Archives du mot-clé Philippe

Dernière heure : Le Luxembourg occupé !

Dernière heure : Le Luxembourg occupé !
Dimanche 31 mars.

En protestation contre le réchauffement climatique, les jardins du Luxembourg ont été occupés aujourd’hui  par une foule importante.

Des slogans hostiles au Président de la République, au soleil et à la banquise ont été lancés par des manifestants particulièrement remontés : « Macron, fait trop chaud ! Macron fait trop beau ! » « Tous ensemble, tous ensemble exigeons la réduction de la température« . « Couché, Soleil ! Ici, aux pieds, Soleil ! » « C’est toujours les mêmes qui brisent la glace« . On a même entendu un manifestant arrivé en retard crier obstinément :  » Sous les pavés la plage ! « . Des infirmiers appelés en urgence ont Continuer la lecture de Dernière heure : Le Luxembourg occupé ! 

¿ TAVUSSA ? (53) : Les Gilets Jaunes ? Combien de divisions ? (2)

Depuis des mois (eh oui, des mois), à propos de la crise des Gilets Jaunes, on entend de la bouche des journalistes, chroniqueurs, commentateurs des expressions comme celles-ci :

Les gens ne veulent plus de …
Les français en ont assez de …
Le peuple ne fait plus confiance à …

Dans la bouche d’un parlementaire d’opposition, ce serait chose normale, attendue, acceptable même. La généralisation, l’extrapolation, l’exagération et l’amalgame sont les armes habituelles de la politique depuis que Le Monde est Monde. Mais, des journalistes, enfin ceux qui ne sont pas trop visiblement engagés ou qui ne devraient pas l’être, on pourrait attendre un peu plus de précaution dans le langage, de précision dans les mots qu’ils utilisent et les formules toutes faites qu’ils répètent. Les gens ne veulent plus …Tous les gens ? Les Français en ont assez …Combien de Français ? Le peuple ne fait plus confiance … Quel peuple ? Mais qui sont donc ces gens, où sont ces français, de quoi ce peuple est-il fait ?

Et d’abord combien sont -ils ?

A en juger par les chiffres communiqués chaque samedi soir (l’sam’di soir après l’turbin, comme disait la chanson de Maurice Chevalier), les manifestants étaient au nombre de quelques milliers à Paris et de quelques dizaines de milliers dans toute la France. De mémoire de spectateur atterré (1) de chaîne d’info continue, les GJ n’ont jamais réussi à réunir plus de 10.000 personnes Continuer la lecture de ¿ TAVUSSA ? (53) : Les Gilets Jaunes ? Combien de divisions ? (2) 

La Traversée de Paris

Couleur café (4 ) 

La Traversée de Paris
45 rue Poliveau, Paris V

Entre les Gobelins et le Jardin des Plantes, précisément à l’angle de la rue Poliveau et de la rue Geoffroy Saint-Hilaire, il y a un café qui s’appelle « La Traversée de Paris« . Ce nom lui a sans aucun doute été donné en hommage au film du même nom, tiré lui-même du roman éponyme de Marcel Aymé. Le film était aussi réussi que le roman, drôle et cruel, sur la rencontre de deux égoïsmes dans le Paris de l’occupation allemande. On peut y voir une prestation extraordinaire de de Funès dans le rôle d’un charcutier nommé Jambier qui se livre au marché noir dans le sous-sol de sa boutique. Jambier y égorge un cochon tandis que Bourvil, porteur de valises, joue de l’accordéon pour couvrir les cris de l’animal et que Gabin, artiste peintre anar, fait monter les enchères en hurlant de manière à ce que tout le quartier entende: « Jambier, 45 rue Poliveau, c’est trois mille francs !« . Bref, tout ça pour expliquer pourquoi le café s’appelle « La Traversée de Paris« .
Le quartier n’a pas dû bouger beaucoup depuis l’Occupation. Les immeubles ont été ravalés et entretenus, mais à part ça, ils sont Continuer la lecture de La Traversée de Paris 

Le Chant du Loup – Critique aisée n°156

Critique aisée n°156

Le Chant du Loup
Antonin Baudry  – 2019
Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz, François Civil

Si vous avez entendu l’émission du Masque et la Plume qui a fait la critique du Chant du Loup, vous avez pu vous croire un instant revenu au bon vieux temps de la gauche dominante et satisfaite, à la belle époque de l’entre-soi de France Inter et de ses pantoufles intellectuelles — époque et bon vieux temps révolus me dit-on, mais rien n’est moins sûr.

A entendre la cacophonie radiophonique des mots d’esprit et des éclats de rire moqueurs entre gens du même monde, vous avez pu vous croire un instant invité par erreur dans un vernissage d’art contemporain. La condescendance avec laquelle ces honorables critiques que sont Danièle Heymann, Pierre Murat et Xavier Leherpeur (avec une réserve sur l’honorabilité intellectuelle de ce dernier) ont traité du film n’a eu d’égal que le mépris rigolard qui imprégnait la présentation faite par Jérôme Garcin. Seule la gentille voix naïve de Charlotte Lipinska a osé dire le bien qu’elle pensait de ce film d’action, suivie en cela par un spectateur dont l’enthousiasme a réussi à surmonter la peur des quolibets de ce jury blasé.

On le sait, les films de sous-marin peuvent être parfois plutôt ennuyeux comme « L’Odyssée du Sous-marin Nerka » ou « Torpilles sous l’Atlantique« , très drôles comme « Opération Jupons« , tout à fait charmants comme « 20.000 Lieues sous les Mers« , extrêmement dramatiques comme « Das Boot« , plutôt conventionnels comme « USS Alabama » ou plutôt réussis comme « A la Poursuite d’Octobre Rouge« .

J’aurais classé « Le Chant du Loup » parmi les « plutôt réussis », si la densité et le côté exceptionnellement Continuer la lecture de Le Chant du Loup – Critique aisée n°156 

A propos de l’affaire Dreyfus

En réalité, nous découvrons toujours après coup que nos adversaires avaient une raison d’être du parti où ils sont et qui ne tient pas à ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti, et que ceux qui pensent comme nous c’est que l’intelligence, si leur nature morale est trop basse pour être invoquée, ou leur droiture, si leur pénétration est faible, les y a contraints.

Marcel Proust – Sodome et Gomorrhe

Pas facile, cette phrase, hein?

Proust fait cette remarque à propos de l’affaire Dreyfus pour expliquer les positions successives de certains de ses personnages :
—Le grand monde pense que Swann est dreyfusard parce qu’il est juif
—Le narrateur pense que Robert de Saint-Loup est dreyfusard malgré sa noblesse parce qu’il est intelligent
—Le grand monde pense que Saint-Loup est dreyfusard parce que sa maitresse est juive
—Swann pense que le Prince de Guermantes est anti-dreyfusard parce qu’il est aristocrate
—Le Prince de Guermantes devient dreyfusard par droiture

Aucune de ces raisons ne tient compte de ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti.

Aujourd’hui, alors que le moindre évènement politique prend une allure d’affaire Dreyfus, la phrase du petit Marcel reprend toute son actualité. Demandons-nous à quelle raison nous attribuons les positions de ceux qui ne pensent pas comme nous. On verra que rarement ce sera « ce qu’il peut y avoir de juste dans ce parti. »

Bientôt publié

    • 21 Mar, ………Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
    • 22 Mar, ………Tableau 246
    • 23 Mar, …….. La fin de l’écriture
    • 24 Mar, ……..Big Bang

Objectif  : Le Monde

Objectif  : Le Monde

Au temps de ma jeunesse folle, il était de bon ton de considérer que Le Monde était un journal objectif. Personnellement, je n’en ai jamais cru un mot, mais il n’était pas toujours aisé d’apporter la contradiction à cette idée reçue, largement partagée pendant des décennies1  dans les milieux estudiantins et leurs environs. C’est pourquoi, l’autre jour, sur cet excellent podcast qu’est « Le Nouvel Esprit Public« , son créateur, animateur et modérateur, Philippe Meyer, qu’on ne soupçonnera pas de conservatisme exacerbé, m’a fait grand plaisir en rapportant cette anecdote à propos d’Hubert Beuve-Méry2.

Philippe Meyer, alors jeune journaliste sans emploi, déjeune avec Beuve-Méry pour discuter de son éventuelle collaboration au Monde. HBM présente longuement ses conceptions du journalisme en général et du Monde en particulier. Comme le Grand Manitou n’a pas prononcé une seule fois le mot « objectivité » au cours de son exposé, Meyer pose la question :
—Mais, Monsieur, qu’en est-il du devoir d’objectivité du journaliste ?
—Jeune homme, si vous entrez au Monde, contentez-vous donc d’une subjectivité désintéressée.

Le mot est joli, la formule est élégante, mais elle fait bon marché de la légende du journal3.

Notes
1 — Elle l’est beaucoup moins (partagée) depuis le séjour d’Edwy Plenel à la tête de la rédaction
2­­ — Directeur du Monde de 1944 à 1969
3 — C’est la chose la plus gentille que j’aie trouvé à dire sur Le Monde

Bientôt publié

    • Demain, …….A propos de l’affaire Dreyfus
    • 21 Mar, ………Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
    • 22 Mar, ………Tableau 246
    • 23 Mar, …….. La fin de l’écriture
    • 24 Mar, ……..Big Bang

Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7)

Couleur café (7 )

21 janvier 2013      7 heures 44.
Comme chaque matin de la semaine, sauf les samedis, dimanches et jours fériés, j’entre au café « Le Floréal » situé exactement au 150 de l’avenue Parmentier à l’angle de la rue du Faubourg du Temple, à Paris dans le dixième arrondissement. J’ai seize minutes devant moi avant la prise de mon service d’agent d’accueil aux admissions de l’Hôpital Saint-Louis.

Il fait moins quatre degrés depuis quatre jours. C’est pourquoi ce matin, j’ai mis mon gros manteau gris à chevrons avec son col en fourrure de lapin, mon grand cache-nez fantaisie en laine rouge offert par ma belle-sœur, mes gants de cuir marron et le chapeau en astrakan que j’ai hérité de mon oncle Podger. Comme la neige est prévue pour ce soir 17 heures, j’ai mis mes caoutchoucs fourrés. Pour plus de sécurité, j’ai plié dans la poche droite de mon manteau mon passe-montagne en laine noire.

La température dans le café est de 22,5 degrés centigrades. Je compte onze consommateurs debout près du bar, quatorze clients assis, dont deux femmes, un garçon en salle (c’est un nouveau, un remplaçant sans doute) et Gégé, le barman. Les conversations portent sur le climat en général, le froid en particulier et l’annulation probable du prochain Paris-Saint-Germain-Bordeaux.
Je commande mon tilleul très chaud et un verre d’eau pas trop froide pour prendre mes médicaments. Je suis servi dans la minute.

7 heures 50.
Un individu pousse la porte vitrée qui, en vertu du principe de Watt, dit de la paroi froide, est couverte de condensation de vapeur d’eau. Il pénètre dans l’établissement recevant du public et vient se placer à ma gauche. Il est petit, sans doute un mètre soixante-deux, trapu, probablement soixante-quatorze kilos, et noir. Il a quarante ans, indubitablement. Il porte un chapeau de feutre marron, un manteau en poil de chameau beige, une veste de laine marron, une chemise blanche à rayures violettes et une cravate à rayures noires et oranges. Son pantalon est bleu roi, ses chaussures montantes sont jaunes. Je ne vois pas ses chaussettes. Son visage est rond et souriant. Il est très net et très propre. Il commande un café et un demi de Leffe, c’est-à-dire un verre de 33 centilitres de bière à la pression à 6,5 degrés d’alcool, et pose sur le zinc le montant exact des consommations dont il a lu le prix sur le tableau d’affichage réglementaire. L’odeur à la fois amère et sucrée du produit de fermentation provoque chez moi un léger écœurement. L’individu est désireux d’engager la conversation. Il parle. Il dit:

-« En 78, là, il faisait vraiment froid. Quand on pissait, ça gelait directement. C’était Continuer la lecture de Un p´tit noir au zinc (Couleur café n°7) 

Pourquoi avoir choisi d’écrire ?

Cette question, c’est celle qu’imposent à leurs élèves comme thème d’écriture tous les ateliers du même nom. C’est celle que se posent un jour ou l’autre tous ceux qui tiennent un journal. Ou bien tous ceux qui écrivent des petites histoires. C’est aussi celle que tous les journalistes, tous les biographes, tous les importuns de passage  posent aux véritables écrivains. Parfois, comme ici, il n’est pas besoin de leur poser la question. En ce qui me concerne, j’ai écrit au moins deux fois sur le sujet  (titre cliquable):

Jeu d’écriture

Une émission de Berthe Grandval

En tout cas voici les raisons de Simone de Beauvoir . Vous allez pouvoir comparer. 

« J’avais décidé depuis longtemps de consacrer ma vie à des travaux intellectuels. Zaza me scandalisa en déclarant d’un ton provocant : « Mettre neuf enfants au monde comme l’a fait maman, ça vaut bien autant que d’écrire des livres. » Je ne voyais pas de commune mesure entre ces deux destins. Avoir des enfants, qui à leur tour auraient des enfants, c’était rabâcher à l’infini la même ennuyeuse ritournelle ; le savant, l’artiste, l’écrivain, le penseur créaient un autre monde, lumineux et joyeux, où tout avait sa raison d’être. C’était là que je voulais passer mes jours ; j’étais bien décidée à m’y tailler Continuer la lecture de Pourquoi avoir choisi d’écrire ? 

Café Premier (Couleur café n°27)

Couleur café n°27

Café Premier
17 boulevard Arago, Paris 13ème

Elles approchent de la terrasse, enveloppées toutes les deux. Elles parlent haut et clair. Elles hésitent à s’asseoir aux deux tables libres qui sont à ma gauche. La moins grosse jette un regard appuyé sur le sac que j’ai posé sur la chaise vide à côté de la mienne. Je l’enlève. La plus grosse y pose immédiatement le sien. Bousculant les tables légères, les deux s’installent avec peine sur les fragiles chaises de jardin multicolores en plaisantant à propos de l’effet de l’été sur leur régime. Je les déteste déjà.

La cinquantaine ou un peu moins, toutes les deux. L’une, légèrement bronzée, blonde, cheveux longs tirés en arrière, lunettes de soleil imitation chic relevées sur le haut du crâne, a fait ce matin un effort d’élégance. Robe légère aux motifs feuilles de thé marron foncé sur fond crème, large ceinture, chaussures de bon goût, sac peut-être cher. Ferragamo ? Sa voix est forte mais un peu sourde. Je ne comprends pas toujours ce qu’elle dit.

L’autre a dû abandonner toute recherche d’élégance et toute idée de régime. Teint couperosé de récents coups de soleil, cheveux châtain foncé, presque crépus, coupés assez courts. Elle porte une robe sans forme, aux étranges motifs géométriques, triangles, losanges et carrés entremêlés, remplis d’étranges couleurs, jaune, rose, rouge, orange et marron. Le sac, en matière plastique, a été acheté le même jour : il reprend les motifs de la robe. Le rose des ballerines de toile colle parfaitement à celui des losanges de la robe. Je reconnais mon erreur : il y a eu recherche.  La voix est forte et remarquablement claire : je comprends tout ce qu’elle dit.

Elle plaisante souvent. Elle raconte ses vacances à Cambo-les-bains, sa chambre d’hôtel avec balcon, le prix payé pour neuf jours, qui d’ailleurs n’a pas augmenté depuis l’année dernière, le pourboire qu’elle a laissé en partant, quatre euros par jour, celui qu’une amie éphémère a laissé, ridiculement élevé, les films qu’elle a vus à la télévision, la plage de Saint Jean de Luz, le petit restaurant sans prétention près de la Place Louis XIV, la gentillesse des gens du coin, le sans-gêne des touristes… Parfois, elle fait des détours par les manies de son ex-mari, les exigences de sa vieille mère malade, le produit qu’elle met sur ses cheveux quand elle va à la piscine, ou la meilleure façon de clouer le bec à son patron.

La robe aux feuilles de thé parle peu. Elle écoute. De temps en temps, elle acquiesce, renchérit un peu, commente rarement. Elle met en valeur, elle relance. Une bonne copine. Il y a longtemps qu’elle a abandonné l’idée de raconter ses propres vacances, ses propres histoires, ses propres soucis.  Dominer l’autre esthétiquement lui suffit.

Ce sont deux amies. Elles se complètent. Chacune connait ses propres faiblesses et les défauts de l’autre. L’une se croit drôle et pleine de charme, l’autre se croit belle et mystérieuse. Elles sont deux faire-valoir réciproques. Elles doivent draguer ensemble. L’Esprit et la Beauté, Athéna et Aphrodite, Laurel et Hardy ?

Mais elles doivent partir : l’une a rendez-vous avec son coiffeur et l’autre ne veut pas rater « Quatre mariages pour une lune de miel » sur TF1. Elles se lèvent et s’éloignent en contournant la terrasse.

J’entends une voix haute et claire qui dit : « Tu as vu le type à la table d’à côté ? Il n’a pas perdu une miette de ce qu’on disait. Il y a des gens qui n’ont vraiment rien à faire ! Et sans gêne, avec ça ! « 

 

Bientôt publié

  • 14 Mar, 8 h 47 min Toilette et galaxies
  • 15 Mar, 7 h 47 min Tableau 245
  • 16 Mar, 8 h 47 min Pourquoi avoir choisi d’écrire ?

La reconversion de Coupy et Coupot

Avant, j’étais agriculteur. J’avais une toute petite ferme, vingt hectares que je louais et vingt autres bien à moi. Chaque année, j’élevais une dizaine de veaux pour la viande ; j’avais une vingtaine de poules pour les œufs et un potager pour le reste. Quelques pommiers aussi, pour le cidre. Mais pas de femme. Vécu plus de quarante ans comme ça !

Mais ça, c’était avant. Avant que je prenne ma retraite.
Maintenant, je suis touriste.
J’ai vendu mes terres, mes bêtes et mon matériel à Derry, mon voisin. Je lui aurais bien vendu aussi mes poules, mais il n’avait plus d’argent, alors je les ai vendues à mon autre voisin, Dieudeville. Bref, j’ai tout vendu, sauf la maison, la 207, la machine à laver le linge et les congélateurs.
Et je suis devenu touriste.
Enfin, pas tout de suite. D’abord, je suis allé à Château, chez Leclerc Continuer la lecture de La reconversion de Coupy et Coupot