Archives du mot-clé Philippe

Journal de Campagne (11)

Journal de Campagne (11)
Jeudi 26 mars 2020 – 16h47

Hier, il ne s’est rien passé. Rien du tout.
Quand on est à la campagne, c’est un peu prévisible, non ?

Ah si ! quand même : je suis allé acheter des légumes et des œufs à la ferme du coin(1).
« Quelle imprudence ! me direz-vous. Et le confinement alors ? »
Rassurez-vous, je n’ai rien risqué, ni pour moi, ni pour le fermier.

Vous allez comprendre.

À la lisière d’un tout petit village situé à moins de cinq kilomètres de Champ de Faye, il y a une ferme. Normal.
N’allez pas imaginer une longère avec colombages, géraniums aux fenêtres, pelouse et massif de fleurs au milieu de la cour. Non. On n’est pas chez Disney ici ; c’est l’Aisne, rappelez-vous.
Donc, il y a une ferme.
Dans une grange à peine Continuer la lecture de Journal de Campagne (11) 

Journal de Campagne (10)

Journal de Campagne (10)
Mercredi 25 mars 2020 – 16h47

En Amérique, il s’en passe des choses.

Le Donald trouve que le COVID-19, ça va bien comme ça, que quinze jours de pseudo-confinement, c’est mauvais pour la Bourse — et que si c’est mauvais pour la Bourse, ce n’est pas bon pour lui —  et que l’Amérique doit retourner au business as usual avant Pâques, le 12 avril prochain, et qu’avec un peu de Chloroquine, ça va bien se passer ;

Bien entendu, tous les experts scientifiques, les autorités sanitaires, et les expériences étrangères lui disent que ce serait une folie de lever ou même de ne pas renforcer les mesures de restriction. Les mêmes lui disent aussi que les essais sur la Nivaquine sont encore Continuer la lecture de Journal de Campagne (10) 

Journal de Campagne (9)

Journal de Campagne (9)
Mardi 24 mars 2020 — 16h47

Puis-je vous parler aujourd’hui d’écriture ? Oui ? Vous êtes sûrs ? C’est vrai que vous étiez prévenus. Parfait, alors c’est parti.

Récemment, je me suis souvent plaint de mon manque d’inspiration, de ma difficulté à trouver de nouveaux sujets, de ma tendance à me répéter, notamment en me lançant dans des descriptions d’ambiances de cafés sans parvenir à les boucler avec une chute originale, ce qui me venait encore assez facilement il n’y a que quelques mois.

Souvent, je vous ai dit ma prédilection pour les cafés et leurs terrasses comme lieu d’écriture. Compte tenu de la situation actuelle, ces endroits ne me sont plus accessibles. On imagine Continuer la lecture de Journal de Campagne (9) 

Journal de Campagne (8)

Journal de Campagne (8)
Lundi 23 mars 2020 — 16h47

Une semaine de Campagne. Faut-il dire déjà ou faut-il dire seulement ?
Donnons-nous encore une semaine pour nous prononcer.

*

De quoi vais-je vous parler aujourd’hui ?

D’abord de mon exaspération :
— devant tous ces crétins qui s’embrassent comme au 15 août sur les débarcadères des iles bretonnes,
— devant ces gens qui, entassés devant le Prisunic du coin, attendent son ouverture en discutant amicalement comme si de rien n’était,
— devant ces jeunes américains qui se saoulent de bière et de promiscuité sur les plages de Floride parce que Spring Break oblige,
— devant tout ceux dont les Continuer la lecture de Journal de Campagne (8) 

Journal de Campagne (7)

 Journal de Campagne (7)
Dimanche 22 mars 2020 – 16h47

Hier, temps de chien : pluie à l’aurore, froid et vent tout le reste de la journée. C’était le moment d’essayer d’arriver avant la nuit à ce fameux bout du Voyage, mais non. A part la rédaction de ce billet, je n’ai pas fait grand chose : j’ai vu pour la deuxième ou troisième fois quelques épisodes de la série « The Big Bang Theory » qui me fait toujours autant rire à chaque fois, et j’ai commencé sur Netflix le visionnage (?) du film Troie. Grand spectacle, grands mouvements de nefs et de guerriers dès le début. Bien fait, tout ça. Mais Achille se Continuer la lecture de Journal de Campagne (7) 

Journal de Campagne (6)

Journal de Campagne (6)
Samedi 21 mars 2020 – 16h47

Je n’arrête pas de dire et de répéter : « Il y a le temps ».

Mais en fait, non. Il n’y a pas le temps. La preuve :

Dans notre fuite sur la route de Varennes, j’avais emporté quelques livres : Voyage au bout de le nuit, dont il me reste à lire le dernier tiers, depuis deux mois, Des Inédits de Proust, dont le titre exact m’échappe et dont le premier tiers ne m’a pas vraiment séduit, Une Machine comme moi, de Ian McEwan, en panne depuis le début de la seconde moitié, Intelligence artificielle, la nouvelle barbarie, de Marie David, au même Continuer la lecture de Journal de Campagne (6) 

Une douche froide (5/5)

5- Marantza, femme fatale ou femme d’intérieur ?

Quand la porte du sas s’était refermée sur Ptlamn, Marantza était demeurée allongée sur le ventre, les yeux fermés, la tête enfouie dans l’oreiller, dans l’exacte positon où Ptlamn venait de lui mordre la fesse.  Elle les avait bien reconnus, les symptômes qu’il manifestait. On les lui avait appris, elle les connaissait : les gestes, les regards, les attentions, la fébrilité, la susceptibilité, les exigences subites, la soumission, l’exaltation, les rires, les larmes… Tous les symptômes de l’amour, Ptlamn les présentait tous. Elle jugea que c’était une situation regrettable et même dangereuse. Oh ! Pas dangereuse pour elle, non, mais pour lui ! Elle, elle en était bien incapable, d’aimer. Elle faisait simplement ce qu’on lui Continuer la lecture de Une douche froide (5/5) 

Journal de Campagne (5)

Journal de Campagne (5)
Vendredi 20 mars 2020 – 11h47
(exceptionnellement, la diffusion de ce Journal de Campagne est avancée de 5 heures)

Pour ce vendredi 20 mars, mon intention première était de vous parler de mes lectures ou plus exactement de mes velléités de lecture, car je n’arrive pas à m’y mettre. Mais je remets ça à un autre jour, parce que comme je le disais avant-hier et le répétais hier : il y a le temps.

Mais aujourd’hui, il y a des choses plus préoccupantes.

Je l’avais bien dit que le discours du 16 mars de notre Président n’était pas assez ferme, pas assez autoritaire. Évitez de faire ceci, qu’il disait. Faites plutôt cela, qu’il conseillait. Chacun sait que quand on dit « Évitez de faire cela », ça veut dire en fait « Essayez de ne pas le faire, mais si vous le faites quand même, ce n’est pas bien grave ».

MAIS RESTEZ CHEZ VOUS, NOM DE DIEU !

Par contre, il y a aussi des gens qui Continuer la lecture de Journal de Campagne (5) 

Journal de Campagne (4)

Journal de Campagne (4)
Jeudi 19 mars 2020 – 16h47

Depuis trois jours, les avions ne passent plus au-dessus de nos têtes : ils gardent leurs distances. Ils font bien.

Comme je le disais hier : il y a le temps, le temps qu’il fait, le temps qu’il faut et le temps qui passe.

Le temps qu’il fait : pas trop mal. Comparé au reste et au reste du temps, ça va.

Le temps qu’il faut : incroyablement long pour livrer des masques, des tests, des hôpitaux de campagne, une impréparation surprenante.

Le temps qui passe : pour celui-là, j’ai revu l’autre matin cette incroyable réussite que fut le film d’Yves Robert : « Un éléphant, ça trompe énormément ».

Y a-t-il un film plus bourgeois, une célébration plus joyeuse de la vie facile, une comédie plus légère, une ode à l’amitié plus touchante que ce film tourné en 1976.

Que la vie paraissait douce à cette époque. Elle l’était, sans doute.

Et pourtant, si je me souviens bien, Yves Robert et Continuer la lecture de Journal de Campagne (4) 

Une douche froide (4/5)

4 – Le Bar Gagarine

Il l’avait rencontrée le lundi précédent au Bar Gagarine de l’avenue des Champs Bradburiens. On lui avait dit de s’installer dans le premier box à droite en entrant — on s’arrangerait pour qu’il soit libre — à partir de dix-huit heures et d’attendre. S’il voulait être pleinement satisfait de l’expérience, on lui avait aussi conseillé de traiter Marantza comme une personne ordinaire, une femme comme les autres, avec ses sentiments, ses besoins et ses exigences de femme ordinaire.

Mais quand à dix-huit heures quinze Marantza apparut à la porte de service tout au fond de la salle, Platmn trouva qu’elle n’avait rien d’une femme ordinaire. Grande, élancée, moulée dans une sobre combinaison noire parsemée de discrètes étoiles roses, la taille soulignée par une de ces larges ceintures scintillantes hors de prix, le menton haut, le visage pâle encadré par des cheveux ébène coupés courts, tout dénotait en elle l’assurance, l’élégance et le luxe inabordable. Elle resta quelques Continuer la lecture de Une douche froide (4/5)