet

Vous me connaissez. Ce n’est pas parce que c’est un vague ami de la famille que je vais me gêner pour dire ce que je pense du deuxième volet (Le Casino de Namur) du dernier — au sens d’ultime ­— spectacle de Philippe Caubère (Adieu Ferdinand).

Alors, voilà : C’est très mauvais.

En trente-six ans, Caubère nous a raconté par le menu ses aventures personnelles, ou plutôt celles de Ferdinand Faure, son double. En une bonne vingtaine de spectacles différents, il nous a parlé de sa mère, bourgeoise tourmentée et atypique, de son père, aimable et distrait, d’Ariane Mnouchkine, géniale et vaporeuse, de son copain d’enfance, un gonze simple et joyeux, de sa compagne Clémence, douce et imprécise, de l’O.M., du Festival de Cannes, de Marseille, d’Aix en Provence, de la Belgique, de mobylettes, de voitures, de téléphones, d’avion, de trois petites marches et de multiples petits personnages. Et il a mimé tous ces personnages, les hommes, les femmes, les enfants, les cabotins, les gentils, les idiots ; par un simple changement d’attitude, grâce à un simple geste, vous ne pouviez pas vous tromper, vous saviez qui il était, parfois pour quelques secondes seulement ; et il n’a pas mimé que les personnages, mais aussi les objets : sa représentation immobile d’un simple téléphone était saisissante, celle d’un avion peinant à décoller dans une tempête de neige était spectaculaire, sans parler de tout le stade Vélodrome de Marseille un jour de match. Et il nous faisait rire, deux ou trois heures durant, seul en scène, avec un simple tabouret, une couverture ou un imperméable pour uniques accessoires. Il nous émouvait  aussi, avec pudeur. Vous trouverez peut-être paradoxal que je dise d’un acteur qui a passé sa carrière à exposer sa vie sur scène qu’il est pudique, mais c’est le cas. Pudique, sensible, drôle, grossier parfois, jamais vulgaire.

Et voilà qu’aujourd’hui, à soixante-sept ans, Caubère a décidé de raccrocher les gants. Et il fait ses adieux dans ce beau théâtre de l’Athénée-Louis-Jouvet (sur lesquels, l’Athénée d’une part et Louis Jouvet d’autre part, j’ai écrit un petit texte commun qui paraitra quelques jours après les Ides de Mars). Et il le fait avec ce spectacle « Adieu Ferdinand » en deux volets, « Clémence » et « Le Casino de Namur« . Et je n’en ai vu que le second. Et c’est très mauvais. Et je ne saurai jamais si le premier volet est meilleur, car tout ça s’arrête le 14 janvier prochain.

Et pourtant, les critiques du Masque et la Plume, dont je viens d’entendre les avis ce matin même, juste avant de commencer cette rubrique, ont été unanimes ou presque : une merveille, un couronnement… Je n’arrive pas à y croire. Là où ils ont vu légèreté, finesse, humour, émotion et performance, je n’ai vu que gros traits, vulgarité, lourdeur, fatigue et trous de mémoire. (Je dois dire que ce soir-là, Caubère paraissait souffrant, rhume, grippe, je ne sais pas, ce qui pourrait expliquer une partie des faiblesses du spectacle, mais pas toutes).

J’ai trouvé les situations convenues et répétitives, les différents personnages  bien trop semblables, les plaisanteries lourdes, et les émotions à grosses ficelles et le héros fatigué. En deux mots, je me suis ennuyé. Mais surtout, j’ai été déçu. Et peiné que Caubère finisse de cette manière. Et surpris, très surpris que le Masque l’approuve.

P.S. : Si vous voulez relire la critique de « La Danse du Diable » en 2013, cliquez ICI

ET DEMAIN, PORTRAIT DE L’ARTISTE

La danse du Diable Critique aisée (43)

La Danse du Diable
Philippe Caubère

Depuis trente ans, il fait l’artiste, seul sur scène, avec pour tout costume un pantalon, une chemise ouverte, une paire de mocassins, pas de chaussettes et, comme seuls accessoires, un chapeau, un large manteau et un demi plaid à carreaux.
Il n’y a aucun décor et, à part un tout petit banc dans un coin à droite et une chaise au fond, la scène est entièrement vide.
Souvent pieds nus, debout, ou accroupi, ou même vautré sur la scène, de face, de dos, léger, dansant, chuchotant, bégayant, hurlant, postillonnant, avec ou sans accent, Caubère joue tous les personnages et tous les objets (oui, il joue les objets).
Le spectacle dure un peu plus de 3 heures. Ce n’est ni un one-man-show, ni une série de sketches. C’est une histoire, celle de Ferdinand Faure, fils de bonne famille d’Aix en Provence, muni d’un père jamais là et d’une mère omniprésente, garçon peu enclin aux études, mais désireux de faire du théâtre.
Après une première demi-heure un peu lente, avec l’arrivée du jeune Robert, ami du héros, le spectateur plonge dans l’univers de Ferdinand et des personnages qui l’entourent.
Caubère se transforme instantanément en mère bourgeoise, en bonne espagnole communiste, en père absent, en adolescent introverti, en fille ingrate, en gamin marseillais, en une foule de fans de Johnny Halliday, en Johnny Halliday (il dit Holliday), en professeur de théâtre aixoise sinusitique, en acteur avignonesque, en machiniste éclairagiste, en De Gaulle impérial, en Mauriac sarcastique, en Malraux agité, en Sartre globuleux…
En un déclic, par un simple changement d’attitude et quelques bruits de bouche, il fait voir et entendre une Motoguzzi vrombissant sur la corniche, une foule en délire au Parc Borely ou un bimoteur décollant dans la neige. (Ces moments sont du pur délire, sans compter le retour du Prince Fedor Iliouchine à son château après vingt ans de bagne joué par un machino aux accents faubouriens.)
On est attendri parfois, on rit beaucoup, le public est heureux.
Philippe Caubère est à l’Athénée-Louis-Jouvet jusqu’au 7 décembre. Il part ensuite en tournée en province avec la Danse du Diable jusqu’au mois de mars 2015.